3 Résultats
3.1 Quels types de problèmes les participants musulmans ont-ils éprouvés au cours des trois dernières années?
Les participants ont signalé avoir éprouvé divers problèmes graves d’ordre juridique et systémique. Six grandes catégories de problèmes ont été établies :
- Islamophobie, discrimination et harcèlement (10 participants sur 13; 76,92 %);
- Problèmes liés à la famille (3 participants sur 13; 23,08 %);
- Problèmes liés au logement (3 participants sur 13; 23,08 %);
- Difficultés à s’y retrouver dans les systèmes et services canadiens (3 participants sur 13; 23,08 %);
- Problèmes liés à l’emploi (2 participants sur 13; 15,38 %); et
- Fraude financière (2 participants sur 13; 15,38 %).
Bon nombre des problèmes étaient complexes et touchaient plus d’un de ces thèmes (p. ex., discrimination dans les contextes du logement ou de l’emploi). De plus, certains aspects de la situation et de l’identité des participants, comme la religion, le genre, les antécédents culturels, la situation financière, le statut en matière d’immigration et les capacités linguistiques, avaient eu une incidence sur la plupart de ces difficultés.
3.1.1 Islamophobie, discrimination et harcèlement
L’islamophobie, la discrimination et le harcèlement étaient les problèmes les plus fréquemment signalés par les participants à l’étude. Les incidents allaient des stéréotypes et de la marginalisation systémique jusqu’au harcèlement sexuel. Les participants ont indiqué que ces événements s’étaient produits dans divers milieux, y compris au travail, à la maison, dans des établissements d’enseignement et dans des espaces publics. Les participants ont indiqué qu’ils étaient souvent ciblés en raison de marqueurs d’identité visibles, comme la race et le port d’accessoires vestimentaires religieux.
Par exemple, un homme né au Canada a raconté comment ses amis et lui avaient été la cible de remarques désobligeantes dans le cadre des divers événements sportifs auxquels ils avaient participé.
[traduction] Dans les sports, il y a toujours des insultes. Et puis, à un certain point, ça va toujours trop loin. Les gens commencent à parler de race et tout. [Je viens d’un] quartier de blancs majoritairement, et [les gens] vont remarquer un ou deux enfants [racisés] dans l’équipe et commencer à proférer des propos discriminatoires à leur encontre. […] Normalement, je les ignore parce que je suis habitué. Je ne m’en soucie pas vraiment. Mais parfois, quand ils disent des choses pareilles à mon ami […], je leur fais face. Et parfois, ça dégénère. […] [Il y a un an ou deux,] un des partisans [de l’équipe contre laquelle je jouais] a dit quelque chose comme « t’es un sale musulman » pendant que je jouais parce que [l’autre équipe] perdait ou que j’avais marqué, je crois.
Une autre participante, une résidente permanente, a décrit une altercation lors de laquelle il y avait eu du racisme selon elle, et s’était produite au moment de prendre sa photo pour son permis de conduire.
[traduction] « [L’employé] insistait : ‘Je veux voir ton cou, tes oreilles, et ton front à partir d’ici.’ […] Je lui ai dit : ‘Je suis musulmane. C’est mon hijab. Je ne peux pas [l’ajuster] comme ça ‘ […], mais elle continuait à insister. »
Cette même femme a également souligné que son fils s’était fait crier des noms islamophobes à l’école, ce qu’elle attribuait aux récits sociétaux sur les musulmans.
[traduction] Lorsque [mon fils] a commencé l’école, tout allait bien. Après, il a été la cible de racisme ou d’islamophobie. Un de ses amis l’a appelé 11 septembre. […] [Ce problème], à mon avis, doit [venir] des parent [de l’ami]. […] Il a 14 ans. Je pense qu’il a entendu quelqu’un ou des adultes dire quelque chose. […] Oui, ce garçon, l’ami [de mon fils], [a été] influencé par des adultes, par les nouvelles ou par les médias.
Une femme née au Canada a également signalé que des commentaires islamophobes avaient été proférés dans un établissement d’enseignement. Les propos avaient été tenus par un homme après que la femme lui avait dit que le cousin de son ami avait été tué à Gaza pendant la guerre Israël-Hamas de 2023.
[traduction] Son impression de ce qui se passait [à Gaza] était [que] les Palestiniens avaient tout ce qu’ils méritaient, parce que l’islam, et il a utilisé ces mots, il a dit : « L’islam est une religion qui prône la violence, et si les fidèles de l’islam pouvaient faire ce qu’ils veulent, ils conquerraient tous les pays qu’ils veulent et imposeraient la charia. »
Le statut en matière d’immigration était un motif de discrimination additionnel, comme l’illustre l’expérience d’une citoyenne canadienne naturalisée. Elle a raconté comment une conversation informelle lors d’une collecte de fonds s’était rapidement transformée en interrogatoire sur son identité, ce qui avait abouti à des injures xénophobes.
[traduction] Une femme est arrivée […] et elle a dit : « Qui êtes-vous? » Je lui ai dit mon nom. Je lui ai dit que je faisais partie de [l’organisation]. Elle m’a demandé d’où je venais. C’est une question à laquelle il est très difficile pour moi de répondre, étant donné mes origines. […] J’ai dit : « Eh bien, j’ai grandi dans huit pays. Voulez-vous que je vous les nomme tous? » et elle a dit : « Non, d’où venez-vous vraiment? » […] Je lui ai dit que mes deux parents sont pakistanais, et elle a commencé à dire que les réfugiés avaient ruiné le pays. […] Je lui ai dit que mon père [était arrivé au Canada avec] une carte de travailleur spécialisé [de résident permanent] […] et elle a dit : « Oh, vous prenez nos emplois ». […] Je lui ai dit que ma mère ne travaillait pas, et [la femme a commencé] à dire que nous vivons aux crochets des autres. […] [Quand je lui ai dit que j’étais étudiante, elle a dit] « Vous allez prendre place à d’autres Canadiens. »
3.1.2 Problèmes liés à la famille
Les participants ont fait part de divers problèmes liés à la famille, y compris la violence familiale, les conflits concernant la garde d’enfants et le harcèlementNote de bas de page 4. Tous les participants qui ont signalé ce genre de problèmes étaient des femmes. Leurs expériences mettent en lumière les effets des iniquités systémiques et des déséquilibres des pouvoirs enracinés dans les normes culturelles de genre.
