Examen du rôle de la médiation pour les aînés dans la prévention de la maltraitance des aînés

Section 4 — Questions déontologiques, juridiques et relatives à la formation

A. Questions déontologiques

[TRADUCTION] À mesure que de nouvelles conditions surgissent…la loi, au lieu d'être fixe et statique, devient une entité vivante et changeante conçue pour répondre aux besoins de la société — Juge Brian Dixon (Soden, 2005).

La médiation pour les aînés est complémentaire de la pratique du droit des aînés et elle est fondée sur les principes de la prise de décision éclairée, de l'autonomie, de l'autodétermination et de la confidentialité. Les spécialistes de la médiation pour les aînés, qui possèdent des compétences étendues, qui sont sensibles et empathiques et qui ont une variété de modèles et de théories dans leur répertoire, sont les mieux placés pour traiter des questions déontologiques et juridiques (McCann-Beranger, 2005). L'obligation d'être compétent, d'utiliser des connaissances, des compétences et des aptitudes professionnelles et de parfaire ces compétences au fil du temps constitue une responsabilité déontologique. Tous ceux qui participent à la médiation ont le droit de bénéficier d'un service de qualité supérieure offert par un fournisseur compétent (Code, annexe B).

Néanmoins, dans les pays où la médiation pour les aînés connaît un essor, il y a peu de restrictions –si tant est qu'il y en ait — qui peuvent empêcher quelqu'un de se proclamer « spécialiste de la médiation pour les aînés » et d'installer une enseigne pour faire savoir qu'il pratique la médiation pour les aînés. Un intervenant, qui n'est pas agréé pour exercer la profession de spécialiste de la médiation pour les aînés, peut causer des préjudices dans certains cas — en particulier dans les cas présumés de maltraitance et de négligence. Il est devenu évident que le processus de médiation pour les aînés — particulièrement l'établissement de la confiance au sein d'une famille — sert à mettre au jour en douceur les actes de maltraitance et de négligence dans une famille qui jusque-là demeuraient imperceptibles. À mesure que la famille reconnaît et accepte la responsabilité de ce comportement, elle peut commencer à recourir à des solutions acceptables pour les deux parties. Un spécialiste de la médiation pour les aînés ayant reçu une formation appropriée serait sensibilisé à ces questions. Elder Mediation Canada et Médiation familiale Canada comptent parmi les chefs de file mondiaux à cet égard en veillant à ce que les médiateurs soient formés et agréés et à ce qu'ils se conforment à une norme uniforme.

La plupart des séminaires, conférences, sommets et ateliers sur la médiation pour les aînés consacrent une partie de leur période de formation aux questions déontologiques et juridiques. Les sommets mondiaux sur la médiation relative aux questions de vieillissement tenus à Ottawa, Dublin et Chicago au cours des trois dernières années comprenaient des discussions entre experts sur ce thème. En 2007, la Temple University de Philadelphie a organisé le symposium Ethical Standards for Elder Mediation. Les principes et questions déontologiques constituent un élément fondamental de la formation sur la médiation pour les aînés et visent à inciter le spécialiste de la médiation pour les aînés à réfléchir davantage sur les questions définies pour pouvoir faire reposer la prise de décisions déontologique sur une base solide. Au Canada, pour obtenir son agrément, un spécialiste de la médiation pour les aînés doit observer le Code de déontologie des spécialistes de la médiation pour les aînés (annexe B du présent document) et se conformer aux normes déontologiques concernant la pratique de la médiation pour les aînés.

Le mentorat et l'encadrement sont populaires chez les spécialistes de la médiation pour les aînés, car ils apprennent et se lancent mutuellement le défi, ce qui leur permet d'améliorer le service aux participants à la médiation pour les aînés. Ces approches stimulent les discussions et suscitent des questions sur les normes déontologiques des spécialistes de la médiation pour les aînés. Voici des exemples de certaines de ces questions déontologiques :

