Une estimation de l’incidence économique de la violence conjugale au Canada en 2009

5. Coûts subis par des tierces parties

Ce sont les victimes que la criminalité touche le plus durement, mais leurs enfants et les membres de leur famille, leurs voisins et leurs amis, leur employeur, le gouvernement et la population en général sont également touchés à des degrés divers. Les enfants exposés à la violence conjugale en particulier risquent davantage de commettre des actes de vandalisme, d’avoir des troubles de santé mentale et de ne pas réaliser leur plein potentiel sur le plan du revenu (Dauvergne et Johnson 2001). Les enfants peuvent aussi être victimisés lorsque l’un de leurs parents commet des actes de violence physique ou psychologique à leur endroit, mais ces incidents ne sont pas envisagés dans le rapport. L’incidence économique de la violence conjugale sur des tierces parties est résumée ci-dessous, dans le tableau 5.1.

Tableau 5.1 : Coûts subis par des tiers
  Violence faite aux femmes Violence faite aux hommes Total
Frais funéraires 1 023 432 $ 425 808 $ 1 449 240 $
Perte d’affection et de jouissance subie par des membres de la famille 26 267 706 $ 10 902 294 $ 37 170 000 $
Coûts subis par d’autres personnes blessées/menacées 9 047 144 $ 2 198 976 $ 11 246 120 $
Soins de santé 1 413 201 $ 109 013 $ 1 522 214 $
Pertes de productivité 7 633 943 $ 2 089 963 $ 9 723 906 $
Frais de fonctionnement des services sociaux 353 039 335 $ 57 556 464 $ 410 595 799 $
Refuges et maisons d’hébergement 285 420 000 $ 0 $ 285 420 000 $
Lignes d’urgence 601 854 $ 9 163 $ 611 017 $
Centres de soutien 62 855 527 $ 57 427 718 $ 120 283 245 $
Services aux victimes 4 161 954 $ 119 583 $ 4 281 537 $
Pertes subies par les employeurs 52 123 343 $ 25 795 217 $ 77 918 560 $
Perte de productivité 6 194 356 $ 1 776 450 $ 7 970 806 $
Retards et distraction 44 858 528 $ 23 682 887 $ 68 541 415 $
Coûts administratifs 1 070 459 $ 335 880 $ 1 406 339 $
Répercussions négatives sur
les enfants exposés à la VC
153 241 598 $ 82 000 292 $ 235 241 890 $
Frais médicaux 741 415 $ 396 906 $ 1 138 321 $
Jours d’école perdus 901 057 $ 482 343 $ 1 383 400 $
Perte de revenu futur 148 447 357 $ 79 433 843 $ 227 881 200 $
Crimes contre les biens 3 151 769 $ 1 687 200 $ 4 838 969 $
Autres dépenses gouvernementales 96 270 249 $ 19 989 751 $ 116 260 000 $
Autres dépenses du gouvernement fédéral 7 620 897 $ 1 409 790 $ 9 030 687 $
Autres dépenses des gouvernements provinciaux et territoriaux 88 649 352 $ 18 579 961 $ 107 229 313 $
Coûts subis par des tiers 691 012 807 $ 198 868 802 $  889 881 609 $

Remarque : Les chiffres ayant été arrondis, leur somme peut ne pas correspondre au total indiqué.

5.1 Frais funéraires

Dans la section sur la perte de vie, nous avons estimé que 137 femmes, 57 hommes et une personne de sexe inconnu étaient décédés à cause de la violence conjugale en 2009Note de bas de la page 53. D’après le Conseil des services funéraires de l’Ontario, les funérailles coûtaient en moyenne 7 432 $ en 2009Note de bas de la page 54. En multipliant le nombre de vies perdues à cause de la violence conjugale par le coût moyen des funérailles, nous obtenons l’incidence économique totale de la violence conjugale au chapitre des frais funéraires, qui seraient de 1 449 240 $ pour 2009.

