L'efficacité du traitement de la toxicomanie chez les jeunes délinquants

4. Qu'entend-on par « réussite du traitement »?

L'examen des études du traitement des adolescents toxicomanes utilisant des échantillons de délinquants et de non-délinquants met en évidence la confusion qui règne au sujet de la définition d'un traitement réussi (McNeece et coll., 2001). Le fait que la toxicomanie ait bien des effets physiques, mentaux et comportementaux complique encore le problème. C'est pourquoi il est très difficile de s'entendre sur un ensemble de résultats mesurant la réussite d'un programme. À supposer que l'on parvienne à s'entendre sur une telle série universelle d'indicateurs de la réussite d'un traitement, encore faudrait-il se mettre d'accord sur la façon de mesurer ces résultats pour en confirmer scientifiquement la validité, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui (Catalano et coll., 1990).

En dépit de ces préoccupations, certains chercheurs ont formulé des recommandations prometteuses pour l'avenir. Plus précisément,Webster-Stratton et Taylor (1998) proposent qu'une intervention soit déclarée valide empiriquement si elle satisfait aux quatre normes suivantes :

  • un compte rendu scientifique détaillé des résultats est disponible- ils jugent suffisante la publication d'un article dans une publication approuvée par des collègues;
  • les effets immédiats et durables sont démontrés dans un essai sur échantillon aléatoire et contrôlé comparé à un groupe de sujets non traités ou ayant suivi un autre traitement- selon les auteurs, ce type de méthodologie expérimentale, par laquelle les sujets sont répartis au hasard dans le groupe d'étude ou le groupe témoin, est essentielle pour vérifier si l'intervention est véritablement efficace;
  • les effets sur une variable explicative principale de la toxicomanie chez les adolescents comme la violence et la délinquance sont démontrés - comme l'affirment de façon convaincante les auteurs, le seul moyen de savoir si une intervention est efficace et si la participation à un programme a apporté des changements de comportement à cet égard, c'est d'évaluer l'incidence du programme sur l'une ou l'autre des variables explicatives de ces problèmes de comportement;
  • un manuel décrivant l'intervention est disponible - ce type d'information est jugé essentiel pour en faciliter la reprise par d'autres chercheurs ou administrateurs de programme intéressés.

Les données fournies par Dunford (2000) font valoir la nécessité de bien se conformer à la deuxième norme précitée. Dans l'évaluation d'un programme à l'intention des auteurs de violence conjugale, il démontre que les conclusions présentent des différences significatives selon que les données enregistrées concernant le groupe témoin sont prises en compte dans l'analyse de l'efficacité du programme. Plus précisément, lorsque les données concernant le groupe témoin sont exclues, les résultats indiquent que le programme est une réussite (tel que mesuré par les améliorations après le traitement par rapport à avant). En revanche, lorsque les données concernant le groupe témoin sont prises en compte dans l'analyse, on constate que le traitement n'a pas d'effet (en ce sens que les résultats sont les mêmes dans le groupe traité et dans le groupe témoin). Cet exemple illustre clairement les pièges d'une évaluation de programme qui exclue la démarche classique de la méthodologie expérimentale.

Aux États-Unis, un groupe de travail sur les résultats de traitement parrainé par l'ONCP (Office of National Drug Control Policy) s'est également attaqué à la définition d'un traitement pour toxicomanes efficaces. Ce groupe de travail réunissait des spécialistes du traitement et de l'évaluation, et les travaux ont abouti à l'établissement de normes et de protocoles pour la définition de l'efficacité des programmes pour toxicomanes, qui englobent diverses variables d'ordre physique, mental et comportemental, dont les suivantes :

  • réduction de la consommation d'alcool ou de drogue;
  • amélioration de la situation relativement à l'emploi et aux études;
  • amélioration des relations interpersonnelles;
  • amélioration de la situation médicale et de la santé en général;
  • amélioration de la situation vis à vis de la justice;
  • amélioration de la santé mentale;
  • amélioration de la sécurité publique non criminelle (ONDCP, 1996, voir aussi McNeece et coll. 2001).

Les enquêteurs correctionnels qui ont affaire à de jeunes contrevenants préconisent eux aussi une évaluation du traitement de la toxicomanie fondée sur une série globale de variables. Plus précisément, certains chercheurs affirment que, du fait des multiples effets de l'abus d'alcool ou de drogue sur l'individu, l'efficacité d'un programme de traitement doit être évaluée en fonction de tous les indicateurs des résultats, et non d'un seul comme la récidive (Mears et coll., 2001).

À la lumière de ces recommandations, il est clair que les évaluateurs de programme devraient en examiner les effets en fonction de multiples indicateurs de résultats, et non se limiter aux indicateurs comme la réduction de la récidive ou de la toxicomanie. Qui plus est, comme le soulignent Andrews et Bonta (1998), les évaluateurs de programme doivent vérifier si les changements observés dans les mesures intermédiaires de l'efficacité (comme les facteurs dynamiques) que cible le traitement sont liés aux variables explicatives principales pour confirmer que le programme est responsable des effets observés après le traitement.

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