Les facteurs de risque pour les enfants exposés à la violence familiale dans le contexte de la séparation ou du divorce

2. Les facteurs de risque pour les enfants qui vivent des situations de violence familiale ainsi que la séparation ou le divorce de leurs parents

Il existe une littérature abondante au sujet des facteurs associés aux préjudices que risquent de subir les enfants exposés à la violence familiale (Stith et al., 2009; Campbell et al., 2003; Campbell, Webster & Glass, 2009; Ontario CEDVF, 2012). Le risque de préjudice peut être exacerbé lors de la séparation en raison de facteurs comme l’accroissement du stress que vivent les parents, l’escalade de la violence conjugale et l’absence d’un parent protecteur pour gérer les risques que représente le parent violent. Pour bien comprendre le risque dans ce contexte, il faut connaître les risques particuliers associés à la séparation, comme l’escalade de la violence conjugale, ainsi que les risques préexistants liés à la maltraitance des enfants, comme les aptitudes parentales inadéquates et la vulnérabilité des enfants en raison de leur âge. Dans les sections qui suivent, nous utilisons les mots mère et père lorsque les résultats des recherches concernent le rôle et le sexe visés. Lorsque les résultats sont plus généraux, nous employons le mot parent.

2.1 La séparation ou le divorce comme facteur de risque unique

La séparation peut constituer en soi un facteur de risque ou un facteur de protection, selon le processus et l’issue de la séparation. Il appert des recherches menées au Canada que 40 % des femmes et 32 % des hommes qui vivaient une relation conjugale ou une union de fait marquée par la violence ont été victimes de violence après la séparation (Statistique Canada, 2001). De plus, dans la moitié des cas où des incidents de violence ont été vécus après la séparation, les enfants ont été témoins d’au moins un incident de violence, ce qui est probablement une sous-estimation, puisque les enfants signalent qu’ils sont exposés à la violence plus souvent que ce que croient les parents (Jaffe, Wolfe & Campbell, 2012). Selon les recherches, le risque de violence mortelle est particulièrement élevé après la séparation des parents, surtout au cours des premiers mois (Campbell et al., 2007; Statistique Canada, 2013). Statistique Canada (2013) a souligné que, de 2007 à 2011, le risque que les femmes se fassent tuer par leur époux était près de six fois plus élevé après une séparation légale qu’avant, les mobiles de l’homicide étant la jalousie et la frustration. Ce risque existe non seulement pour les victimes d’âge adulte, mais également pour les enfants (Hamilton, Jaffe, & Campbell, 2013; Olszowy et al. 2013).  Statistique Canada (2013) a constaté que, dans un peu plus des trois-quarts des meurtres-suicides ayant causé la mort d’un enfant, l’auteur du crime éprouvait des problèmes conjugaux. Les données montrent que les personnes qui sont physiquement violentes à l’endroit de leur partenaire avant la séparation ont très souvent recours à la violence psychologique après celle-ci, ce qui comporte un risque pour le bien-être des enfants (Brownridge, 2006). Selon une étude visant un vaste échantillon canadien, 30 % des hommes divorcés ou séparés avaient commis des actes de violence à l’encontre de leur partenaire intime, alors que 18 % des hommes mariés avaient eu recours à la violence pendant que le mariage était encore en vigueur (Lupri, 1990).

Après le divorce, il arrive souvent que les partenaires violents engagent des procédures relatives au droit d’accès ou à la garde afin de contrôler ou de punir leur ex-partenaire (Radford et al., 1997; Harrison, 2008). Lorsqu’une relation est marquée par la violence, les partenaires violents ont souvent tendance à se servir des procédures de divorce pour contrôler leur ex-conjoint ou pour exercer un pouvoir sur lui (Watson & Ancis, 2013). Cette forme de pouvoir est exercée tant auprès de l’adulte que des enfants au moyen de menaces d’éloigner ceux-ci ou de les utiliser comme armes contre la mère (Van Horn & McAlister Groves, 2006). La détermination des facteurs de risque associés à la séparation représente l’un des exercices les plus difficiles pour les professionnels de la santé mentale et les professionnels du droit, parce qu’ils entendent souvent des allégations contradictoires (Saini & Birnbaum, 2007). Le parent qui est victime de violence conjugale ou qui croit qu’il protège les enfants contre d’autres mauvais traitements peut se faire accuser par l’autre parent d’aliéner les enfants contre lui (Jaffe, Ashbourne, & Mamo, 2010).

2.2 Les facteurs qui augmentent le risque que les enfants subissent des préjudices découlant de la violence familiale avant ou après la séparation parentale

Les facteurs de risque pour les enfants exposés à la violence familiale avant ou après la séparation parentale ont été déterminés au moyen d’un examen exhaustif de la littérature ainsi que de consultations auprès d’experts dans le domaine. Les experts ont reconnu certains facteurs dans le cadre de leurs travaux auprès des familles qui vivent des situations de violence; cependant, il se pourrait que ces facteurs n’aient pas fait l’objet d’études empiriques, de sorte qu’ils ne sont pas commentés dans la littérature. Les auteurs du présent document ont décrit chaque facteur en détail et indiqué les recherches pertinentes connexes dans la mesure du possible. Certains facteurs sont parfois appuyés par des données empiriques faisant état d’un risque de violence conjugale auquel les victimes d’âge adulte sont exposées; en pareil cas, les experts ont souligné que ces facteurs augmentaient également le risque pour les enfants. Tous les facteurs relevés par les experts seulement ont été inclus dans le présent rapport et sont marqués d’un astérisqueNote de table *. Les recherches ont montré que, lorsque des adultes victimes de violence conjugale sont exposés à un risque, il en va de même pour les enfants (Olszowy et al., 2013; Hamilton, Jaffe & Campbell, 2013).

Liste des facteurs augmentant le risque que les enfants subissent des préjudices découlant de la violence familiale avant ou après la séparation de leurs parents