  • Ce cas peut-il faire l'objet d'une médiation pour les aînés?
  • Qui doit être invité à participer? Est-ce que tous sont inclus? Tous devront-ils assister à chaque séance? Dans la négative, pourquoi? Dans l'affirmative, qui décide?
  • Faut-il procéder à des renvois? Dans l'affirmative, vers qui? Pourquoi?
  • Doit-il y avoir des exigences particulières en matière de dépistage? Dans l'affirmative, qui s'en charge?
  • Autonomie et compétence de tous les participants.
  • Ai-je les compétences nécessaires pour entreprendre cette médiation?
  • Suis-je déterminé à être attentif aux obstacles invisibles que pose ma première profession — un avocat qui agit comme médiateur; un psychologue qui agit comme médiateur?
  • Comment tirer parti de ma discipline première pour améliorer la pratique de la médiation pour les aînés?
  • Facteurs d'impartialité et de neutralité.
  • Facteurs à prendre en considération par suite de la maltraitance, de la maltraitance alléguée, des questions de sécurité, de la négligence et de la négligence de soi et importance d'un dépistage continu de la maltraitance et de la négligence au cours du processus.
  • Y a-t-il des conflits d'intérêts?
  • Assurer la confidentialité et les limites de la confidentialité.
  • Y a-t-il des préoccupations sur le plan de la capacité? Que fait-on pour que tous soient entendus? Un défenseur doit-il participer? Qui décide? Quel est son rôle?
  • L'avocat ou le spécialiste doivent-ils participer aux séances? Qui décide?

Nicole Garton-Jones, avocate praticienne et spécialiste de la médiation pour les aînés de la Colombie-Britannique a présenté un atelier inspirant intitulé Elder Mediation and Ethics: An Overview au troisième sommet international sur la médiation pour les aînés à Chicago (mai 2010). Dans son exposé, elle fait état de la déontologie, de la médiation facultative ou obligatoire, de la capacité et de la confidentialité dans la mesure où elles s'appliquent au Canada; on peut consulter cet exposé dans le site Web du Slideshare Network (Garton-Jones, 2010).

B. Questions juridiques

Même s'il est prouvé qu'on continue de vouloir officialiser dans une loi la médiation pour les aînés en tant que processus facilitant, consensuel et confidentiel (Rickard-Clarke, 2009), il n'existe pas de loi semblable actuellement au Canada. Comme il a été mentionné plus haut, le Canadian Centre for Elder Law recueille, dans le cadre de son projet Elder and Guardianship Mediation Project, des données pertinentes et consulte des intervenants clés afin de fournir des renseignements qui peuvent servir à la facilitation de l'adoption de la médiation obligatoire en Colombie-Britannique et de la formation des spécialistes de la médiation pour les aînés qui travaillent avec des clients âgés (Braun, 2009).

Le Code de déontologie des spécialistes de la médiation pour les aînés (annexe B) comprend une section sur les relations interprofessionnelles, où il est mentionné que :

  • Le spécialiste de la médiation pour les aînés doit respecter et susciter des relations complémentaires entre les services de médiation, juridiques et de santé mentale et les autres services sociaux et les fournisseurs de soins et connaître les ressources communautaires qui conviennent aux personnes aiguillées.
  • Le spécialiste de la médiation pour les aînés doit promouvoir la coopération et la sensibilisation avec d'autres professionnels et connaître leur responsabilité déontologique d'encourager les clients à recourir à d'autres ressources professionnelles s'il y a lieu.

Il est reconnu qu'il est essentiel que les personnes qui participent à la médiation pour les aînés soient au courant de leurs droits et responsabilités aux termes de la loi et qu'elles sachent que l'avis juridique d'un avocat peut être précieux et souvent nécessaire lorsque les familles négocient la façon d'offrir des soins de qualité aux aînés et de prévenir ou d'éliminer la maltraitance et la négligence éventuelles (McCann-Beranger, 2005). Les participants à la médiation sont souvent surpris de se rendre compte que tous leurs documents juridiques ne sont pas à jour et ils sont soulagés de reprendre contact avec leur avocat ou de recourir à un avocat qui leur fournira cette aide essentielle. Les procurations, les testaments, les testaments biologiques et les directives sur les soins de santé sont quelques-uns des nombreux documents que l'avocat devra examiner avec la famille. Un examen approfondi et sérieux par l'avocat avec les participants leur permettra d'avoir un sentiment de sécurité, et ils auront confiance que tout est en règle et que cela réduira considérablement la possibilité d'un conflit à l'avenir (Reagh, 2008).

