Examen du rôle de la médiation pour les aînés dans la prévention de la maltraitance des aînés

Section 1 — En quoi consiste la médiation pour les aînés?

B. Modèles de processus de médiation

Selon la littérature et les rétroactions d'intervenants chevronnés dans le domaine, il semble y avoir une certaine diversité dans les modèles de processus de médiation qu'adoptent les spécialistes de la médiation pour les aînés. La plupart des spécialistes de la médiation pour les aînés ayant reçu une formation et des utilisateurs des services de médiation conviennent généralement que la compétence réelle du spécialiste de la médiation pour les aînés, sur le plan de la sensibilité au vieillissement et de la connaissance de celui ci, y compris la maltraitance et la négligence envers les aînés, est essentielle à l'orchestration de n'importe quel modèle de médiation. Tous les modèles permettent de faire en sorte que la participation soit facultative et que les participants donnent un consentement éclairé, qu'ils soient autonomes et que la confidentialité soit préservée. La médiation pour les aînés exige également l'établissement d'un processus de communication et un engagement envers le processus pour que les enjeux soient définis et précisés. Il importe également de procéder à une évaluation préliminaire pour déterminer si la médiation pour les aînés convient. Après qu'il a été décidé que le cas peut faire l'objet d'une médiation, la médiation peut être structurée de façon à protéger tous les participants et à répondre à leurs besoins — particulièrement si l'on soupçonne un déséquilibre des pouvoirs. Par exemple, il n'est pas rare de faire participer un défenseur de la personne âgée aux séances de médiation.

D'après certains experts, les modèles de médiation ne peuvent pas être combinés (Bush et Folger, 2005) tandis que d'autres experts croient le contraire (Kardasis, 2010). L'important, c'est que les médiateurs sachent quel modèle ils utilisent et pourquoi il convient le mieux à la situation particulière et aux participants en cause (McCann-Beranger, 2005). Il importe d'éviter de déterminer au préalable quel processus fonctionnera avant d'évaluer un cas. Kardasis (2010) soutient que les médiateurs et d'autres spécialistes du règlement des différends peuvent recourir à de nombreux processus dans leur pratique. Il semble qu'il n'y ait aucune étude montrant qu'un modèle est meilleur en définitive qu'un autre. Quel que soit le modèle utilisé, tous les conflits comportent des échanges de pouvoirs dans une certaine mesure, et l'objectif consiste à encourager des modes d'échange de pouvoirs constructifs, réciproques et durables (Mayer, 2009), qui permettent de trouver des solutions mutuellement acceptables.

Ci-après figure un examen de certains des modèles de processus concernant la médiation pour les aînés que nous avons découverts dans nos recherches, qui porte surtout sur les modèles qui sont de bon augure pour la pratique en cas de négligence ou de maltraitance alléguée ou présumée.

a. Approche axée sur les intérêts

L'approche axée sur les intérêts est propice à la médiation en cas de négligence ou de maltraitance des aînés présumée ou observée. Il s'agit d'une négociation fondée sur des principes qui portent sur les intérêts ou les besoins dans le but principal d'aider les participants à parvenir à un accord mutuellement acceptable. Elle permet d'appuyer les modèles de résolution des problèmes qui considèrent les conflits comme un problème à résoudre. Les médiateurs essaient d'aider les parties à parvenir à une entente en les orientant vers des résultats qui permettent de répondre au moins à certains des besoins de tous les participants. Une interaction concertée est considérée comme la meilleure façon d'en arriver à un accord satisfaisant. Moore (1996) appuie l'idée selon laquelle l'objectif du médiateur consiste à parvenir à une entente et à régler les questions en litige. Il utilise un modèle de médiation à douze étapes. Les cinq premières sont des étapes préliminaires qui visent à [TRADUCTION] « établir une distinction entre les gens et le problème ». Les sept autres étapes du modèle de Moore correspondent à peu près aux éléments de la méthode de négociation fondée sur des principes de Fisher et Ury (1981) : commencer la séance de médiation, définir les enjeux et établir un programme, découvrir les intérêts cachés des parties, générer des possibilités de règlement, évaluer les possibilités de règlement, terminer la négociation finale et parvenir à un règlement officiel (Moore, 1996). La majorité des spécialistes de la médiation pour les aînés agréés jusqu'à présent ont indiqué qu'ils utilisaient une certaine forme de l'approche axée sur les intérêts.

