Discussion, thèmes principaux et apprentissages
Les témoignages des personnes âgées qui ont participé à cette étude ont peint un récit touchant dans lequel elles affirment se sentir souvent ni vues ni entendues.
Dans un environnement où le déclin cognitif est réputé, par erreur, accompagner le vieillissement, les personnes âgées rencontrent des préjugés lorsqu’elles tentent d’obtenir des services majoritairement inaccessibles, en particulier à mesure que les organismes gouvernementaux, les commerces et les programmes adoptent des plateformes exclusivement numériques.
1. Les problèmes juridiques sont reliés
Les problèmes juridiques des personnes âgées ne peuvent être considérés comme étant séparés des nombreux obstacles présents dans notre société, puisque la plupart des problèmes sont interconnectés. Pour souligner la complexité des enjeux des personnes âgées ainsi que leur caractère interconnecté, un travailleur juridique a judicieusement utilisé l’image d’une « toile d’araignée ». Les personnes âgées peuvent se présenter à l’origine avec un seul problème, mais au fil des discussions, il s’avère évident qu’une multitude de problèmes sont entremêlés.
Comment une personne a été traitée tout au long de sa vie influence grandement ses expériences du troisième âge, ce qui contribue à la toile inextricable de problèmes qu’elle rencontre.
Bien que cette étude ne se concentre que sur les derniers trois à cinq ans, les participants ont souvent mentionné de graves problèmes du passé qui continuent de résonner dans leur vie.
Un exemple émouvant concernait le traumatisme persistant avec lequel une personne devait vivre après avoir eu à naviguer dans le système juridique au cours d’un litige de longue date avec sa sœur à propos de la succession de sa mère. Il n’a toujours pas accès, 27 ans plus tard, à l’argent de la succession détenu en fiducie. Cette personne est traumatisée après des années à devoir traiter avec le système juridique malgré son âge avancé. Les conséquences des expériences vécues sont tenaces et omniprésentes.
Le statut d’immigration est aussi ressorti comme étant un facteur critique dans les cas où le statut d’une personne âgée a un effet sur son admissibilité à une protection en matière de santé et où sa santé générale s’en trouve affectée.
Ces liens soulignent la nature holistique des problèmes des personnes âgées, poussant l’adoption d’une stratégie de portée globale afin de répondre à leurs besoins actuels.
2. La pauvreté est la cause de plusieurs problèmes
Les conclusions de l’étude révèlent que la pauvreté est la cause sous-jacente de plusieurs des problèmes que rencontrent les personnes âgées.
Cette étude met en évidence les liens complexes entre le dénuement économique et des problèmes comme les expulsions, la détérioration de l’état de santé, des situations de violence, un historique d’oppression, les traumatismes persistants et une vulnérabilité à l’exploitation.
Les personnes âgées vivant dans la pauvreté se trouvent coincées dans une toile complexe de difficultés liées les unes aux autres où les limites financières aggravent les vulnérabilités des différents aspects de leurs vies.
S’attaquer à la pauvreté, et ainsi créer un environnement plus équitable et qui les soutient davantage pour leur bien-être, s’avère être une étape cruciale pour résoudre les problèmes complexes des personnes âgées.
3. La plupart des problèmes sont graves
Les participants ont constamment souligné la gravité des problèmes qu’ils rencontrent, qu’il s’agisse de problèmes de logement ou avec le système de santé ou d’expériences de discrimination et de maltraitance des personnes âgées. Leurs récits illustrent de façon frappante les conséquences profondes de ces difficultés qui mènent souvent à une grande détresse psychologique et émotionnelle.
Les participants ont mis l’accent sur les effets cumulatifs de la discrimination fondée sur l’âge en plus de la discrimination systémique et des obstacles sociétaux, particulièrement pour les groupes marginalisés comme les peuples autochtones, les femmes, les personnes racisées, les immigrants et les membres de la communauté 2ELGBTQ+. Non seulement ces injustices systémiques intensifient les défis existants que les personnes âgées rencontrent, mais elles augmentent aussi les traumatismes et la détresse dont elles font l’expérience.
Tout en reconnaissant la gravité de leurs problèmes, plusieurs personnes âgées ont démontré une tendance à l’autodérision, attribuant leurs difficultés à leur propre ignorance. Elles ont avoué se sentir responsables d’être tombées dans les pièges, disant que l’un des facteurs contributifs était leur manque de connaissance de leurs droits. De plus, un sentiment généralisé des participants était celui de la crainte de perdre le peu qu’ils possèdent, ce qui les dissuade de porter plainte ou de chercher de l’aide.
En fin de compte, les récits de ces personnes âgées soulignent le besoin urgent de changements significatifs. En reconnaissant leurs expériences et en préconisant des réformes systémiques, nous pouvons tendre à une société où les adultes plus âgés sont soutenus, appréciés et outillés afin de vivre des vies dignes et épanouies.
4. Les résultats étaient rarement satisfaisants
Les mesures prises pour résoudre les problèmes graves ont souvent été jugées insatisfaisantes, ce qui indique que les résultats ont rarement été favorables.
La nature stressante et laborieuse des procédures juridiques force souvent les personnes à abandonner leur recherche de résolution. Les personnes devaient souvent donner priorité à leur santé mentale, à leur santé physique ou à d’autres problèmes importants plutôt qu’à la résolution de leur problème juridique.
Dans plusieurs cas, une résolution s’avérait insaisissable et les participants avaient l’impression de se heurter à un mur.
