L'efficacité du traitement de la toxicomanie chez les jeunes délinquants

5. Orientations proposées pour les recherches à venir

Le présent document s'inspire de sources de données disparates concernant le rapport entre consommation d'alcool ou de drogue et dépendance et activité criminelle, ainsi que les variables susceptibles d'influer sur la réussite du traitement des jeunes toxicomanes. Il reste encore beaucoup de recherche à faire dans chacun de ces domaines, mais plusieurs points clés sont présentés ici pour conclure.

Comme on l'a noté précédemment, il faut analyser plus avant les corrélations existantes entre le type de toxicomanie et le type de comportement criminel correspondent. Plus précisément, plusieurs chercheurs démontrent que certains types de toxicomanie peuvent avoir une forte influence sur certains types d'activité criminelle, et d'autres non (Dawkins, 1997; Farrell et coll., 1992). C'est pourquoi, il est primordial de maximiser l'effet thérapeutique d'un plan de traitement individuel en tenant compte de la nature et de l'ampleur de ces corrélations particulières.

Par ailleurs, les questions relatives à la race et au sexe - à savoir si le traitement est adapté sur le fond et sur la forme aux particularités liées à la race et au sexe - requièrent d'autant plus d'attention que la plupart des études existantes en font abstraction (Bloom, 1999; Covington, 1998; Rhodes et Jason, 1990) et que l'on a tout avantage à tenir compte de ces particularités pour éviter l'abandon du traitement. Bien que la race et le sexe ne semblent pas influer sur la corrélation entre toxicomanie et activité criminelle, il est primordial d'adapter les programmes de traitement de la toxicomanie en fonction de la race et du sexe des participants pour en assurer l'efficacité (McNeece et coll., 2001).

Il faut affecter beaucoup plus de ressources à l'analyse de la situation de la toxicomanie chez les adolescents autochtones. Très peu d'articles traitent des questions criminologiques concernant les populations autochtones en général (Bonta, LaPrairie et Wallace-Capretta, 1997), et encore moins des questions de justice pénale chez les jeunes Autochtones. Par exemple, aucun des articles examinés pour les besoins du présent rapport n'est consacré exclusivement aux populations de délinquants autochtones. Il est d'autant plus urgent d'explorer ce domaine de recherche que la population autochtone est de plus en plus surreprésentée au sein du système de justice pénale canadien.

D'autres travaux de recherche s'imposent également pour déterminer les principaux facteurs de protection pour les jeunes délinquants toxicomanes, étant donné les multiples problèmes de comportement qui sont associés à la toxicomanie. L'un de ces facteurs est le soutien social. Les données empiriques démontrant ses effets tampon face aux facteurs agressifs du milieu sont limitées (Zimmerman, Ramirez-Valles, Zapert et Maton, 2000), et la validité de ces effets dans le cas des jeunes contrevenants reste à prouver pour deux raisons principales. Premièrement, les études qui en font état ont été effectuées auprès d'échantillons de non-délinquants, leurs résultats sont donc difficiles à généraliser. Qui plus est, compte tenu de la corrélation significative entre fréquentations antisociales/problèmes familiaux et toxicomanie/délinquance chez les jeunes contrevenants, on peut raisonnablement supposer que la dynamique d'une telle interaction n'est pas la même dans leur cas.

Autre point à explorer plus avant : les motivations personnelles sous-tendant le comportement toxicomane chez les adolescents, qui peuvent nous éclairer plus directement sur les raisons pour lesquelles certains types d'individus sont attirés par certains types d'activité déviante (White, 1991). Par exemple, les délinquants qui prennent des drogues pour se calmer nécessitent un protocole thérapeutique très différent de ceux qui en prennent pour se stimuler. D'où la nécessité de connaître et d'apprécier à leur juste valeur les mécanismes qui sont à l'origine de ces motivations différentes pour améliorer l'efficacité du traitement de la toxicomanie chez les jeunes contrevenants. Il reste encore beaucoup à faire sur le chapitre de la prévention en milieu scolaire pour réduire la consommation d'alcool et de drogues, les études existantes sur la question étant très peu nombreuses comme le constatent Wilson et coll. (2001). Ce type d'enquête est d'autant plus pressante que la nécessité d'intervenir très tôt dans ce genre de problème a été amplement démontrée (Webster-Stratton et Taylor, 1998).

Comme le notent plusieurs chercheurs du domaine correctionnel, certaines solutions ont été proposées pour éviter l'abandon du traitement (voir Randall et coll., 1999), mais il reste encore du travail à faire pour trouver les moyens de remédier à ce problème important (Henggeler et coll., 1996; Hiller et coll., 1999a; Sealock et coll., 1997). Par exemple, il faudrait recueillir des données qualitatives par le canal d'un groupe de réflexion qui donnerait à de jeunes contrevenants l'occasion d'expliquer les raisons pour lesquelles ils ont abandonné le traitement.

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