Par exemple, une résidente permanente a expliqué qu’elle avait déménagé au Canada dans l’espoir que justice soit faite et que ses enfants et elle soient protégés après avoir été victimes de violence de la part de son ex-mari. Avant leur déménagement, son ex-mari avait tenté d’utiliser son influence politique dans leur pays pour la séparer de ses enfants. Il a poursuivi ses efforts en ce sens après le déménagement de la femme et de ses enfants au Canada, d’abord en déposant des accusations d’enlèvement, puis en se lançant dans une bataille pour la garde des enfants, remettant en question les aptitudes parentales de la femme en raison de ses croyances religieuses.
[traduction] [La partialité dans la procédure judiciaire] était manifeste pendant le procès [relatif à la garde] lorsque l’avocat de l’enfant a dit au juge : « Les croyances de la mère posent un danger pour les enfants. Nous devons protéger les enfants. […] Ses croyances sont étranges. » Même mon ex-mari [a écrit dans sa demande de garde] : « Elle porte le voile. Ma fille, en 7e année, porte le voile. » D’accord, quel est le problème avec le voile? […] Tout est permis au Canada. […] [Les enfants] ont le droit de choisir ce qu’ils veulent. Pourquoi, lorsqu’il s’agit de porter le hijab ou le voile, n’y a-t-il pas de droit, n’y a-t-il pas de liberté? […] Il est maintenant question de la garde des enfants et de la responsabilité décisionnelle [pour les enfants]. Ils essaient de m’enlever mes enfants parce que, pendant le procès, le juge a confirmé que je suis innocente de [l’accusation relative à] l’enlèvement international. Je suis venue ici légalement. J’ai entièrement le droit de faire déménager les enfants de [notre pays précédent]. J’ai la garde complète et la responsabilité décisionnelle exclusive. […] De plus, mes enfants sont des citoyens canadiens. […] Il a été confirmé que de faire déménager les enfants de l’Ontario et de les retourner à leur père leur [causerait] un grave préjudice […], mais mon ex-mari tente maintenant d’utiliser une autre [tactique] pour obtenir la garde et la responsabilité décisionnelle.
De façon similaire, une femme qui a initialement déménagé au Canada pour être avec son mari et qui est maintenant une résidente permanente a décrit l’expérience qu’elle a vécue lors d’un conflit de garde d’enfants transfrontalier après des années de violence familiale. D’abord restée muette sur la violence, en raison des attentes culturelles, elle a finalement trouvé le courage de dénoncer ce qui se passait.
[traduction] « J’ai eu beaucoup de problèmes avec mon mari. Beaucoup de violence familiale. […] J’ai beaucoup été frappée. Je l’ai signalé à la police. J’ai essayé d’arranger les choses entre lui et moi avant de me tourner vers la police, mais cela a continué, alors je l’ai signalé à la police plus d’une fois. »
La violence continuait, et la femme a décidé de se rendre avec ses enfants dans le pays d’origine de son mari et elle, afin de passer du temps avec la famille. Cependant, le moment venu de rentrer au Canada, son mari a imposé une interdiction de voyage à leurs enfants nés au Canada, ce qui l’a forcée à laisser les enfants avec la famille et à revenir seule au Canada.
[traduction] Je suis arrivée [dans mon pays d’origine] et [mon mari] avait un plan. Je ne savais pas qu’il avait un plan. Il n’a pas [donné son approbation pour que] les enfants reviennent [au Canada]. Il a pris tous nos documents. […] Les trois enfants sont Canadiens, ils ont tous un passeport canadien, et je suis résidente permanente. […] Je ne savais pas qu’il pouvait [empêcher] des enfants canadiens de rentrer [au Canada]. […] J’ai demandé l’aide de l’ambassade du Canada, mais l’ambassade du Canada ne peut empiéter sur la loi [de notre pays d’origine], et [selon la loi de notre pays d’origine] le père peut empêcher les enfants de voyager. Je me suis donc rendue seule au Canada. Lorsque mon mari a vu que j’[étais revenue] au Canada, il a intenté une poursuite contre moi. Il a réclamé le divorce ainsi que la garde. […] [J’ai commencé à] essayer de divorcer et j’ai également demandé la garde [et une pension alimentaire]. […] La situation financière de mon mari est excellente. Il a une entreprise qui marche bien au Canada, et il a donc pu utiliser ces ressources financières pour retenir les services de bons avocats; il avait un avantage par rapport à moi. Je dépendais de lui financièrement. Je ne travaillais pas. Je n’avais pas de revenu. Je ne pouvais pas payer l’avocat.
Les difficultés financières auxquelles cette participante s’est heurtée étaient en partie attribuables à son respect de normes culturelles de genre qui l’avaient rendue dépendante de son mari financièrement.
Des thèmes similaires ressortent de l’expérience d’une femme née au Canada. Celle-ci a décrit avoir grandi dans un environnement restrictif avant d’être reniée et expulsée de la maison. Elle a été victime de violence de la part d’un parent autoritaire de sexe masculin que sa mère monoparentale considérait comme le beau-père.
[traduction] La situation à la maison était très toxique quand j’étais petite. Je m’y étais habituée en quelque sorte, mais ces trois dernières années, surtout l’année dernière, ma décision de partir pour l’université [et de cesser] de porter le hijab… de nombreux facteurs ont entraîné beaucoup de discrimination liée au fait que je suis une femme et que j’exerce mes droits en tant que femme. Une grande partie de cette discrimination provenait de mon [parent de sexe masculin], et ma mère était très soumise et l’écoutait parce qu’il joue un rôle important [au sein de la communauté religieuse]. […] Que je me sois fait renier et expulser de la maison? [Mon parent de sexe masculin] a dit qu’il y avait quatre raisons : premièrement, le fait que j’allais à l’université parce que je ne devais pas quitter la maison sans avoir un homme dans ma vie; que je sortais après 19 h en semaine; […] que j’avais cessé de porter le hijab, et c’était l’un des principaux facteurs; et il a ensuite découvert que j’avais un petit ami. […] J’ai donc été expulsée de la maison. […] En plus d’avoir été mise à la porte, mon oncle m’envoyait des textos tous les jours […] pour me traiter de pute, de salope, […] dire que j’avais ruiné la vie de ma mère. […] [Lorsque ma sœur s’en est mêlée,] il a commencé à la traiter de prostituée et […] [à dire qu’]elle était une pute parce qu’elle avait déménagée et qu’elle n’était pas la femme musulmane idéale. […] [Il a dit que] nous nous éloignions de Dieu et que ça détruisait nos vies. […] Il utilisait la religion pour faire croire certaines choses à ma mère, mais mes sœurs et moi, qui sommes allées à l’école islamique, nous savions qu’il mentait. […] Quand je me suis fait mettre à la porte, j’ai [dit à ma mère] : « Je ne comprends pas pourquoi tu accordes plus d’importance à cet homme qu’à moi. » […] [Elle a répondu] : « C’est le seul que j’ai. Que sera ma vie sans un homme? » […] Les rôles traditionnels liés au genre étaient peut-être simplement au [cœur de ce problème], parce que ma mère n’aurait pas écouté [mon parent de sexe masculin] s’il n’avait pas été un homme, d’autant plus un imam. […] Si j’avais été un homme et fait exactement pareil, […] [ils] n’auraient pas sourcillé.
