Examen du Programme de counseling en cas d’exploitation d’enfants sur Internet (EEI) en Ontario

Par Jennifer Martin, Andrea Slane, Shannon Brown et Kate Hann

Introduction

Ce résumé, commandé par le ministère de la Justice du Canada, présente les résultats d’un examen du Programme de counseling en cas d’exploitation d’enfants sur Internet (EEI) de l’Ontario. Le Programme de counseling EEI est financé par le gouvernement de l’OntarioNote de bas de page 19 et administré par le Centre d’appui aux enfants et aux adolescents de Boost (CAEA de Boost). Le Programme EEI aiguille les enfants et jeunes victimes d’exploitation en ligne et les membres de leur famille touchés vers des services de counseling de courte durée et leur fournit du financement. Le programme a été créé en 2010 dans le cadre de la stratégie ontarienne de prévention des cybercrimes contre les enfants et demeure le seul programme du genre au Canada.

L’examen a eu lieu de mai 2021 à février 2022. D’anciens clients, les membres de leur famille touchés non délinquants, les conseillers et les administrateurs du Programme de counseling EEI ont participé à l’examen qui visait à comprendre l’incidence du programme. L’examen vise à tirer des leçons de leurs expériences pour recueillir des suggestions et des recommandations.

Méthode

Cet examen a appliqué un plan de recherche comportant diverses méthodes, notamment des questionnaires et des entrevues individuelles, pour étudier l’incidence, les pratiques de soutien et l’administration du programme. La collecte de données a eu lieu du 24 mai au 19 août 2021. En collaboration avec le CAEA de Boost, d’anciens clients, des membres de la famille touchés, des conseillers et des administrateurs ont été recrutés partout en Ontario. En raison des restrictions liées à la COVID-19, toutes les étapes de l’examen, y compris le recrutement et la collecte de données, se sont déroulées par téléphone, par courriel ou par téléconférence Zoom. Tous les participants ont donné leur consentement écrit, et leur identité et leurs réponses restent confidentielles.

Au total, les chercheurs ont interviewé 20 participants : trois anciens clients (un jeune et deux adultes), quatre membres de la famille touchés, dix conseillers et trois administrateurs. Compte tenu de la petite taille de l’échantillon, les résultats de l’examen ne peuvent être généralisés aux expériences de tous les anciens clients, des membres de la famille touchés, des conseillers et des administrateurs. Tous les participants ont consenti à l’enregistrement audio des entrevues. Ces entrevues ont ensuite été transcrites et soumises à une analyse thématique. L’analyse était inductive et axée sur la définition de thèmes selon la méthode de comparaison constanteNote de bas de page 20. Les résultats ont été analysés au moyen d’un processus itératif et réflexif pour définir et redéfinir les codes et les thèmes à mesure qu’ils émergeaient des données.

Le principal objectif de l’examen était de s’assurer que les anciens clients du programme n’étaient pas traumatisés ou traumatisés à nouveau. Le cadre tenant compte des traumatismes utilisé mettait l’accent sur l’éthique afin d’assurer la sécurité de tous les participants. Pour évaluer l’incidence et la valeur à court et à long terme de la participation au programme, on a posé aux anciens clients et aux membres de la famille touchés des questions sur leurs expériences des services de counseling, ainsi que le soutien, la communication, les attitudes et les circonstances qui entourent la prestation des services. Au cours des entrevues, aucune question n’a été posée aux anciens clients ou aux membres de la famille touchés à propos de leur traumatisme. Participer de façon virtuelle à une recherche aurait pu causer de la détresse aux anciens clients du programme qui ont été exploités par l’entremise de la technologie. Ainsi, en plus de respecter soigneusement un cadre tenant compte des traumatismes, le recrutement a été limité aux anciens clients âgés de plus de 13 ans, que l’on jugeait capables de décider de participer à un format de recherche en ligne.

Pour structurer l’examen, le ministère de la Justice du Canada a posé cinq questions à propos de la valeur du programme, des difficultés, y compris celles présentées par la pandémie de COVID-19, la pertinence des approches adoptées par le programme dans le cadre des services de counseling fournis aux victimes et aux membres de la famille touchés, ainsi que des pratiques exemplaires ou des lignes directrices en matière de counseling, de formation et de supervision utilisées ou recommandées par les conseillers, les améliorations qui pourraient être apportées à l’administration du programme, et les aspects du programme qui seraient dignes d’être reproduits dans d’autres endroits. Le guide d’entrevue est resté ouvert et flexible afin que les participants puissent diriger et déterminer le déroulement de l’entrevue en fonction de leur propre expérience du programme.