Exposition des enfants à la violence conjugale comme facteur de risque critique
  • relation entre la violence conjugale et la violence faite aux enfants
  • typologie et gravité des actes de violence familiale
  • durée de l’incident d’agression conjugaleNote de table *; degré d’exposition à un incident de violence conjugale (p. ex. l’enfant a été témoin; est intervenu)
  • facteurs de risque relatifs à des actes de violence conjugale plus graves, répétés et potentiellement mortels
  • impact de la violence conjugale sur les capacités parentales de l’auteur de la violenceNote de table *
  • risques associés aux incidents de violence conjugale qui sont axés sur les capacités parentalesNote de table * d’une victime de la violence
  • utilisation de l’enfant comme arme contre le conjoint victimeNote de table *
  • cas où la violence visait les enfants
  • risque d’enlèvement d’enfantNote de table *
  • accès aux ressources
Facteurs de risque généraux propres aux enfants
  • âge de l’enfant
  • sexe de l’enfant
  • enfant qui présente un plus grand défi pour le parent en raison d’une déficience ou de son caractère
  • opinions exprimées par l’enfantNote de table *
  • l’enfant a demandé de l’aide pour le parent victime de violence (p. ex. en téléphonant au 911)Note de table *
Facteurs généraux propres aux parents
Facteurs habituellement associés aux mères
  • jeune âge de la mère
  • utilisation de la violence par la mère comme moyen de vengeanceNote de table *
  • opinions d’un parent au sujet de la mesure dans laquelle l’enfant est en sécurité lorsqu’il se trouve avec l’agresseurNote de table *
Facteurs habituellement associés aux pères
  • abus d’alcool ou d’autres drogues par le père
  • problème psychologique/maladie mentale du père
  • traits de personnalité
  • risque de violence psychologique et de manipulation à l’endroit des enfants après la séparationNote de table *
  • agressions sexuelles et physiques répétées à l’endroit des enfants
  • le père violent a suivi une formation militaire ou pratique des sports de combatNote de table *
  • le père abusif soupçonne sa partenaire d’infidélitéNote de table *
  • le père violent a commis des actes de violence conjugale lors de relations précédentesNote de table *
  • le père violent ne respecte pas l’ordonnance de protection rendue par le tribunal, l’ordonnance de protection de l’enfant ou le plan relatif à l’entretien d’enfantNote de table *
  • refus d’accepter la responsabilité à l’égard des gestes ou comportements violents antérieursNote de table *
  • refus d’accepter la fin d’une relation
  • accès à des armes à feuNote de table *
  • passé criminel de l’auteur de la violence
  • utilisation des sites des réseaux sociaux pour traquer, harceler ou exploiter les enfantsNote de table *
  • cruauté envers les animaux domestiques et autresNote de table *
Facteurs habituellement associés aux deux parents
  • relation non biologique avec l’enfant
  • absence d’accord au sujet du rôle des parents dans les familles reconstituéesNote de table *
  • mauvais traitements subis par le parent pendant son enfance
  • le parent a été agressé ou négligé pendant son enfance
  • recours au châtiment corporel et à d’autres comportements hostiles
  • stress parental
  • aptitudes parentales
  • croyances aberrantes des parents au sujet des attentes sexospécifiquesNote de table *
Facteurs d’ordre communautaire, sociétal et culturel
  • pauvreté
  • isolement social
  • familles ruralesNote de table *
  • violence communautaireNote de table *
  • populations vulnérables
  • ressources et soutien inadéquats
Note *

Facteurs mentionnés par les experts seulement

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2.2.1 L'exposition de l'enfant à la violence familiale comme facteur de risque critique

Relation entre la violence conjugale et la violence faite aux enfants

Un chevauchement très important existe entre la violence conjugale et la violence faite aux enfants. Les recherches ont permis de constater que, dans les familles où des incidents de violence conjugale se produisent, les enfants sont souvent eux-mêmes victimes de violence (Appel & Holden, 1998; Dong et al., 2004; Gerwitz & Edleson, 2007; Hartley, 2002; Herrenkohl et al, 2008; Renner & Slack, 2006; Straus & Smith, 1990). Ce chevauchement est plus susceptible d'être observé dans le cas des relations marquées par la violence conjugale et définies par le contrôle coercitif (c.-à-d. cycle d'intimidation abusive au plan psychologique et recours à la violence physique pour exercer ou continuer à exercer une emprise sur un partenaire intime) (Kelly & Johnson, 2008). De plus, les recherches montrent un chevauchement entre les facteurs de risque applicables à la violence conjugale et ceux qui caractérisent la violence faite aux enfants. Selon la méta-analyse menée par Stith (2009) au sujet des prédicteurs de violence faite aux enfants par la mère, les facteurs de risque les plus importants étaient l'existence d'un degré élevé de conflit familial, un manque de cohésion familiale et la présence de violence conjugale. Dans le cas de la violence infligée aux enfants par le père, le prédicteur était le degré élevé de conflit familial (Pittman & Buckley, 2006; Schaeffer et al., 2005).

Typologie et gravité des actes de violence conjugale

Le type d'actes de violence perpétrés peut servir à prédire le risque de victimisation future (Hardesty et al., 2008). Les agresseurs qui ont souvent eu recours au terrorisme intime (ou à la violence coercitive ou contrôlante; voir Kelly & Johnson, 2008) (utilisation de différentes tactiques pour exercer un contrôle sur leur partenaire) sont davantage enclins à employer la violence et à exercer un contrôle sur leur partenaire ou leur famille après le divorce que ceux qui ont eu recours à la violence conjugale situationnelle (utilisation de la violence lors de disputes précises, sans l'intention de contrôler leur partenaire (Hardesty et al., 2008). Les agresseurs qui ont été capables et qui demeurent capables de faire une différence entre leur rôle de conjoint et leur rôle de parent ont moins tendance à se montrer violents envers leurs enfants après le divorce (Hardesty et al., 2008). En revanche, les agresseurs qui ont eu recours au terrorisme intime sont moins en mesure de faire cette différence que ceux qui ont commis des actes de violence conjugale situationnelle (Hardesty et al., 2008).

Plus le comportement de l'agresseur est grave et violent, plus le risque qu'il commette des actes de violence plus tard est élevé (Bancroft, Silverman, & Ritchie, 2012). Ainsi, Campbell et al. (2003) ont constaté que la gravité et la fréquence des incidents de violence physique augmentent les risques d'homicide familial. Ce risque est important notamment dans le cas des adultes victimes de violence conjugale qui ont subi des formes de contrainte ou de violence sexuelle dans le cadre de leurs relations intimes. Une étude a révélé que les adultes victimes de violence conjugale craignaient davantage d'être à nouveau victimes de violence après la séparation lorsqu'ils avaient précédemment subi une forme de contrainte sexuelle dans le cadre de leurs relations intimes (Harding & Helweg-Larsen, 2009).

Durée de l'incident d'agression conjugale (c.-à-d. durée en heures ou en jours)

La durée de l'agression conjugale (c.-à-d. nombre d'heures ou de jours) coïncide avec la gravité de la violence comme risque de préjudice pour les enfants. Même si la durée des agressions à titre de risque d'actes de violence ultérieurs n'a pas été étudiée, il appert des recherches que la durée et la fréquence des incidents de violence peuvent donner lieu à d'importants symptômes du TSPT chez les enfants (Jarvis et al., 2005). Nishith et al. (2000) ont constaté que l'exposition prolongée à des épisodes de violence peut avoir des effets cumulatifs, au sens où la détresse vécue lors de l'épisode courant peut être exacerbée par les sentiments relatifs à des incidents traumatisants précédents. En conséquence, plus la violence conjugale se prolonge dans le temps, plus les conséquences sont graves (Terr, 1991).

Degré d'exposition à un incident de violence conjugale (p. ex. l'enfant a été témoin, est intervenu)

Selon Holden (2003), l'exposition à la violence conjugale dépend d'une combinaison de facteurs beaucoup plus complexes que le simple fait d'être témoin oculaire ou auditif d'incidents de violence. Selon Holden, il est possible de classer les formes d'exposition en dix catégories distinctes allant de la participation active à l'incident à l'observation des effets initiaux et diminuant jusqu'à l'ignorance totale. Les dix catégories sont les suivantes :

  1. Exposition prénatale – effets de la violence conjugale sur le fœtus en formation.
  2. Intervention – l'enfant tente verbalement ou physiquement de mettre fin à l'agression.
  3. Est victime – l'enfant est physiquement ou verbalement agressé pendant l'incident.
  4. Participation – l'enfant est contraint de participer à l'agression ou y participe « volontairement ».
  5. Témoin oculaire – l'enfant voit l'agression de ses propres yeux.
  6. Écoute – l'enfant entend l'agression, bien qu'il ne la voie pas.
  7. Observe les effets initiaux – l'enfant voit quelques-unes des conséquences immédiates de l'agression.
  8. Subit les conséquences – l'enfant fait face à des changements dans sa vie par suite de l'agression.
  9. En entend parler – l'enfant est informé de l'agression ou entend des conversations à ce sujet.
  10. N'est pas au courant – l'enfant n'est nullement au courant de l'agression, selon la source.

