Résultats de la consultation

Déterminants sociaux de la justice

Éducation

Il est apparu clairement que l’éducation n’est pas seulement très importante, mais qu’elle constitue un élément essentiel pour réduire le nombre de Noirs dans le système de justice pénale. Les participants ont indiqué qu’ils estimaient que leurs enfants ne devraient pas apprendre leur histoire uniquement dans l’optique d’un rôle de soumission. De nombreux jeunes garçons noirs arrivent à l’école secondaire et ne reçoivent pas les ressources d’apprentissage nécessaires pour progresser. Il a été mentionné que l’enseignement de l’histoire devrait être équilibré et que les Noirs n’étaient pas simplement un peuple asservi, mais qu’ils étaient issus de la royauté en Afrique.

Des efforts concrets doivent être déployés pour sortir nos hommes noirs du système judiciaire. Les participants ont indiqué que les activités récréatives, sociales et sportives sont l’un des éléments qui ancrent les jeunes hommes noirs dans leur communauté et leur école. D’un point de vue culturel, ces activités contribuent à donner aux jeunes hommes une réputation, une socialisation et un exutoire prosocial positif. Cependant, les participants ont mentionné que c’est l’une des premières choses dont on les prive s’ils se comportent mal ou si leurs résultats scolaires sont médiocres, et qu’il s’agit d’une méthode punitive employée dans les écoles. Les participants ont estimé qu’il s’agissait des premières étapes qui mènent « de l’école à la prison ». Un participant a déclaré : « nous devons réfléchir à la manière de mettre en place un plan global et ne pas chercher uniquement à les punir. »

Traumatisme intergénérationnel

Les participants ont évoqué le traumatisme intergénérationnel existant au sein de la communauté noire. Les participants ont évoqué les « expériences négatives de l’enfance » (ENE). Les expériences négatives de l’enfance (ENE) englobent les incidents pénibles qui se produisent avant que l’enfant n’atteigne l’âge de 18 ans. Ces incidents englobent diverses formes de mauvais traitements et de négligence, y compris l’abus de substances par les parents, l’emprisonnement et la violence familiale. En outre, les ENE englobent également des circonstances susceptibles de traumatiser un enfant, comme le fait d’avoir un parent souffrant d’une maladie mentale ou le divorce des parents. Les participants ont évoqué le fait que de nombreux enfants noirs, si ce n’est tous, sont confrontés à une forme ou à une autre d’expériences négatives de l’enfance ainsi que les traumatismes qu’ils ont subis, qui peuvent également être liés à des comportements criminels et à des problèmes de santé mentale.

« Nous devons réfléchir à la manière de mettre en place un plan global et ne pas chercher uniquement à les punir. » Participant

« Si nous considérons les traumatismes liés à l’expérience vécue par nos enfants, nous répétons alors ces comportements, et ce cycle permet à ces milieux familiaux désorganisés de perdurer. Notre communauté romance son passé. Considérons les ENE et les personnes qui ont été victimes ou témoins de la pauvreté, de la violence d’un partenaire, d’abus sexuels ou de relations inappropriées, de la sexualisation des hommes noirs, de multiples déménagements dus à l’insécurité, ou d’un parent souffrant d’une grave toxicomanie. Il s’agit là d’une situation très lourde, sans intervention intentionnelle du point de vue des ENE. Quels sont les modèles de soins intégrés de ces centres communautaires? Pourquoi notre communauté continue-t-elle à travailler en vase clos?