Résumé des résultats

Tous les participants ont exprimé un soutien sans réserve à l’égard du programme. La possibilité de faire face aux préjudices uniques causés par l’exploitation des enfants et des jeunes en ligne a apporté une valeur considérable aux victimes et à leurs familles. De plus, de nombreux participants ont souligné le court délai entre un aiguillage et un contact avec un conseiller, puisque le temps d’attente pour les autres services de santé mentale à l’intention des enfants en Ontario est considérablement plus long. Les conseillers, les administrateurs et les membres de la famille touchés ont également fait ressortir l’importance du financement et des services de counseling offerts aux fournisseurs de soins et aux autres membres de la famille des victimes, puisqu’ils permettent de reconnaître les effets considérables qu’a l’exploitation des enfants et des jeunes en ligne sur l’unité familiale. Les anciens clients, les membres de la famille touchés, les conseillers et les administrateurs ont tous partagé des exemples de la façon dont, grâce au programme, les victimes et les membres de leur famille touchés ont pu établir des relations saines fondées sur la confiance avec leurs conseillers, qui sont des aspects essentiels du traitement. Les conseillers et les administrateurs ont donné de nombreux exemples de la façon dont ils ont fourni des services très utiles aux clients et aux membres de la famille touchés. Comme l’a dit un ancien client : « Le programme m’a beaucoup aidé et, grâce à lui, je vais toujours essayer de regarder le côté positif plutôt que les choses négatives qui se sont passées dans ma vie. » Les participants membres de la famille touchés ont apprécié les conseils sur la manière de soutenir leur enfant. Un d’eux a affirmé : « Le programme a aidé… parce que les conseillers vous montrent et vous expliquent comment les choses fonctionneront mieux pour vous si vous dites quelque chose ou faites quelque chose ou si vous montrez [à votre enfant] comment ça devrait être ». Tous les conseillers ont exprimé un soutien ferme à l’égard du programme et sont reconnaissants d’en faire partie.

Des suggestions pour relever les défis et apporter des améliorations ont découlé de la discussion des participants sur leurs expériences, ainsi que de leurs réflexions sur les aspects du programme qu’ils recommanderaient si le programme devait être offert à d’autres endroits. Les suggestions des participants comprenaient : mieux faire connaître le programme et sa portée; exiger que les conseillers respectent un cadre tenant compte des traumatismes; offrir une supervision et une formation clinique spécialisée propres au counseling à court terme tenant compte des traumatismes pour les enfants et jeunes victimes d’exploitation en ligne; offrir des services facultatifs de psychoéducation et d’orientation aux nouveaux clients et aux membres de la famille touchés; accroître le financement destiné aux victimes et aux familles qui ont besoin de plus de services de counseling; offrir l’option de services de counseling virtuels ou en personne; renforcer l’infrastructure administrative; et améliorer les systèmes de facturation.

Les points de vue des participants différaient quant à la meilleure approche pour offrir des services de counseling aux enfants et aux jeunes victimes d’exploitation en ligne et aux membres de la famille touchés. La majorité des participants ont indiqué que de l’expérience clinique du traitement des traumatismes était essentielle. De nombreux conseillers ont suggéré que les conseillers du programme bénéficieraient d’une formation et d’une orientation supplémentaires sur la façon d’offrir des services de counseling à court terme d’une manière qui tient compte des traumatismes généraux ainsi que des traumatismes vécus plus particulièrement par les enfants et jeunes victimes d’exploitation en ligne. Plusieurs conseillers ont discuté des difficultés liées à l’optimisation du nombre limité de séances offertes dans le cadre du programme, en particulier pour les clients susceptibles d’avoir besoin de services de counseling à plus long terme. Certains conseillers ont suggéré d’offrir un meilleur accès à la supervision clinique spécialisée et au soutien par les pairs : un conseiller a suggéré un réseau de pairs de cliniciens spécialisés dans les traumatismes; un autre a suggéré que les superviseurs devraient avoir de la formation supplémentaire sur les interventions en situation de crise; un autre a déclaré qu’il serait important de recevoir de la supervision clinique de superviseurs qui ont de l’expérience avec les enfants et jeunes victimes d’exploitation en ligne.

Tous les conseillers et les administrateurs ont en outre insisté sur la nécessité d’utiliser un cadre tenant compte des traumatismes qui reconnaît que les clients peuvent être traumatisés ou traumatisés à nouveau par des approches thérapeutiques ou une prestation de services qui ne tiennent pas compte des différents effets des traumatismes, en particulier les traumatismes résultant de l’exploitation en ligne des enfants et des jeunes. Les conseillers et les administrateurs ont tous indiqué qu’ils étaient sensibles à ces exigences et que les suggestions qu’ils ont proposées pourraient accroître leur capacité de fournir des services fondés sur les traumatismes aux enfants et aux jeunes victimes d’exploitation en ligne.

Conclusion

L’examen a fourni une description détaillée et riche de nombreux aspects du programme. Il a permis de cerner les éléments qui fonctionnent bien et ceux qui pourraient être améliorés et de formuler des recommandations pour l’élaboration de pratiques exemplaires. En gardant cet objectif ambitieux à l’esprit et en se fondant sur les résultats, les chercheurs concluent qu’investir dans le perfectionnement professionnel et la supervision clinique des conseillers du Programme de counseling EEI est un moyen important d’atteindre les meilleurs résultats possible pour les enfants et les jeunes victimes d’exploitation en ligne et les membres de la famille touchés. Ces mesures permettraient de mettre sur pied une communauté de pratique spécialisée qui est en mesure de fournir des services de counseling fondés sur les traumatismes aux enfants et aux jeunes victimes d’exploitation en ligne. Une telle communauté pourrait favoriser la création d’une base de données probantes qui n’existe pas à l’heure actuelle pour la littérature universitaire et clinique et qui permettrait d’établir et de confirmer les pratiques exemplaires. Un solide réseau de soutien professionnel pourrait également servir de moyen pour recruter et garder des conseillers dans ce domaine de pratique difficile.

Tous les participants ont dit que le Programme de counseling EEI de l’Ontario offrait un soutien crucial dans le processus de guérison des enfants et des jeunes victimes d’exploitation en ligne et des membres de la famille touchés. Ils ont proposé des améliorations dans le but d’obtenir les meilleurs résultats possible pour les enfants et jeunes victimes d’exploitation en ligne et leurs familles.