Les recherches montrent que l'exposition directe à des formes graves de violence parentale peut accroître les problèmes d'extériorisation et d'intériorisation chez les enfants et augmenter le risque que ceux-ci tentent d'intervenir (Anderson & Cramer-Benjamin, 2010; Jouriles et al., 1996; Kerig, 1996).

Les enfants exposés à la violence conjugale risquent davantage de développer une relation axée sur le mépris à l'endroit de l'agresseur (Bancroft et al., 2012). Dans ce genre de situation, les enfants pourraient être portés à contester le comportement du père violent, auquel cas ils s'exposeraient à un risque élevé d'être eux-mêmes victimes d'actes de violence physique (Bancroft et al., 2012). Dans bien des cas, les parents ne comprennent pas à quel point leurs enfants sont exposés à la violence familiale (Hensley & Dunbar, 2011). En conséquence, afin d'évaluer correctement l'étendue de la violence conjugale, il est essentiel d'obtenir des renseignements des enfants qui y sont exposés.

Facteurs de risque relatifs à des actes de violence conjugale plus graves, répétés et potentiellement mortels

Bien entendu, les hommes qui ont fréquemment commis des actes de violence graves dans le passé sont plus susceptibles que les autres de récidiver. La présence d'un incident passé de violence conjugale ou d'une menace de violence passée qui comporte une menace de mort crédible est particulièrement préoccupante. Parmi les autres facteurs de risque appuyés par des données empiriques, mentionnons les attitudes axées sur la violence, la jalousie sexuelle, le mépris de l'agresseur à l'endroit de l'autorité (p. ex. violation des ordonnances judiciaires) et la récente escalade de violence (Campbell et al., 2003; Kropp & Hart, 2000).

Impact de la violence conjugale sur les capacités parentales de l'auteur de la violence

Les recherches ont montré que les auteurs d'actes de violence conjugale éprouvent fréquemment des sentiments de culpabilité, de honte et de regret au sujet de la façon dont ils ont joué leur rôle de père et souhaitent ardemment se rapprocher de leurs enfants tout en continuant à se montrer distants, restrictifs ou absents de la vie de ceux-ci (Fox, Sayers & Bruce, 2002; Perel & Peled, 2008).  Au cours de l'établissement des modalités relatives au droit d'accès, les pères violents sont perçus par leurs enfants comme des hommes qui ont besoin de contrôler, qui ne sont pas aimants et qui se sentent rejetés lorsque l'enfant veut être avec sa mère ou lui parler. De plus, les pères violents ont tendance à éprouver du ressentiment et de l'amertume à l'endroit de leur ex-partenaire parce que celle-ci les empêche de voir leurs enfants, même malgré des préoccupations évidentes au sujet des incidents de violence passés (Holt, 2013).

Risques associés aux incidents de violence conjugale qui sont axés sur les capacités parentales d'une victime de la violence

La violence dans le cadre de laquelle l'auteur critique ou dénigre les aptitudes parentales de la mère ou incite les enfants à participer aux critiques représente un facteur de risque plus hypothétique. Les incidents de violence de cette nature comprennent le fait de répéter constamment à la victime d'âge adulte qu'elle est une mauvaise mère, d'affirmer qu'en cas de séparation l'auteur de la violence obtiendra la garde des enfants parce que la mère serait jugée incompétente, de répéter constamment aux enfants que leur mère est incompétente, de dire aux enfants d'observer ce qui se passe lorsque maman n'écoute pas ou de leur dire qu'il n'aurait pas à être violent si leur mère était un meilleur parent ou s'ils étaient de meilleurs enfants. Selon les experts de la défense des droits des femmes, lorsque la violence manifestée par les hommes est axée sur la façon dont la mère s'acquitte de ses fonctions, les enfants pourraient être davantage exposés à un risque de violence, pour deux raisons. D'abord, dans ce contexte, les hommes pourraient être davantage enclins à impliquer directement les enfants dans des incidents violents. De plus, lorsque la violence est axée sur le rôle de la mère, les femmes pourraient avoir davantage tendance à douter de leurs aptitudes parentales et à s'éloigner de leurs enfants (Cunningham & Baker, 2007).

Utilisation de l'enfant comme arme contre la victime de violence conjugale

Dans bon nombre de cas, les agresseurs peuvent se servir des enfants pour continuer à intimider, à harceler ou à contrôler leur ex-conjoint (Bancroft et al., 2012; Harrison, 2008). Dans d'autres, l'agresseur ne respecte pas les ententes relatives à la garde, menace son épouse de lui faire perdre la garde, sape l'autorité de celle-ci et utilise différentes formes de violence psychologique, comme l'aliénation parentale (Bancroft et al., 2012; Scott & Crooks, 2006). Les adultes victimes de violence craindront peut-être que, s'ils tentent de fuir la situation de violence, leurs enfants resteront sous la garde du parent violent (c.-à-d. qu'elles croiront les menaces de l'agresseur selon lesquelles les tribunaux ou les services d'aide à l'enfance accorderaient la garde des enfants à celui-ci (Cunningham & Baker, 2007)). L'agresseur peut aussi manipuler les enfants ou exercer des pressions sur eux pour qu'ils gardent secret son comportement ou pour qu'ils obtiennent des renseignements sur l'autre parent, ce qui expose les enfants à un risque de préjudice lorsqu'ils n'obtempèrent pas à la demande (Bancroft et al., 2012). Selon les recherches, un degré accru de cruauté psychologique envers la mère permet de supposer que les enfants seront utilisés comme armes contre celle-ci (Beeble, Bybee & Sullivan, 2007; Wallace & Roberson, 2011).

Cas où la violence visait les enfants

Lorsque l'agresseur a commis des actes de violence à l'endroit des enfants pendant le mariage, le risque que ceux-ci soient victimes d'autres actes de violence après le divorce augmente très fortement (Coohey, 2006; Hardesty et al., 2008). Ces agresseurs sont plus susceptibles d'avoir des antécédents de terrorisme intime; par conséquent, ils seront plus enclins à recourir à la violence après le divorce (Hardesty et al., 2008).

Risque d'enlèvement d'enfant

Certains agresseurs peuvent aller jusqu'à enlever leurs enfants afin d'obtenir l'accès à ceux-ci ou de faire du mal à leur conjoint (Harrison, 2008). Le plus souvent, les enlèvements surviennent avant la séparation ou environ deux ans après celle-ci (Bancroft et al., 2012). En conséquence, au moment d'établir les modalités d'une entente de garde, même si l'agresseur ne semble pas avoir l'intention d'enlever les enfants, il est essentiel d'évaluer le risque possible à cet égard, en examinant les menaces d'enlèvement passées ainsi que la gravité des actes de violence commis (Bancroft et al., 2012).

