Commémoration des victimes d’actes terroristes
Catégories de monuments commémoratifs (suite)
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Réponses et déclarations des gouvernements
Il est possible d’affirmer que les réponses et les déclarations des gouvernements concernant les événements terroristes constituent une forme de commémoration. Il est ici question des déclarations publiques (principalement pour le compte des gouvernements) que des politiciens et des fonctionnaires font. En cherchant à considérer les réponses et les déclarations comme des formes de commémoration, il est important de garder à l’esprit les caractéristiques d’un monument commémoratif. Comme il a été indiqué précédemment dans ce rapport, dans le contexte du terrorisme et de la violence, la « commémoration » repose sur l’intention de ne pas oublier les victimes d’événements traumatisants ou tragiques et de préserver leur mémoire (Foot et coll., 2006; Doka, 2003). Par conséquent, les déclarations et les réponses du gouvernement qui appuient directement ces objectifs peuvent être considérées comme un moyen d’encourager la commémoration. Et surtout, elles donnent la possibilité de reconnaître ouvertement et à l’échelle nationale l’expérience des victimes d’actes terroristes.
Les gouvernements canadiens ont formulé un certain nombre de déclarations à la mémoire des victimes d’actes terroristes. Toutefois, l’importance de ces déclarations ne doit pas outrepasser la nécessité de comprendre certains enjeux liés à celles-ci en ce qui concerne la commémoration. Par exemple, puisque le fait de parler publiquement des actes terroristes permet aux gouvernements de faire des déclarations concernant la commémoration, il est aussi possible d’affirmer que le manque de publicité entourant les actes terroristes limite par la suite les déclarations susceptibles d’être faites en faveur de la commémoration. La réponse initiale du gouvernement canadien à l’attaque d’Air India en est un bon exemple.
Les récits faits par les familles des victimes à la suite de l’incident décrivent que, dans la situation en question, de nombreuses familles se sentaient ignorées par le gouvernement du Canada. Les familles ont exprimé des sentiments d’isolement, de frustration et de peine, surtout en ce qui concerne la réponse du gouvernement à la tragédie. Selon le rapport, les membres des familles répétaient souvent qu’ils avaient l’impression de ne pas être considérés comme de [Traduction] « vrais Canadiens » et que l’attaque à la bombe n’était pas considérée comme une tragédie canadienne (Enquête sur le vol 182 d’Air India, 2008, 99). Les familles ont aussi exprimé de la frustration quant au manque de soutien émotionnel de la part du gouvernement canadien. Comme l’a précisé une personne pendant l’enquête : [Traduction] « Nous n’avons reçu aucune aide. Personne ne nous a offert la moindre forme de soutien, qu’il soit émotionnel ou logistique […] J’avais l’impression qu’ils ignoraient absolument tout des conséquences que cette situation avait sur les membres des familles »
(Enquête sur le vol 182 d’Air India 2008, 103). De toute évidence, ces sentiments et d’autres similaires exprimés par les famille ne laissaient aucune place à des déclarations ultérieures sur l’importance d’honorer et de commémorer les victimes alors que l’événement n’était même pas reconnu au départ. Beaucoup de familles ont fait valoir que la tragédie avait seulement été reconnue récemment comme étant une tragédie canadienne, uniquement à cause des résultats de l’enquête qui avait débuté des années après l’incident. Néanmoins, il y a encore aujourd’hui et il continuera d’y avoir de nombreux exemples de déclarations du gouvernement reconnaissant et prônant la commémoration de la mémoire des victimes de l’attentat sur le vol d’Air India, mais aussi d’autres événements terroristes qui ont touché les Canadiens. Voici d’autres exemples.
En ce qui a trait à l’attaque du vol d’Air India, beaucoup de déclarations concernant la commémoration des victimes ont d’abord été faites dans le cadre de services commémoratifs. Par exemple, pendant un service commémoratif à la Chambre des Communes tenu le jour du 20e anniversaire de la tragédie, la vice-première ministre, Mme Anne McLellan, a fait la déclaration suivante : « Vingt ans après cet événement tragique, nos pensées accompagnent toujours les familles des victimes. Ces symboles du souvenir serviront à rendre hommage aux victimes du pire incident terroriste de l'histoire canadienne »
(Sécurité publique Canada, 2005). De façon similaire, les participants à la cérémonie de dévoilement du monument commémoratif d’Air India à Vancouver ont entendu le maire de la ville faire la déclaration suivante : « Le site commémoratif de la tragédie d'Air India aménagé au parc Stanley de Vancouver sera un lieu où nous pourrons songer à l'innocence perdue lors de cette terrible journée. À cet endroit, les enfants pourront jouer comme des enfants, et les parents et familles pourront réfléchir à tout ce qui est précieux dans la vie »
(Sécurité publique Canada, 2007). Finalement, certaines personnes ont exprimé des sentiments semblables relativement aux victimes canadiennes des attentats du 11 septembre. Pendant une cérémonie commémorative pour les victimes canadiennes de la tragédie, le ministre de la Sécurité publique, M. Stockwell Day, a commémoré les vies perdues dans la tragédie en affirmant : « En ce jour très solennel, il y a six ans, le monde entier a été confronté à la réalité troublante du terrorisme. Nos pensées et nos prières accompagnent les familles et les êtres chers des 24 Canadiens qui ont perdu leur vie ce jour-là »
(Sécurité publique Canada, 2007c).