Frais funéraires – VC contre des femmes 1 023 432 $
Frais funéraires – VC contre des hommes 425 808 $
Total des Frais funéraires 1 449 240 $

5.2 Perte d’affection et de jouissance subie par des membres de la famille

Le décès d’un membre de la famille ou d’un être cher peut avoir un effet psychologique important sur une personne, et, lorsque ce décès a lieu dans le contexte d’événements traumatisants, comme la violence conjugale, les répercussions sur le plan affectif peuvent être encore plus importantes. La personne en deuil peut souffrir de dépression, d’anxiété, de troubles du sommeil et de toute une gamme de troubles de santé mentale engendrés par la perte (Lichtenthal et coll. 2004; Biondi et Picardi 1996)Note de bas de la page 55. Même s’il est impossible d’estimer de façon réaliste la valeur des souffrances subies par les membres de la famille en deuil d’une victime de la violence conjugale, l’analyse des dédommagements accordés par les tribunaux peut permettre d’obtenir une information utile pour la réalisation des estimations subséquentes.

De l’information pertinente concernant les dédommagements accordés par les tribunaux est accessible dans plusieurs provinces, même si les lois ne portent pas précisément sur la violence conjugale. Le Fatal Accidents Act de l’Alberta exige que les tribunaux accordent des dommages-intérêts pour deuil et perte d’affection, de conseils et de compagnie de 75 000 $ au conjoint ou au partenaire d’âge adulte de la personne décédée, de 75 000 $ aux parents de celle-ci et de 45 000 $ à ses enfants d’âge mineur qui ne sont pas mariés ou n’ont pas de partenaireNote de bas de la page 56. Le Fatal Accidents Act de la Saskatchewan prévoit aussi l’octroi de dommages-intérêts pour le deuil; les dommages-intérêts pour perte de compagnie ou deuil sont d’un maximum de 60 000 $ pour un conjoint et de 30 000 $ pour chacun des enfants de la personne décédée.

Contrairement à l’Alberta et la Saskatchewan, l’Ontario n’a pas de loi régissant les sommes accordées en cas de deuil. Les dommages-intérêts versés pour la perte de compagnie, d’affection et de conseils en Ontario sont laissés à la discrétion de la Cour de l’Ontario, et le montant est soumis au critère du caractère raisonnable. Dans le cadre d’une affaire instruite par les tribunaux ontariens et analysée dans Garrow et Ayre (2009), le jury a accordé des dommages-intérêts généraux de 45 000 $ au fils de la personne décédée, de 100 000 $ à sa fille et de 373 000 $ à sa femme, mais la Cour d’appel de l’Ontario a tranché que ces sommes ne pouvaient être maintenues, puisqu’il est bien établi que les pertes de ce type ne peuvent être compensées en droit. Au bout du compte, le tribunal a accordé les sommes suivantes à titre de dommages-intérêts généraux : 20 000 $ au fils du défunt, 35 000 $ à sa fille et 75 000 $ à sa femme.

Une évaluation globale de l’information concernant les sommes accordées par les tribunaux nous amène à utiliser ce qui est prévu par la loi de l’Alberta comme base pour l’établissement de la valeur de la perte de jouissance et d’affection découlant de la perte d’un membre de la famille. Ainsi, aux fins du présent rapport, la valeur de la perte de jouissance et d’affection subie par les parents des victimes de violence conjugale décédées est de 75 000 $, et la valeur de la perte subie par les enfants des victimes est de 45 000 $.

Encore une fois, nous estimons que 137 femmes, 57 hommes et une personne de sexe inconnu sont décédés à cause de la violence conjugale en 2009Note de bas de la page 57. L’incidence sur les parents et les enfants des victimes décédées est prise en compte, mais celle sur le conjoint qui est l’auteur des actes de violence conjugale est exclue. Nous présumons que chacune des victimes a deux parents vivants, et nous estimons le nombre d’enfants par victime à partir des données de Statistique Canada. D’après Statistique Canada, il y avait 8 459 058 couples (avec ou sans enfants) et 7 638 710 enfants de gens en couple en 2009, ce qui signifie qu’il y avait 0,9 enfant par couple (avec ou sans enfants) en 2009Note de bas de la page 58.