Accès aux ressources

Dans certains cas, des obstacles culturels et financiers empêchent l'accès aux ressources (p. ex. services de counseling; logements de transition; aide juridique). Ces obstacles peuvent également traduire un manque d'information au sujet des ressources appropriées ou des perceptions selon lesquelles certains organismes (comme les services de protection de l'enfance) pourraient empirer la situation. Ainsi, le fait de communiquer avec un organisme pour obtenir du soutien au sujet de l'exposition des enfants à la violence conjugale peut déclencher un signalement obligatoire d'une situation de danger pour un enfant et entraîner des interventions involontaires (p. ex. retrait de l'enfant du domicile; signalement à la police; demande de quitter l'agresseur).

2.2.2 Les facteurs de risque généraux propres aux enfants

D’autres facteurs de risque sont associés à la vulnérabilité de l’enfant. Les éléments suivants constituent dans tous les cas des facteurs de risque établis de maltraitance à l’endroit des enfants, indépendamment du contexte de violence conjugale. Voici les facteurs de risque associés aux enfants.

Âge de l'enfant

Plus l'enfant est jeune, plus il risque de subir des préjudices en raison de sa plus grande dépendance et de ses plus grands besoins liés à son développement (Bogat et al., 2006; Jaffe, Wolfe & Campbell, 2012). De plus, étant donné qu'ils sont plus petits, les jeunes enfants risquent davantage d'être blessés par des actes de violence physique et, en raison de leurs facultés cognitives et de leurs facultés de raisonnement limitées, ils sont moins en mesure d'anticiper, d'éviter et de fuir les situations de violence possible.

Sexe de l'enfant

Dans le cas de presque tous les types d'infraction, les taux de victimisation de violence familiale sont légèrement plus élevés chez les filles que chez les garçons, c'est-à-dire que 56 % des victimes sont susceptibles d'être des filles (Statistique Canada, 2013). Les taux de victimisation sont semblables pour les garçons et les filles jusqu'à l'âge de trois ans, après quoi les taux augmentent pour les filles; à l'adolescence, les filles sont deux fois plus exposées que les garçons à être victimes de violence familiale (Statistique Canada, 2013). Les garçons âgés de huit à 11 ans semblent être davantage exposés à un risque. Dans l'ensemble, les résultats des recherches axées sur le sexe des enfants ne sont pas uniformes et ce facteur de risque fait l'objet de débats dans le milieu.

Enfants qui présentent un plus grand défi pour les parents en raison d'une déficience ou de leur caractère

Les enfants ayant des déficiences physiques, cognitives et affectives sont plus susceptibles de subir des actes de violence familiale que les autres enfants (Leventhal, 1996).  Ces enfants sont exposés à un grand risque non seulement parce qu'ils nécessitent des soins accrus, mais aussi parce que leurs aptitudes physiques et cognitives sont plus faibles (Hibbard, Desch, & Larry, 2007). Les enfants ayant des déficiences ne percevront peut-être pas les mauvais traitements comme un comportement inapproprié, parce qu'ils ne possèdent pas les facultés de raisonnement cognitif nécessaires pour penser différemment. Pour des raisons similaires hypothétiques, un tempérament difficile chez l'enfant serait associé à un plus grand risque de maltraitance dans les situations critiques (Casanueva et al., 2010). Lorsque ses parents présentent des caractéristiques parentales défavorables, que ce soit sur le plan de l'adaptation ou de la capacité de faire montre d'empathie à l'endroit de l'enfant ou encore de contrôler leurs émotions, l'enfant au tempérament difficile risque davantage d'être maltraité que l'enfant au tempérament facile, parce qu'il représente des difficultés supplémentaires avec lesquelles les parents doivent composer et qui ont pour effet d'exacerber les caractéristiques liées au risque de violence.

Opinions exprimées par l'enfant

Les enfants qui ont accès à leur propre avocat tout au long d'un divorce parental hautement conflictuel et ponctué d'incidents de violence conjugale soulignent qu'ils se sentent comme si le tribunal les avait entendus et qu'ils se sentent davantage en sécurité et moins exposés au risque d'être harcelés par l'agresseur (Fotheringham, Dunbar, & Hensley, 2013). Bien qu'il existe de nombreux facteurs à prendre en compte pour décider s'il y a lieu ou non d'inclure les opinions exprimées par l'enfant pour déterminer les modalités de garde et de droit d'accès, la crainte exprimée par l'enfant devrait être prise au sérieux.

L'enfant a demandé de l'aide pour le parent victime de violence (p. ex. en téléphonant au 911)

Un des facteurs susceptibles d'augmenter le risque de préjudice pour les enfants est la question de savoir si l'enfant a demandé de l'aide pour le parent qui est victime de violence. L'appel pourrait déclencher une réaction défavorable de la part du parent violent, ou même de celui qui est victime, l'enfant ayant dévoilé les agressions qui devaient rester secrètes; cette réaction pourrait exposer l'enfant à un plus grand risque de violence physique et psychologique. Au cours d'une étude, des mères qui avaient été victimes de violence conjugale ont été interrogées au sujet des différentes façons dont leurs enfants étaient intervenus (Edleson et al., 2003). Selon les résultats, un peu plus de 70 % des mères ont répondu que leurs enfants criaient depuis une autre pièce, 75 % ont affirmé que leurs enfants criaient après l'agresseur alors qu'ils se trouvaient dans la même pièce, 40 % ont mentionné que leurs enfants avaient appelé à l'aide et 53 % ont avoué que leurs enfants étaient intervenus physiquement.

2.2.3 Les facteurs généraux propres aux parents

Voici une description de facteurs liés à la mère, au père et aux parents qui sont susceptibles d’augmenter le risque de préjudice pour les enfants vivant des situations de violence familiale. Il importe de souligner que tous les facteurs de risque « liés à la mère » ou « liés au père » peuvent caractériser les deux sexes. Cependant, dans le présent rapport, certains facteurs qui sont associés aux mères ou aux pères ont été décrits dans la littérature comme des facteurs présentant un lien très fort avec le sexe mentionné.

2.2.3.1 Les facteurs habituellement associés aux mères
Jeune âge de la mère

Certaines études ont permis de conclure que les jeunes mères, notamment les mères adolescentes, commettent davantage d'actes de violence envers leurs enfants que les mères plus âgées (Buchholz & Korn-Bursztyn, 1993; Kinard & Klerman, 1980). Cette attitude pourrait être imputable au manque de soutien social, au stress élevé de la mère et à un faible statut socioéconomique.

Utilisation de la violence par la mère comme moyen de vengeance

La violence conjugale peut être accompagnée de plusieurs formes de violence familiale, notamment par des agressions entre parents et enfants et par des actes de violence de la femme à l'endroit de son partenaire. Certaines mères qui sont victimes de violence conjugale peuvent agresser leur partenaire pour se défendre ou pour se venger après avoir été victimes de violence pendant des années (p. ex. Jones, 2009; Felson & Lane, 2010). L'exposition des enfants à cette forme de violence nuit également à leur développement et peut être associée à leurs problèmes d'adaptation généraux. Un lien a été établi entre ce risque et un accroissement des comportements d'intériorisation et d'agression chez les enfants (McDonald, Jouriles, Tart & Minze, 2009).

