Recueil de recherches sur les victimes d’actes criminels, no 9

Les clients vulnérables et l’importance d’une planification collaborative du traitement

Par James K. Hill, Ph. D.

Dr James Hill est psychologue clinicien et professeur auxiliaire à l’Université de Victoria. Il est agréé en Colombie-Britannique depuis plus de 15 ans, mais il a travaillé auprès d’une clientèle vulnérable pendant toute sa carrière. Il travaille actuellement dans le secteur des services de santé avec des clients présentant des difficultés liées à des retards du développement et à la santé mentale. Il a également un cabinet de consultation privé.

Les enfants et les adultes vulnérables qui ont été victimes ou témoins d’actes criminels peuvent être confrontés à des défis divers. Ceux qui sont résilients ou qui bénéficient de soutiens solides sont souvent capables d’intégrer leur expérience dans leur vie et d’aller de l’avant. Habituellement, ces témoinsNote de bas de la page 14 sont capables de témoigner en cour et ne se sentent pas plus anxieux que toute autre personne qui se présente à la barre des témoins. Toutefois, être victime ou témoin d’un crime est, jusqu’à un certain, habituellement traumatisant, et cela provoque souvent des sentiments de détresse ou de désespoir, ou d’autres réactions négatives. Les procédures judiciaires pénales, qui peuvent durer des mois, voire des années, peuvent provoquer des sentiments analogues (Hayes et Bunting, 2013). En outre, demander du soutien ou de l’aide pour gérer ce stress peut compromettre l’intégrité d’un témoignage subséquent. Une bonne part des écrits scientifiques et des lignes directrices méconnaissent le rôle de la victime dans la prise de décisions relatives à la thérapie et au témoignage, ce qui peut exacerber les sentiments d’impuissance et provoquer d’autres sentiments négatifs.

En demandant et en recevant du soutien, les témoins vulnérables peuvent retrouver un sentiment de contrôle sur leurs vies. La thérapie peut bénéficier directement à un témoin vulnérable, et le fait de travailler avec un thérapeute pour choisir une thérapie et en orienter le déroulement peut également aider les témoins à développer de la confiance, ce qui peut être foncièrement guérisseur. Pour cette raison, les témoins devraient être des partenaires à part entière dans la relation thérapeutique, participer activement à la prise des décisions concernant la thérapie et être informés des incidences que la thérapie peut avoir sur leur témoignage futur. Lorsque les témoins comprennent les risques, ils peuvent prendre de meilleures décisions quant aux façons de réduire leur souffrance et de composer avec le stress lié aux comparutions en cour.

Lorsqu’il s’agit de décider si un témoin devrait livrer un témoignage ou entreprendre une thérapie, les enfants témoins méritent d’être traités avec un soin tout particulier. Comme le souligne le préambule de la loi type des Nations Unies sur les enfants victimes et témoins : « Considérant également que, bien que les droits des accusés et des condamnés doivent être préservés, tout enfant victime ou témoin d’actes criminels a droit à ce que son intérêt supérieur soit pris en considération à titre prioritaire » (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime 2009, à la page 3). Les processus thérapeutiques qui omettent de prendre en compte les affaires judiciaires en instance peuvent influer à la fois sur l’impact et sur la crédibilité de la déposition d’un témoin. Étant donné que toute thérapie axée sur le traumatisme vise notamment à faire en sorte que la personne traumatisée parvienne à regarder en face l’événement traumatique et à le traiter au plan émotionnel, il n’est guère surprenant qu’une thérapie influe souvent sur la mémoire du futur témoin.