Le nombre des victimes qui sont décédées à cause de la violence conjugale est multiplié par la valeur pertinente de la perte d’affection et de jouissance et le nombre de membres de la famille de chacun des types. L’incidence économique totale de la violence conjugale sur les membres de la famille de victimes décédées serait de 37 170 000 $ pour 2009.

Perte d’affection/de jouissance subie par les membres de la famille – VC contre des femmes 26 267 706 $
Perte d’affection/de jouissance subie par les membres de la famille – VC contre des hommes 10 902 294 $
Total – Perte d’affection et de jouissance subie par les membres de la famille 37 170 000 $

5.3 Coûts subis par d’autres personnes blessées pendant les incidents

Les témoins de crime violent peuvent tenter d’intervenir pour venir en aide à la victime, et ils sont alors susceptibles de subir des répercussions physiques ou affectives. L’ESG fournit des données sur les personnes autres que la victime et l’auteur d’actes de violence conjugale ayant subi des blessures.

5.3.1 Soins de santé

D’après l’ESG, 48 871 personnes qui n’étaient ni la victime ni l’auteur de violence conjugale ont été blessées ou menacées en 2009. Comme on ne posait pas de questions aux participants à l’ESG sur les soins de santé dont ils ont eu besoin parce qu’ils ont été blessés ou menacés, nous présumons que les témoins étaient aussi susceptibles que les victimes de consulter un médecin ou de se rendre aux services d’urgence après l’incident. Vu le manque de données, l’hospitalisation en soins de courte durée n’est pas examinée, ce qui donnera lieu à une estimation conservatrice.

Après avoir calculé la probabilité que les victimes aient besoin des deux types de soins de santé d’après l’ESG, nous estimons que 851 personnes ont consulté un médecin et que 2 398 personnes se sont rendues aux services d’urgence après avoir subi une blessure lorsqu’ils ont été témoins de violence conjugale. Il est possible de calculer le coût total des soins de santé en appliquant le coût moyen de 55 $ par visite chez le médecin (que nous avions calculé dans la section sur les coûts subis par les victimes, à la rubrique Visite chez le médecin), le coût moyen de 266 $ d’une visite aux services d’urgence et le coût moyen de 590 $ d’un transport en ambulance, ainsi que les taux de 60 % et 50 % de transport en ambulance pour les femmes et les hommes respectivement. L’incidence économique totale de la violence conjugale au chapitre des coûts subis par les autres personnes blessées serait de 1 522 214 $ pour 2009.

Coût des soins de santé obtenus par les autres personnes blessées – VC contre des femmes 1 413 201 $
Coût des soins de santé obtenus par les autres personnes blessées – VC contre des hommes 109 013 $
Total – Coûts subis par les autres personnes blessées, Soins de santé 1 522 214 $

5.3.2 Pertes de productivité

Comme les victimes, les autres personnes blessées pendant un incident de violence conjugale peuvent ne pas être en mesure de travailler ou de fréquenter l’école, ce qui entraîne une perte de productivité. Les données concernant les pertes de productivité subies par les personnes autres que la victime ou le délinquant qui ont été blessées dans le cadre d’incidents de violence conjugale ne sont pas accessibles. Ainsi, nous devons formuler certaines hypothèses : nous utilisons la valeur du travail ménager comme salaire de base pour les heures de travail perdues, tout en reconnaissant le fait que cela va donner lieu à une estimation conservatrice; deuxièmement, nous présumons que les personnes blessées n’ont pas été en mesure de mener leurs activités quotidiennes pendant trois jours.

Des 48 871 personnes qui ont été blessées ou menacées dans le cadre d’un incident de violence conjugale d’après l’ESG, 27 704 étaient âgées de 15 ans et plus. Le taux horaire des aides familiales était de 15,60 $ en 2009 (voir la section sur les services ménagers perdus). L’incidence économique totale de la violence conjugale au chapitre des pertes de productivité des autres personnes blessées serait donc de 9 723 906 $ pour 2009.