b. Approche intuitive

Les médiateurs canadiens Kenneth Melchin et Cheryl Picard ont conçu ce modèle à partir des travaux du chercheur canadien Bernard Lonergan sur l'apprentissage en tant que base théorique. L'approche intuitive considère le comportement humain comme étant fondamentalement fondé sur les relations. Un conflit est considéré comme résultant d'un cadre interactif dans lequel les gens donnent un sens à leur environnement et cherchent à réaliser ce qui importe à leurs yeux — leur « affirmation ». Un conflit est considéré comme résultant de la rencontre d'une « menace à l'affirmation », parce qu'il s'agit de la menace réelle ou perçue à nos désirs, du bouleversement des modes de coopération prévus ou de jugements qui finissent par agir sur l'intensité avec laquelle les parties en conflit maintiennent une position ou visent à causer du mal à l'autre. Par ailleurs, ces réactions défensives sont la plupart du temps considérées comme une « attaque » contre les valeurs des autres. L'approche intuitive aide les parties à imaginer de nouveaux modes d'interaction grâce auxquels il est possible de s'affirmer mutuellement sans constituer une menace (Sargent, Picard et Jull [à paraître]).

L'affirmation n'est pas uniquement la poursuite de nos intérêts, de nos valeurs ou de nos besoins individuels ou collectifs. Elle comprend aussi nos attentes fondées sur nos valeurs à l'égard du comportement d'autrui, nos hypothèses au sujet de la façon dont les gens doivent agir, les modes de coopération présumés que nous jugeons nécessaires et nos jugements de valeur concernant les progrès et les reculs que nous percevons dans nos comportements et nos intentions et ceux des autres (Melchin et Picard, 2008). Faire face à ses émotions constitue une stratégie importante dans la mesure où les émotions résultent de la rencontre de menaces à l'affirmation qui jouent un rôle prépondérant dans les modes de défense et d'attaque en cas de conflit. Selon l'approche intuitive, même si les valeurs dans un conflit sont souvent obscures, les sentiments et les réactions défensives ne le sont pas (Picard et Jull [à paraître]).

L'approche intuitive a permis d'établir des stratégies pratiques qui aident les parties à avoir une idée des menaces qui sont devenues manifestes dans les modes d'interactions défense-attaque. Lorsque les parties apprennent ce qui importe pour les autres, pourquoi ils y accordent de l'importance et comment ce qui leur importe est considéré comme une menace, leur raisonnement au sujet des intentions d'autrui change souvent. Cette incertitude nouvelle au sujet de l'autre suscite de la curiosité et une volonté de se parler et de s'écouter les uns les autres (Picard et Melchin, 2003). Les idées acquises grâce aux nouvelles interprétations et connaissances diminuent la réaction à la menace et permettent aux parties de trouver de nouvelles possibilités de s'affirmer mutuellement sans constituer une menace.

Pour faciliter les idées qui font partie de l'apprentissage, les médiateurs qui ont recours à l'approche intuitive font appel à certaines compétences pour explorer le processus interprétatif dans le cadre duquel les parties prennent conscience qu'il existe une menace. Ils acquièrent ces idées lors de conversations approfondies qui leur permettent de porter le conflit sur un nouveau terrain et vers de nouvelles possibilités de changement, car les menaces rencontrées sont réduites ou éliminées. La pratique de l'approfondissement consiste à utiliser des compétences familières aux intervenants faisant appel à l'approche des conflits axée sur les intérêts, transformative, narrative ou autre — compétences qui comprennent des mesures comme la reformulation, le questionnement stratégique et le recadrage. Dans l'approche intuitive, l'intervenant qui a recours à l'approfondissement doit aussi être « intentionnellement réceptif » et utiliser certaines compétences intuitives comme l'association, la dissociation, la vérification, la liaison, la stratification, la finition et l'utilisation (Melchin et Picard, 2008).