3.1.3 Problèmes liés au logement
Les problèmes liés au logement étaient souvent interreliés à d’autres problèmes, comme l’instabilité financière, la discrimination, les obstacles à l’accessibilité et les iniquités systémiques. De nombreux participants ont mentionné que l’obtention d’un logement sûr, stable et abordable était compliquée par le statut en matière d’immigration, la race, la religion ou les besoins physiques. Le traitement discriminatoire de la part des propriétaires, la difficulté d’accéder à des mesures d’adaptation appropriées et les politiques restrictives en matière de location font qu’il est de plus en plus difficile de trouver et de garder un logement.
Un homme né au Canada, par exemple, a décrit comment sa famille et lui avaient été la cible à plusieurs reprises de préjugés et de propos racistes et discriminatoires de la part de leur propriétaire.
[traduction] Ma mère est très responsable sur le plan financier. […] Nous [vivons dans notre maison] depuis 9 ans, et il est peut-être arrivé une fois ou deux que [ma mère paye le loyer] en retard. [Le propriétaire] dit : « Oh, c’est toujours vous. Vous ne pouvez pas vous le permettre. C’est correct », ou « Vous êtes toujours en retard. » Des choses comme ça. […] Nous vivons dans une vieille maison, alors il y a quelques problèmes. Ma mère appelle toujours si les tuyaux ne fonctionnent pas ou si la toilette est brisée, et le propriétaire se plaint toujours : « Oh, vous brisez toujours tout. »
La discrimination fondée sur le handicap a également été soulignée, comme l’illustre l’expérience d’une résidente permanente. Elle a raconté que son fils et elle, qui ont tous deux une mobilité réduite, avaient eu des problèmes de logement causés par un manque d’accessibilité et par le refus de la nouvelle entreprise de gestion de leur immeuble de mettre en œuvre des mesures d’adaptation. Elle a signalé que leur capacité à déménager et à obtenir un logement était limitée par leur situation d’immigration et par le refus de certains propriétaires de louer à un bénéficiaire du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH).
[traduction] J’ai déménagé [dans mon immeuble d’habitation] en mai 2022. Lorsque j’ai déménagé, je savais qu’il n’y avait pas de rampe et qu’il y avait des escaliers donnant accès à l’ascenseur. Au début, la direction [de l’immeuble] était correcte. Elle [comprenait qu’il fallait apporter des changements], mais alors qu’elle avait commencé à faire quelque chose, [l’entreprise de gestion de l’immeuble a changé]. […] Le principal problème est que je suis venue [au Canada] dans le cadre d’un parrainage privé et que je devais rester dans cette maison pendant au moins un an conformément au contrat signé par [mon parrain]Note de bas de page 5. […] À la fin du contrat, j’ai dû composer avec [d’autres types] de difficultés [pour trouver] un autre endroit. Quand j’ai trouvé [un nouvel endroit], ils m’ont dit que j’avais besoin d’un garant. Je leur ai dit que j’avais une bonne cote de crédit, mais ils ont dit : « Non, nous avons besoin d’un garant. Sinon, vous devez payer six mois [de loyer] à l’avance. » […] Je bénéficie également du POSPH depuis peu, alors [j’ai eu des problèmes à ce sujet aussi] : on nous a dit qu’on ne voulait pas renouveler notre [convention de location].
Une citoyenne canadienne naturalisée a également parlé de l’absence de réponse et de conditions de vie insatisfaisantes.
[traduction] Après avoir signé [le bail] et remis [au gestionnaire immobilier] son dépôt, il m’a laissée en plan. […] Puis, j’ai emménagé, et le réfrigérateur n’était pas hermétique. Il ne se fermait pas complètement. Sur le comptoir, il y avait un papier avec [une liste] des choses qui devaient être réparées. La porte d’entrée ne se verrouillait pas non plus. Elle se fermait, mais ne se verrouillait pas. […] Ils le savaient manifestement parce que c’était dans les documents. […] J’ai tout documenté et je leur ai également envoyé un courriel officiel. […] Un jour, la porte d’entrée a été réparée, mais ils n’ont pas réparé le réfrigérateur en même temps. […] Je leur ai donné un autre coup de fil, et ils ont dit : « Oh, oui, nous le savons déjà. Nous envoyons quelqu’un. » […] L’année scolaire au complet s’est écoulée. Personne n’a réparé mon réfrigérateur.
3.1.4 Difficultés d’orientation dans les systèmes et les services canadiens
Plusieurs participants, tous venus au Canada en provenance d’autres pays, ont souligné les problèmes auxquels ils s’étaient heurtés en essayant de s’orienter dans les systèmes et les services canadiens (mis à part le système juridique, qui est abordé plus en profondeur à la section 3.3 des Résultats).
Par exemple, un citoyen canadien naturalisé a décrit les difficultés et la discrimination perçue que sa famille et lui avaient vécues en tentant d’aider son cousin à venir au Canada pour ses études postsecondaires.