Tout comme les déclarations et les réponses gouvernementales concernant les événements terroristes, l’établissement de commissions et la tenue d’enquêtes ne font pas partie de la définition habituelle du terme monument commémoratif (Bolan 2007). Cependant, elles représentent une occasion d’honorer et de commémorer les victimes d’actes terroristes et peuvent aussi être décrites comme des réponses gouvernementales aux événements terroristes. Par exemple, en 1997, le gouvernement de l’Irlande du Nord a demandé l’établissement d’une commission chargée d’examiner les façons possibles de commémorer les victimes des Troubles en Irlande du Nord. La commission a donné lieu à un rapport énonçant en détail les différentes méthodes qui pourraient permettre au gouvernement de commémorer les Troubles. Certains peuvent soutenir que cette commission particulière et le rapport qui en a résulté, par leur nature, constituent une forme de commémoration. D’abord, le fait qu’un rapport public ait été produit représente, de bien des façons, une forme de reconnaissance publique des expériences des victimes du conflit. De surcroit, les opinions exprimées dans le rapport peuvent aussi être vues comme des cas de commémoration. Par exemple, au cours de sa discussion concernant les motifs justifiant la création d’une commission axée sur la commémoration des victimes des Troubles, le commissaire Bloomfield (1998, 23) a affirmé qu’il était absolument crucial de se souvenir des personnes qui ont souffert et de se recueillir près du monument commémoratif. Selon lui, un des objectifs importants est d’éviter que le souvenir des personnes décédées, de leurs familles et de leurs communautés disparaisse dans le brouillard de l’histoire comme s’il n’avait jamais existé. Enfin, le rapport de la Commission des Communautés européennes sur le terrorisme en 2005 décrit un autre exemple international de commémoration par le biais de commissions et d’enquêtes (Commission des Communautés européennes 2005). Selon la Commission, le rapport est dédié à la mémoire de tous les Européens victimes d’actes terroristes. Tout comme les rapports de l’Irlande du Nord, le rapport de la Commission des Communautés européennes met l’accent sur la nécessité de reconnaître ouvertement et publiquement les expériences des victimes et de leurs proches.
Dans un contexte canadien, une évaluation similaire peut être effectuée à propos de l’enquête sur le vol d’Air India. Même si l’enquête avait pour but d’analyser les enjeux complexes liés à l’attaque à la bombe et aux moyens de prévenir de futures attaques terroristes, la première phase du rapport a été décrite comme un hommage à la mémoire des personnes décédées pendant l’attaque et une façon pour les membres des familles des victimes de pleurer les disparus (Enquête sur le vol 182 d’Air India). Lors de l’enquête, les membres des familles et les amis des victimes ont eu la possibilité de partager leurs histoires concernant leurs êtres chers et leur peine à la suite de l’événement. Même si beaucoup de familles avaient déjà partagé leurs histoires en utilisant d’autres méthodes, comme les médias, elles ont indiqué que l’enquête était particulièrement importante pour elles puisqu’il s’agissait d’un forum officiel appuyé par le gouvernement canadien (Enquête sur le vol 182 d’Air India 2008). Le rapport précise aussi que l’enquête a permis de cimenter les expériences des victimes et de leurs familles dans la mémoire historique du Canada. Comme l’indique le rapport (2008, 4), le passage du temps ne pourra estomper l’énormité de ce qui est arrivé dans la mémoire de la population. La douleur et la perte infligées aux familles des victimes et aux communautés ne peuvent être effacées.
Dans l’ensemble, les déclarations, les réponses et les commissions gouvernementales concernant les événements terroristes offrent de réelles occasions d’honorer et de commémorer les victimes d’actes terroristes. À ce titre, tous les efforts afin de commémorer les victimes d’actes terroristes peuvent tirer profit d’un examen du rôle que jouent les déclarations et les réponses des gouvernements (fédéral, provinciaux, municipaux), des fonctionnaires et des politiciens dans le processus. D’après les expériences des familles des victimes du vol 182 d’Air India, parmi les questions dont il faut tenir compte relativement à la commémoration par l’entremise de déclarations gouvernementales se trouvent l’importance d’offrir une réponse aux événements terroristes au moment opportun et la reconnaissance des expériences des victimes et de leurs familles.
