LE COÛT DE LA DOULEUR ET DE LA SOUFFRANCE RÉSULTANT DES ACTES CRIMINELS AU CANADA

6. Observations en guise de conclusion

L'objectif principal de la présente étude était d'estimer le coût de la douleur et de la souffrance éprouvées par les victimes d'actes criminels pour différentes sortes de crimes, y compris l'homicide, les voies de fait, les infractions sexuelles, le vol qualifié, l'introduction par effraction, le vol de véhicule à moteur, le vol autre que d'un véhicule à moteur, le vandalisme, les infractions en matière de drogue et les infractions aux règlements de la circulation prévues par le Code criminel. La méthode mise au point pour cette étude supposait qu'une estimation du coût de la douleur et de la souffrance exigeait des éléments d'information sur le nombre d'incidents pour chaque type de crime, la proportion de victimes se disant inquiètes pour leur sécurité et la valeur de la détresse mentale perçue et réelle résultant de l'expérience de la criminalité.

Pour la présente étude, nous avons obtenu des données sur le nombre d'incidents criminels en puisant dans les statistiques policières incluses dans la DUC et dans l'ESG sur la victimisation. Ces deux sources de données présentaient des limites. Alors que les statistiques policières tendent à sous-estimer le nombre réel d'incidents criminels en raison d'une sous-déclaration et des contraintes imposées aux ressources des services de police, l'information provenant d'enquêtes sur la victimisation comme l'ESG peut présenter des problèmes d'échantillonnage susceptibles de biaiser l'estimation. Pour déterminer la proportion de victimes qui disent craindre pour leur sécurité, nous avons utilisé l'information provenant de l'ESG au sujet des perceptions des victimes quant à leur sécurité personnelle. En ce qui concerne le coût moyen de la douleur et de la souffrance, nous avons utilisé comme balise les estimations provenant d'écrits antérieurs. La valeur moyenne implicite de la vie humaine basée sur les blessures non mortelles a été estimée à 72 000 $. Dans le cas des blessures mortelles, elle se situerait entre 4,1 millions de dollars et 9,6 millions de dollars.

Les coûts estimatifs de la douleur et de la souffrance pour les victimes d'actes criminels étaient beaucoup plus élevés lorsque le calcul était basé sur les données provenant de l'ESG sur la victimisation plutôt que sur les statistiques policières. Les estimations plus modérées étaient basées sur l'hypothèse que la peur éprouvée par les victimes d'actes criminels n'était pas liée à des blessures mortelles. Le coût estimatif de la douleur et de la souffrance pour tous les crimes, si l'on se base sur les blessures non mortelles, était de 35,83 milliards de dollars d'après les données provenant de l'ESG, contre 9,83 milliards de dollars d'après les statistiques policières. Le coût estimatif de la douleur et de la souffrance pour les crimes avec violence, basé sur les blessures non mortelles, s'élevait à 20,43 milliards de dollars d'après les données de l'ESG et 5,84 milliards de dollars d'après les statistiques policières. Pour les crimes contre les biens, ce coût, basé sur les blessures non mortelles, s'élevait à 15,04 milliards de dollars d'après les données de l'ESG et 3,63 milliards de dollars d'après les statistiques policières.

Cette étude fournit des données préliminaires sur le coût de la douleur et de la souffrance pour différentes sortes de crimes. L'absence de données limite toutefois grandement ce genre d'analyse. Dans l'ESG, par exemple, on n'a pas demandé aux répondants si leurs inquiétudes au sujet de leur sécurité personnelle englobaient la perte de vie. Logiquement, les victimes de crimes avec violence sont plus portées à s'inquiéter de blessures qui mettent la vie en danger que les victimes d'autres sortes de crimes. Des enquêtes sur la victimisation comportant des questions mieux conçues permettraient de produire des estimations plus exactes du coût de la douleur et de la souffrance.

La présente étude fournit des estimations du coût de la douleur et de la souffrance des victimes d'actes criminels. L'existence du crime, surtout du crime avec violence, suscite sans aucun doute une crainte au sein de la population générale. Cela signifie que le coût total du crime serait beaucoup plus élevé si l'on tenait compte de la crainte de la population générale. L'information provenant de l'ESG n'est pas assez précise pour permettre une estimation de ce coût additionnel. Pour estimer lût de la douleur et de la souffrance résultant de chaque type de crime et assumé par des personnes qui ne sont pas des victimes, il faudrait inclure dans l'enquête des questions pour déterminer si une personne estime que sa sécurité personnelle est en danger en raison d'un type de crime donné. L'ESG sur la victimisation ne produit pas d'information de ce genre.

En général, une estimation du coût de la douleur et de la souffrance des victimes d'actes criminels exige une information précise provenant d'une enquête bien conçue sur la victimisation. Maintenant qu'une méthode pour estimer ce coût a été mise au point, il faudrait se consacrer à produire des questionnaires d'enquête améliorés permettant de produire des estimations de coût plus précises pour les différentes sortes de crimes.