PAROLES DE FEMMES LA VALEUR DE LA RECHERCHE COMMUNAUTAIRE SUR LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES
- 1. INTRODUCTION
- 1.1 Origines de Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes
- 1.2 Renseignements généraux sur l’objet et la méthode du projet ORWAS
- 1.3 Méthode à la base de Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes
- 1.4 Structure du rapport
1. INTRODUCTION
1.1 Origines de Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes
Un projet de recherche communautaire sur les mauvais traitements infligés aux femmes en milieu rural (Ontario Rural Woman Abuse Study ORWAS) a été entrepris à l’automne 1997. Il faisait partie d’une initiative de Justice Canada menée en collaboration avec le Community Abuse Program of Rural Ontario (CAPRO). Santé Canada a assuré un soutien financier interministériel à l’initiative. Le projet ORWAS a servi de toile de fond à la présente étude, qui explore la valeur d’une méthode communautaire de recherche sur la violence faite aux femmes.
Les méthodes communautaires comme celle employée pour le projet ORWAS traduisent le fait que les membres d’une collectivité peuvent avoir sur une question un point de vue différent de celui qu’ont les personnes qui examinent la collectivité de l’extérieur. Pour qu’une recherche aboutisse à une bonne compréhension d’un problème existant dans une collectivité, il est important de faire participer les membres de celleci à la conception de l’étude ainsi qu’à la collecte, à l’analyse et à l’interprétation des données.
Pour beaucoup de femmes qui ont participé au projet ORWAS, il s’agissait d’une première expérience de la recherche communautaire. Le choix de cette méthode a représenté des engagements en temps et en ressources considérables de la part de toutes les participantes. L’équipe de recherche a constaté que la démarche collective avait fait évoluer le projet de manière dynamique. Le processus a exigé beaucoup de souplesse de la part de tous les membres de l’équipe et a produit des résultats fort intéressants en ce qui concerne les relations qui se sont nouées entre les membres de l’équipe.
C’est ce dynamisme et ses répercussions sur les participantes qui ont éveillé l’intérêt de Santé Canada et qui ont abouti à la décision de mener une étude de suivi sur ORWAS, soit Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes. Une des chercheuses communautaires qui a travaillé au projet ORWAS, Mary Nelder, voulait explorer l’incidence de cette démarche particulière sur l’équipe de recherche et les survivantes participantes. Ses discussions avec les survivantes de la région d’Espagnola lui ont appris que le projet avait fait une forte impression sur certaines de ces dernières. De concert avec son associée, Susan Snelling, elle a proposé aux autres chercheuses communautaires et aux chefs de projet d’entreprendre une étude de suivi portant sur la démarche de l’ORWAS et visant à explorer ses répercussions sur toutes les participantes. L’étude de suivi devait également avoir pour objet d’explorer les répercussions du projet ORWAS sur la recherche relative à la violence familiale en général.
Avec l’appui de l’équipe de recherche, le projet Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes a donc commencé en janvier 1999 sous le parrainage commun de Justice Canada et de Santé Canada. Il s’agissait d’examiner le processus communautaire employé pour le projet ORWAS du point de vue des chefs de projet de Justice Canada et de CAPRO, des chercheuses communautaires et des survivantes participantes. Dans le présent rapport, nous appellerons le projet Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes le projet « de suivi » pour le distinguer du projet ORWAS initial.
Les objectifs du projet Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes étaient les suivants 1) examiner la démarche de recherche élaborée au cours du projet ORWAS et tirer des conclusions au sujet de la valeur de l’approche communautaire; 2) explorer les conséquences de la participation à une recherche au sujet de la violence faite aux femmes sur les survivantes, les chercheuses communautaires et les chefs de projet; 3) examiner les avantages procurés par un partenariat de collaboration aux ministères et aux collectivités.
Bien que le projet ORWAS ait servi d’étude de cas pour ces questions, les constatations ont des répercussions qui débordent le strict cadre de cette étude. Les constatations et conclusions intéresseront par conséquent les organisations communautaires, les groupes de femmes, les chercheurs de l’État et le milieu universitaire.
1.2 Renseignements généraux sur l’objet et la méthode du projet ORWAS
Le projet ORWAS visait à faire mieux comprendre les problèmes de la violence faite aux femmes en milieu rural. Comme la plupart des études sur la violence familiale ont porté sur le milieu urbain, l’étude ORWAS a été élaborée dans le cadre d’une stratégie visant à mieux comprendre la situation des femmes vivant avec la violence en milieu rural et à mieux répondre à leurs besoins. Le projet avait donc deux buts mieux comprendre les problèmes propres aux femmes victimes de violence en milieu rural; cerner les mécanismes de soutien et les interventions efficaces dans leur cas.
