Outils d’évaluation du risque de violence envers le partenaire intime : Un examen

Annexe A

Exemples d'outils d'évaluation du risque de violence envers le partenaire intime

Outils fondés sur le jugement clinique structuré

Le Guide d'évaluation du risque de violence conjugale (SARA)

Le Guide d'évaluation du risque de violence conjugale (SARA) a été élaboré au Canada à l'Institute on Family Violence de Colombie-Britannique et il est utilisé dans 15 pays (Braff et Sneddon 2007; Helmus et Bourgon 2011). Le SARA est conçu pour prédire à la fois la violence envers le partenaire intime et la létalité (Guo et Harstall 2008). Le guide SARA comprend 20 indicateurs axés sur les antécédents criminels, l'adaptation psychologique, les antécédents en matière de violence conjugale et de l'information sur l'infraction alléguée. Les renseignements sont recueillis auprès de différentes sources, dont l'accusé, la victime, des mesures normalisées de violence psychologique et d'autres dossiers comme des rapports de police (Kropp 2008). L'évaluateur examine les indicateurs et détermine si l'accusé présente un risque faible, moyen ou élevé de causer un tort imminent à son partenaire intime ou à une autre personne (Helmus et Bourgon 2011). Le SARA est aussi utilisé à d'autres fins, y compris déterminer le plan de traitement pour les délinquants, les stratégies d'information et les niveaux de surveillance (Braff et Sneddon 2007). Parce que le SARA prévoit des mesures cliniques, il est recommandé qu'un professionnel de la santé mentale procède à l'évaluation; d'autres professionnels peuvent néanmoins utiliser l'outil s'ils ont accès au dossier psychologique ou psychiatrique de l'accusé (Kropp et Hart 1997).

Le SARA comporte un certain nombre de points forts. D'abord, il a été démontré qu'il avait une bonne validité et une bonne fiabilité interévaluateurs (Helmus et Bourgon 2011; Kropp 2008). Ensuite, la validité du SARA a été testée plus souvent que tout autre outil (Helmus et Bourgon 2011). Ces études de validation ont été menées par des personnes indépendantes, sans lien avec ceux qui ont élaboré l'outil, et auprès de différents types de délinquants adultes de sexe masculin (délinquants en détention et délinquants sous surveillance dans la collectivité). De plus, sa facilité d'utilisation le rend accessible à différents types de professionnels, et comme il a été élaboré en se fondant sur différentes recherches empiriques, il peut être utilisé avec différents types de délinquants. Enfin, il [traduction] «  inclut une variété de facteurs statiques et dynamiques liés à la fois à la violence en général et à la violence envers le partenaire intime, ce qui le rend souple, sensible aux changements qui s'opèrent chez les délinquants et utile dans la planification du traitement » (Helmus et Bourgon 2011, 73).

Le SARA comporte cependant aussi des points faibles. D'abord, on a fait valoir que certaines des recherches sur lesquelles se fondent les indicateurs peuvent être dépassées et qu'il faudrait peut-être les réviser (Helmus et Bourgon 2011). On a aussi fait remarquer qu'il était difficile de savoir quels indicateurs devaient être utilisés pour prévenir la récidive et quels devaient être utilisés pour planifier un traitement. Aussi, parce que le manuel du SARA recommande que des renseignements soient obtenus de différentes sources, il pourrait être difficile de l'utiliser sur le terrain, car les ressources et le temps sont souvent limités. De plus, il n'y a aucune restriction sur les types de délinquants à l'égard desquels l'outil peut être utilisé, malgré le fait que les études de validation ont été limitées quant au sexe et à l'âge des délinquants auprès de qui le SARA a été testé (la majorité des études ont été effectuées auprès de délinquants blancs, du sexe masculin, âgés entre 30 et 40 ans). On a aussi fait valoir que les critères de codage ne permettaient pas de différencier les délinquants selon leur niveau de risque. Enfin, même si le SARA doit servir d'outil de prédiction de nouvelle agression et de létalité, seule la capacité de prédire une nouvelle agression a été validée (Guo et Harstall 2008).