c. Approches fondées sur la facilitation

Parmi les nombreux rôles que le spécialiste de la médiation pour les aînés joue lorsqu'on soupçonne la négligence ou la maltraitance des aînés, la facilitation est le plus courant. Les méthodes de médiation ne sont pas séparées hermétiquement, et les concepts sont fluides (Riskin, 2003). L'approche que les spécialistes de la médiation pour les aînés utilisent est fondée sur leurs vastes compétences en matière de facilitation, leur personnalité, leur expérience, leurs études, leurs sensibilités culturelles et leur formation ainsi que leur connaissance du moment où la négligence et la maltraitance ont eu lieu. Un médiateur qui a recours à l'approche fondée sur la facilitation suppose que les participants peuvent savoir « ce qui ne fonctionne pas pour eux » et trouver de meilleures solutions qui amélioreront leur qualité de vie. Une approche générale fondée sur la facilitation aide les participants à comprendre et à définir les problèmes qu'ils veulent résoudre, y compris la discussion de leurs intérêts sous-jacents plutôt que leurs positions. Un médiateur qui utilise l'approche fondée sur la facilitation aide les parties à devenir « réalistes » quant à leur situation, à mettre leur réalité à l'épreuve en fonction de leurs connaissances et de leur expérience. Dans le continuum de l'approche fondée sur la facilitation, certains spécialistes de la médiation pour les aînés estiment que leur rôle consiste à aider les parties à communiquer et à se comprendre. À l'autre extrémité, grâce à son expertise, le médiateur suppose que les parties veulent qu'il les aide à parvenir à un règlement approprié. Selon les avocats McIvor (2006) et Soden (2010), cela semble se produire plus souvent dans le cas des spécialistes de la médiation pour les aînés qui ont des connaissances juridiques.

Dans la plupart des approches fondées sur la facilitation, les membres de la famille prennent un « titre de participation » — au lieu de se soumettre aux ordonnances des tribunaux ou à une décision adoptée à la hâte en groupe par suite d'une médiation. De multiples et brèves séances qui permettent dans une grande mesure de rétablir la confiance et aux membres de la famille d'être prêts à aller de l'avant pendant chaque séance peuvent être organisées, surtout lorsqu'il s'agit de négligence et de maltraitance. Les membres de la famille collaborent plus efficacement en tant que famille de façon continue, et les coûts financiers et émotifs sont moins élevés. Les participants ne signent pas de documents juridiques sans obtenir un avis juridique (Hoeller, 2010).

d. Approche transformative

Dans le cadre de la médiation transformative, les participants façonnent le processus. Selon cette théorie, les gens trouvent que le conflit les empêche de prendre conscience de leur propre force et de leurs rapports avec les autres (Bush et Folger, 2005). Selon les principes de base de l'approche transformative, au lieu d'être une solution aux problèmes, les conflits sont considérés comme une possibilité d'épanouissement moral et de transformation (Bush et Folger, 1994). Ce modèle de médiation porte sur l'ici et maintenant, et tient compte des interactions des participants pour profiter des occasions de favoriser le renforcement de l'autonomie et la reconnaissance. Le renforcement de l'autonomie comporte le renforcement des capacités de l'individu de réfléchir, de faire des choix et d'agir en situation de conflit. La reconnaissance signifie devenir plus favorable et réceptif à la situation de l'autre partie. Le renforcement de l'autonomie se produit lorsque les gens comprennent leurs objectifs plus clairement. Le renforcement de l'autonomie est indépendant de tout résultat particulier de la médiation. La « transformation » réside dans la prise de conscience de l'individu.

Pour faire ressortir les différences entre une approche axée sur les intérêts et la résolution de problèmes et l'approche transformative, les formateurs utilisent souvent le scénario du « groupe rock d'à-côté ». Il s'agit d'un scénario où un groupe joue de la musique et le voisin se plaint du bruit excessif. Une approche axée sur la résolution des problèmes viserait probablement à trouver un compromis, à négocier des heures et des jours de pratique pour le groupe qui n'empêcheraient pas le voisin de se reposer du stress subi à son travail. Une approche transformative consisterait à faire en sorte que les parties réduisent leur hostilité les unes envers les autres en cherchant à comprendre les motifs du comportement de chaque personne et à faire appel aux relations entre elles en tant qu'individus. Par exemple, un voisin pourrait découvrir l'importance que le fait de jouer dans un groupe revêt pour la confiance en soi du voisin tandis que l'autre voisin pourrait découvrir l'importance d'avoir un rendement satisfaisant au travail pour une raison semblable. L'approche viserait aussi à permettre aux parties de décider elles-mêmes comment résoudre la situation, en tenant compte de leurs besoins individuels et relationnels. Les résultats obtenus au moyen de l'approche transformative pourraient ne pas être très différents de ceux de l'approche axée sur la résolution des problèmes; toutefois, c'est la façon d'y arriver qui est très différente et qui la distingue des approches qui mettent l'accent sur la résolution et le règlement des problèmes.