Les travailleurs communautaires compatissaient avec leurs clients et reconnaissaient la difficulté et la frustration en lien avec le manque de résolution positive dans plusieurs cas.
5. Les systèmes sont compliqués et déshumanisants
Naviguer dans les systèmes actuels s’avère être un défi compliqué et déshumanisant, comme l’ont souligné chaque entretien et chaque groupe de discussion.
Malgré les efforts d’intervenants pleins de bonnes intentions pour guider les personnes âgées dans ces systèmes complexes, la frustration l’emporte souvent en raison de défauts systémiques.
[traduction] Le cœur vaillant… C’est frustrant. On ne peut pas faire grand-chose si le système est défaillant. On essaie de guider les personnes âgées et de s’y retrouver dans le système, mais on est limité dans ce qu’on peut faire. On attire l’attention des personnes âgées sur des choses positives parce que le système est frustrant et contreproductif. On essaie de les présenter à d’autres [personnes âgées] afin qu’elles voient qu’elles ne sont pas les seules prises avec ce problème.
Les participants ont donné plusieurs raisons qui contribuent à ce sentiment, dont les règles inflexibles, les longs délais d’attente des tribunaux, un personnel judiciaire froid et zélé et une crainte généralisée des procédures judiciaires. Une paperasse excessive et des procédures bureaucratiques alambiquées aggravent souvent les difficultés en plus des services automatisés obligeant les personnes âgées à utiliser des plateformes en ligne ou sur téléphone qui les frustrent davantage. Il existe aussi un sentiment généralisé selon lequel les systèmes sont corrompus ou délibérément déroutants et semblent être conçus de façon à entraver la justice. Le manque d’uniformité dans les différents systèmes, le programme de sécurité du revenu en étant un exemple, cause des effets imprévus, comme le risque qu’une augmentation du revenu déclenche une retenue sur d’autres programmes de prestations essentielles.
Ces complexités soulignent le besoin urgent de réformes complètes afin de rendre ces systèmes plus accessibles et transparents et qu’ils soutiennent mieux leur clientèle.
6. Des investissements supplémentaires dans les services communautaires sont les meilleurs recours pour les personnes âgées ayant de graves problèmes juridiques
Il ressort de l’étude que des investissements supplémentaires dans les services communautaires sont les recours les plus efficaces pour les personnes âgées aux prises avec de graves problèmes juridiques.
Les groupes de défense d’intérêts, les cliniques d’aide juridique, les travailleurs sociaux et différents services communautaires ressortent comme étant les piliers essentiels d’appui pour les personnes âgées rencontrant des problèmes aux multiples facettes. Au-delà d’une aide pratique, comme de l’aide à remplir des formulaires, ces services jouent un rôle déterminant pour ce qui est de fournir du soutien émotionnel et d’aider les personnes à s’y retrouver dans une toile complexe d’enjeux et de systèmes interconnectés.
La demande pour ces services est toujours élevée, ce qui souligne le besoin urgent de ressources et d’investissements supplémentaires et afin de bonifier les services communautaires destinés à soutenir les personnes âgées.
Des investissements solides et stratégiques dans ces initiatives communautaires sont critiques pour que les personnes âgées reçoivent le soutien complet qui les aidera à relever leurs défis uniques et interconnectés.
7. La plupart des personnes âgées vivent avec d’importants traumatismes
Les personnes âgées se trouvent prises dans un cycle de traumatismes aggravé par les épreuves quotidiennes de la pauvreté, les obstacles redoutables qu’elles rencontrent et un système juridique qui, au lieu de soulager ces traumatismes, les exacerbe.
Le processus de raconter des incidents au sein du cadre juridique nécessite le récit détaillé et lourd en émotions de traumatismes liés au racisme, de harcèlement et d’autres épreuves. Les personnes âgées doivent retourner dans leur passé lointain afin de mettre au jour des incidents qu’elles avaient enfouis et les confronter. Cette fouille émotionnelle que le système juridique exige par son insistance sur des exposés fondés sur les faits est intrinsèquement traumatique.
[traduction] L’autre chose que j’ai dite au personnel juridique de la communauté est que le problème avec le système est celui-ci : lorsqu’un incident arrive, on vous demande de raconter en détail ce qui s’est passé.
Et je dis que lorsqu’il s’agit de traumatisme racisé or de harcèlement ou peu importe, il faut aller dans les sépultures où ils se trouvent et il faut prendre les incidents qui font partie de vous et il faut les déterrer. Il faut raviver toutes les émotions et toutes les choses que ça implique, et il faut les présenter d’une manière plausible et cohérente.
Je leur ai dit : « C’est traumatisant. » Je leur ai dit : « C’est là que se trouve le traumatisme. »
Moi, vous dire comment je me sentais à l’époque, c’est traumatisant, vous savez, mais personne ne veut se faire dire ça.
Le système dit qu’il faut fournir les faits, et il dépend des faits. Et donc, c’est pour ça qu’on dit que la salle d’audience est le dernier endroit où on veut s’occuper de choses comme ça…
Exprimer les grandes émotions et les complexités associées à ces expériences du passé devient une tâche herculéenne et aggrave le traumatisme au lieu d’offrir du réconfort.
Cette déconnexion entre les exigences du système juridique pour une précision des faits et l’épreuve émotionnelle qu’est celle de raconter des évènements traumatisants crée une réalité démoralisante où les personnes âgées doivent composer avec un système qui ne reconnaît pas l’effet profond de cette expérience et ne s’y attaque pas.
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