Le SARA a été récemment condensé en un outil d'évaluation du risque plus court; le bref questionnaire d'évaluation des risques en cas de violence conjugale (B-SAFER). Le B-SAFER a été mis au point au Canada et est utilisé dans certaines provinces et territoires du Canada (Millar 2009). Le B-SAFER est un outil de gestion du risque qui comporte dix éléments dont certains portent sur les antécédents de l'accusé en matière de violence envers le partenaire intime ainsi que sur ses difficultés d'ajustement psychologique et social. Il a été conçu pour être utilisé par des professionnels du système de justice pénale, dont les agents d'application de la loi (Kropp et Hart 2005). Ceux qui ont mis au point l'outil indiquent que les usagers doivent avoir une certaine expertise à mener des évaluations ainsi que dans le domaine de la violence envers une partenaire intime de sexe féminin. Le B-SAFER comprend moins d'indicateurs que le SARA, mais n'exige pas autant de ressources et utilise moins de termes techniques.

The Domestic Violence Screening Inventory (DVSI)

Le Domestic Violence Screening Inventory (DVSI) a été mis au point aux états-Unis par le Colorado Judicial Department et est en usage aux états-Unis (Williams et Grant 2006; Wong et Hisashima 2008). Le DVSI est un outil d'évaluation du risque en douze points conçu pour évaluer la probabilité que se produise un incident de violence envers le partenaire intime (Guo et Harstall 2008; Hilton et Harris 2005; Kropp 2008; Wong et Hisashima 2008). Il comprend à la fois des facteurs statiques et dynamiques, touchant par exemple la violence familiale, les antécédents criminels, l'emploi actuel, les relations interpersonnelles, les traitements antérieurs et des renseignements concernant l'infraction actuelle. Le DVSI fournit à l'évaluateur un taux de risque qu'il utilise pour déterminer son niveau de risque par rapport à d'autres délinquants. Il est utilisé à plusieurs étapes dans le système de justice pénale, notamment au moment de la l'admission, de la libération conditionnelle ou de la mise en liberté sous surveillance. Sa validité d'appréciation concurrente et sa validité prédictive sont satisfaisantes, mais l'outil n'a pas été validé de façon indépendante (Kropp 2008).

L'évaluation du danger (ÉD)

L'évaluation du danger (ÉD) a été mis au point par Jacquelyn Campbell aux états-Unis et est utilisé un peu partout aux états-Unis et au Canada (Guo et Harstall 2008; Millar 2009). L'ÉD est un outil d'évaluation clinique structurée initialement conçu pour être utilisé par les infirmières d'urgence en vue d'évaluer la probabilité d'homicide du partenaire intime (Guo et Harstall 2008; Hanson et col. 2007). Il est maintenant également utilisé pour prévenir la récidive de violence familiale, mais pas dans le cas de violence à risque faible ou moyen (Guo et Harstall 2008). Il est utilisé dans de nombreux contextes, notamment à des fins d'éducation et de sensibilisation de la victime, la planification de la sécurité et la détermination des conditions de services. L'ÉD est formé de deux parties. La première permet à la victime d'indiquer, sur un calendrier, la gravité et la fréquence des actes de violence familiale qu'elle a subis au cours des 12 derniers mois. La deuxième partie est une liste en vingt points de facteurs de risque qui sont liés à l'homicide par un partenaire intime (Millar 2009). Les deux sections sont complétées en collaboration avec la victime (Hanson et col. 2007). Guo et Harstall (2008) indiquent que les usagers les plus appropriés de l'ÉD sont les défenseurs des victimes, les travailleurs sociaux ou les cliniciens dans différents contextes, comme les refuges de femmes et les hôpitaux.