L’accessibilité des services pour les témoins vulnérables peut également poser un défi, surtout dans les régions du Canada où les ressources sont rares ou inexistantes, ou là où les témoins risquent d’être assujettis à de plus grandes pressions sociales en raison de la petite taille de leur collectivité (Hurley, 2013). Des lignes directrices élaborées au Royaume‑Uni font passer les besoins cliniques des témoins enfants, vulnérables ou intimidés, avant tout besoin de livrer un témoignage en cour (Crown Prosecution Service et Department of Health, avec le Home Office, 2001a; Crown Prosecution Service et Department of Health, avec le Home Office, 2001b; Crown Prosecution Service, Department of Education, Department of Health et le Welsh Assembly Government, 2011). Ces lignes directrices encouragent les témoins à se pencher sur les risques et les avantages que pourraient apporter tant une thérapie qu’un témoignage en cour. Le présent article vise à amener les témoins vulnérables, ainsi que leurs amis et leurs familles, à discuter des risques associés à la décision d’entreprendre des traitements avant qu’ils témoignent en cour.

Premier risque : la confidentialité

Dans les thérapies traditionnelles, les thérapeutes se concentrent sur les risques et les avantages du traitement. Un traitement risque notamment de mener à des changements dans les relations interpersonnelles et à la découverte de nouveaux problèmes, tandis qu’il peut présenter entre autres avantages une atténuation de symptômes ou le développement de nouvelles ressources. Dans le cas des enfants témoins et des témoins vulnérables, un traitement présente en outre le risque que ce qui se passe durant la thérapie soit produit en preuve dans une affaire criminelle et fasse partie du dossier public. Certes, tous les clients qui reçoivent des services thérapeutiques sont exposés à ce risque, mais celui‑ci est beaucoup plus grand dans le cas des clients qui témoignent en cour, et les témoins vulnérables devraient être avisés de cette possibilité. Les thérapeutes sont généralement réticents à violer leur obligation de confidentialité envers leurs patients, mais ils ont l’obligation de tenir des dossiers exacts et complets. En fait, il est conseillé aux thérapeutes de conserver des notes encore plus détaillées au sujet des discussions relatives à des crimes allégués précisément parce que la production de ces notes est beaucoup plus susceptible d’être ordonnée (Branaman et Gottlieb, 2013). Les avocats de la défense examinent souvent ces notes à la recherche d’éléments de preuve permettant d’étayer des accusations d’influence indue. En conséquence, il se peut que les clients veuillent éviter de discuter d’événements ou de questions qu’ils souhaitent voir demeurer confidentiels. Les clients devraient être mis au courant de ce risque.

Une discussion complète et ouverte au sujet des objectifs et du déroulement de la thérapie aidera les clients à décider s’ils préfèrent attendre jusqu’après le procès pour discuter de certains événements traumatiques ou d’autres renseignements personnels. Entre‑temps, la thérapie peut se concentrer sur des choses comme le développement de compétences ou comment prendre soin de soi. Pour éviter que les clients soient dépassés par les décisions concernant les objectifs et le déroulement de la thérapie, les thérapeutes doivent tenir compte des forces et des vulnérabilités de chaque client dans le contexte d’une planification collaborative du traitement (Miller, Drotar et Kodish, 2004). Ce qui importe, c’est que le client soit un partenaire collaborateur à part entière dans l’orientation des soins, indépendamment de son âge, et que le thérapeute ait une démarche transparente lorsqu’il cherche à obtenir le consentement ou l’assentiment éclairé de son client.