[traduction] Mon cousin a été accepté [dans une école postsecondaire canadienne] pour une maîtrise [en génie]. […] Lorsqu’il a demandé son visa d’étudiant après son admission, [Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada] a dit ne pas juger nécessaire qu’il suive un [programme de] maîtrise pour obtenir un emploi en génie au Canada. Sa demande a été rejetée au motif qu’il était trop vieux, alors qu’il avait 22 ans. […] Après avoir communiqué avec des avocats [en droit de l’immigration] au sujet de [la situation], on lui a dit qu’il pouvait intenter une poursuite, ce qu’il a fini par faire. […] L’ambassade a convenu qu’elle examinerait de nouveau sa demande si [mon cousin] décidait d’abandonner sa poursuite, alors il a laissé tomber. [traduction] L’ambassade a ensuite rejeté sa demande pour la même raison. Il avait payé ses frais de scolarité à ce moment-là, parce qu’on lui avait dit qu’on le ferait entrer pour la session qu’il voulait. Il avait donc payé ses frais de scolarité, mais sa demande a été refusée, si bien qu’il n’a pas pu aller [à l’école]. […] C’était de la discrimination. Il a dit [dans sa poursuite] : « Vous rejetez ma demande parce que vous faites preuve de discrimination. »
Des problèmes liés à l’immigration ont également été soulignés par une femme qui est venue au Canada à titre de personne protégée et qui a depuis présenté une demande de résidence permanente. Elle a souligné le peu de renseignements facilement accessibles et a observé des disparités dans le traitement en fonction des compétences linguistiques.
[traduction] Je suis née en tant que réfugiée palestinienne au Liban, alors j’ai été apatride presque toute ma vie. […] Je suis venue au Canada, et une fois à l’aéroport, j’ai dit directement à l’agent des services frontaliers que je voulais présenter une demande d’asile. […] [Les agents des services frontaliers] ne sont pas d’une grande aide, pour être honnête. Il faut comprendre beaucoup de choses par soi-même. Heureusement, je pense que j’étais avantagée parce que je connaissais l’anglais et que je le parlais bien. […] Il y avait d’autres personnes qui demandaient également l’asile et […] leur anglais n’était pas aussi bon. Ils ne parlaient pas beaucoup anglais. Je pouvais voir qu’ils étaient traités différemment, plus sévèrement, et qu’ils se faisaient dire, par exemple : « Faites ci, faites ça. Pourquoi êtes-vous ici? » On leur posait la question comme s’ils étaient des criminels. […] J’ai eu l’impression d’être traitée avec plus de compassion. […] J’ai dû subir un examen médical et j’ai demandé à [l’agent] : « Quel médecin devrais-je consulter? » Il a dit : « Vous êtes intelligente. Vous allez trouver. » J’ai dû me débrouiller pour pratiquement tout, qu’il s’agisse de trouver un avocat ou de comprendre ce que je devais soumettre. […] Lorsque j’ai parlé au premier avocat qui s’occupait de mon dossier, il ne m’a pas donné pas beaucoup de renseignements. J’ai dû comprendre les choses par moi-même en discutant avec d’autres demandeurs d’asile ou [en les écoutant parler].
De son côté, un résident temporaire a eu de la difficulté à obtenir un traitement médical à temps parce qu’il ne connaissait pas bien le système de soins de santé. Après un traitement initial inadéquat ainsi que des retards dans la prestation de soins spécialisés, il a dû subir de multiples chirurgies d’urgence qui auraient autrement pu être évitées.
[traduction] J’ai parlé de mon [problème de santé] à [un médecin à la clinique de santé pour étudiants de mon établissement postsecondaire]. Il a affirmé que tout allait bien et a dit : « Je suis convaincu que vous n’avez pas de problème grave. » Je l’ai peut-être vu trois ou quatre fois en trois mois. Par la suite, la situation s’est aggravée. […] Nous avons appris qu’il y avait un problème grave, et il m’a orienté vers un spécialiste [dans une autre ville en raison des longues périodes d’attente dans ma ville]. […] [Le spécialiste] a dit : « Vous avez un problème vraiment grave. » […] Il m’a orienté vers un autre [spécialiste de ma ville], et il m’a fallu attendre longtemps pour voir ce médecin. […] Ça a peut-être pris [6 à 10 mois]. […] À ce moment-là, ma situation était une urgence. Il a alors dit que [nous devions] aller au deuxième étage, en salle d’opération et m’opérer. […] J’ai revu [le deuxième spécialiste] en novembre parce que nous pensons que j’aurai peut-être besoin d’une autre opération. […] [J’ai maintenant été opéré] trois fois. […] Comme [je suis] un étudiant international, je ne savais pas que je pouvais obtenir une deuxième opinion. Si je l’avais su, j’[en aurais fait la demande] plus tôt. […] Je ne savais pas que je devais d’abord consulter un omnipraticien qui pourrait m’orienter vers un spécialiste, parce que, dans mon pays, nous pouvons consulter directement un spécialiste.
3.1.5 Problèmes liés à l’emploi
Les participants qui ont signalé des problèmes liés à l’emploi ont parlé de discrimination en milieu de travail, de travail non rémunéré, d’obstacles à l’avancement et de soutien institutionnel insuffisant.
Par exemple, une résidente permanente a signalé que son milieu de travail était devenu hostile pendant son premier trimestre de grossesse. Elle a décrit que la discrimination et les préjugés perçus l’avaient amenée à travailler sans rémunération afin de prouver sa valeur.
[traduction] J’avais une collègue qui était Canadienne, et je pense qu’elle était très nerveuse. Elle détestait tous ceux qui n’étaient pas des Canadiens, alors elle a commencé à [me dénigrer derrière mon dos] à mon superviseur, qui a commencé à penser que je ne faisais pas très bien mon [travail]. À un moment donné, mon superviseur m’a demandé de quitter mon emploi si je ne pouvais pas satisfaire cette collègue canadienne. Je me sentais stressée, et je n’étais pas en bonne forme, car j’en étais à mes premiers mois de grossesse. Je me sentais vraiment mal à l’aise. Je sentais, de mon côté, [que rien n’allait] mal, mais parce que je n’étais pas une Canadienne, ils en étaient venus à se comporter ainsi [envers moi]. […] J’ai commencé à me consacrer à [mes tâches] plus de 40 heures par semaine, même si j’avais été embauchée pour 15 heures. Je travaillais beaucoup plus que mes heures hebdomadaires. […] Je m’attendais à être payée davantage par mon superviseur parce que […] je lui avais mentionné que je [travaillais] davantage que les [heures pour lesquelles j’avais été embauchée], mais ça ne s’est pas produit.