Comme il était essentiel que les compétences en matière de recherche viennent de la collectivité et y restent, on a recruté pour le projet CAPRO six chercheuses communautaires des régions rurales de l’Ontario (représentant les secteurs de l’Est, du Centre-Sud, du Sud-Ouest, du Nord-Est, du Centre-Nord et du Nord-Ouest de la province). Il n’était pas nécessaire que ces chercheuses possèdent une expérience de recherche étant donné qu’elles devaient participer à des séances de formation animées par des agents de recherche de Justice Canada. Elles devaient cependant bien connaître le matériel et la démarche avant d’entreprendre la phase de collecte des données. Avant celleci, trois séances de formation ont été organisées à l’automne et à l’hiver 19971998. Durant la collecte des données, on a organisé des téléconférences pour permettre aux membres de l’équipe de recherche de rester en contact les uns avec les autres. Justice Canada, avec l’appui de Santé Canada, a versé des fonds pour absorber les honoraires des chercheuses communautaires et les dépenses de déplacement en plus de faire des contributions en nature, notamment en documents de recherche et en téléconférences.
L’équipe composée de six chercheuses communautaires, de deux agents de recherche de Justice Canada et de la coordonnatrice du projet CAPRO ont ensemble décidé de l’envergure et des thèmes et élaboré les guides d’entrevues du projet. Chaque chercheuse a ensuite interviewé 10 femmes de sa collectivité qui avaient survécu à une relation de violence. Dans le présent document, « survivantes » désigne des femmes qui ont été interviewées pour le projet ORWAS. Il s’agit de femmes qui ont vécu une relation intime de violence, qui vivent sans violence depuis au moins un an et qui n’ont pas été parties à une action en justice.
Afin d’élargir l’envergure de l’étude, les chercheuses communautaires ont également animé deux ou trois groupes de discussion avec des prestataires de services locaux ainsi que des membres et des dirigeants de la collectivité. Chaque chercheuse a communiqué avec le refuge le plus près pour informer les responsables au sujet de l’étude et demander leur appui. Les responsables dans les six refuges ont accordé leur appui certaines ont offert des locaux, d’autres ont dirigé les chercheuses vers des sources supplémentaires, tandis que d’autres encore ont participé aux groupes de discussion.
Les entrevues avec les survivantes et les séances des groupes de discussion ont été enregistrées sur bandes magnétoscopiques qui ont été envoyées à Ottawa aux fins de transcription par des employés de Justice Canada. On a demandé aux copistes d’éliminer tous les indices permettant d’identifier les participantes. Les transcriptions ont été renvoyées aux survivantes pour leur permettre d’apporter les modifications voulues. Les enregistrements ont également été renvoyés aux participantes qui en faisaient la demande; sinon, ils étaient détruits. Après révision, les transcriptions des entrevues et des séances des groupes de discussion ont servi de données pour le projet.
Une fois que toutes les transcriptions ont été renvoyées aux chercheuses communautaires, chacune de ces dernières a été invitée à en dégager les thèmes. Les chercheuses communautaires se sont réunies à Ottawa au printemps 1998 pour discuter de la démarche, cerner les thèmes communs et analyser les résultats.
On a décidé que les participantes devaient recevoir assez rapidement un produit traduisant leur participation et rendant compte des problèmes particuliers cernés dans chaque collectivité. En se basant sur un cadre commun, les chercheuses communautaires ont rédigé des rapports provisoires pour chaque collectivité. Elles sont encore une fois restées en communication les unes avec les autres au moyen de téléconférences. Les versions provisoires ont été envoyées aux survivantes afin qu’elles puissent faire des commentaires. Les rapports communautaires ont été achevés à la fin de 1998 et envoyés aux participantes et aux organisations communautaires.
L’équipe du projet ORWAS s’est réunie de nouveau pour présenter ses résultats, la première fois publiquement, à la conférence des collectivités contre la violence organisée par le CAPRO en décembre 1998. Au cours d’un atelier qui a suivi cette conférence, les chercheuses ont réfléchi sur la démarche de recherche, discuté du contenu du rapport de synthèse à venir et cerné les orientations possibles. En 1999, un rapport de synthèse a été rédigé (sous presse) pour décrire le projet ORWAS et regrouper les constatations issues des six collectivités en un rapport sur la violence faite aux femmes en milieu rural.