Il se peut que certains clients décident d’éviter la thérapie à cause des répercussions qu’elle pourrait avoir sur leur témoignage futur. Le respect de ce choix est une caractéristique essentielle du consentement éclairé. Les thérapeutes devraient reconnaître que les symptômes d’un traumatisme sont souvent cachés. Les enfants et les adolescents victimes présentent souvent des signes d’autodestruction, d’idéations suicidaires et de problèmes de santé mentale et physique (trouble de stress post‑traumatique, anxiété, dépression, souvenirs intrusifs, cauchemars, événement traumatique revécu, détresse lorsque confrontés à des rappels, évitement de rappels, perte d’intérêt dans différentes activités, troubles de concentration, hyper‑vigilance, réflexe de sursaut exagéré, etc.), de comportement social problématique (p. ex., agression, non‑conformité, trouble de comportement, activité criminelle, comportements sexualisés) et niveaux inférieurs de fonctionnement intellectuel et de rendement académique (Crown Prosecution Service, Department of Education, Department of Health et Welsh Assembly Government, 2011; Salmon et Bryant, 2002). Aussi, il peut s’avérer important d’interviewer des personnes qui connaissent bien le client, comme des membres de sa famille et des amis, même si le client refuse d’être traité. Il ne faut pas sous‑estimer les stigmates associés aux troubles de santé mentale (Wang et collab., 2005), et les thérapeutes devraient s’assurer que des mesures de soutien appropriées sont prises, même si la thérapie n’est pas une option.

Deuxième risque : la crédibilité du témoignage

Pour pouvoir faire un choix pleinement éclairé, le client doit comprendre qu’une thérapie pourrait réduire la crédibilité et l’impact de son témoignage futur (Branaman et Gottlieb, 2013). Les décisions concernant la question de savoir si une thérapie axée sur le traumatisme devrait être entreprise avant le procès doivent tenir compte du concept de consentement et d’assentiment : les enfants ont la capacité de prendre certaines décisions – comme quels vêtements porter – mais pas d’autres – comme s’ils doivent subir ou non une intervention chirurgicale (Miller et collab., 2004). L’évaluation de la capacité d’un client à donner son consentement est une question complexe. Les lignes directrices relatives à cette évaluation varient d’une région à une autre au Canada; les thérapeutes doivent respecter les lignes directrices applicables. Quoi qu’il en soit, les témoins vulnérables ont des objectifs liés à leur témoignage (Hayes et Bunting, 2013), et ces objectifs doivent être respectés et être pris en considération dans la décision d’entreprendre ou non une thérapie. Les thérapeutes doivent discuter de tous les aspects de ces questions pour s’assurer que les témoins vulnérables sont en mesure de prendre des décisions autonomes (Miller et collab., 2004).

Les tribunaux souhaitent que tous les témoins livrent des témoignages clairs et exacts, mais les enfants traumatisés ont souvent des problèmes de développement qui diminuent la crédibilité de leur témoignage. Par exemple, leur mémoire, leur habileté de communication, leur orientation sociale, leur suggestibilité, leur développement cognitif, l’influence de leurs pairs et leur puberté peuvent influer sur leur témoignage (Lamb, Malloy et La Rooy, 2011; Lamb et Sim, 2013). Ces facteurs peuvent influer sur les appréciations de la crédibilité même avant l’intervention d’un thérapeute. La suggestibilité est une préoccupation fondamentale; les enfants témoins et les témoins vulnérables devraient avoir des possibilités de discuter des façons dont la suggestibilité pourrait influer sur leurs souvenirs et sur la crédibilité de leur témoignage. L’influence de la suggestion varie d’un enfant à un autre (Goodman et Melinder, 2007; Karpinski et Scullin, 2009; Lehman et collab., 2010; Melinder et collab., 2010; Roberts et Powell, 2006; Scullin et Bonner, 2006). À mesure que les enfants grandissent, ils prennent conscience qu’il peut y avoir plusieurs points de vue à l’égard de toute situation donnée et qu’il se peut que certains de ces points de vue soient erronés (Scullin et Bonner, 2006). Les enfants qui croient qu’il se peut que leur point de vue soit erroné peuvent être plus suggestibles (Goodman et Melinder, 2007; Principe et Schindewolf, 2012); ceux qui croient qu’un autre point de vue est erroné peuvent être moins suggestibles (Finnilä et collab., 2003).