Dans un cas, une famille a fait savoir qu'elle n'avait pas besoin de demander un avis juridique et elle l'a fait seulement parce que le protocole du médiateur comprenait la demande d'un avis juridique. La mère, qui avait garanti que tous ses documents juridiques étaient à jour, s'est rendu compte que le nom d'une de ses filles ne figurait pas par inadvertance dans le testament. Le testament avait été rédigé à la hâte plusieurs années auparavant — la même semaine, elle avait assisté au décès de son mari. Pour une raison ou pour une autre, seuls trois de ses quatre enfants étaient nommés dans le testament — un oubli impardonnable et non intentionnel. Le fils de quarante-quatre ans vivait avec sa mère dans la maison familiale, et les préoccupations des trois autres enfants au sujet de la négligence avaient suscité la recherche d'un soutien extérieur. Le quatrième enfant, la fille dont le nom ne figurait pas par inadvertance dans le testament, était celle qui défendait le plus ardemment la mère et, ironiquement, celle dont elle dépendait le plus. L'avocat auquel on avait eu recours à la hâte à ce moment-là ne connaissait pas la famille, il avait une expérience limitée du droit des aînés et il n'avait pas pris conscience de l'importance du chagrin de la mère. Par conséquent, il a demandé à la mère de signer un testament et d'autres documents alors qu'elle était encore en état de choc et au désespoir après avoir perdu son mari et qu'elle n'avait pas conscience de ce qu'elle signait.

Tout comme la médiation pour les aînés est devenue une spécialité dans le domaine général de la médiation, le droit des aînés est devenu une spécialité dans le domaine général du droit. Les avocats qui aspirent à se spécialiser dans le domaine du droit des aînés devront acquérir des connaissances et des compétences dans des domaines comme le droit successoral, le droit des soins de santé, le droit de l'invalidité, le droit du bien public, le droit immobilier et le droit administratif (Reagh, 2009).

De plus en plus d'avocats en droit des aînés incorporent des services de médiation pour les aînés dans leur pratique du droit. Un avocat peut recourir à la médiation pour les aînés dans le cadre de son travail auprès de ses clients à n'importe quelle étape d'un conflit. La médiation peut précéder la consultation d'un avocat ou peut être entrecoupée par les visites du client chez son avocat. Les avocats peuvent être consultés pendant la médiation et, si une entente écrite est conclue, on conseille à chaque participant de consulter un avocat avant de signer. Les avocats participent souvent à la médiation à titre de représentant de la personne âgée ou d'un autre participant ou servent de conseillers juridiques. Même si la médiation pour les aînés est plus efficace lorsqu'elle a lieu au début d'un conflit, il n'est jamais trop tard pour envisager d'y recourir (Medford, 2004).

La Commission du droit de l'Ontario (CDO) a collaboré à un vaste projet intitulé « Development of a Coherent Approach to the Law as it Affects Older Adults (2008) » pour élaborer un cadre pouvant servir de référence afin d'améliorer l'application de la loi aux personnes âgées. Une partie du rapport provisoire comprendra des études de cas sur des questions de droit touchant des personnes âgées qui illustrent des pratiques exemplaires, des problèmes ou des obstacles particuliers concernant l'accès accru des personnes âgées à la justice. Il est prévu qu'au moins une de ces études de cas portera sur la médiation pour les aînés. Ce projet comportera une analyse multidisciplinaire pour que la question soit étudiée sous l'angle du sexe, de la race et de facteurs semblables.

Selon un rapport préliminaire (http://www.lco-cdo.org), « Report on the Preliminary Consultation: Moving the Project Forward », de nombreuses suggestions ont été formulées pour améliorer le soutien aux personnes âgées afin de leur faciliter l'accès au système juridique, dont les suivantes : accroître l'aide juridique aux personnes âgées; une éducation, une formation et un soutien de meilleure qualité pour le personnel du système de justice concernant les questions relatives aux aînés; l'amélioration de l'accessibilité et de la satisfaction des besoins des personnes handicapées; l'éducation et la sensibilisation aux diverses communautés qui constituent la population des personnes âgées. De plus, de nombreux mémoires ont recommandé que la CDO examine non seulement comment les personnes âgées pourraient recevoir une aide supplémentaire pour avoir accès aux systèmes actuels, mais comment des systèmes de conformité et d'exécution de rechange pourraient être conçus pour faciliter l'accès des personnes âgées et l'obtention de meilleurs résultats sur le plan de la loi.