Opinions du parent au sujet de la mesure dans laquelle l'enfant est en sécurité lorsqu'il se trouve avec l'agresseur

Les préoccupations des victimes à l'égard de leur sécurité et des risques auxquels leurs enfants peuvent être exposés ainsi que leur intuition au sujet de ces circonstances constituent des facteurs de risque importants (Weisz, Tolman & Saunders, 2000). Cependant, ces préoccupations ne sont pas toujours signalées ou le tribunal ne les prend pas toujours au sérieux, croyant que la femme se sert de cet argument pour obtenir la garde des enfants (Jaffe, Lemon & Poisson, 2003; Hardesty & Chung, 2006). Toutefois, il importe de tenir compte des opinions de la victime pour déterminer la garde, parce que celle-ci est bien consciente du risque auquel l'enfant peut être exposé lorsqu'il se trouve en présence de l'agresseur, surtout dans le cadre d'une rencontre non surveillée après la séparation (Hardesty & Chung, 2006).

2.2.3.2 Les facteurs habituellement associés aux pères
Traits de personnalité

Certains traits de personnalité observés chez les abuseurs ont été reliés à une augmentation du risque de danger tant pour les partenaires que pour les enfants, surtout après la séparation ou le divorce.

Droits acquis. Bon nombre d'abuseurs estiment que leurs souhaits et leurs besoins passent avant ceux des autres membres de la famille. Il appert des recherches que les agresseurs qui pensent manifestement avoir des droits acquis résistent davantage aux changements et sont non seulement enclins à ne pas répondre aux besoins de leurs enfants, mais s'attendent également à ce que ceux-ci répondent aux leurs (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2012).

Égoïsme. Les agresseurs ont souvent tendance à se préoccuper de leurs propres besoins davantage que de ceux des membres de leur famille et à traiter ceux-ci comme s'ils leur appartenaient (Wallace & Roberson, 2011).

Contrôle. Les recherches ont démontré que plus l'agresseur est contrôlant, plus il est enclin à cibler ses enfants lorsqu'il commet des actes de violence (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2012). En cas de séparation ou de divorce (surtout si la décision ne vient pas de lui), l'agresseur aura souvent l'impression de perdre son pouvoir ou son autorité (Hardesty, Khaw, Chung, & Martin, 2008).

Manipulation. L'agresseur se sert souvent de la manipulation après la séparation afin de contrôler les membres de la famille de façon plus insidieuse. Il arrive souvent que les agresseurs persuadent les enfants de se retourner contre leur mère en les incitant à croire que celle-ci ou eux-mêmes étaient la cause de la violence (Bancroft, Silverman, & Ritchie, 2012).

Risque de violence psychologique et de manipulation à l'endroit des enfants après la séparation

Les recherches montrent que les agresseurs ont parfois recours à la violence verbale envers leurs enfants (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2012; Wallace & Roberson, 2011). Ce risque augmente fréquemment après une séparation ou un divorce (Statistique Canada, 2011).

Agressions sexuelles et physiques répétées à l'endroit des enfants

Il appert des recherches qu'il y a de fortes possibilités que les auteurs d'actes de violence conjugale agressent physiquement et sexuellement leurs enfants (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2012; Wallace & Roberson, 2011).  À l'heure actuelle, aucune étude ne montre que ce risque diminue après la séparation. En fait, il serait logique que le risque augmente après la séparation, en raison de l'incapacité pour l'autre parent de surveiller le parent violent ou d'intervenir auprès de lui (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2012). Il en est ainsi parce que l'enfant passera du temps avec chaque parent séparément.

Le père violent a suivi une formation militaire

Certaines recherches ont permis de conclure que les taux de violence conjugale sont d'environ une fois à trois fois plus élevés chez les militaires que chez les autres personnes faisant partie de la population générale (Marshall, Panuzio & Taft, 2005). Les individus qui ont reçu une formation militaire ou qui travaillent dans l'armée sont plus susceptibles de causer des dommages importants à leurs victimes et de nuire aux enfants de leur famille, les militaires ayant déclaré un taux beaucoup plus élevé de querelles violentes avec leur épouse que leurs homologues civils. De plus, Milner et Gold (1986) ont constaté que les militaires en service actif qui avaient commis des actes de violence conjugale dans le passé ou qui avaient actuellement recours à la violence conjugale étaient beaucoup plus susceptibles  que les militaires non violents d'afficher une conduite caractérisée par un niveau élevé de violence envers leurs enfants. Les éléments déclencheurs comprennent le trouble du stress post-traumatique découlant de l'exposition aux combats, les facteurs inhérents au service militaire, l'adaptation à la relation, les traumatismes vécus pendant l'enfance et d'autres facteurs d'ordre démographique.

Le père violent soupçonne sa partenaire d'infidélité

Selon certaines recherches, les adultes victimes de violence conjugale risquent davantage de se faire tuer si leur partenaire violent les soupçonne d'être infidèles (Chimbos, 1998). La jalousie sexuelle est définie comme une préoccupation non fondée de l'agresseur au sujet de l'infidélité sexuelle de sa partenaire. Le Comité d'examen des décès dus à la violence familiale (comité de l'Ontario) a constaté que, dans 34 % des cas d'homicide familial, la jalousie sexuelle était présente (Ontario CEDVF, 2009). La jalousie sexuelle ou les soupçons d'infidélité peuvent également être liés à un père violent qui a des doutes sur la paternité de son enfant, ce qui risque d'accroître le risque de préjudice tant pour la victime d'âge adulte que pour les enfants. Une étude a permis de conclure que les hommes qui avaient été déclarés coupables de violence conjugale traitaient mieux leurs enfants et étaient moins enclins à infliger de graves blessures à leur partenaire s'ils croyaient que leurs enfants leur ressemblaient physiquement (Burch & Gallup, 2000).

Le père violent a commis des actes de violence conjugale lors de relations précédentes

Certains auteurs de violence conjugale ont adopté un comportement violent à l'endroit de nombreuses victimes et ont eu une incidence négative sur la vie de nombreux enfants (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2011). Lorsque ce comportement se poursuit d'une relation à l'autre, il est probable que les répercussions seront plus prononcées et nécessiteront une intervention communautaire dans le cadre de programmes spécialisés (Scott & Lishak, 2012). Cette tendance dénote des actes de violence graves et répétés, ce qui augmente le risque que les enfants exposés à cette violence subissent des préjudices (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2011).

Le père violent ne respecte pas l'ordonnance de protection rendue par le tribunal, l'ordonnance de protection de l'enfant ou le plan relatif à l'entretien de l'enfant

Selon les recherches, certains adultes victimes de violence conjugale ne croient pas que les ordonnances de protection sont utiles, parce qu'ils ont encore vécu la violence après la séparation alors qu'une ordonnance de protection était en vigueur (Humphreys & Thiara, 2003). Selon une étude, 25 % des femmes qui avaient obtenu une ordonnance de protection contre leur ex-conjoint ont constaté que la violence se poursuivait après la séparation malgré la présence de l'ordonnance et la police et les tribunaux ont été incapables d'intervenir pour mettre un terme aux violations (Humphreys & Thiara, 2003).

Les experts estiment également que le père violent qui ne se conforme pas à une ordonnance de protection de l'enfant ou à un plan relatif à l'entretien de l'enfant représente un facteur de risque pour celui-ci pendant la séparation parentale. L'inobservation de ces ordonnances montre que l'auteur de la violence n'est pas disposé à collaborer avec d'autres personnes pour apporter un peu de stabilité à sa famille et mettre un terme à la violence.