En outre, les thérapeutes devraient reconnaître que les jeunes enfants sont particulièrement suggestibles. Lorsque les jeunes enfants entendent des rumeurs ou des conversations, certains en viennent à croire qu’ils ont été eux‑mêmes témoins de l’événement (mauvais contrôle des sources; Principe, Kanaya, Ceci et Singh, 2006; Principe et Schindewolf, 2012) et sont plus susceptibles de présumer que d’autres leur disent la vérité (Jaswal et Perez‑Edgar, 2014). Par conséquent, les thérapeutes devraient planifier soigneusement la manière dont ils discuteront avec des enfants témoins, et ils doivent veiller à employer un langage qui est adapté dans chaque cas au stade de développement de l’enfant. Les thérapeutes doivent aussi faire attention à leurs réactions lorsqu’un client soulève des questions qui pourraient influer sur leur témoignage futur. Pour cette raison, il est essentiel que les thérapeutes possèdent les compétences nécessaires pour travailler non seulement avec des enfants, mais aussi au sein du système de justice pénale (Benbelaïd‑Cazenave, 2012; Branaman et Gottlieb, 2013; Greenberg et Shuman, 2007; Heilbrun, DeMatteo, Marczyk et Goldstein, 2008).

Satisfaire les besoins des clients tout en atténuant les risques

Les enfants sont particulièrement vulnérables aux incidences négatives d’une victimisation criminelle parce qu’ils sont en plein développement sur le plan cognitif et il se peut qu’ils n’aient pas acquis les ressources nécessaires pour pouvoir composer avec la situation (Salmon et Bryant, 2002). Les problèmes connexes peuvent perdurer jusqu’à l’âge adulte (Katerndahl, Burge et Kellogg, 2005). Aussi, la démarche par défaut devrait consister à fournir un soutien à l’enfant. Un examen des données relatives à la victimisation aide à mieux comprendre les problèmes liés aux enfants témoins au Canada. Ogrodnik (2010) a analysé les statistiques canadiennes sur les crimes dénoncés par la police en 2008 et a trouvé que les infractions violentes touchaient des enfants victimes dans une proportion de 1111 par 100 000. Les garçons et les enfants plus vieux étaient beaucoup plus susceptibles d’être victimisés que les filles et les jeunes enfants; la fréquence la plus élevée était chez les garçons âgés de 15 à 17 ans. Toutefois, indépendamment de l’âge ou du sexe, un soutien devrait être fourni à tous les témoins vulnérables, et l’auto‑évaluation de leur propre traumatisme par les témoins devrait constituer un facteur important dans les évaluations de la vulnérabilité et des besoins, puisque les tribunaux font généralement un piètre travail en matière d’évaluation de la vulnérabilité (Hurley, 2013; Jones et Elliott, 2005; O’Mahoney, Smith et Milne, 2011). En même temps, le soutien aux témoins vulnérables doit être concilié avec la protection de la crédibilité du témoignage futur.

Utilisation de l’entrevue initiale en cour

Une des solutions envisageables consiste à retarder la thérapie jusqu’après l’enregistrement vidéo de la première entrevue. Les études indiquent que les enfants donnent les meilleurs comptes rendus lors des entrevues initiales, alors que leurs souvenirs sont les plus frais (McWilliams et collab., 2013) et lorsque les intervieweurs suivent des protocoles normalisés (Cyr et Lamb, 2009). C’est pourquoi les entrevues initiales sont si importantes pour les enquêtes et les poursuites criminelles. Toutefois, il y a souvent des problèmes lors de ces premières entrevues. Par exemple, il se peut que les témoins disent ce qu’ils pensent que l’intervieweur veut entendre; il se peut qu’ils inventent des expériences pour combler des trois de mémoire; des sentiments de culpabilité, de détresse ou de désespoir peuvent influer indûment sur leurs comptes rendus; et certains peuvent inventer délibérément des histoires qui ne correspondent pas à la réalité (Crown Prosecution Service, Department of Education, Department of Health et Welsh Assembly Government, 2011). En outre, de mauvaises techniques d’entrevue et des entrevues sous haute pression peuvent produire des inexactitudes (Clemente et Padilla‑Racero, 2015; Cyr et Lamb, 2009; Finnilä et collab., 2003; Goodman et Melinder, 2007; Melinder et collab., 2010; Scullin et Bonner, 2006).