La méthode élaborée pour le projet ORWAS a été reprise dans deux collectivités rurales de la Colombie-Britannique. L’annexe A renferme une liste de tous les rapports relatifs au projet ORWAS, y compris les rapports communautaires, le rapport de synthèse et le rapport de la Colombie-Britannique.
1.3 Méthode à la base de Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes
Pour l’étude de suivi du projet ORWAS, quatre des six chercheuses communautaires initiales ont été interviewées. Mary Nelder, qui a lancé et mené l’étude de suivi avec son associée Susan Snelling, était une des six chercheuses communautaires, mais en raison de son rôle comme chercheuse pour l’étude de suivi, elle n’a pas été interviewée à titre de chercheuse communautaire. Les circonstances ont empêché une autre chercheuse communautaire de participer au projet de suivi.
En janvier 1999, les chercheuses communautaires ont participé à une téléconférence pour discuter des aspects liés à la recherche du projet ORWAS. En janvier et février, des entrevues téléphoniques ont été réalisées pour explorer les répercussions personnelles du projet.
Les chercheuses communautaires ont ensuite été priées de communiquer avec les survivantes qu’elles avaient interviewées pour l’étude ORWAS afin de les inviter à participer à l’étude de suivi. On leur a fourni des renseignements, des fiches de réponse et des enveloppes affranchies à remettre aux femmes qui envisageaient de participer. Les survivantes qui choisissaient de répondre devaient renvoyer par la poste une fiche de réponse sur laquelle elles devaient indiquer un prénom et un numéro de téléphone. Puisque cette méthode reproduisait le processus de recrutement employé pour l’étude ORWAS, elle était familière aux survivantes.
Comme nous l’avons signalé, une chercheuse communautaire n’a pas participé à l’étude de suivi. Il était par conséquent impossible d’inviter à participer à l’étude de suivi les dix survivantes qu’elle avait interviewées pour le projet ORWAS étant donné que c’était les chercheuses communautaires qui étaient en rapport avec les survivantes. Le groupe de survivantes ciblé par l’étude de suivi était donc plus petit que prévu (50 femmes plutôt que 60). Des réponses ont été reçues de survivantes de toutes les autres régions incluses dans l’étude ORWAS. Des entrevues téléphoniques ont été effectuées en février et mars 1999 auprès des 21 femmes qui ont répondu à l’invitation.
Les deux chefs de projet de Justice Canada ont été interviewés par téléphone en mars 1999. Une entrevue téléphonique a également été menée auprès de la coordonnatrice du CAPRO.
On a utilisé pour les entrevues un processus semi-structuré basé sur un ensemble type de questions au sujet des objectifs du projet (voir cidessous). L’intervieweuse pouvait s’éloigner selon les besoins des questions proposées pour explorer de nouveaux aspects, préciser le sens d’une question ou demander des éclaircissements au sujet d’une réponse. Les questions ont été posées selon un ordre découlant du contenu de l’entrevue plutôt que suivant un ordre prescrit.
Thèmes des entrevues avec les survivantes
Thèmes des entrevues avec les chercheuses communautaires
Thèmes des entrevues avec les chefs de projet
Chaque chercheuse a transcrit textuellement les entrevues qu’elle a menées. Les données ont été analysées en fonction des thèmes se dégageant des entrevues par rapport à chaque objectif. À partir des thèmes explorés au moyen des questions d’entrevue, on a codé les transcriptions en fonction du thème auquel se reportait chaque commentaire. Certains commentaires se rapportaient à plusieurs thèmes. On a aussi codé d’autres thèmes qui n’avaient pas été inclus dans les questions initiales. Les transcriptions codées ont ensuite été triées de façon à grouper les parties de l’entrevue se rapportant à chaque objectif et thème. Après avoir ainsi trié les données, nous avons relevé des citations représentatives, qui sont présentées dans le présent document en fonction de chacun des objectifs.
1.4 Structure du rapport
Dans le reste du rapport, nous décrivons et analysons les résultats de l’étude de suivi. Nous présentons tout d’abord un aperçu des résultats du projet Paroles de femmes La valeur de la recherche communautaire sur la violence faite aux femmes en fonction des trois objectifs. Nous présentons ensuite les résultats des entrevues pour chacun des trois groupes, à savoir les survivantes, les chercheuses communautaires et les chefs de projet. Cela est suivi d’une discussion de ces constatations et de recommandations basées sur une analyse des entrevues, toujours en fonction des objectifs. La dernière partie du rapport consiste en une conclusion.
- Date de modification :