Pertes de productivité subies par les autres personnes blessées – VC contre des femmes 7 633 943 $
Pertes de productivité subies par les autres personnes blessées – VC contre des hommes 2 089 963 $
Total – Coûts subis par les autres personnes blessées, Pertes de productivité 9 723 906 $

5.4 Frais de fonctionnement des services sociaux

Diverses ressources sont offertes aux victimes de violence conjugale au Canada. Des refuges et des maisons d’hébergement offrent un lieu sûr aux victimes qui fuient la violence, le counselling leur permet d’obtenir du soutien psychologique, et les centres communautaires offrent un soutien temporaire aux victimes et aux membres de leur famille. Les programmes et les services sont financés au moyen de contributions gouvernementales et non gouvernementales.

5.4.1 Refuges et maisons d’hébergement

L’Enquête sur les maisons d’hébergement (EMH) de Statistique Canada permet de recueillir de l’information sur les refuges et les maisons d’hébergement du Canada tous les deux ans. Le type de refuge, le nombre de places, le nombre d’admissions et les motifs du séjour sont consignés pour chaque cycle, et les données concernant les frais de fonctionnement sont recueillies une fois tous les deux cycles. Selon le cycle de 2009-2010, les frais de fonctionnement des 593 refuges du Canada totalisaient 402 millions de dollars en 2009. Il est présumé que tout l’argent dépensé est utilisé pour venir en aide à des clientes, même s’il y a des services offerts aux hommes qui ont besoin d’un refuge d’urgence. Les hommes qui fuient une situation de violence peuvent être placés dans un hôtel, être admis dans un refuge pour itinérants, dont certains sont accessibles aux hommes seulement. Le coût de ces services est inconnu, puisque la proportion des hommes qui cherchent un refuge à cause de la violence familiale est inconnue, tout comme le total des dépenses liées à ces services. En raison de ces limites, nous ne ferons aucune estimation concernant les victimes de sexe masculin dans la présente section.

En plus de l’information sur les dépenses, l’EMH de 2009-2010 offre également un aperçu de la situation des clients des maisons d’hébergement au 15 avril 2010. Ainsi, 71 % (3 298) des 4 645 résidentes des maisons d’hébergement ont déclaré que la principale raison pour laquelle elles avaient cherché refuge était la violence. L’ESG révèle que le désir de protéger leurs enfants contre la violence ou l’exposition à la violence était un autre motif important pour les femmes qui demandaient refuge, et l’aperçu de l’EMH corrobore cette conclusion, puisque, selon celui-ci, 74 % des clientes ayant des responsabilités parentales avaient amené leurs enfants avec elles au refuge.

D’après les résultats de l’aperçu de l’EMH de 2009-2010, nous présumons que 71 % des femmes admises dans un refuge ou dans une maison de transition en 2009 cherchaient à échapper à une situation de violence conjugale, et donc que 71 % des dépenses ont été engagées pour venir en aide à des victimes de violence conjugale. En multipliant la proportion des dépenses relatives aux victimes de violence conjugale par le total des frais de fonctionnement des maisons d’hébergement, nous obtenons l’incidence économique totale de la violence conjugale sur les refuges et les maisons d’hébergement, qui serait de 285 420 000 $ pour 2009.

Frais de fonctionnement des refuges – VC contre des femmes 285 420 000 $
Frais de fonctionnement des refuges – VC contre des hommes 0 $
Total – Frais de fonctionnement des services sociaux, Refuges 285 420 000 $

