La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée
Annexe A : Bibliographie annotée (suite)
BRANNIGAN, A. Victimization of Prostitutes in Calgary and Winnipeg, (Rapport no. TR1996-15f), Ottawa, Ministère de la Justice du Canada, 1996.
En décembre 1985, le gouvernement fédéral a adopté une loi qui a criminalisé le racolage aux fins de la prostitution. En réponse aux préoccupations selon lesquelles cette loi contribuait à la victimisation des prostitués, le ministère de la Justice du Canada a parrainé une série d’études pour déterminer s’il y avait un lien entre l’article 213 (dispositions sur le racolage) et l’accroissement de la violence envers les prostitués. Cette étude fait appel à des sources multiples, notamment : l’examen des modes d’application de l’article 213, des entrevues avec le personnel de la justice pénale, un examen des données sur les homicides, des entrevues auprès de prostitués de Calgary et une analyse d’articles de journaux concernant la prostitution. Selon les données, il y a eu 20 homicides de prostitués à Calgary et Winnipeg depuis 1985. La violence envers les prostitués ne semble pas être «directement»
liée à l’application des dispositions législatives sur le racolage. Le rapport comprend un aperçu des programmes sociaux et juridiques de rechange qui servent à faire face aux questions relatives à la prostitution.
BRANNIGAN, A. et FLEISCHMAN, F. «Juvenile prostitution and mental health: Policing delinquency of treating pathology?», Canadian Journal of Law and Society, vol. 4, 1989, p. 77-97.
Les approches de la prostitution juvénile sont dominées par un point de vue thérapeutique qui met l’accent sur la violence sexuelle et la victimisation des jeunes. Les auteurs remettent en question ce modèle en procédant à un examen critique de l’incidence de la prostitution chez les jeunes et des ouvrages selon lesquels les jeunes commencent à se prostituer en raison de la violence qu’ils ont subie auparavant. Selon les données nationales sur les poursuites, les jeunes ne constituent qu’une minorité parmi l’ensemble des personnes accusées de racolage. Les travaux de recherche sur l’association entre la violence sexuelle, physique et psychologique subie pendant l’enfance et le fait de se prostituer par la suite se caractérisent par des contradictions méthodologiques et idéologiques. Un examen de deux études sur les fugueurs au Canada minimise le lien entre la violence subie pendant l’enfance, le fait de quitter le milieu familial à un âge précoce et le fait de se livrer à la prostitution. Les auteurs remettent en question la valeur de l’hypothèse selon laquelle la prostitution juvénile est une pathologie et le bien-fondé de considérer le racolage comme un crime.
BRANNIGAN, A. et GIBBS VAN BRUNSCHOT, E. «Youthful prostitution and child sexual trauma», International Journal of Law and Psychiatry, vol. 20, 1997, p. 337-354.
Cet article examine la littérature empirique sur les expériences traumatisantes vécues au sein de la famille et le fait de se livrer à la prostitution par la suite. Selon les études, les prostitués ont connu le viol, l’inceste et d’autres actes de violence sexuelle dans leur famille; cependant, les données sont incohérentes et contradictoires. Les auteurs préconisent une approche fondée sur les théories générales du contrôle, une approche qui met l’accent sur les modèles de socialisation et de contrôle de la délinquance par opposition aux réponses pathologiques. Les traumatismes ou les conflits qui amènent les enfants et les jeunes à faire une fugue exposent ceux-ci à la délinquance; les liens familiaux affaiblis nuisent au développement de la maîtrise de soi chez les jeunes, ce qui les amène à s’adonner à des activités sexuelles précoces et accroît le risque qu’ils se prostituent. Comprendre ces facteurs peut aider à expliquer pourquoi les jeunes commencent à se prostituer sans chercher des traumatismes et des perturbations psychiatriques non observables. D’après les auteurs, il y a une interaction entre les facteurs de contrôle social et le processus normal du développement sexuel.
BRITISH COLUMBIA PRESS RELEASE. New Law to Keep Young People Safe, Ministère des enfants et de la famille, 21 juin 2000.