Dans son mémoire à la CDO, l'Association du Barreau de l'Ontario a indiqué que la médiation et l'arbitrage sont un moyen de plus en plus populaire et une façon efficace de résoudre les conflits, et ils peuvent permettre un accès plus rapide et plus économique à la justice dans de nombreuses situations. Par exemple, le service de médiation de la Faculté de droit de l'Université de Windsor offre des services spécialisés aux personnes âgées qui ont été victimes d'exploitation financière.

Selon la loi récente et l'expérience en pratique privée, la médiation pour les aînés, y compris les questions de tutelle, sont d'importants nouveaux domaines en expansion au Canada. Il existe une forte communauté de médiateurs au Canada, et la médiation pour les aînés gagne de plus en plus de respect (Braun, 2009). Beaucoup de questions juridiques, déontologiques et de formation seront examinées dans le cadre du projet susmentionné intitulé Elder and Guardianship Mediation Project. Les questions à l'étude sont les suivantes :

  • l'impartialité de la médiation;
  • la capacité d'agir comme médiateur ou de participer au processus;
  • la maltraitance, la négligence et la négligence de soi;
  • les conflits d'intérêts;
  • la confidentialité;
  • l'agrément et la formation des médiateurs.

À cause, en partie, des coûts relativement faibles de la médiation par rapport à ceux des litiges, de plus en plus de familles ont recours à la médiation pour résoudre un conflit familial. La médiation pourrait bien convenir dans de nombreux cas, mais il faut tenir compte des questions susmentionnées pour que le processus soit juste, positif et respectueux des droits des parties. Dans ce projet, le Canadian Centre for Elder Law recueille des données pertinentes et consulte des intervenants clés afin de fournir de renseignements essentiels pour l'adoption de la médiation obligatoire en Colombie-Britannique et pour les médiateurs qui travaillent auprès de personnes âgées (Braun, 2009).

C. Capacité — Considérations déontologiques et juridiques

L'un des domaines de discussion les plus importants chez les spécialistes de la médiation pour les aînés — une question qui chevauche les domaines déontologique et juridique — est celui de la « capacité » de participer à la médiation. La capacité a trait à l'aptitude à comprendre la nature et les conséquences d'une décision dans le contexte des choix disponibles au moment où la décision doit être prise. Il peut y avoir de nombreuses définitions de la capacité, y compris des définitions juridiques relatives aux tâches, la capacité contractuelle, la capacité de léguer par testament et la capacité de prendre des décisions en matière de soins de santé.

Au Canada, la « capacité juridique », la prise de décision au nom d'autrui et la tutelle des adultes sont des questions de compétence provinciale régies par des lois qui varient d'une province à l'autre. En Ontario, par exemple, les définitions et les règles d'évaluation de la capacité mentale figurent dans la Loi sur la prise de décisions au nom d'autrui et la Loi sur le consentement aux soins de santé et peuvent varier selon le genre de décision à prendre (Bongard, 2010). Aux fins du présent document, l'examen de la capacité se limite aux questions qui se posent dans le contexte de la médiation pour les aînés où le médiateur évalue l'aptitude des personnes âgées à comprendre le processus de médiation pour les aînés et à y participer. Dans ce contexte, le Code de déontologie des spécialistes de la médiation pour les aînés d'Elder Mediation Canada (annexe B) offre le conseil suivant :

Lorsqu'ils offrent des services de médiation aux personnes qui sont incapables de donner leur consentement libre, les spécialistes de la médiation pour les aînés doivent faire participer ceux ci ou leurs représentants à la prise de décisions s'il y a lieu. Les spécialistes de la médiation pour les aînés doivent reconnaître la nécessité d'établir un équilibre entre les droits déontologiques des participants de faire des choix et reconnaître la capacité des participants de donner leur consentement ou leur accord au service de médiation (p. 7 du Code).