Un homme né au Canada a également fait part de sa frustration à l’égard de ce qui, selon lui, constituait des préjugés systémiques. Malgré le fait qu’il était né et avait grandi au Canada et qu’il possédait toutes les qualifications nécessaires, il n’avait jamais obtenu de promotion, ce qu’il attribuait à son nom à consonance islamique.
[traduction] Depuis [deux ans et demi à trois ans], je demande des promotions à [mon travail]. Je n’ai jamais eu d’entrevue pour les quatre premiers emplois pour lesquels j’ai postulé. En ce qui concerne mes qualifications, je suis très qualifié dans [mon domaine]. […] Je coche toutes les cases nécessaires pour être promu. Au cours de la dernière année, j’ai continué à essayer d’être promu, et je n’ai jamais eu d’entrevue. […] Je ne vois rien d’autre que mon nom qui puisse faire obstacle à mon avancement. […] Tous les directeurs [de mon organisation] sont des blancs, en l’absence d’une meilleure description. [L’organisation] dit « diversité ». […] Ils disent ces termes accrocheurs et « nous nous efforçons que la direction soit représentative de notre population », mais je n’ai pas encore pu le constater. […]. Est-ce une coïncidence que je m’appelle [un nom à consonance islamique] et que chaque autre personne qui a obtenu un poste était blanche et n’était pas aussi qualifiée que moi?
3.1.6 Fraude financière
Enfin, deux participants ont souligné qu’ils avaient éprouvé des problèmes liés à la fraude financière.
Une résidente permanente a signalé que, après avoir déménagé au Canada, elle avait découvert qu’elle avait été victime d’une fraude commise par son ex-mari.
[traduction] Lorsque je suis arrivée [au Canada pour la deuxième fois après mon divorce], j’ai découvert qu’il y avait environ 30 000 $ à mon nom [que je devais] à [l’Agence du revenu du Canada (ARC)] en raison de mon ex-mari et de son ami qui vivaient ici. [Mon ex-mari et moi sommes initialement] arrivés en 2010. J’ai deux enfants qui ont la citoyenneté canadienne, alors il a manipulé le système [pour donner l’impression] que nous vivions ici. Cependant, nous n’étions pas ici. Il m’a fait venir ici seulement pour que je donne naissance aux enfants et [qu’ils obtiennent] la citoyenneté canadienne, et nous sommes immédiatement retournés dans [notre pays précédent]. […] Lorsque nous sommes arrivés en 2010, il a présenté une demande d’immigration au Canada. Il a ensuite ajouté tous mes documents à sa demande. […] Je sentais que quelque chose ne tournait pas rond, parce qu’il est [habituellement] très désagréable avec moi. Or quand il voulait que je signe les documents, il était gentil. […] Il a ouvert un compte conjoint, et il m’a dit : « C’est la règle au Canada. Nous ne pouvons pas ouvrir de comptes distincts. » Il m’a donné beaucoup de papiers à signer. Je ne savais pas à quoi ils servaient, parce que le système de notre pays est totalement différent de celui d’ici. Il a commencé par présenter une demande à l’ARC pour obtenir la prestation fiscale pour enfants et toutes les [autres] prestations du gouvernement. Il a affirmé que nous étions à faible revenu et qu’il avait une petite entreprise. […] Le gouvernement a pensé que nous vivions ici, au Canada, parce qu’il avait donné l’adresse [de son ami] comme étant la nôtre. Son ami ici, qui avait la carte de débit [de notre compte bancaire], a retiré de l’argent au guichet [bancaire]. Ils ont pris de l’argent pendant plusieurs années, trois ou quatre ans, je crois.
Un autre participant, un homme né au Canada, a expliqué comment il avait été ciblé par une arnaque de taxi.
[traduction] En fait, j’ai été victime d’une arnaque : essentiellement, […] il y a un chauffeur, le faux chauffeur, et un homme à l’arrière [du taxi]. […] [Le passager] dit : « Je n’ai que de l’argent et il ne prend que la carte. » Le fonctionnement de l’arnaque est que vous donnez votre carte à cet homme […] [et le chauffeur fait] comme s’il l’utilisait. Vous entrez votre NIP. Cependant, il enregistre ce NIP et remplace votre carte par celle d’une autre personne avant de vous la remettre. Le passager, le faux passager, vous remet de l’argent. Quelque chose du genre m’est donc arrivé. […] En fait, je ne m’en suis rendu compte que quelques jours plus tard, car j’essayais sans cesse de taper ma carte et je me disais : « Mais pourquoi est-ce qu’elle ne fonctionne pas? » […] Puis, un jour, j’ai simplement regardé ma carte. J’ai me suis dit : « Ce n’est pas mon nom. » […] J’ai eu de la chance parce que mon compte était doté d’une fonction qui [a verrouillé le compte]. […] Ils ont essayé de prendre plus de 2 500 $, mais ils n’ont réussi qu’à prendre un total de 100 $.
3.2 Comment les participants musulmans ont-ils tenté de résoudre leurs problèmes à l’extérieur du système judiciaire, et quels ont été les résultats de ces efforts?
De nombreux participants ont dit qu’ils étaient initialement incertains de la façon de composer avec leurs problèmes. Ils ne savaient pas par où commencer, quelles options s’offraient à eux ou quelles étaient les meilleures mesures à prendre. Par conséquent, plusieurs ont cherché des renseignements auprès de ressources en ligne.
Par exemple, une résidente permanente a expliqué s’être renseignée sur le droit canadien quand elle a voulu régler les problèmes d’accessibilité auxquels son fils et elle étaient confrontés dans leur immeuble d’habitation.
[traduction] Je consulte un site Web. Je consulte les sources pour mieux comprendre. Lorsque j’ai déménagé au Canada, j’ai dû me renseigner [moi-même] sur le droit. [Au Canada], il y a des domaines du droit très précis. […] Il y a le droit de la santé, le droit immobilier… ce n’est pas un même avocat pour tout, [comme] je pensais auparavant. Ici, en Ontario, ou au Canada en général, ils ont une spécialité. Je consulte un site Web. […] [Un de mes problèmes est lié à la santé et à l’accessibilité, alors] je suis allée à [une université]. Je me suis inscrite [à un cours sur] le droit de la santé pour en savoir plus sur le sujet. En général, lorsque j’ai un problème, je consulte une source. J’essaie de trouver une source d’information du gouvernement.