Soutien pour gérer la comparution en cour et mener la poursuite relativement à l’infraction alléguée

Le processus de justice pénale est complexe et peut causer un stress additionnel aux victimes (Hayes et Bunting, 2013; Quas et Goodman, 2012). Une orientation en salle d’audience et des aides au témoignage comme des écrans, une télévision en circuit fermé, etc., peuvent aider à réduire le stress du témoin, bien que ces interventions soient peu susceptibles de réduire les problèmes liés aux crimes allégués (Hobbs et collab., 2014). Tout comme il importe de faire participer les témoins vulnérables à la prise des décisions au sujet de leurs soins, il importe également de tenir compte de leurs préférences concernant l’usage d’aides au témoignage (Hall, 2007; Hayes et Bunting, 2013).

Fournir du soutien aux parents

Les parents et les tuteurs qui ne sont pas impliqués dans les infractions en cause peuvent jouer un rôle majeur en matière de soutien aux enfants (Goodman et Melinder, 2007). Certaines recherches démontrent qu’un meilleur soutien parental aux enfants qui ont été victimes d’agressions sexuelles accroît l’efficacité d’une thérapie (Cohen et Mannarino, 2000). Les parents surveillent souvent leurs enfants et prennent souvent des décisions pour eux en matière de traitement. En fait, des chercheurs ont découvert que le manque de connaissances des parents en matière de santé mentale peut entraîner des retards dans le diagnostic et le traitement de troubles, en particulier ceux qui se manifestent chez de jeunes enfants (Wang et collab., 2005). Le soutien aux parents peut consister notamment à les éduquer au sujet des troubles mentaux et des symptômes qu’ils provoquent (Thornicroft, 2011). Malgré le risque que les parents influent sur la mémoire d’un enfant, le risque n’est pas plus grand que celui que présente le soutien d’amis ou d’autres membres de la famille. Il importe de reconnaître que les tribunaux ont une expérience considérable en matière d’appréciation des dépositions de témoins de tous âges dont les souvenirs ont été influencés par des facteurs divers.

Retarder le traitement

Une option qui mérite d’être envisagée est celle qui consiste à retarder le traitement jusqu’à après le témoignage. Cette option requiert toutefois une évaluation complète de la détresse du témoin et exige que l’on s’assure que les préoccupations relatives à la justice criminelle l’emportent sur les besoins du client vulnérable (Branaman et Gottlieb, 2013; Cohen et collab., 2010; Kuehnle et Connell, 2011). Bien que d’aucuns soutiennent qu’aucune étude empirique n’a examiné les effets d’un report de traitement dans le cas des enfants témoins (Branaman et Gottlieb, 2013), d’autres avancent qu’une intervention rapide est justifiée lorsque les enfants témoins ont également des problèmes préalables au traitement comme des problèmes de santé mentale, un piètre rendement à l’école, une grossesse à l’adolescence, un comportement sexuel risqué, un emploi instable et de la violence et de l’instabilité conjugales (Swiecicki et Hollingsworth, 2015; Salmon et Bryant, 2002; Wang et collab., 2005). Kelly et collab. (2002) ont mené une enquête sur les incidences d’examens de la capacité en psychiatrie et du retardement connexe de traitements dans deux hôpitaux ontariens. La recherche a mis en relief le problème du prolongement de la souffrance et du risque accru d’un comportement autodestructeur et de l’utilisation de techniques d’autogestion moins efficaces, ainsi que des risques d’un moins bon pronostic à long terme, de difficultés à forger une alliance thérapeutique, d’incidences négatives des symptômes du client sur ses amis et les membres de sa famille, d’une utilisation inefficace des ressources thérapeutiques et d’une absence de soutien de la capacité du client à jouir d’une vie normale. Les retardements de traitement soulèvent d’importantes considérations d’ordres moral et éthique, en particulier lorsque le témoin vulnérable a déjà été traumatisé par le crime allégué et risque d’éprouver certains des problèmes énumérés plus haut. Tous ces facteurs devraient être pris en compte pour les décisions relatives au traitement.