Ce Code canadien de déontologie indique également qu'il faut déterminer si les personnes sont capables cognitivement de participer au processus de médiation ou si des membres de la famille peuvent représenter les souhaits de la personne et sont qualifiés pour le faire. Si le spécialiste de la médiation pour les aînés croit qu'une personne ne peut pas participer de manière significative au processus, s'il n'y aucun tuteur nommé d'instance ou s'il n'y a pas d'accord au sujet de la personne qui pourrait être le porte-parole, ils doivent suspendre la médiation ou y mettre fin et encourager les participants à obtenir une aide professionnelle appropriée. Le spécialiste de la médiation pour les aînés doit veiller à ce que tous les intéressés soient représentés dans le processus de médiation.

De plus, si un défenseur a été nommé pour une personne incapable de donner son consentement, le spécialiste de la médiation pour les aînés a une responsabilité envers cette personne (celle qui est incapable de donner son consentement). Le spécialiste de la médiation pour les aînés et le défenseur établiront le niveau de participation au processus de médiation. Selon l'administration concernée, le médiateur doit s'informer des dispositions d'un testament biologique, d'une procuration ou de documents juridiques semblables qui répondent aux souhaits de la personne vulnérable.

Il a également été noté que le spécialiste de la médiation pour les aînés décide avec les participants du modèle ou du processus qui convient le mieux à la situation et s'assure que les préoccupations d'ordre déontologique et juridique concernant l'aptitude et la capacité sont examinées et expliquées en détail. Le spécialiste de la médiation pour les aînés suppose toujours que la personne en question a une certaine capacité. Même si elle n'a pas de capacité dans un domaine, elle en a souvent dans un autre. On ne peut pas supposer qu'une personne n'a pas la capacité de prendre des décisions tant qu'on n'est pas certain que des explications ont été fournies d'une manière pertinente et appropriée à la situation particulière de la personne. Une personne n'a pas la capacité de prendre une décision particulière si elle ne peut pas comprendre les renseignements relatifs à la décision, retenir ces renseignements et utiliser ou évaluer les renseignements nécessaires (Rickard-Clarke, 2009).

S'il y a lieu, les spécialistes de la médiation pour les aînés examinent les évaluations récentes et consultent d'autres évaluations nécessaires ou mises à jour pour s'assurer que tous les participants peuvent se concentrer sur les questions individuelles. Les médiateurs veillent à ce que les participants puissent voir l'interdépendance entre les questions et au sujet de celles ci et à ce qu'ils puissent comprendre la relation de cause à effet, apparier les événements et les conséquences et assumer la responsabilité de leurs propres actions. Les médiateurs s'assurent également que les participants peuvent déterminer des périodes communes et les respecter, comprendre la nature du comportement, définir les résultats escomptés et comprendre le rôle du médiateur (Coy et Hedeen, 1998). Parfois, les décisions sur la capacité sont des jugements de valeur, par exemple le moment où la démence et les déficiences cognitives sont en cause. Dans ces circonstances, le médecin ou le gériatre ou d'autres spécialistes sont mieux placés pour effectuer une évaluation et formuler des recommandations au spécialiste de la médiation pour les aînés. Les avocats ont souvent recours à la médiation pour les aînés pour aider leur client à comprendre le processus et à consentir au résultat obtenu. L'autodétermination est cruciale, tout comme la distinction importante entre la capacité et les habiletés.

D. Questions relatives à la formation

Pour que la médiation pour les aînés réalise pleinement son potentiel en ce qui concerne la résolution des conflits ayant trait aux questions de vieillissement et la prévention de la maltraitance et de la négligence envers les aînés, il est essentiel que les spécialistes de la médiation pour les aînés se conforment à une norme de pratique uniforme et crédible, qu'ils observent un code de déontologie et qu'ils obtiennent un niveau d'agrément garantissant qu'ils sont qualifiés pour offrir le service professionnel de médiation pour les aînés.