Les participants, particulièrement les femmes, avaient également grandement compté sur les conseils et le soutien de leur réseau immédiats, y compris leurs amis, leur famille et les membres de leur communauté.
Cette même femme, par exemple, s’est souvent tournée vers des voisins pour transporter son fils et divers articles à l’intérieur et à l’extérieur de son appartement, mais ce n’était pas toujours l’idéal.
[traduction] « Je dois parfois appeler notre voisin pour m’aider, parce que j’ai moi-même un problème. Je ne peux pas transporter de choses. J’ai différents types de problèmes [physiques]. […] Plusieurs fois, j’ai dû attendre longtemps avant de trouver quelqu’un [pour m’aider]. »
Une femme qui est une personne protégée a décrit l’aide précieuse de sa famille et d’autres personnes dont la situation d’immigration était similaire à la sienne.
[traduction] Je me suis dit que la meilleure façon de tenter de m’y retrouver était de parler aux autres. […] J’ai compris les choses par moi-même en discutant avec d’autres demandeurs d’asile ou [en les écoutant parler], et cetera. […] Je recevais de l’aide [financière] de mes parents. Sans mes parents pendant cette période, je n’aurais pas réussi, pour être tout à fait honnête. Lorsque vous n’avez pas de permis de travail, vous ne pouvez pas travailler. Alors, comment survivre? Mais je pense ensuite à toutes les autres personnes dont j’ai entendu les histoires. […] Quand je suis allée [dans un refuge pour rencontrer quelqu’un], beaucoup de gens qui étaient là étaient aussi [des demandeurs d’asile], mais ils étaient dans un refuge parce qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour aller ailleurs. […] Sans le soutien de ma famille, je ne pense pas que je m’en serais sortie aussi facilement, ce qui était encore une fois un privilège que j’avais et que beaucoup n’ont pas, je le sais.
De façon similaire, une résidente permanente a décrit comment d’autres étudiants internationaux l’avaient aidée avec une tâche à l’école postsecondaire qu’elle fréquentait et où elle travaillait, après que de mauvaises expériences avec ses collègues canadiens l’aient fait hésiter à demander l’aide d’autres Canadiens.
[traduction] Au début, j’ai essayé de trouver quelqu’un [dans le même programme et du même milieu culturel que moi]. […] Malheureusement, [je n’ai trouvé personne] dans notre département, […] alors j’ai demandé à d’autres personnes qui n’étaient pas des Canadiens, mais qui faisaient partie de notre département. […] Je ne voulais pas [demander de l’aide à un Canadien, car] je n’étais pas certaine qu’il [accepterait] de m’aider.
D’autres participants ont cherché des conseils par des voies plus officielles, y compris par l’intermédiaire d’organismes communautaires et de groupes institutionnels.
Par exemple, un homme né au Canada a dit :
[traduction] « Au cours de l’été, j’ai décidé de soulever [la question des promotions pour lesquelles je n’étais pas pris en considération] auprès de notre groupe interne des droits de la personne. […] La question a été [transmise aux Ressources humaines]. Ils enquêtent sur ma situation. »
L’expérience d’une résidente permanente fait tout particulièrement ressortir l’importance d’avoir accès à du soutien communautaire. Elle a signalé qu’un centre communautaire culturel avait joué un rôle déterminant pour l’aider à surmonter certains obstacles, notamment les barrières linguistiques et l’isolement lié à la violence, pendant qu’elle tentait de gérer une affaire de garde transfrontalière.
[traduction] Je n’avais aucun renseignement [et je ne savais pas du tout où trouver des renseignements] […] parce que mon mari ne voulait pas que je fasse la connaissance de gens ou de personnes-ressources d’organismes ni que je communique avec quiconque pouvant me renseigner. […] Le premier [problème] était que mon anglais était si pauvre que je ne pouvais pas communiquer en anglais. Je ne pouvais communiquer qu’avec les gens qui parlaient [ma langue]. La première chose que j’ai faite a été de communiquer avec l’ambassade du Canada, qui m’a mise en communication avec les Services de protection de la famille. [Les Services de protection de la famille] m’ont mise en communication avec le centre communautaire [culturel]. Au centre communautaire [culturel], une femme a été d’une grande aide pour moi. Elle m’a mise en contact avec plein de gens. Par l’intermédiaire du centre communautaire [culturel], j’ai aussi pris connaissance de l’aide juridique et du ministère des Affaires étrangères; le centre communautaire [culturel] est ce qui m’a le plus aidé.
Bien que certains se soient sentis dépassés par le manque de renseignements clairs et cohérents qu’ils avaient reçus, les participants ont généralement apprécié le soutien qu’ils ont reçu de la part d’autres personnes.
Par exemple, une femme née au Canada a souligné que le fait de consulter d’autres personnes lui avait permis de mieux comprendre la gravité de sa situation.
[traduction] C’est quand j’ai commencé à parler à d’autres et à me rendre compte que [la façon dont j’étais traitée] n’était pas normale que j’ai compris que ma situation [avec mon parent de sexe masculin] était vraiment grave. […] La veille de mon départ à l’université, je suis allée à mon école secondaire. […] J’ai eu une longue conversation avec […] deux de mes enseignantes qui avaient toujours servi de modèle pour moi. […] Elles ont dit quelque chose [qui m’a incitée] à expliquer la situation dans laquelle je me trouvais, et je me rappelle qu’elles étaient sous le choc. Elles ont dit : « À la façon dont tu te présentes et tu te tiens, je n’aurais pas pensé que tu vivais quelque chose [du genre]. » Elles ont dit qu’elles étaient vraiment fières de moi. […] Mes amies sont mes points de repère, je peux tout leur dire et [ensuite] je me sens mieux. […] Parler à [mes amies] et entendre des adultes dire que, de leur point de vue, la situation n’était pas normale […] et [entendre] qu’ils se souciaient de moi m’a réellement permis de passer au travers.
Une autre femme née au Canada a expliqué comment sa communauté l’avait aidée à gérer la peur et le chagrin qu’elle ressentait après avoir appris qu’une vague soudaine d’attaques islamophobes avait éclaté dans son école postsecondaire.