Le 21 juin 2000, le Ministère des Enfants et de la Famille de la Colombie-Britannique a annoncé qu’il prévoyait déposer la loi intitulée Secure Care Act 2000 à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique. La nouvelle loi conférera aux parents et aux autorités le pouvoir d’obtenir de l’aide pour les enfants et les jeunes à risque élevé qui ne peuvent pas ou ne veulent pas s’aider. La Loi ne se limite pas à la prostitution chez les jeunes; elle porte sur d’autres formes d’«actes autodestructeurs»
(p. ex, toxicomanie grave). La Loi confère à un parent, à un tuteur ou à un directeur des soins de protection le pouvoir de demander qu’un enfant soit confié à un organisme de soins de protection pendant une période pouvant aller jusqu’à 30 jours. Dans les cas d’urgence, les
autorités ont le pouvoir d’assurer la sécurité d’un jeune en le détenant pendant une période pouvant aller jusqu’à 72 heures afin de le soumettre à une évaluation, de prendre des dispositions pour le faire traiter et de lui offrir des services de soutien.
BROCK, D. «Prostitutes are scapegoats in the AIDS panic», Resources for Feminist Research, vol. 18, no 12, 1989, p. 13-17.
Selon les croyances prédominantes, les prostitués sont porteurs de maladies transmises sexuellement et les femmes qui pratiquent le commerce du sexe sont «sales moralement et physiquement»
. Cette attitude était évidente au cours de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième guerre mondiale; on reprochait alors aux prostituées de propager les maladies vénériennes chez les militaires. L’auteure de cet article examine d’un œil critique le rôle de bouc émissaire qu’on fait jouer aux prostituées sous prétexte qu’elles propageraient le VIH. L’auteure réprimande le public, les médias et les représentants de la police parce qu’ils laissent entendre que les prostitués causent une épidémie au Canada. Pour réfuter l’argument selon lequel les prostitués propagent le VIH, l’auteure cite des données indiquant que peu de prostitués sont séropositifs pour le VIH. Sauf dans le cas des jeunes femmes et des jeunes hommes qui ont commencé à pratiquer récemment le commerce du sexe, la plupart des prostitués, selon l’auteure, utilisent des pratiques sexuelles sans risque. L’auteure préconise de recourir à des initiatives d’éducation et de prévention au lieu de rechercher des scélérats et de créer des boucs émissaires.
BROCK, D. R. Making Work, Making Trouble: Prostitution as a Social Problem, Toronto, University of Toronto Press, 1998.
La prostitution en tant que problème social n’est pas un phénomène nouveau. Cependant, nous nous demandons rarement pourquoi la prostitution est considérée comme un problème social et qui pense qu’elle constitue un problème. Ce livre examine la transformation de la prostitution en problème social en analysant la réglementation de celle-ci de 1970 aux années 1990. L’auteure aborde les relations entre l’embourgeoisement urbain et l’idée que la prostitution intérieure est un problème social. La production d’une panique morale a mené à la fermeture de lieux de prostitution hors de la rue (surtout les salons de massage), ce qui a forcé par la suite nombre de prostitués à travailler dans la rue et suscité de nouvelles préoccupations chez les groupes d’intérêts au sujet de la visibilité de la prostitution de rue. Les travaux du Comité spécial d'étude de la pornographie et de la prostitution (Comité Fraser) et la présentation du projet de loi C-49 (loi sur le racolage) font également l’objet d’un examen. En outre, l’auteure soutient que la prostitution juvénile a été redéfinie comme étant de la violence sexuelle à l’endroit des enfants dans le cadre des travaux du Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (Comité Badgley). Le rapport Badgley a accru la demande d’élargissement des services sociaux et en droit pénal malgré le bien-fondé douteux de ces mesures pour ce qui est de répondre aux besoins des jeunes prostitués. L’auteure fait une mise en garde : l’adoption de lois plus répressives pour lutter contre la prostitution ne sert qu’à punir ceux qui pratiquent le commerce du sexe. Brock conclut qu’il faut transformer la forme actuelle de la prostitution en mettant en question les conditions sociales qui font de la prostitution un choix avantageux pour certaines jeunes femmes et certains jeunes hommes.
BROCK, D. et KINSMAN, G. « Patriarchal relations ignored : An analysis and critique of the Badgley report on sexual offences against children and youth ». Dans Regulating Sex: An Anthology of Commentaries on the Findings and Recommendations of the Badgley and Fraser Reports, sous la direction de J. Lowman, M. Jackson, T. Palys et S. Gavigan, Burnaby, C.-B., Simon Fraser University, 1986.