D'après les entrevues et les analyses bibliographiques, il semblerait que le Canada soit un chef de file en matière de normes de formation uniformes applicables aux spécialistes de la médiation pour les aînés — selon les évaluations par les pairs ou autres. Elder Mediation Canada (www.eldermediation.ca), de concert avec Médiation familiale Canada et d'autres spécialistes de la médiation pour les aînés du pays, a établi des normes d'agrément, un code de déontologie et des normes de formation (voir les annexes B et C). Ces normes sont de plus en plus acceptées et observées dans tout le pays, et elles sont adoptées en Irlande et en Suisse, qui commencent à établir leurs propres services de médiation pour les aînés. Selon la région du Canada, les services de médiation pour les aînés peuvent maintenant être offerts et, de plus en plus, par des spécialistes de la médiation pour les aînés, qui ont reçu une formation et un agrément appropriés.

L'Association for Conflict Resolution aux États-Unis — la plus importante association professionnelle de médiateurs, d'arbitres, d'éducateurs et d'autres spécialistes de la résolution des conflits dans ce pays — a créé récemment un chapitre sur la médiation pour les aînés, mais elle n'a pas encore édicté de normes précises sur la médiation pour les aînés ou l'agrément. Certains spécialistes de la médiation pour les aînés des États-Unis participent à l'agrément de l'Elder Mediation International Network (EMIN). D'autres pays étudiés n'ont signalé aucune norme de formation particulière concernant la médiation pour les aînés. Elder Mediation Canada reconnaît qu'il y a actuellement un certain nombre d'agréments ou de titres de compétences reconnus dans le monde concernant la médiation familiale et communautaire, mais ils ne s'appliquent pas à la médiation pour les aînés. Par conséquent, une norme vraiment nationale ou internationale applicable aux spécialistes de la médiation pour les aînés devra être établie d'une manière inclusive tout en appuyant la crédibilité et l'intégrité de ce qui existe actuellement dans d'autres organismes nationaux, provinciaux et d'États.

Les spécialistes de la médiation pour les aînés qui ont reçu une formation dans ce domaine appliquent leurs solides compétences à la résolution des problèmes complexes auxquels font face les personnes âgées en faisant preuve de sensibilité, en recourant à l'écoute active et en utilisant un langage inclusif pour s'assurer que la médiation se déroule avec respect. Lorsqu'il s'agit de médiation concernant des questions liées à l'âge, il est généralement entendu et convenu que les spécialistes de la médiation pour les aînés ont besoin d'une formation supplémentaire et plus spécifique — particulièrement en ce qui concerne la sensibilité aux questions relatives au vieillissement — que dans le cas des médiateurs familiaux. (Les éléments de la formation spécifique et spécialisée et les considérations à cet égard figurent dans le Code de déontologie —annexe B).

Elder Mediation Canada, de concert avec Médiation familiale Canada, a produit un Guide sur les normes d'agrément et de formation (annexe C) qui énonce les exigences relatives à l'agrément des spécialistes de la médiation pour les aînés. Un spécialiste de la médiation pour les aînés agréé (Cert.EM) a une formation d'au moins 100 heures dans le domaine de la médiation de base ou familiale et de 100 heures en médiation pour les aînés, y compris dans les domaines suivants : cycle de vie familiale et dynamique intergénérationnelle, maltraitance et négligence envers les aînés, droit de la famille et des aînés, déséquilibre des pouvoirs, chagrin et perte, âgisme, tutelle, démence et maladies chroniques, questions financières et déontologiques. Les spécialistes de la médiation pour les aînés agréés sont membres en règle de leur organisme de médiation national et observent le code de déontologie. Ils détiennent une assurance responsabilité pour la pratique de la médiation pour les aînés.

Selon le programme Adult Guardianship/Conservatorship Mediation de l'Alaska, les médiateurs doivent posséder des connaissances vastes et solides, notamment connaître le système chargé de ces cas (organismes, procédure judiciaire, lois et règlements judiciaires pertinents et autres ressources), la dynamique familiale et les questions relatives à la maltraitance et à l'exploitation des adultes vulnérables. Les médiateurs doivent comprendre les effets du vieillissement, la santé mentale, les déficiences développementales, la toxicomanie, la démence et le traumatisme, qui peuvent influer sur la capacité, les besoins en matière de soins ainsi que le soutien et les services qui s'y rattachent. Les médiateurs doivent faire preuve d'empathie et de compassion à l'égard des personnes touchées. Leur capacité et leur manière de communiquer doivent favoriser le rapprochement et la confiance. Il est également essentiel de comprendre les questions culturelles (Largent, 2009).