Cohen et collab. (2010) donnent les meilleurs conseils aux professionnels qui s’efforcent de déterminer quelles sont les meilleures options en matière de traitement pour un client donné : évaluez continuellement le client pour déterminer si le moment d’une intervention est bien choisi. Pour déterminer s’il est indiqué de retarder un traitement, il faut absolument évaluer les ressources précises auxquelles le client peut avoir accès. Aussi bien d’un point de vue judiciaire que clinique, il peut s’avérer des plus bénéfiques d’effectuer des évaluations initiales et continues pour cerner les besoins et les objectifs en matière de traitement (Kuehnle et Connell, 2011).

Soutien axé sur le renforcement de la résilience et non sur le renforcement de la cause de la Couronne

Certains ont soutenu qu’une thérapie centrée sur un traumatisme précis devrait être retardée jusqu’après le dénouement de l’affaire judiciaire et que les enfants en détresse pourraient bénéficier davantage d’une thérapie visant à développer leur résilience (Keuhnle et Connell, 2011). La thérapie peut se concentrer, par exemple, sur la gestion du stress, les problèmes de communication, les problèmes à l’école, les problèmes de comportement, les problèmes familiaux, les aptitudes à réguler les émotions, et ainsi de suite (selon les besoins du client). En développant des compétences plutôt qu’en se concentrant sur un événement traumatique, le client parvient à mieux gérer sa vie quotidienne et son témoignage en cour.

Thérapie axée sur le préjudice précis

Lorsqu’un client a clairement besoin d’un soutien thérapeutique, celui‑ci devrait lui être fourni. En fournissant ce soutien, on accepte qu’il se peut que le témoignage soit remis en question, mais que les besoins du témoin vulnérable l’emportent sur toute nécessité de livrer un témoignage. Cette option implique la reconnaissance que les témoins ont besoin d’aide et que la société a l’obligation de la leur fournir. Il appartiendra ensuite au système de justice pénale de s’occuper de déterminer comment gérer et comment apprécier le témoignage. La considération importante est de s’assurer que le témoin vulnérable joue un rôle aussi actif que possible dans la prise de décisions

Conclusion

Les thérapeutes ne sont pas des enquêteurs, et bon nombre de thérapeutes sont peu au courant des rouages du système de justice pénale et des règles de preuve (Branaman et Gottlieb 2013). La discussion qui précède a porté sur certaines des questions dont les thérapeutes devraient discuter avec leurs clients qui pourraient être appelés à témoigner en cour, concernant les risques et les avantages liés à un traitement. Les clients devraient être encouragés à envisager différentes options pour réduire les risques, comme utiliser des entrevues enregistrées sur vidéo, utiliser des aides au témoignage en cour, renforcer leur résilience ou retarder la thérapie centrée sur le crime allégué. Les clients qui décident d’accepter les risques liés à une thérapie centrée sur le traumatisme devraient être appuyés dans leur décision. L’essentiel est de s’assurer que le témoin ne perde pas la carte dans le dédale du système et ne finisse pas par se sentir impuissant. Se concentrer sur la personne en tant que participant actif et collaborateur dans les discussions au sujet des soins peut aider à amorcer le processus de guérison. L’autonomisation est possible seulement s’il y a une prise en charge active et réussie. Les thérapeutes et autres professionnels peuvent appuyer et faciliter le processus, mais les clients doivent prendre des mesures pour satisfaire leurs besoins et atteindre leurs buts.

Bibliographie