En réponse aux préoccupations de plus en plus vives que suscite la violence sexuelle à l’endroit des enfants, le gouvernement fédéral a confié au Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes le mandat d’examiner l’incidence de la violence et de formuler des recommandations pour lutter contre ce phénomène. Ce document reproche au Comité Badgley son incapacité d’aborder les relations patriarcales qui favorisent les infractions sexuelles à l’endroit des enfants et des jeunes. Les relations patriarcales se définissent comme les «relations sociales établies dans le cadre de la domination masculine résultant de la répartition du travail selon le sexe, de l’organisation de la famille et des politiques de l’État»
. Les auteurs soutiennent que le Comité Badgley a utilisé un cadre législatif étroit qui a fait fi de l’analyse des facteurs sociaux et économiques liés à la violence sexuelle subie pendant l’enfance. Le rapport considère la violence sexuelle comme un problème uniquement sexuel, et son approche administrative et gestionnelle de la violence sexuelle ne donne aucune indication des mesures à prendre pour transformer l’organisation sociale de la violence masculine. Les auteurs soutiennent que nous devons transcender les discussions qui considèrent la violence comme une question sexuelle en faveur d’initiatives qui concernent les relations de domination et de subordination qui contribuent à emprisonner la vie des jeunes.
BROWN, J. et VICTOR, M. «Research directions in male sex work», Journal of Homosexuality, vol. 31, no 4, 1996, p. 29-56.
Ce document passe en revue les ouvrages sur la prostitution masculine afin d’examiner les concepts théoriques et de recherche sur le commerce du sexe masculin. Les auteurs font remarquer que les travaux de recherche précédents portent sur la biopsychologie de la prostitution masculine; cependant, en raison des préoccupations récentes à l’égard du syndrome d'immunodéficience acquise (sida), les chercheurs se sont penchés sur le risque que les prostitués et leurs clients transmettent cette maladie. Les auteurs examinent la typologie et la psychologie des travailleurs du sexe masculins, les raisons de commencer à se livrer à la prostitution, l’orientation et les pratiques sexuelles, les maladies transmises sexuellement et les clients.
BROWN, M. «Teenage prostitution», Adolescence, vol. 14, 1979, p. 665-679.
Ce document examine plusieurs études visant à explorer les conditions sociales qui font que certaines jeunes filles sont vulnérables à l’«activité sexuelle déviante»
, les expériences qui incitent celles-ci à se prostituer et la façon dont le système de justice pénale traite la prostitution chez les adolescentes. Parmi les facteurs qui incitent les jeunes filles à commencer à se prostituer, mentionnons les familles désunies, la négligence et la violence des parents, les difficultés scolaires, les piètres perspectives d’emploi et la «désorientation psychologique»
. L’aliénation par rapport aux valeurs sociales traditionnelles expose les jeunes filles à des modes de vie déviants. Après que les jeunes filles ont été exposées à la socialisation déviante, plusieurs motifs peuvent entraîner celles-ci vers la prostitution (p. ex., les besoins financiers, le désir d’aventure, le fait de se tenir avec des délinquantes, des facteurs conjoncturels liés à la fugue). L’auteure fait remarquer que le système de justice pénale «intente trop de poursuites»
contre les adolescentes; celles-ci sont sévèrement punies pour avoir commis des infractions liées à leur statut juridique et elles sont amenées encore davantage à adopter des modes de vie déviants dans le cadre d’un processus d’étiquetage et de stigmatisation.
BULLENS, R. «Organized abuse, disorganized lives: Making a deal with the devil», Journal of Sexual Aggression, vol. 2, 1996, p. 99-111.
Cette étude examine la violence sexuelle organisée à l’endroit des adolescents qui se livrent à la prostitution dans les maisons de débauche de la Hollande. Des entrevues approfondies ont eu lieu auprès de 8 garçons (âgés de 14 à 16 ans) et de 5 de leurs parents. Les sujets étaient les suivants : caractéristiques de base des garçons; pratiques de recrutement; processus d’initiation, allant de «spectateur passif à participant actif»
; séduction financière et coercition; facteurs relatifs à la participation et à la responsabilité et questions relatives aux pratiques sexuelles sans risque inadéquates. L’auteur examine également ce qui motive les garçons à demeurer à cet endroit et les perceptions de ceux-ci après une enquête policière sur la violence sexuelle.
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