5.4.2 Lignes d’urgence

Selon l’ESG, 15 046 victimes de sexe féminin de violence conjugale et 229 victimes de sexe masculin ont utilisé une ligne d’urgence en 2009. La durée estimative moyenne d’un appel est de 24 minutesNote de bas de la page 59. Comme les appels sont confidentiels, le nombre d’appels de suivi faits par les clients est inconnu. Toutefois, d’après les données qualitatives fournies par les travailleurs des lignes d’urgence, chaque victime fait en moyenne cinq appels. La durée totale des appels faits par les victimes qui utilisent les lignes d’urgence est donc d’environ deux heures. Selon diverses offres d’emploi, le coût moyen de fonctionnement d’une ligne d’urgence était de 20 $ l’heure en 2009, le salaire de la personne qui répond étant la composante principaleNote de bas de la page 60. Il y a beaucoup de travailleurs des lignes d’urgence qui sont bénévoles, mais le taux de 20 $ l’heure est utilisé comme mesure indirecte du coût de renonciation des bénévoles qui auraient autrement pu occuper un emploi rémunérateur, ainsi que de la supervision des bénévoles ou des travailleurs rémunérés. La multiplication du nombre de victimes qui utilisent une ligne d’urgence par la durée totale des appels faits par une victime et par les frais de fonctionnement des lignes d’urgence pendant une heure nous permet d’estimer l’incidence économique totale de la violence conjugale sur les lignes d’urgence, qui serait de 611 017 $ pour 2009.

Frais de fonctionnement des lignes d’urgence – VC contre des femmes 601 854 $
Frais de fonctionnement des lignes d’urgence – VC contre des hommes 9 163 $
Total – Frais de fonctionnement des services sociaux, Lignes d’urgence 611 017 $

5.4.3 Centres de soutien

D’après l’ESG, 139 679 victimes de sexe féminin et 127 617 victimes de sexe masculin ont demandé l’aide d’un centre de soutien (catégorie générale de services sociaux qui regroupe les centres pour femmes, les centres pour hommes, les centres communautaires et les centres familiaux) en 2009 à cause de la violence conjugale. La durée moyenne de l’utilisation de ces centres et les frais de fonctionnement qui y sont liés sont inconnus; toutefois, il est nécessaire de formuler des hypothèses à cet égard. Nous présumons que chaque client a visité un centre à plusieurs reprises, l’utilisation totale étant en moyenne de 15 heures par client, et que les frais de fonctionnement d’un centre étaient de 30 $ l’heure. L’estimation finale est obtenue au moyen de la multiplication du nombre de victimes qui ont eu recours à un centre de soutien par la durée moyenne d’une visite et par les frais de fonctionnement du centre pour une heure. L’incidence économique totale de la violence conjugale sur les centres de soutien serait donc de 120 283 245 $ pour 2009.

Frais de fonctionnement des centres de soutien – VC contre des femmes 62 855 527 $
Frais de fonctionnement des centres de soutien – VC contre des hommes 57 427 718 $
Total – Frais de fonctionnement des services sociaux, Centres de soutien 120 283 245 $

5.4.4 Services aux victimes

Les services aux victimes offrent de l’information, du counselling et d’autres formes d’aide aux victimes d’acte criminel et de violence. Le financement des services aux victimes provient de diverses sources, dont le Fonds d’aide aux victimes du gouvernement fédéral, le Trésor des provinces et des territoires, les surtaxes provinciales, territoriales et fédérales et d’autres sources comme les campagnes de financement privées.

Selon l’ESG, les services aux victimes ont été utilisés par 9 184 victimes de sexe féminin de violence conjugale et 264 victimes de sexe masculin en 2009. D’après l’information de l’Enquête sur les services aux victimes (Sauvé 2008), le coût par client des services aux victimes était d’environ 453 $ en 2009. La multiplication du nombre de personnes qui ont eu recours aux services aux victimes par les frais de fonctionnement de ces services pour chacune des victimes permet de calculer l’incidence économique totale de la violence conjugale sur les services aux victimes, qui serait de 4 281 537 $ pour 2009.

Il y a habituellement des programmes de dédommagement des victimes dans les centres de services aux victimes, mais le coût de ces programmes n’est pas inclus dans l’estimation de la présente section, parce que ces programmes de dédommagement couvrent normalement les biens endommagés et volés, la rémunération perdue et les douleurs et souffrances subies, choses qui sont toutes examinées ailleurs dans notre rapport. Les programmes de rémunération sont importants, parce qu’ils visent à faire en sorte que l’État assure une partie des coûts subis par les victimes, et cet aspect est examiné de façon plus approfondie dans la section 6, qui contient une analyse du fardeau en fonction du payeur.