e. Approche narrative

La médiation narrative est une approche qui encourage les parties à raconter l'histoire de leur « conflit » personnel pour produire une histoire « de rechange » qui les amènera à résoudre le différend. Elle est fondée sur la théorie selon laquelle les gens organisent leurs expériences sous forme d'histoire pour donner un sens à leur vie et à leurs relations, et « ils racontent et vivent ces histoires » (Winslade et Monk, 2000). Les médiateurs faisant appel à l'approche narrative ne cherchent pas à obtenir une histoire « factuelle »; ils jugent plutôt plus utile d'accepter l'histoire de chaque personne comme une réalité vécue et de [TRADUCTION] « déterminer les moments où l'histoire pourrait incorporer des approches différentes ». Une tâche clé du médiateur consiste à réduire les motivations rigides et négatives que les parties attribuent aux actions des unes et des autres. Il y arrive en amenant les parties à faire confiance au médiateur et au processus de médiation, en tenant des discussions qui externalisent le conflit, au lieu de l'internaliser, en décrivant les effets du problème sur la personne, en déconstruisant le synopsis dominant et en établissant des définitions partagées du conflit et des solutions à y apporter. La croyance que les histoires du conflit racontées par les parties proviennent des histoires culturelles du monde autour d'elles revêt de l'importance pour les médiateurs qui ont recours à l'approche narrative.

La médiation narrative comprend trois étapes : engagement, déconstruction de l'histoire conflictuelle et construction d'une histoire de rechange (Winslade et Monk, 2000). Au cours de l'étape de l'engagement, le médiateur se concentre sur l'établissement d'une relation avec les parties au conflit en s'occupant du cadre physique et en surveillant le comportement non verbal de toutes les parties. L'accent est également mis sur le rôle que le médiateur et les parties joueront dans le cadre de la médiation. Au cours de l'étape suivante, la déconstruction de l'histoire conflictuelle, le médiateur s'emploie activement à isoler les parties de leur perception et de leur compréhension du conflit en [TRADUCTION] « ébranlant les certitudes sur lesquelles repose le conflit et en invitant les parties à envisager le nœud du conflit d'un point de vue différent ». Selon l'hypothèse, les éléments de coopération, les points d'entente et le respect mutuel ont été exclus de l'histoire conflictuelle et la déconstruction de celle ci peut permettre de créer une histoire de rechange qui comprend ces domaines. La dernière étape de la médiation narrative consiste à construire une histoire de rechange. Au cours de cette étape, le médiateur [TRADUCTION] « s'emploie à créer un synopsis de rechange préféré avec les gens qui vivaient auparavant une relation conflictuelle ». Dans la médiation narrative, l'établissement de la coopération peut être plus important que la conclusion d'une entente.

f. Modèle de médiation axé sur la tutelle

Le Centre for Social Gerontology (TCSG) à Ann Arbor (Michigan) est un chef de file en matière de médiation axée sur la tutelle (http://www.tcsg.org). Le Centre a fait paraître plusieurs publications dans le domaine et il promeut un modèle de médiation pour les aînés axé sur la tutelle qui est fondé sur une loi concernant la tutelle aux États-Unis qui est différente des lois d'autres pays. Ses recommandations en matière de procédures concernant les critères de dépistage des cas, l'évaluation de la capacité de participer, la détermination des personnes qui seront à la table de négociation, l'évaluation des cas où la maltraitance ou la négligence constitue un problème et les procédures de médiation peuvent cependant être utiles pour les médiateurs canadiens. Le TCSG offre une formation complète sur la médiation axée sur la tutelle pour enseigner la base de connaissances et les compétences nécessaires (TCSG, 2002).