Refus d'accepter la responsabilité à l'égard des gestes ou comportements violents antérieurs

Lorsque l'auteur de la violence continue à rejeter la faute de sa conduite sur la victime ou qu'il minimise ou nie la conduite qui lui est reprochée malgré les renseignements accumulés, il est plus susceptible de récidiver (Bancroft, Silverman & Ritchie, 2012). Qui plus est, le refus de participer à un programme d'intervention pour hommes violents constitue une autre preuve du refus d'accepter la responsabilité. Les recherches ont démontré constamment que les hommes qui ne suivent pas un programme d'intervention pour hommes violents malgré l'ordonnance de la cour sont deux ou trois fois plus susceptibles d'agresser à nouveau leur partenaire que les hommes qui ont suivi le programme (Babcock, Green, & Robie, 2004; Gondolf, 2012; Klein & Tobin, 2008).

Accès à des armes à feu

L'accès à une arme à feu peut accroître le risque d'homicide visant un enfant, surtout le risque de filicide paternel (cas où le père tue son enfant). Selon les recherches, l'arme à feu a été la cause de décès la plus fréquente dans les cas de filicide-suicide paternel (Kauppi et al., 2010). L'accès à une arme à feu ou la possession d'une telle arme augmente également le risque d'homicide pour le partenaire intime (Campbell et al., 2003).

Passé criminel de l'auteur de la violence

Certains auteurs d'actes de violence conjugale ont parfois tendance à résister davantage aux interventions, parce qu'ils ont adopté un mode de vie antisocial et un comportement criminel en dehors de leur domicile familial, par exemple, en faisant partie d'un gang, comme l'ont souligné les experts interrogés. Ce passé criminel représente un risque de récidive et une source de danger tant pour les victimes adultes que pour les enfants exposés à cette violence (Hilton, Harris, Popham & Lang, 2010). Le passé criminel est également un facteur de risque qui est associé à l'abandon d'un traitement. Curieusement, les clients qui devraient le plus bénéficier des interventions communautaires sont ceux qui sont les moins enclins à terminer le programme (Olver, Stockdale & Wormith, 2011); en pareil cas, ces personnes peuvent continuer à représenter un risque pour les enfants.

Utilisation des sites des réseaux sociaux pour traquer, harceler ou exploiter les enfants

De 2010 à 2011, la participation des jeunes âgés de moins de 18 ans aux réseaux sociaux (p. ex. Facebook) a connu une hausse importante (59 %) (comScore, 2012). Selon les experts, les parents utilisent parfois les sites des réseaux sociaux pour traquer, harceler et exploiter davantage leurs enfants, notamment en période de séparation parentale, lorsqu'ils n'ont pas de droit de garde ou d'accès auprès de leurs enfants. Les auteurs d'actes de violence familiale sont enclins à utiliser les sites des réseaux sociaux pour communiquer avec leurs enfants dans le but d'obtenir des renseignements au sujet de la victime d'âge adulte ou d'endoctriner l'enfant afin qu'il se retourne contre l'autre parent. Le parent violent peut également se servir des sites en question pour commettre d'autres actes de maltraitance (p. ex. violence psychologique, verbale) à l'endroit de l'enfant.

Cruauté envers les animaux domestiques et autres

Les recherches ont démontré que des incidents de cruauté envers les animaux avaient été signalés chez des familles aux prises avec la violence (DeGue & DiLillo, 2009). La cruauté envers les animaux constitue un facteur de risque de violence conjugale pouvant aller jusqu'à l'homicide (Faver & Strand, 2003; Walton-Moss et al., 2005). Dans bien des cas, les victimes d'âge adulte refusent de mettre un terme à une relation marquée par la violence parce qu'elles craignent que leur partenaire ne blesse leur animal. De plus, DeGue et DiLillo (2009) ont constaté que les participants qui avaient avoué avoir vécu des incidents de violence familiale pendant leur enfance, plus précisément des incidents de violence physique et psychologique, étaient plus enclins à déclarer qu'ils avaient été témoins d'actes de cruauté envers un animal.

2.2.3.3 Les facteurs habituellement associés aux deux parents
Relation non biologique avec l'enfant

Le fait d'avoir un parent ou un fournisseur de soins non lié biologiquement (surtout une personne de sexe masculin) constitue un facteur de risque de victimisation pour l'enfant (Daly & Wilson, 1996; Yampolskaya, Greenbaum, & Berson, 2009). Ainsi, selon les résultats d'une analyse de près de 4 000 homicides d'enfants âgés de moins de cinq ans aux États-Unis, les hommes étaient huit fois plus susceptibles et les femmes, près de trois fois plus susceptibles, de tuer les enfants de leur conjoint que leurs enfants biologiques (Weekes-Shackelford & Shackelford, 2004).

Abus d'alcool ou d'autres drogues par les parents

De nombreuses études ont mené à la conclusion que l'abus d'alcool ou d'autres drogues augmente le risque de comportement violent tant à l'endroit des conjoints que des enfants (Dong et al, 2004; Famularo, Kinsherriff, & Fenton, 1992; Hartley, 2002; Kellerher, Chaffin, Hollenberg, & Fischer, 1994). Un lien a également été établi entre la consommation abusive d'alcool ou d'autres drogues par le père et l'abus semblable de la part de la mère (Barnett & Fagan, 1993). En conséquence, lorsque le père consomme de l'alcool ou d'autres drogues de manière abusive, il se pourrait bien que la mère en fasse autant. Étant donné que la consommation abusive d'alcool ou d'autres drogues touche le fonctionnement mental, le jugement, les inhibitions et la capacité de protection, les parents qui consomment de l'alcool ou d'autres drogues de manière abusive risquent de négliger les besoins de leurs enfants, d'être plus agressifs, de recourir à la discipline de façon inappropriée envers leurs enfants et de faire des mauvais choix en ce qui concerne leur éducation, et pourraient aussi former des attaches malsaines avec ceux-ci (Ammerman, Kolko, Kirisci, Blackson & Dawes, 1999; Eiden, Edwards, & Leonard, 2002). Selon les recherches, les pères qui consomment de l'alcool ou d'autres drogues de manière abusive sont souvent moins sensibles et démontrent des émotions négatives envers leurs enfants, ce qui mène en dernier ressort à des attaches malsaines entre ces enfants et leurs pères (Eiden, Chavez, & Leonard, 1999; Eiden, Edwards, & Leonard). Les problèmes liés à la consommation abusive d'alcool ou d'autres drogues peuvent également conduire à une plus grande volatilité et à une résistance au changement.

Psychopathologie/maladie mentale des parents

Un certain nombre d'études de recherche ont permis de relever différentes typologies des auteurs de violence conjugale (Cavanaugh & Gelles, 2005). Un examen des différentes typologies montre que les agresseurs les plus violents sont ceux qui présentent un degré élevé de psychopathologie. Dans bien des cas, ces agresseurs ont également un passé criminel. D'autres auteurs d'actes de violence conjugale présentent des caractéristiques associées au trouble de la personnalité limite et souffrent de dépression et d'angoisse. Dans certains cas, le délire de jalousie est également observé chez ces personnes, qui sont alors incapables de tolérer la séparation d'avec leur partenaire (Cavanaugh & Gelles). Les recherches menées au sujet des pères qui commettent des actes de violence physique à l'endroit de leurs enfants montrent que ces personnes ressentent davantage de colère, de dépression, d'hostilité et de stress et ont davantage un mode de pensée persécutoire que les pères non violents (Francis & Wolfe, 2008). De plus, les pères enclins à la violence physique font montre de moins d'empathie à l'endroit de leurs enfants.