Frais de fonctionnement des services aux victimes – VC contre des femmes 4 161 954 $
Frais de fonctionnement des services aux victimes – VC contre des hommes 119 583 $
Total – Frais de fonctionnement des services sociaux, Services aux victimes 4 281 537 $

5.5 Pertes subies par les employeurs

Les employés qui vivent une relation de violence peuvent en manifester certains symptômes au travail, en étant en retard, distraits ou absents, ce qui contribue à une diminution de productivité. Les employeurs subissent donc une perte économique lorsque leurs employés sont victimes de violence conjugale. Selon Swanberg et coll. (2005), 71 % des victimes de sexe féminin de violence conjugale qui avaient un emploi ont fait état de difficulté à se concentrer au travail à cause de la violence conjugale, et 63 % d’entre elles n’ont pas été en mesure d’offrir leur rendement optimal au travail dans l’année suivant les incidents de violence conjugale. Une diminution de la productivité au travail est l’un des résultats possibles pour les victimes, mais, lorsque celles-ci ne se rendent pas au travail du tout, les gestionnaires et les administrateurs doivent redistribuer la charge de travail auprès des employés restants, sans quoi l’organisation subira des pertes de productivité encore plus importantes (Health et Safety Executive 1999).

Si la victime donne sa démission ou est congédiée, l’employeur doit assumer des coûts liés au recrutement et à la formation d’un nouvel employé, mais ces données concernant les cas de violence conjugale n’existent pas, et les coûts ne sont donc pas inclus dans l’estimation. Ainsi, les Pertes subies par les employeurs ne sont composées que de trois types de coûts : la perte de productivité attribuable à l’absence de la victime au travail, la perte de productivité causée par les retards et la distraction et les coûts administratifs découlant des absences de la victime.

5.5.1 Perte d’extrants

L’employé, par la main-d’œuvre qu’il fournit, est l’un des intrants utilisés par une entreprise pour produire un extrant. Le salaire versé à un employé peut être considéré comme le coût de cet intrant, ouencore comme un investissement dans celui-ci. Nous présumons que tous les employeurs, publics ou privés, prennent de bonnes décisions quant à leurs investissements, et que chaque investissement doit permettre d’obtenir un rendement positif. D’après Boardman et coll. (2008), le rendement marginal de l’investissement dans la main-d’œuvre devrait être de 5,2 %, ce qui signifie que, si un employeur investit 100 $ dans un employé (en lui versant un salaire), il obtient des extrants d’une valeur de 105,20 $, pour un profit net de 5,20 $. À l’inverse, un désinvestissement de 100 $ causé par l’absence d’un employé au travail fait subir à l’employeur une perte nette de 5,20 $.

Les salaires perdus à cause de blessures physiques et de troubles de santé mentale sont calculés dans la section 4, Coûts subis par les victimes, Jours de travail perdus (à cause de troubles de santé mentale) et Rémunération perdue (à cause de blessures physiques). L’addition de la rémunération perdue selon les deux sources donne le total de la rémunération perdue, soit 119 122 230 $ pour les victimes de sexe féminin et 21 434 414 $ pour les victimes de sexe masculin. Ce désinvestissement fait subir une perte nette de 5,2 % aux employeurs. La multiplication de la somme de la rémunérationperdue par le taux de 5,2 % permet de calculer la perte nette d’extrants, qui est de 6 194 356 $ pour les victimes de sexe féminin et 1 776 450 $ pour les victimes de sexe masculin. L’incidence économique totale de la violence conjugale sur les extrants des employeurs serait donc de 7 970 806 $ pour 2009.

Perte d’extrants – VC contre des femmes 6 194 356 $
Perte d’extrants – VC contre des hommes 1 776 450 $
Total – Pertes subies par l’employeur, Perte d’extrants 7 970 806 $

5.5.2 Retards et distraction

Reeves et O’Leary-Kelly (2007)examinent les retards et la distraction chez les employés victimes de violence entre partenaires intimes (VPI) et les employés n’ayant pas été victimisés dans une ville du sud des Etats-Unis. En comparant les coûts associés aux retards et à la distraction chez les deux groupes, le coût attribuable à la violence conjugale peut être évalué.