En général, au Canada et dans d'autres pays, la capacité fait l'objet d'un apprentissage et de discussions poussés. Ce concept est essentiel dans la médiation pour les aînés. Plus les médiateurs comprennent la capacité, plus ils sont susceptibles d'en venir à comprendre l'importance cruciale que la personne au centre des discussions fasse entendre sa voix dans le cadre de la médiation. Après qu'un tribunal a décidé qu'une personne est incapable de prendre des décisions judicieuses, cette décision est rarement infirmée. Par conséquent, il est essentiel de veiller à ce que la personne ne soit pas jugée inapte si elle a en fait de nombreuses capacités (Soden, 2010). De plus, il est généralement convenu par les spécialistes dans le domaine que les familles qui participent au processus de médiation axé sur la tutelle avant la nomination d'un tuteur trouvent presque toujours une solution moins restrictive que la tutelle complète (Castner, 2006; Largent, 2009).

g. Modèle thérapeutique de médiation pour les aînés

Ce modèle de médiation pour les aînés repose sur les travaux de Howard Irving (Irving et Benjamin, 1995). Après avoir fait des études pour devenir psychologues professionnels ou travailleurs sociaux et ayant acquis une vaste expérience de la médiation familiale, ces spécialistes de la médiation pour les aînés ont remporté du succès au moyen d'un modèle thérapeutique. Au cours de la séance initiale, les médiateurs ne font que déterminer s'il existe des formes de relations influentes qui pourraient avoir des répercussions sur le déroulement de la médiation pour les aînés. Il s'agit généralement de cas de maltraitance et de négligence des aînés et de cas où la subtilité de la maltraitance et de la négligence est parfois reconnue. Il n'est pas rare que la famille n'ait pas reconnu ces formes, car elles faisaient partie depuis longtemps de la culture familiale. Au moyen de questions narratives et stratégiques, il est possible de dépister ces formes de relations dans les interactions et les histoires des membres de la famille à partir des séances et des contacts initiaux. Lorsque les entrevues et les évaluations initiales ont eu lieu et qu'il est convenu qu'il y aura une médiation pour les aînés, le médiateur a souvent recours à un modèle intuitif ou axé sur les intérêts. À ce moment-là, les familles ont rencontré l'empathie à son meilleur, se sont investis dans le processus et se sentent en sécurité et en mesure de continuer. Ce modèle établit une distinction entre un conflit familial et un conflit avec d'autres groupes et il propose des techniques adaptées à chaque famille.

Le modèle thérapeutique vise à répondre aux préoccupations et à nommer les problèmes tout en assurant l'épanouissement des relations existantes et le maintien du respect. Le rôle de la famille ne peut pas être remplacé; par conséquent, la clé consiste à faire participer le plus de personnes possible à la négociation, notamment le partenaire, les frères et sœurs, les enfants adultes, un directeur de la chorale de l'église où la personne chante ou le directeur de la banque. La technologie peut permettre de joindre les membres de la famille éloignés. Le spécialiste de la médiation pour les aînés aide à maintenir le calme de la situation et il crée un environnement propice aux discussions en reformulant et en expliquant les choses d'une manière plus douce. Cela peut susciter la participation des membres de la famille qui étaient ostracisés et de renforcer les relations. Un élément ciblé de ce modèle est le mieux-être et la reconnaissance des points forts ainsi que le rappel des compétences et des stratégies qui ont fonctionné par le passé. Même en cas de maltraitance ou de négligence envers les aînés, les participants peuvent en venir à définir ensemble des stratégies préventives, des rôles et des plans qui permettront d'éviter de répéter, dans la mesure du possible, la maltraitance et la négligence envers les aînés (McCann-Beranger, 2010).

h. Approche de la justice réparatrice

L'approche de la justice réparatrice commence par l'admission, le dépistage et l'orientation par un intervenant professionnel afin de s'assurer que toutes les parties ont voix au chapitre et ne craignent pas d'aller de l'avant, et de déterminer si la personne qui a causé les préjudices en accepte la responsabilité, si les parties acceptent de participer et si la personne âgée est capable de comprendre le processus et d'y participer. Si des préoccupations sont exprimées à ce stade, un comité de contrôle examine le cas avant d'aller de l'avant. Selon Arlene Groh, spécialiste de la médiation pour les aînés et experte en justice réparatrice, il est essentiel que les intervenants et les spécialistes de la médiation pour les aînés comprennent les questions complexes de la maltraitance des aînés et y soient sensibles. Dans le modèle de Groh, les deux intervenants affectés au cas commencent par écouter avant de chercher à comprendre davantage le conflit. Les intervenants invitent tout le monde dans un cercle où les discussions permettent d'en arriver à un consensus sur les raisons de la situation, la façon de réparer les préjudices causés et la manière de prévenir d'autres préjudices à l'avenir. Le cercle est ensuite clos, et les personnes présentes sont contactées environ trois mois plus tard pour le suivi (Arlene Groh, 2008).