Un clinicien qui a participé aux séances a déclaré qu’une grande partie de la colère ressentie par les Canadiens noirs est enracinée dans des expériences traumatisantes. Le clinicien ajoute : « Je rappelle à mes clients que nous sommes parfois à la fois la victime et l’auteur de l’infraction. »

Un participant a déclaré : « Notre expérience des traumatismes causés par le racisme envers les personnes noires nous marque à jamais, et il y a des choses que nous n’oublierons jamais. Pour le grand public blanc, il ne s’agit pas de la même chose, et nous sommes jugés pour avoir été traumatisés. Un policier a arrêté une personne que je connais parce qu’elle correspondait à une “description”, elle a été malmenée, mise en prison, puis on lui a simplement dit qu’elle n’était pas la personne recherchée. »

La personne exprime le fait qu’elle est confrontée à un traumatisme d’une manière différente de celle des personnes blanches dans la société et qu’elle se sent souvent injustement critiquée et pénalisée pour avoir été affectée par ce traumatisme. Ils soulignent en particulier leurs expériences en tant que Canadiens noirs et insistent sur le fait que les traumatismes et la race noire sont souvent indissociables, même s’ils se manifestent différemment chez les Blancs. L’aspect de jugement qui est mentionné peut se manifester par des suspensions d’école ou une arrestation par les forces de l’ordre. L’idée principale est qu’en tant que communauté, nous sommes souvent confrontés à des expériences traumatisantes sans disposer du soutien et des systèmes nécessaires pour traiter et guérir efficacement le mal que nous avons subi.

« En tant que clinicien, je rappelle à mes clients que nous sommes à la fois victimes et auteurs. Ce sont les nuances des personnes qui ont vécu des ENE » – Participant

Recommandations

Services de police

Interactions avec la police :

Au cours de la discussion, de nombreux témoignages de participants ont porté sur divers incidents mettant en cause la police qui les avaient profondément marqués, les laissant traumatisés, remplis de peur et nourrissant un profond sentiment de méfiance à l’égard des forces de l’ordre. Une mère a fait part de son expérience personnelle : son fils, mineur à l’époque, a été appréhendé par un agent de police et emmené seul dans la voiture au poste de police. Elle a expliqué que son fils lui avait confié que le policier l’avait menacé de le jeter du haut du pont. Les parents ont cherché à obtenir des informations sur l’agent ayant procédé à l’arrestation, mais on leur a conseillé de « déposer une plainte ». Les participants n’ont pas eu l’impression que leurs expériences en matière de plaintes des agents étaient fructueuses. Ils n’avaient pas confiance dans la procédure et ne pensaient pas qu’il était approprié que le service de police enquête sur le comportement de ses propres agents et collègues. Dans tous les récits des participants, la parole du policier était considérée comme la vérité, et la voix des parents ou de la victime était normalement écartée. Une participante a également raconté un autre incident mettant en cause son fils, qui a été soumis à une épreuve terrifiante lorsqu’il a été confronté à la police sous la menace d’une arme alors qu’il attendait devant son lieu de travail. La police a cru à tort que son fils correspondait à la description d’une personne qu’elle recherchait, et l’a donc mal identifié. Cette situation était d’autant plus perturbante que son fils, qui est atteint d’autisme, a subi un traumatisme grave à la suite de cet incident.

Une tendance notable est que les participants ont exprimé le désir d’acquérir des connaissances qui leur permettraient de comprendre leurs droits et les limites des agents d’application de la loi. Selon les participants, ces informations leur auraient permis de se sentir plus à l’aise, car ils auraient connu leurs droits.

« Au moment où vous vous trouvez dans une bataille juridique, vous avez besoin d’une organisation qui écoute vraiment ce que vous avez à dire et qui essaie non seulement de faire ce qu’elle peut pour vous aider, mais aussi de vous aider à résoudre votre situation particulière. » – Participant

« Elle a affirmé que son fils lui a confié. que l’agent de police l’aurait menacé de le jeter du haut du pont. Les parents ont cherché à obtenir des informations sur l’agent ayant procédé à l’arrestation, mais on leur a conseillé de « déposer une plainte. » – Participante

« Il y a un état inhérent de paranoïa des Noirs à l’égard de la police. On a presque l’impression d’avoir une mentalité dans laquelle il faut combattre ou fuir. » – Participant

Recommandations :

« Un membre de la famille (un jeune) a été conduit dans une voiture de police sur le pont, et pendant qu’ils étaient sur le pont, le policier a demandé au jeune s’il voulait qu’il le jette en bas. » – Participant