En tenant compte de la perte moyenne de productivité et de revenu annuel dans Reeves et O’Leary-Kelly, le pourcentage du revenu compté comme une perte de productivité était de 12,3 % chez les victimes de sexe féminin, 10,2 % chez les victimes de sexe masculin, 8,4 % chez les employées n’ayant pas été victimisées et 8,4 % chez les employés n’ayant pas été victimisés. Le pourcentage du revenu compté comme une perte de productivité causée par la violence conjugale serait donc de 3,9 % chez les victimes de sexe féminin et 2,2 % chez les victimes de sexe masculin. Si nous appliquons ceci au revenu moyen des victimes canadiennes, nous estimons que les pertes mensuelles subies par les employeurs en raison des retards et de la distraction causés par la violence conjugale sont de 137,64 $ $ par victime de sexe féminin et 125,69 $ par victime de sexe masculin.

Nous utilisons l’ESG pour déterminer le nombre de victimes qui ont été en retard et distraites à cause de la violence conjugale. Les participants à l’ESG doivent répondre à des questions concernant leur situation d’emploi et la façon dont les incidents les ont affectés. Ceux qui avaient un emploi et qui étaient considérés comme ayant grandement été affectés sont répartis en trois groupes dans le cadre de la présente étude : nous présumons que les victimes qui ont subi un incident au cours des 12 mois précédents ont été en retard et distraites pendant un mois, que les victimes qui ont subi deux incidents ont été en retard et distraites pendant deux mois et que les victimes qui ont subi trois incidents ou plus ont été en retard et distraites pendant six mois.

D’après l’ESG, 95 268 victimes de sexe féminin et 65 898 victimes de sexe masculin avaient un emploi et avaient été affectées psychologiquement d’une façon ou d’une autre par les incidents qu’elles avaient vécus. Parmi ces victimes, 62 701 avaient subi un incident au cours des 12 mois précédents, 35 239 victimes en avaient subi deux, et 63 526 en avaient subi trois ou plus. Pour obtenir la perte de productivité totale découlant des retards et de la distraction, on multiplie le coût mensuel assumé par les employés par le nombre de mois pendant lesquels chacun des groupes de victimes a eu des retards et des distractions et par le nombre de victimes dans chaque groupe. L’incidence économique totale de la violence conjugale sur les employeurs à cause des retards et de la distraction serait donc de 68 541 415 $ pour 2009.

Retards et distraction – VC contre des femmes 44 858 528 $
Retards et distraction – VC contre des hommes 23 682 887 $
Total – Pertes subies par les employeurs, Retards et distraction 68 541 415 $

5.5.3 Coûts administratifs

Les gestionnaires et les administrateurs doivent redistribuer la charge de travail et assumer d’autres tâches administratives lorsque leurs employés s’absentent du travail. Selon l’organisme britannique Health et Safety Executive (1999), un administrateur perd 0,5 heure de productivité lorsqu’un employé s’absente. Nous formulons l’hypothèse d’une perte de productivité perdue de 0,25 heure seulement, répartie également entre les gestionnaires et les administrateurs, dans le but de faire une estimation conservatrice. Le taux horaire des gestionnaires et des administrateurs est multiplié par le temps que chacun passe à s’acquitter de tâches administratives découlant de l’absence d’employés. Nous estimons donc que le coût administratif découlant de l’absence d’une victime était de 7,40 $ par absence en 2009. À la section 4, Rémunération perdue, nous avons calculé que les victimes de sexe féminin avaient raté 145 147 jours de travail et que les victimes de sexe masculin en avaient raté 45 543 à cause de la violence conjugale. Le nombre de jours de travail ratés est multiplié par le coût par absence afin que l’on puisse obtenir l’estimation finale. L’incidence économique totale de la violence conjugale sur les employeurs au chapitre des coûts administratifs serait donc de 1 406 339 $ pour 2009.

Coûts administratifs liés aux absences au travail – VC contre des femmes 1 070 459 $
Coûts administratifs liés aux absences au travail – VC contre des hommes 335 880 $
Total – Pertes subies par l’employeur, Coûts administratifs 1 406 339 $
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