Selon les recherches, les enfants seraient davantage exposés au risque d'être agressés physiquement et sexuellement lorsque leur mère souffre d'un trouble psychiatrique (Walsh, MacMillan & Jamieson, 2002). De plus, un très grand nombre de recherches ont porté sur des questions liées à la santé mentale de la mère et au filicide commis par celle-ci (Bourget, Grace, & Whitehurst, 2007; Friedman & Resnick, 2007; Kauppi et al., 2010). Plus précisément, les recherches ont démontré que les mères qui tuent leurs enfants sont plus susceptibles de souffrir d'une sorte de trouble psychiatrique, principalement un trouble dépressif majeur, y compris la dépression postpartum et le trouble bipolaire (Bourget & Gagné, 2002; Koenen & Thompson, 2008).  Les motifs du filicide commis par la mère sont le plus souvent de nature altruiste, par exemple, le désir de mettre fin aux souffrances des enfants victimes, ou profondément psychotique, auquel cas aucun motif rationnel n'explique le geste (Resnick, 1969; Friedman, Horowitz & Resnick, 2005).

Absence d'accord au sujet du rôle des parents dans les familles reconstituées

L'exercice du rôle parental dans les familles reconstituées peut se révéler difficile et provoquer des conflits lorsque les parents ne s'entendent pas sur la façon de discipliner les enfants de leur conjoint ou d'agir à leur endroit. Ce désaccord peut exacerber les conflits qui opposent un parent et un enfant du conjoint et augmenter le risque de préjudice auquel celui-ci est exposé. Au cours des 30 dernières années, le phénomène appelé « effet Cendrillon » a pris beaucoup d'ampleur, c'est-à-dire que les enfants du conjoint sont exposés à un risque beaucoup plus grand d'être victimes de violence physique et d'homicide, comparativement aux enfants vivant avec leurs deux parents biologiques (Daly & Wilson, 1998; 2001). Selon une théorie, ce phénomène s'expliquerait par le fait que les mécanismes de psychologie parentale qui favorisent l'utilisation de comportements axés sur le soutien et la protection des enfants par les parents biologiques ne sont que partiellement activés, s'ils le sont, chez les beaux-parents. En conséquence, selon Daly et Wilson, les beaux-parents sont davantage susceptibles d'agresser physiquement les enfants de leur conjoint, parce que leur rôle parental est alors caractérisé par un degré moins élevé d'engagement inné envers le bien-être de l'enfant et de tolérance à l'égard de son comportement.

Mauvais traitements subis par le parent pendant son enfance

Les enfants courent un plus grand risque d'être maltraités lorsque la mère a elle-même été victime de violence pendant son enfance (Sidebotham & Golding, 2001). De plus, les mères qui ont été victimes de violence tant pendant leur enfance qu'au cours de leur vie adulte présentent davantage de symptômes de dépression périnatale; elles sont aussi plus sévères et leurs enfants ont davantage de problèmes d'extériorisation et d'intériorisation (Dubowitz et al., 2001; Kaufman & Zigler, 1993). Dans la même veine, les pères qui ont été maltraités sont plus susceptibles de maltraiter leurs propres enfants. C'est notamment le cas des pères qui considèrent leur propre expérience comme une expérience normale ou justifiée (Guterman & Lee, 2005; Renner & Slack, 2006).

Le parent a été agressé ou négligé pendant son enfance

Il appert des recherches que la maltraitance subie pendant l'enfance constitue fréquemment un facteur de risque de récidive d'actes de violence à l'endroit de l'enfant (Cavanagh, Dobash & Dobash, 2007; Coohey, 2006). Les données provenant des cas d'actes de violence mortelle à l'endroit des enfants montrent que la majorité des agresseurs avaient été maltraités à maintes reprises dans le passé et avaient déjà fait preuve de violence à l'endroit de l'enfant (Cavanagh, Dobash & Dobash, 2007). Une étude sur la récidive chez les pères physiquement violents a révélé que les facteurs fréquents de risque de récidive résident dans les mauvais traitements subis pendant l'enfance et dans le fait d'avoir gravement blessé un enfant dans le passé (Coohey, 2006).

Recours au châtiment corporel et à d'autres comportements hostiles

Les recherches ont montré que le recours par les parents au châtiment corporel comme forme régulière de sanction disciplinaire constitue un prédicteur important de violence physique (Stith et al., 2009). Une étude a révélé que les parents violents ont recours à des comportements beaucoup plus hostiles envers leurs enfants (p. ex., exprimer de la colère et de la désapprobation; terroriser, menacer ou humilier l'enfant; utiliser des gestes désagréables) que les parents non violents (Wilson et al., 2008). Plus précisément, les pères violents ont davantage recours que les pères non violents à des comportements hostiles, à des formes de contrôle et à des critiques à l'endroit de leurs enfants (Silber et al. 1993).

Stress parental

Margolin et Gordis (2003) ont constaté que la violence familiale était associée à la violence faite aux enfants, mais uniquement dans les cas où le stress parental était élevé. Dans la même veine, les recherches ont révélé un plus grand degré de stress quotidien dans les familles où la négligence est présente, comparativement aux familles où les enfants ne sont pas négligés (Whipple & Webster-Stratton, 1991). Ce stress pourrait être lié à d'autres facteurs de risque, comme un faible statut socioéconomique et des circonstances qui cadrent avec la pauvreté, par exemple, le chômage, la maladie physique et mentale et les problèmes conjugaux.

Aptitudes parentales

Les recherches donnent à penser que les parents qui agressent leurs enfants ont des attentes plus négatives ou des attentes plus élevées à l'endroit de leurs enfants et comprennent moins bien les normes de développement appropriées (Goldman, Salus, Wolcott & Kennedy, 2003). Les parents qui ont moins de connaissances au sujet du développement normal de l'enfant ont parfois des attentes non réalistes à l'endroit de leur enfant et, lorsque celui-ci ne répond pas à ces attentes, un châtiment inapproprié (par exemple, le fait de frapper un enfant d'un an qui a mouillé son lit) lui est administré.

Croyances aberrantes des parents au sujet des attentes fondées sur le genre

Bien qu'il n'y ait aucune donnée empirique appuyant les croyances aberrantes au sujet des attentes fondées sur le genre comme risque potentiel de préjudice pour l'enfant, des experts ont constaté au cours de leur pratique que, lorsqu'un enfant ne répondait pas aux attentes de cette nature de leurs parents,  ils étaient davantage exposés à la violence. Une étude a permis de conclure que les hommes gais étaient plus susceptibles d'avoir été agressés par leur père à l'adolescence comparativement aux hommes hétérosexuels (Harry, 1989). De plus, la violence a été liée au fait que les pères avaient passé leur enfance dans un environnement féminin, qu'ils avaient eu de mauvaises relations avec leurs pères et qu'ils avaient eu des contacts sexuels avec des gais pendant l'adolescence.

2.2.4 Les facteurs d'ordre communautaire, sociétal et culturel

Voici une description des facteurs associés au contexte communautaire, sociétal et culturel qui peuvent augmenter le risque de préjudice pour les enfants.