Les points forts de l'ÉD sont qu'il y a une forte fiabilité de test-retest, une bonne fiabilité interévaluateurs et une bonne validité conceptuelle, et qu'il existe une forte corrélation avec d'autres mesures de récidive de la violence familiale (Kropp 2008). De plus, il s'agit d'un bon outil à utiliser auprès des victimes car il leur permet de mieux comprendre le risque que la relation peut présenter pour elles et quelles sont les options de gestion du risque qui sont disponibles (Guo et Harstall 2008). Il peut aussi être un instrument utile lorsqu'il est difficile d'obtenir des renseignements ou lorsqu'il est impossible d'interroger le délinquant. L'exactitude de l'ÉD n'est toutefois pas aussi grande que celle d'autres outils et il ne fournit pas à l'évaluateur le moyen d'évaluer le niveau de risque que présente l'accusé (Hilton et Harris 2005).

Outils actuariels

L'évaluation du risque de violence familiale en Ontario (ERVFO)

L'un des outils actuariels les plus fréquemment utilisés dans le cas de violence envers le partenaire intime est l'évaluation du risque de violence familiale en Ontario (ERVFO). L'ERFVO a été mis au point par le centre de santé mentale à Penetanguishene (Ontario) et la police provinciale de l'Ontario (Millar 2009). Elle est utilisée dans plusieurs provinces au Canada et dans au moins un état aux états-Unis (le Maine) (Kercher et col. 2010; Millar 2009). L'ERFVO est un outil actuariel qui comprend 13 éléments, dont les antécédents criminels, le nombre d'enfants, la toxicomanie et les obstacles que la victime doit surmonter pour obtenir un soutien (Guo et Harstall 2008; Hanson et col. 2007). L'ERFVO est utilisée pour prévenir la future violence envers un conjoint, ainsi que la fréquence et la gravité de la violence (Millar 2009). L'outil est utilisé par les policiers, les services d'aide aux victimes, les intervenants en violence familiale, les services de probation et les services correctionnels dans de nombreuses provinces au Canada. Guo et Harstall (2008) déclarent que l'ERVFO peut être utilisée au mieux par les membres du personnel de la justice pénale car ils sont en mesure d'obtenir les renseignements requis et qu'elle est relativement plus court que d'autres outils. 

On a constaté que l'ERFVO prédisait la récidive de la violence familiale avec un niveau d'exactitude comparable à celui du VRAG (discuté plus bas), mais de manière plus efficace et rapide, et qu'il existait une corrélation avec l'évaluation du danger et le SARA (Hilton et Harris 2005; Kropp 2008). Elle n'est toutefois utilisée qu'avec des délinquants de sexe masculin, et comme il n'y avait pas de cas d'homicide dans l'échantillon utilisé pour la mise au point de l'outil, il se peut que celui-ci ne se prête pas à prédire la létalité (Kropp 2008; Hart 2010). D'autres ont aussi fait valoir que le contenu et les mécanismes de pointage étaient questionnables et que l'outil était trop rigide (Hart 2010). De plus, plusieurs des éléments exigent que l'on recueille des renseignements dans les banques de données du système de justice pénale, lesquels peuvent être plus accessibles pour certains professionnels (p.ex. dans le domaine de l'application de la loi) que d'autres (comme les défenseurs des victimes) (Guo et Harstall 2008). Enfin, parce que l'ERFVO a été conçue pour prévenir la récidive et non à des fins de gestion des risques, ceux qui utilisent l'outil devront sans doute demander de l'aide pour prendre des décisions concernant l'ensemble de la gestion de cas.