[traduction] J’ai essayé de bâtir autant que possible une communauté, alors je savais que mes expériences ne [se limitaient pas qu’à moi]. Je ne vivais pas ces choses seules. Si je pouvais décrire la source de tout mon chagrin au cours de la dernière année, elle se résume probablement au sentiment que je n’existe pas et que personne ne croit que ce que je ressens et ce que je pense est légitime. […] Il était très important pour moi d’essayer de trouver des gens qui comprenaient ce sentiment. Je n’avais pas à leur prouver que ces expériences étaient réelles, parce qu’eux-mêmes les avaient déjà vécues.
Cependant, aucun participant n’a déclaré que son problème le plus grave avait été entièrement résolu. Plusieurs ont plutôt souligné qu’ils attendaient toujours que le problème se règle ou qu’ils avaient tout simplement décidé de passer à autre chose. Certains participants ont également expliqué que les obstacles systémiques, la fatigue émotionnelle, la crainte de répercussions potentielles ou des considérations d’ordre culturel les avaient amenés à abandonner leurs efforts pour régler leurs problèmes.
Par exemple, une résidente permanente a souligné qu’elle avait préféré conserver son emploi plutôt que d’essayer de récupérer l’argent qu’on lui devait pour son travail non rémunéré.
[traduction] « [Le rajustement de paye] n’a pas eu lieu, mais c’est correct, car j’ai pu conserver mon emploi. C’est important pour moi. »
En revanche, un homme arabe né au Canada qui croyait avoir été victime de discrimination au travail a expliqué que son problème non résolu l’avait amené à envisager de carrément abandonner sa carrière.
[traduction] Je me suis placé dans une position vulnérable. J’ai parlé de mon problème à des gens qui, je croyais, pouvaient m’aider. […] Je me suis pas mal rendu à la fin du processus interne pour essayer de régler le problème, et maintenant, je réfléchis de plus en plus à ce que je vais faire. […] Honnêtement, j’envisage un changement de carrière. C’est là où j’en suis en ce moment. […] Je pense simplement arrêter d’enseigner pendant un certain temps. […] Je suis activement à la recherche d’autres occasions d’emploi en dehors du domaine de l’éducation, simplement parce que j’ai l’impression de gaspiller mon potentiel.
Une citoyenne canadienne naturalisée a décrit une capitulation similaire.
[traduction] Je ne veux habituellement pas parler à mes parents [de mes problèmes]. Si j’en parlais à mes parents, je ne doute pas que [les problèmes] se régleraient. Seulement, ce n’est pas nécessairement ce que je veux. Par exemple, dans le cas du [harcèlement sexuel], mes parents seraient encore plus paniqués que moi, et ils voudraient me retirer de [mon programme universitaire]. […] J’ai aussi l’impression que, parce que je suis musulmane et que mes parents ont été élevés dans cette culture, ce ne serait pas comme lorsque les blancs disent à leurs parents : « Oh, ce gars me dérange. » Mes parents diraient : « Qu’est-ce que tu portais? » Vous comprenez? Ils voient les choses de cette façon. […] Pareil pour [le problème avec] le propriétaire. Mes parents en auraient fait tout un cas. […] Le [problème avec mon propriétaire] semble perpétuel. Je pense qu’il va persister jusqu’à ce que je m’en occupe ou que je déménage.
3.3 Les participants musulmans ont-ils eu recours au système de justice officiel pour tenter de résoudre leurs problèmes?
Pour tenter de résoudre leurs problèmes, la majorité des participants (7 sur 13, soit 53,85 %) ont effectivement pris contact d’une manière ou d’une autre avec un représentant du système de justice. Les problèmes pour lesquels une assistance juridique a été sollicitée comprenaient :
- la garde d’enfants et le divorce (2 participants sur 13; 15,38 %);
- des difficultés liées à l’immigration (2 participants sur 13; 15,38 %);
- des problèmes de logement (1 participant sur 13; 7,69 %);
- la discrimination sur le lieu de travail (1 participant sur 13; 7,69 %);
- la fraude financière (1 participant sur 13; 7,69 %).
Dans la plupart des cas où les participants ont eu recours au système de justice officiel, il n’existait aucune autre solution de rechange possible.
3.3.1 Comment s’est déroulée l’expérience des personnes qui ont sollicité de l’aide juridique?
La plupart des participants qui ont sollicité de l’aide juridique pour résoudre leurs problèmes ont rencontré des difficultés. La principale difficulté rencontrée par les participants tenait à leur méconnaissance du système juridique, notamment quant aux démarches à entreprendre, aux sources d’information et aux moyens d’obtenir les services d’un représentant légal. Les coûts financiers, la durée du processus judiciaire et la crainte de répercussions potentielles ont été cités comme des facteurs ayant influé sur la capacité ou la volonté des participants de mener à terme des démarches juridiques en vue de régler leur situation.
Par exemple, une résidente permanente a consulté un avocat au sujet de l’absence d’aménagements pour l’accessibilité dans son immeuble. Bien que cet avocat — qui est un ami de la famille — l’ait aidée à rédiger des lettres à l’intention de la société de gestion de son immeuble, elle hésitait à entreprendre d’autres démarches juridiques en raison du temps que cela pourrait prendre.
[traduction] J’ai un ami [qui est] avocat. Je lui ai expliqué [le problème]. Il est spécialisé dans l’immobilier. Il m’a dit : « Il faut commencer [par une] lettre, comme celle-ci ». […] Et nous avons continué à envoyer des lettres. Nous avons continué à envoyer des courriels. […] Quand j’ai appris que [le processus d’aide juridique] allait être très long, je [me suis] dit : Je n’ai pas assez de temps pour ça parce que, vraiment, j’ai un problème grave — très grave. […] Mon fils doit bientôt subir une opération, donc je n’ai pas le temps de m’occuper de quoi que ce soit [pendant] longtemps ni de passer par l’aide juridique. J’ai vraiment besoin de changer [d’appartement] dès que possible.
Un homme né au Canada a exprimé des sentiments semblables, estimant avoir été écarté d’une promotion pour des motifs discriminatoires.