Groupes et organisations
Les groupes et les organisations jouent toujours un rôle de premier plan quand vient le temps d’aider les victimes d’une tragédie. Selon Young (2003), au lendemain d’une tragédie, les survivants et leur famille doivent souvent porter le fardeau additionnel de ne pas être directement impliqués dans la tragédie en question. Surnommé « agression secondaire », ce fardeau peut découler des établissements sociaux et d’enseignement ainsi que du système de justice (Young 2003). Les victimes d’actes terroristes et les membres de leur famille se tournent souvent vers des organisations ou des groupes pour obtenir de l’aide quant à différentes questions qu’ils pourraient se poser après un événement terroriste. Le processus de commémoration en est un bon exemple. Lorsqu’il est question de la commémoration des victimes d’actes terroristes, les groupes et les organisations peuvent participer activement. Premièrement, ils servent de source de financement pour les projets de commémoration (Shipley 1987), mais plus important encore, ils peuvent défendre les différents besoins des victimes (Young 2003). Parmi ces besoins se trouvent, mais sans s’y limiter, l’accès à des services aux victimes et l’obtention d’aide relativement au processus judiciaire et à l’accès à des services de santé (Young 2003). Au lendemain d’événements terroristes, la défense des besoins des victimes et de leur famille concernant la commémoration des victimes est devenue primordiale pour beaucoup de groupes et d’organisations (Couch et coll. 2008). Dans ce cas précis, les groupes et les organisations ont réglé des problèmes liés à l’emplacement du monument commémoratif, au type de monument à concevoir et aux significations qui devraient s’y rattacher.
Il est possible d’obtenir des exemples internationaux soulignant le rôle important des groupes et des organisations pendant le processus de commémoration à partir des expériences de plusieurs organismes créés à la suite des attentats terroristes du 11 septembre. Dans leur analyse de trois groupes de victimes du 11 septembre - le World Trade Center United Family Group, Peaceful Tomorrows, et la Skyscraper Safety Campaign - Couch et ses coll. (2008) montrent que les groupes et les organisations constituent souvent le principal moyen pour les victimes et leurs familles de faire entendre leurs besoins concernant la commémoration et le souvenir de leurs proches. Le besoin de préserver certains sites autour du World Trade Center et l’assurance que toutes les victimes du 11 septembre seraient officiellement reconnues sur un monument commémoratif concret faisaient partie de ces besoins (Couch et coll. 2008).
Un autre exemple international est le groupe S.O.S Attentat. Selon le site Web de l’organisme, S.O.S Attentat est une association à but non lucratif ayant pour but de défendre les droits des victimes françaises d’actes terroristes ainsi que de préserver et d’honorer leur mémoire (S.O.S. Attentats, omission). Afin de préserver la mémoire des victimes, l’association organise des cérémonies annuelles et défend ouvertement la commémoration des victimes pour l’ensemble de la société.
Dans le contexte canadien, il y a plusieurs exemples de groupes de victimes, d’organisations et d’associations qui ont intégré la commémoration des victimes dans leur mandat. Un exemple flagrant est l’Air India Victims Families Association. Cette association est reconnue pour être une des principales ressources ayant forcé la tenue de l’enquête sur le vol d’Air India qui a permis aux familles de partager et de présenter leurs histoires et leurs souvenirs concernant les êtres chers décédés. Un autre exemple est la Canadian Coalition Against Terror. Bien que le premier objectif du groupe soit d’améliorer les politiques antiterroristes, plusieurs membres clés du groupe se sont régulièrement fait entendre afin d’encourager la création d’un monument commémoratif national pour honorer les victimes canadiennes des attaques terroristes du 11 septembre (Edwards 2008).
D’après les exemples susmentionnés, il est évident que les groupes et les organisations peuvent être des ressources utiles pour les personnes qui souhaitent commémorer les victimes d’actes terroristes. Néanmoins, il est également important de reconnaître la possibilité que des conflits éclatent entre les groupes et les organisations travaillant auprès des victimes et au sein de ceux-ci. Par exemple, dans le cas du 11 septembre, la présence de nombreux groupes travaillant à la commémoration du site du World Trade Center en utilisant des méthodes très différentes représentait un obstacle important dans le cadre du processus de commémoration. Couch et coll. (2008) prétendent que même si ces groupes avaient vécu des expériences semblables, ils exprimaient aussi des idées différentes quant à la façon de commémorer la tragédie. De plus, il est parfois nécessaire de prendre en considération certains effets des visions opposées sur l’atteinte des objectifs établis par les victimes d’actes terroristes. Comme l’ont remarqué les chercheurs, la lutte afin de prioriser certains objectifs liés aux monuments commémoratifs plutôt que d’autres peut entraîner l’exclusion des points de vue d’autres personnes (Gough 2007; Graham et coll. 2007). Bref, ces exemples soulignent la nécessité de s’attaquer aux différences entre les groupes et au sein de ceux-ci ainsi que d’analyser les façons dont ces différences peuvent entraver ou favoriser le processus de commémoration. Finalement, la participation des victimes au processus doit être prise en considération ainsi que la mesure dans laquelle les avis de toutes les victimes peuvent être efficacement entendus.