La formation dans d'autres pays

La médiation pour les aînés n'est pas considérée comme une spécialité dans la plupart des pays; par conséquent, la formation est dispersée, mais les possibilités s'accroissent lentement. Les sommets mondiaux d'Elder Mediation International tenus jusqu'à maintenant ont eu lieu dans quatre pays : Canada, États-Unis, Irlande et Suisse, et l'intérêt augmente. Les possibilités de formation de trois jours et les ateliers précédant la conférence attirent de nombreux médiateurs motivés qui veulent se spécialiser ou élargir leur pratique. L'un des résultats des sommets mondiaux est d'accroître les connaissances des domaines et la sensibilisation à l'importance de normes.

Le Code de déontologie (annexe B), qui est facile à adapter, est utilisé comme modèle en Suisse, aux États-Unis, en Irlande, en Australie et en Grande-Bretagne. Quels que soient leurs antécédents professionnels, les spécialistes de la médiation pour les aînés doivent se familiariser avec les normes pour déterminer dans quelle mesure ils s'inspirent d'une philosophie axée sur la personne. La seule façon de vérifier les titres de compétences en médiation pour les aînés dans la plupart des pays consiste à s'adresser directement au médiateur. Au Canada, Médiation familiale Canada et Elder Mediation Canada peuvent aider à trouver un médiateur dans votre région. Aux États-Unis, des organismes comme Elder Decision-Making and Conflict Resolution Section, qui vient d'être créée, de l'Association for Conflict Resolution, le National Eldercare Mediator Network, Mediate.com ou eldercaremediators.com permettent d'obtenir le nom des personnes qui offrent des services de médiation pour les aînés.

Aux États-Unis, comme dans la plupart des régions du monde, il n'y a pas de délivrance de titres et certificats ou d'autorisation d'exercer officielle pour les spécialistes de la médiation pour les aînés. Par conséquent, les normes de délivrance de titres et certificats varient d'un État à l'autre. Des sociétés privées à but lucratif sont créées et elles offrent des services et des tableaux de service pour les spécialistes de la médiation pour les aînés. Le Centre for Social Gerontology a été un chef de file en matière de formation et de ressources dans le domaine de la médiation axée sur la tutelle.

L'European Mediation Network Initiative compte de nombreux organismes qui s'emploient à promouvoir la médiation. L'un de ses objectifs consiste à servir de moyen d'échange de renseignements, de savoir-faire et de résultats de recherche en vue de la promotion de la médiation dans nos sociétés. Elle a tenu trois conférences annuelles jusqu'à présent, et il est prévu que d'ici les prochaines années, la médiation pour les aînés figurera au programme.

Le Mediators Institute of Ireland (MII) a procédé à un examen approfondi de la médiation pour les aînés et de la consolidation de la paix. Il a conclu qu'il était important d'avoir un processus d'évaluation crédible et transparent avant d'autoriser un médiateur à pratiquer. Il est non seulement important que les médiateurs possèdent les qualités requises pour commencer à pratiquer, mais ils doivent se perfectionner en permanence sur le plan professionnel. Le MII a maintenant un programme de perfectionnement professionnel qui prévoit une formation continue, des heures de pratique définies et une pratique réflexive pour permettre de tenir à jour les compétences (Erwin, 2010). Un certain nombre de spécialistes de la médiation pour les aînés de l'Irlande s'efforcent d'obtenir leur agrément international dans le domaine de la médiation pour les aînés — certains recevront leur agrément au sommet prévu pour mai 2011 en Suisse.

Le projet de recherche en cours en Australie sur la prévention de l'exploitation financière des personnes âgées dont il est fait état plus haut dans le présent document influera sur le programme de formation, car il vise à concevoir et à évaluer des modèles spécialisés de médiation familiale pour les niveaux primaire et secondaire de prévention qui privilégient les intérêts des personnes âgées vulnérables et leur permet d'exprimer directement et indirectement leur opinion en toute sécurité. Des aspects spécialisés de la stratégie de médiation (comme les outils et les stratégies de dépistage visant à tenir compte de l'opinion des personnes âgées) seront mis en œuvre, évalués, modifiés et documentés, et ils auront sans aucun doute une incidence sur l'établissement de programmes sur ce sujet.

Date de modification :