Services correctionnels

Afin d’évaluer efficacement les personnes à haut risque, les participants ont estimé qu’il était important que les outils d’évaluation des risques intègrent une perspective culturelle. Par conséquent, tous les outils utilisés dans les établissements correctionnels doivent être soigneusement examinés en tenant compte du prisme de la lutte contre le racisme envers les personnes noires et abordés avec sensibilité. Il a été observé que les environnements carcéraux ne favorisent pas la réadaptation des Noirs canadiens et qu’ils encouragent plutôt des mécanismes d’adaptation mésadaptés. Les participants ont reconnu que pour survivre dans la culture carcérale, les Noirs ressentent souvent le besoin de recourir à la violence ou de devenir eux-mêmes des victimes. Ces environnements ne favorisent pas une santé mentale positive et prosociale.

Les Noirs canadiens qui sont incarcérés ont besoin de plus de soutien et de liens avec des personnes à l’intérieur qui s’investissent réellement dans leur bien-être général.

Recommandations

« Ils créent en prison des environnements qui amplifient les capacités d’adaptation mésadaptées. » – Participant

Réinsertion sociale

Il est essentiel pour les Canadiens noirs de bénéficier d’une aide à la réinsertion suffisante et adaptée avant d’être libérés de prison.

« Quand vous passez de 15 à 20 décisions par jour en prison à des centaines par jour, jusqu’à la tenue vestimentaire. »

Cette citation reconnaît que pendant l’incarcération, de nombreuses décisions sont prises pour vous et que vous recevez des instructions pour la quasi-totalité de vos tâches et de votre emploi du temps quotidiens. Le fait de passer brusquement d’une situation où l’on faisait des choix minimaux à une situation où l’on doit décider de tout expose les personnes anciennement incarcérées à un risque élevé de récidive si elles ne bénéficient pas d’un soutien adéquat. Les participants ont donné l’exemple d’une personne qui a été incarcérée et libérée au Québec, mais qui ne parle pas et n’a jamais parlé français.

Vous trouverez ci-dessous une paraphrase d’une discussion et des questions importantes qui ont été posées lors des séances de mobilisation :

En quoi consiste le processus de réintégration familiale? Dans quelle mesure est-il préjudiciable pour les enfants d’assister à l’emprisonnement de leurs proches? Qu’est-ce que cela suppose pour les individus de renouer avec leurs enfants? Même lorsqu’il s’agit de maisons de transition, il est essentiel pour la communauté noire d’accueillir et de soutenir les familles. Il est de notre responsabilité de veiller à ce que l’intégration des familles soit facilement accessible, et nous devrions organiser des fêtes familiales dans le cadre de cet effort. Une personne incarcérée a dit déplorer l’absence d’un pasteur qui pourrait la nourrir spirituellement. Il n’est pas rare que des personnes se convertissent à l’islam pour avoir accès à des repas de meilleure qualité. Ces circonstances soulèvent des questions importantes : Avons-nous vraiment besoin de prisons? Quelle est la raison d’être des prisons pour la communauté noire?

« Quand vous passez de 15 à 20 décisions par jour en prison à des centaines par jour, jusqu’à la tenue vestimentaire » – Participant

Recommandations

« Ils créent en prison des environnements qui amplifient les capacités d’adaptation mésadaptées » – Participant

Immigration

Bien que les discussions n’aient pas porté de façon approfondie sur l’immigration, les participants aux séances de mobilisation en Nouvelle-Écosse ont tout de même formulé des recommandations. Le thème de l’immigration n’était pas très pertinent pour de nombreux participants ou pour leurs communautés respectives.

Recommandations :

Collecte des données

Bien que les discussions n’aient pas porté de façon approfondie sur la collecte des données, les participants aux séances de mobilisation en Nouvelle-Écosse ont tout de même formulé des recommandations.

« Une mauvaise manipulation de ces données pourrait rendre leur effet plus nuisible que bénéfique. » – Participant