Journées commémoratives
Tout comme les monuments commémoratifs concrets, les journées commémoratives sont une des principales méthodes utilisées pour commémorer les victimes d’actes terroristes. Généralement, les journées commémoratives encouragent les rituels de reconnaissance qui font connaître des interprétations particulières d’événements qui influencent et façonnent alors la pensée sociale à l’égard d’événements semblables. Un exemple notable est le jour du Souvenir au Canada, le 11 novembre, où tous se rappellent la vie et le dévouement des soldats canadiens. Les exemples foisonnent de journées instituées par les gouvernements pour réfléchir aux événements terroristes et honorer la mémoire de ceux qui y ont perdu la vie ou qui ont été marqués. Le jour du 20e anniversaire de la tragédie d’Air India, le premier ministre Stephen Harper a annoncé que le 23 juin (date du désastre d’Air India) serait le jour officiel du souvenir des victimes d’actes terroristes (Sécurité publique Canada, 2005). Dans les pays de l’Union européenne, la date du 11 mars a été fixée pour honorer la mémoire des victimes d’actes terroristes. Le principal événement expliquant la création de cette journée est l’attentat à la bombe d’un train à Madrid qui avait causé la mort de 192 personnes et en avait blessé 1 500 autres (Moreno, 2005). Aux États-Unis, aucune journée « officielle » nationale ne commémore les principaux événements terroristes (l’attaque contre le World Trade Center du 11 septembre 2001 et l’attentat à la bombe à Oklahoma City le 19 avril 1995); cependant, les anniversaires de ces événements sont soulignés dans tout le pays à des degrés plus ou moins intenses.
De manière générale, un des grands avantages liés aux monuments commémoratifs ou aux journées commémoratives est qu’ils répondent au besoin de commémoration ou plutôt, qu’ils empêchent l’oubli d’événements importants en remémorant constamment ces événements. Cependant, comme les autres formes et méthodes de commémoration mentionnées dans le présent rapport, ils peuvent aussi entraîner de nombreux problèmes sociaux et politiques ayant une incidence négative sur le processus de commémoration.
Dans ses travaux de recherche sur la création de journées commémoratives pour honorer les victimes de l’Holocauste, Stone (2000) énonce certains enjeux cruciaux qui doivent être examinés concernant la commémoration par le biais de journées commémoratives. Selon lui, les principales questions à analyser dans son domaine sont la portée de la journée commémorée en fonction de la gravité de l’événement ainsi que les buts et les objectifs implicites associés à la journée commémorative. Ces éléments ont certaines conséquences importantes sur les politiques conçues afin de trouver des façons de commémorer les victimes canadiennes d’actes terroristes. Étant donné la gravité des actes terroristes concernant le Canada (p. ex. la tragédie d’Air India, le 11 septembre, etc.) et le fait qu’une journée commémorative nationale ait déjà été adoptée au Canada, la principale question à se poser consiste à déterminer dans quelle mesure la Journée nationale du souvenir des victimes de terrorisme honore efficacement la mémoire des victimes. Stone (2000) traite aussi de la question de l’inclusion et de l’exclusion.
Étant donné la diversité des collectivités et les diverses expériences et significations possibles pour des événements précis, la création de journées commémoratives particulières peut représenter de grands défis pour la société. D’après Stone (2000), des événements comme l’Holocauste, qui sont propres à un ou plusieurs groupes, ne doivent pas être classés comme une expérience partagée dans les pays où la diversité culturelle est grande comme en Grande‑Bretagne. Pour Stone, la création d’une journée commémorative pour les victimes de l’Holocauste représente mal l’identité nationale de la Grande-Bretagne, puisque l’Holocauste n’a touché qu’un groupe très précis de personnes plutôt que les nombreux groupes appartenant à la population britannique. Appliqués au contexte canadien, les arguments de Stone mettent en évidence le besoin d’examiner la façon dont certains groupes canadiens ont interprété des événements terroristes particuliers ainsi que le cheminement qu’ils ont suivi pour en arriver à envisager la création de journées pour commémorer ces événements. Un moyen d’éviter ce problème possible est de mettre l’accent sur les aspects universels des événements importants plutôt que sur certaines particularités qui peuvent diviser les groupes (Hoskins 2007). Comme l’indique Hoskins (2007, 247), les campagnes de commémoration des victimes fortement politisées peuvent être profitables pour une plus grande population, puisqu’elles permettent une empathie et une compréhension interculturelles et transnationales.
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