Le Répertoire de dépistage de la violence familiale (DVRAG)

Le Répertoire de dépistage de la violence familiale (DVRAG) a été mis au point au Canada par Hilton et col. (2008) (Guo et Harstall 2008). Il s'agit d'un outil d'évaluation du risque comportant 14 éléments conçus pour évaluer le risque de récidive de violence envers le partenaire intime chez le délinquant de sexe masculin ayant des antécédents de violence envers son partenaire intime (Rice et col. 2010). Il comporte les mêmes éléments que l'ERFVO, avec en plus le score du délinquant sur l'échelle de psychopathie révisée (PCL-R). Ce score est ensuite converti en rang-centile qui est comparé à celui d'autres délinquants similaires. Il est recommandé que le DVRAG soit utilisé uniquement lorsque l'évaluateur a accès à des données cliniques ou correctionnelles détaillées concernant le délinquant. Il est aussi recommandé que l'évaluateur ait accès aux antécédents psychosociaux du délinquant, qu'il ait reçu une formation sur l'utilisation du PCL-R ou qu'il ait accès au score du délinquant du PCL-R, et que l'évaluateur puisse utiliser le DVRAG avec une fiabilité interévaluateurs raisonnable. L'un des points faibles du VRAG est que son exactitude prédictive n'a pas encore été évaluée de façon indépendante.

Outils d'évaluation du risque d'infraction générale et d'infraction violente

The Violence Risk Appraisal Guide (VRAG)

Le Violence Risk Appraisal Guide (VRAG) a été mis au point au Canada par Quinsey et col. (2006) (Guo et Harastall 2008). Il s'agit d'un outil d'évaluation du risque comportant 12 éléments conçus pour prédire la récidive violente et il est utilisé dans de nombreuses situations, notamment avec des patients dans un contexte médico-légal ou non, avec des délinquants sexuels et avec des délinquants incarcérés (Hilton et Harris 2005). Il est utilisé par des cliniciens, des tribunaux et des agents de libération conditionnelle (Guo et Harstall 2008). Il comprend des données démographiques, des éléments ayant trait à l'enfance ainsi qu'une évaluation psychiatrique. Il a été constaté qu'il prédisait avec exactitude la récidive de violence envers le partenaire intime (Hanson et col. 2007). Une des limites du VRAG est qu'il prend beaucoup de temps, qu'il nécessite un accès aux antécédents du délinquant et qu'il faut être en mesure de procéder à des évaluations cliniques (Hilton et Harris 2005).

Level of Service Inventory – Revised (LSI-R)

Le Level of Service Inventory – Revised (LSI-R) a été mis au point au Canada par Andrews et Bonta (1995); il est utilisé dans de bien des provinces et territoires au Canada et à l'étranger (Guo et Harstall 2008; Millar 2009). Le LSI-R est un outil d'évaluation actuarielle qui comporte 54 éléments conçus pour être utilisés auprès de délinquants âgés de plus de 16 ans (Andrews et Bonta 2004). Le LSI-R est utilisé pour prédire l'issue de la probation ainsi que la récidive. Il est utilisé par les agents de probation et les agents de libération conditionnelle ainsi que par les agents des services correctionnels dans les prisons et les établissements de détention. Le LSI-R comprend des échelles liées aux antécédents criminels, aux problèmes d'usage d'alcool ou de drogue, à l'éducation et à l'emploi ainsi qu'aux questions financières, parmi plusieurs autres échelles. Il a été constaté qu'il prédisait avec exactitude la récidive d'infraction générale et d'infraction violente chez les délinquants de sexe masculin ayant commis des actes de violence envers le partenaire intime (p. ex. Hanson et Wallace-Capretta 2000). Les recherches évaluant la capacité du LSI-R à prédire spécifiquement la récidive de violence envers le partenaire intime ont produit des résultats mitigés; certaines études ont constaté que le LSI-R avait de faibles facultés prédictives de violence envers le partenaire intime R (p. ex. Hendricks et col. 2006), alors que d'autres études n'ont trouvé aucune association entre les résultats du LSI-R et la récidive de violence envers le partenaire intime (p. ex. Hilton et col. 2010). L'une des faiblesses du LSI-R est que l'outil contient peut-être plus d'éléments que nécessaire pour déterminer le risque de récidive et que l'utilisation du LSI-R est nécessaire seulement si le délinquant fait l'objet d'une planification de services (Andrews et col. 2010).

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