La médiation axée sur la justice réparatrice a donné lieu à un autre modèle de médiation appelé « médiation humaniste ». La médiation humaniste est fondée sur des croyances concernant 1) l'interdépendance de tout ce qui nous entoure et de notre humanité commune; 2) l'importance de la présence du médiateur et des liens qu'il noue avec les parties en cause pour favoriser la résolution efficace du conflit; 3) le pouvoir de guérison de la médiation; 4) le désir de la plupart des gens de vivre en paix; 5) le désir de la plupart des gens de s'épanouir au moyen des expériences de la vie; 6) la capacité de tous de tirer parti de leurs réserves intérieures de force pour surmonter l'adversité, de s'épanouir et d'aider les autres dans des circonstances semblables; 7) la dignité et l'autodétermination inhérentes qui résultent du fait de faire face directement à un conflit (Umbreit, 2001, p. 4).

i. Médiation par l'entremise d'un cabinet d'avocats (un exemple)

Ann Soden, avocate et spécialiste de la médiation pour les aînés du Québec, trouve la médiation pour les aînés très utile lorsqu'il s'agit de familles où les subtilités de la maltraitance sont présentes. Soden a recours à la médiation pour les aînés dans les cas où il y a exploitation et où la maltraitance subtile est surtout psychologique — allant de l'application de pressions pour exercer un contrôle sur une personne à la surprotection de cette personne, à la négation des droits de cette personne ou à la limitation de l'accès de celle-ci à ses droits. Le tribunal est saisi des cas extrêmes. La réunion familiale se tient généralement dans le cadre d'une conférence présidée par un médiateur professionnel pour assurer un équilibre des pouvoirs de toutes les parties en présence d'un facilitateur neutre. Il est important d'informer tous les membres de la famille que le médiateur ne sera pas un avocat praticien et ne prodiguera pas de conseils juridiques.

Au cours de la réunion initiale, les membres de la famille signent une entente et reçoivent un ordre du jour qui régit les règles de conduite pour la séance. Les règles comprennent l'engagement pris par tous de faire une divulgation complète, l'engagement de garder confidentielles et protégées toutes les communications présentées au cours des réunions et une exonération de responsabilité en faveur du médiateur. Certains membres de la famille peuvent refuser d'y assister, mais la réunion a lieu quand même, et les membres absents sont informés de l'entente conclue par les membres présents. La réunion et l'entente témoigneront de la capacité du client et de son consentement libre et éclairé. Selon Soden, le rôle du médiateur dans ce modèle fondé sur une solution consiste à agir comme défenseur, intervenant et soutien de la famille et du client. Il est essentiel de comprendre la capacité, car il faut évaluer les décisions selon la situation particulière. Il faut réfléchir sérieusement à la situation avant de déterminer qu'une personne est complètement inapte.

Un élément préventif consiste à promouvoir un plan de vie ultérieur. Cela aide à résoudre les problèmes et les complications lorsque les plans sont complexes. Il prévoit aussi qui représentera le client s'il devient inapte. On a recours à une équipe de ressources au besoin, et un ensemble de personnes entourent le client. Même si Soden est en faveur du fait que le client communique ce qu'il veut, elle explique les limites des pouvoirs des parties et des obligations d'une partie de rendre compte de tout ce qu'elle fait en présence de nombreux témoins, y compris un avocat.

[TRADUCTION]

La médiation pour les aînés aide la famille à comprendre et permet de faire en sorte que les souhaits de la personne au cœur de tout le processus soient compris, que les droits de la personne soient protégés et, lorsque la maltraitance suscite des préoccupations, que les mesures de protection appropriées soient prises, mais seulement les mesures nécessaires, pour restreindre le moins possible son autonomie. Il est trop facile de faire état de la protection d'un adulte et de soustraire une personne à une situation. Cela signifie, bien entendu, l'éloigner du milieu de vie qu'elle connaît. Souvent, des gens ont vécu cette dysfonction pendant toute leur vie. Il y a des façons de modifier la dépendance à l'égard d'un agresseur sans priver la personne de toute sa vie. Le fait qu'une personne ait une capacité réduite n'est pas une raison suffisante pour la priver de ses droits, la placer dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée et confier tous ses pouvoirs décisionnels à quelqu'un d'autre. La médiation pour les aînés aide à trouver les solutions qui permettront aux gens d'avoir le plus d'autonomie possible (Soden, 2010).