Pauvreté

Sur le plan de la vulnérabilité, le faible statut socioéconomique a été considéré comme un prédicteur important de maltraitance à l'endroit des enfants (Browne & Saqi, 1988). Selon certaines recherches, les enfants américains vivant dans des familles dont le revenu annuel est inférieur à 15 000 $ sont plus de 22 fois plus exposés au risque d'être agressés et négligés que les enfants issus de familles dont le revenu annuel dépasse 30 000 $ (Sedlak & Broadhurst, 1996). Différentes théories permettent d'expliquer cette association. Certains affirment qu'une plus grande pauvreté mène à un accroissement du stress parental, tandis que d'autres affirment que les facteurs à l'origine de la pauvreté peuvent également affaiblir la capacité des parents de jouer leur rôle et d'avoir accès à des ressources de soutien.

Isolement social

Les recherches ont démontré que les parents qui maltraitent leurs enfants sont plus isolés, sont plus seuls et reçoivent moins de soutien social (Chan, 1994). Les parents qui ont moins de ressources financières ont aussi moins d'attaches sociales et, dans bien des cas, ils sont moins en mesure de trouver des sources d'aide pour eux-mêmes et pour leurs enfants, ce qui peut se traduire par une hausse du risque associé à la violence conjugale (Cox, Kotch & Everson, 2003). Les parents qui sont isolés socialement n'ont peut-être pas accès à des modèles adéquats en ce qui concerne le rôle parental et éprouvent souvent un sentiment de responsabilité sociale moins prononcé à cet égard.

Familles rurales

Les personnes qui vivent en milieu rural pourraient être davantage exposées au risque de se faire prendre dans une relation marquée par la violence et avoir du mal à obtenir des services. Selon différents sondages menés sur la victimisation, les taux de violence conjugale postérieurs à la séparation sont plus élevés dans les collectivités rurales que dans les régions urbaines et les banlieues (DeKeseredy & Rennison, 2013). Certains des problèmes et défis sont parfois liés à l'isolement géographique et au manque d'accès à des services spécialisés (Wendt, 2009) de même qu'à la présence accrue d'armes comme élément normal de la vie rurale (Doherty, 2012).

Violence communautaire

Selon les recherches, certaines variables propres aux quartiers (p. ex., crime violent, charge que représente le soin des enfants, perceptions quant aux ressources du quartier, désorganisation de la collectivité locale, instabilité du quartier, trafic de stupéfiants, délinquance juvénile) peuvent augmenter le risque de mauvais traitements pour les enfants (Coulton et al., 2007).  Les chercheurs ont trouvé deux causes qui expliqueraient pourquoi les collectivités ou les quartiers peuvent avoir une incidence sur le comportement des parents. D'abord, les quartiers qui sont désorganisés sur le plan social ont généralement de faibles réseaux sociaux et les parents ne reçoivent pas beaucoup d'appuis ou de conseils de la population locale. Les parents maltraitants estiment souvent que leurs voisins sont moins utiles et moins sympathiques et que leur quartier et leurs réseaux sociaux manquent de cohésion et ne collaborent pas beaucoup. En deuxième lieu, les quartiers à haut risque sont moins susceptibles de posséder les ressources nécessaires pour soutenir les parents, ou les ressources qui existent sont surchargées (Zielinski & Bradshaw, 2006).

Populations vulnérables

Certains groupes et collectivités sont plus vulnérables que d'autres face à la violence familiale. De nombreux rapports préparés et études menées au Canada au fil des années ont documenté l'incidence plus élevée de violence conjugale chez les Autochtones (Amnesty International Canada, 2004; Brennan, 2011; Ursel, 2006, 2008; Proulx & Perrault, 2000; Ontario Native Women's Association, 1989). Les recherches ont également permis de conclure à une surreprésentation des enfants autochtones bénéficiant des services de protection de l'enfance au Canada. Le taux des enquêtes sur les mauvais traitements infligés aux enfants et corroborés était quatre fois plus élevé dans les cas des enfants d'ascendance autochtone que des autres enfants (Agence de santé publique du Canada, 2010). Ces conclusions sont liées aux répercussions des sévices subis par ces collectivités lorsque quelques générations d'enfants ont dû quitter leurs foyers et leurs familles pour fréquenter des pensionnats et y vivre, sans compter la pauvreté et l'absence d'accès aux ressources fondamentales. Bon nombre de survivants des pensionnats indiens affirment que l'une des répercussions à long terme de leurs expériences réside dans la destruction de leurs facultés parentales et de leur capacité d'offrir la sécurité et la stabilité à leurs propres enfants.

Jusqu'à maintenant, peu de recherches ont porté sur les liens entre l'immigration et les services d'aide à l'enfance, bien que l'on ait récemment exploré la relation entre les rôles de ceux-ci et la violence conjugale vécue par les immigrantes (Alaggia & Maiter, 2006; Alaggia, Regehr, & Rishchynski, 2009). Les enfants de familles immigrantes pourraient être davantage exposés au risque de subir des actes de violence familiale, en raison des situations malheureuses découlant du stress familial causé par la migration et l'expérience d'acculturation, des expériences traumatisantes vécues dans le pays d'origine, de la pauvreté découlant du chômage ou du sous-emploi, des différences touchant la culture, la langue et les traditions, de l'isolement, du racisme et de la discrimination ainsi que du manque de connaissance des services de soutien formels (Ma et al., 2013).

Les enquêtes menées par les services de protection de l'enfance canadiens au sujet des familles immigrantes révèlent que la préoccupation la plus fréquemment mentionnée au sujet du fonctionnement des personnes qui prennent soin de l'enfant est le nombre restreint de soutiens sociaux, suivie du fait d'être victime de violence conjugale. De toutes les enquêtes concernant les familles immigrantes, l'agression physique a été la principale préoccupation dans environ le tiers des cas (36 %), suivie de l'exposition à la violence conjugale (19 %), de la négligence (17 %), de la violence psychologique (4 %) et de la violence sexuelle (3 %) (Ma et al, 2013).

La question du « crime d'honneur » a également reçu beaucoup d'attention de la part des médias récemment, environ 10 à 15 crimes d'honneur ayant été commis au Canada au cours de la dernière décennie (Korteweg, 2012). La violence « liée à l'honneur » est définie comme une [traduction] « réponse violente, planifiée par la famille, à la perception selon laquelle une femme, que ce soit comme fille ou épouse, a violé l'honneur de sa famille en franchissant les limites du comportement sexuel acceptable » (Korteweg, p. 136). Bien que la question n'ait pas fait l'objet de nombreuses recherches, étant donné que les crimes d'honneur sont très rares au Canada, lorsque l'honneur représente la principale idéologie d'une famille, les enfants, surtout les filles, sont exposés au risque de subir des formes extrêmes de violence familiale.

Ressources et soutien inadéquats

Afin d'avoir des plans parentaux qui protègent les victimes adultes et leurs enfants après la séparation, les parents doivent avoir accès à des ressources sous forme de services juridiques et sociaux (p. ex. avocat, maison de transition). Dans certains cas, les parents ne peuvent avoir accès à des ressources en raison de barrières culturelles, linguistiques et financières. De plus, des problèmes peuvent survenir lorsque les victimes reçoivent du soutien de professionnels qui comprennent mal la violence conjugale et ses répercussions sur les victimes adultes et leurs enfants. Ainsi, des pressions pourraient être exercées pour inciter la victime adulte à accepter un plan de responsabilités parentales partagées ou à accorder des droits d'accès prolongés à un agresseur afin de régler un litige possible, alors que cette mesure pourrait, en réalité, mettre en danger la vie de la victime adulte et des enfants (Meier, 2009).

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