Si des éléments de maltraitance sont présents et que la médiation est offerte dès le début, 80 % de cas sont résolus à ce niveau. Si la médiation pour les aînés a lieu dès le départ, les malentendus seront résolus, les éléments de maltraitance seront réduits et l'exploitation subtile sera diminuée (Soden, 2010).

j. Modèle de médiation-défense

Selon McIvers, dans le cadre son processus facultatif et non coercitif, la médiation pour les aînés peut améliorer les droits des aînés, constituer une forme acceptable d'intervention sociale minimale et contribuer à la prévention de la maltraitance des aînés à des stades précoces des conflits relationnels entre les personnes âgées et leurs fournisseurs de soins dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée ou une résidence (McIvers, 2006). Voici les caractéristiques de cette approche :

  • orchestrer la médiation dans un environnement sécuritaire et neutre où les membres de la famille peuvent discuter des questions qui n'ont pas été réglées;
  • faire en sorte que la voix de la personne âgée soit un sujet de préoccupation de premier plan;
  • tenir les réunions à l'heure et à l'endroit qui conviennent le mieux à la personne âgée;
  • travailler avec les membres de la famille et d'autres fournisseurs de soins pour accroître la connaissance et la compréhension des problèmes et des conflits au sein de la famille qui causent du stress aux personnes âgées;
  • renseigner les participants sur la maltraitance et la négligence et encourager ceux ci à surveiller et à signaler les situations qui peuvent donner lieu à la maltraitance.

La médiation a permis de résoudre un pourcentage élevé de cas de maltraitance des aînés en augmentant la satisfaction des clients à un coût plus bas. Si elle est utilisée avec sagesse, ses avantages l'emportent de loin sur les risques. Les avocats qui préparent et utilisent minutieusement la gamme complète de leurs compétences interpersonnelles et en matière de défense sont largement récompensés tout comme leurs clients (McIvers, 2006).

k. Modèle déontologique

L'Elder Mediation Center du New Jersey (EMC-NJ) a conçu un modèle de médiation déontologique fondé sur cinq principes :

  1. Autonomie — notion selon laquelle chaque participant a son mot à dire dans le processus et ne subit pas de coercition (c. à d. notion de libre arbitre).
  2. Bienfaisance — notion selon laquelle les participants s'emploient à trouver une solution qui sera utile et qui finira par donner de bons résultats.
  3. Ne pas causer de mal — notion selon laquelle les participants ne doivent pas se trouver dans une situation pire après le processus de médiation et l'adoption éventuelle d'une solution. Le processus de médiation ne produit pas d'inconvénient.
  4. Fidélité — notion selon laquelle le médiateur est fidèle à son client ou à sa cliente, aux principes déontologiques et au processus de médiation.
  5. Équité pour tous — notion selon laquelle les participants ont une possibilité égale de participer au processus et d'être entendus.

Ce modèle considère l'administrateur professionnel de soins gériatriques (APSG) comme faisant partie intégrante du processus de médiation pour les aînés. Dans le cadre du modèle déontologique de médiation pour les aînés, l'EMC-NJ considère l'administrateur professionnel de soins gériatriques comme essentiel lorsqu'il travaille avec les parties en conflit qui cherchent une solution concernant des personnes âgées fragiles ou vulnérables. Cette approche diffère considérablement des autres modèles de médiation, car l'APSG n'est pas le médiateur. L'APSG appuie la médiation en procédant à une évaluation de la gestion des soins et en établissant un plan de soins qui sert au processus de médiation. L'APSG prodigue des conseils objectifs et professionnels dans des cas qui sont souvent empreints d'émotion et de mésentente. Reconnaissant l'importance de l'APSG et du plan de soins, le médiateur utilise les compétences et les recommandations de ce dernier pour aider les participants à trouver des possibilités réelles. Le service vise à faire respecter les principes déontologiques de l'autonomie, de la bienfaisance, de l'évitement du mal, de la fidélité et de la justice.

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