[traduction] J’ai également consulté le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario [le TDPO], qui m’a prévenu qu’il s’agirait d’une procédure de longue haleineNote de bas de page 6. Je ne souhaitais pas faire traîner en longueur ce problème que j’ai avec mon employeur, pour une affaire qui, selon moi, ne ferait probablement que compromettre davantage mes chances [de promotion], car cela [vous colle une étiquette]. […] J’ai envisagé de consulter un avocat, mais cela soulève beaucoup d’interrogations. Je ne sais pas qui est spécialisé dans ce [genre de problème]. On pourrait penser que le fait d’être né et d’avoir grandi ici aiderait, mais entreprendre des démarches juridiques est quelque chose de tellement inconnu pour moi que je ne sais même pas par où commencer. […] Je ne sais pas si j’ai une cause [valable] ou non. […] En ce qui concerne les prochaines étapes, par exemple avec le système de justice? C’est un mystère pour moi. Que dois-je faire ensuite? Comment dois-je m’y prendre? J’ai entendu parler de gens qui ont engagé des poursuites pour d’autres motifs : pour des motifs professionnels, ou pour d’autres raisons. Ça a l’air très stressant. Ça a l’air très intimidant. […] Ça coûte beaucoup d’argent, ça prend beaucoup de temps, et on ne sait pas comment ça va se terminer.
Une résidente permanente a également évoqué des préoccupations financières et un manque de connaissances du système de justice. La complexité de son divorce international et de son litige concernant la garde d’enfants a entraîné des complications supplémentaires lorsqu’elle a reçu des renseignements contradictoires de la part de différents professionnels du droit quant au pays dans lequel son dossier devait être traité. Ces problèmes ont entraîné des retards dans l’obtention d’une aide juridique et une charge financière supplémentaire due à des allers-retours répétés entre le Canada et son pays d’origine.
[traduction] Ça m’a pris tellement de temps — de septembre à janvier — pour savoir quoi faire, jusqu’à ce que je trouve des avocats pour m’aider. Malheureusement, beaucoup de gens me donnaient des conseils très différents, et j’hésitais. Je ne savais pas quoi faire. […] Je n’avais pas assez d’argent pour consulter des avocats et les payer. […] J’ai communiqué avec l’aide juridique à plusieurs reprises […] et on m’a conseillé de retourner dans [mon pays d’origine] pour y régler mes problèmes. […] Je suis retournée dans [mon pays d’origine], mais je n’ai pas pu résoudre le problème. […] Malheureusement [mon ex-mari] a demandé le divorce dans [notre pays d’origine], mais ma procédure de divorce au Canada n’avançait pas. Aucune décision n’avait été rendue dans cette affaire. […] L’affaire en est à ses dernières étapes, et le juge a demandé un procès, mais, malheureusement, je n’ai pas trouvé le moyen de payer les frais, et l’affaire a donc été suspendue. J’ai essayé à plusieurs reprises de contacter l’aide juridique, mais personne ne peut m’aider à couvrir les frais. […] J’ai demandé au juge de m’aider à lever l’interdiction [qui] empêche les enfants de voyager, et il m’a répondu que je pouvais me rendre dans [mon pays d’origine] pendant certaines périodes pour [leur] rendre visite. […] Certains avocats me disaient que je ne pouvais pas faire [re]venir mes enfants au Canada, tandis que d’autres affirmaient : « Ce n’est pas vrai. Le droit canadien vous aidera à faire [re]venir les enfants. » […] J’étais perdue. Je ne savais pas trop si je [devais] rester [dans mon pays d’origine] ou [venir au Canada pour régler ces différends]. […] Il m’a fallu tellement de temps [pour obtenir de l’aide juridique] — quatre à cinq mois — et dans [mon pays d’origine], mon mari avait presque terminé le processus de divorce. C’était tellement facile pour lui de régler ça là-bas. […] Il avait l’information dont il avait besoin. […] De plus, sa situation financière l’a vraiment aidé. Il a pu entrer facilement en contact avec des avocats, et il avait déjà vécu la même [expérience] avec sa première épouse, donc il savait [quoi faire].
Cette femme a toutefois souligné que l’aide juridique qu’elle avait reçue lui avait été précieuse, précisant :
[traduction] « Cela m’a été utile. C’était tardif, mais cela m’a été utile. Lorsque j’ai contacté l’aide juridique, j’ai pu obtenir des renseignements qui m’ont aidée. »
D’autres participants ont indiqué qu’ils avaient eu le sentiment d’avoir été traités sans égards, de manière injuste ou peu professionnelle par les membres du système de justice avec lesquels ils avaient eu à interagir.
Un homme né au Canada, par exemple, a fait part de sa frustration face au manque de suivi de la police après avoir signalé avoir été victime d’une fraude financière, tout en précisant qu’il s’agissait selon lui d’un problème général plutôt que d’un problème lié à l’islamophobie.
[traduction] J’ai déposé une plainte auprès de la police et tout le reste. La police mène toujours l’enquête. […] Ce n’est pas parce que je suis musulman. Il s’agit simplement d’une plainte d’ordre général. Je trouve parfois que la police au Canada est très lente. […] Ça fait un mois et demi [que j’ai été victime d’une fraude]. Je n’ai encore eu aucun suivi de la part d’un agent. J’ai déposé [la plainte] il y a un mois. […] Ils ont dit qu’ils avaient bien reçu [la plainte]. Mais j’attends au moins d’avoir des nouvelles, vous voyez? « Comment ça se passe? » Où est l’argent? Des choses comme ça.
En revanche, une femme qui a le statut de personne protégée a fait état de préjugés et de discrimination manifestes. Elle a raconté comment un avocat avait tiré des conclusions hâtives sur sa situation en raison de son appartenance religieuse, et comment elle avait ressenti de la frustration dans ses échanges avec lui, ce qui l’avait contrainte à se fier à son propre jugement.
[traduction] Le premier avocat avec lequel j’ai travaillé, par exemple, voulait poser des hypothèses arbitraires sur mon cas simplement parce que je suis musulmane. J’avais une histoire particulière qui expliquait pourquoi je demandais l’asile, mais il voulait inventer des choses seulement parce que je suis musulmane. Je lui ai dit : « Non, je ne vais pas mentir : voilà ce qui s’est passé, et voilà mon histoire. » Je ne vais pas inventer des choses simplement parce que je suis musulmane. [Je ne vais pas] me servir de [mon identité] pour susciter la compassion. […] [Lors d’un entretien avec les services frontaliers, l’agent] voulait que je signe un document concernant une expulsion, mais je ne l’ai pas signé. […] Je ne vais pas signer des documents que je ne comprends pas. […] Et quand je suis retourné voir l’avocat, il m’a dit : « Pourquoi ne l’avez-vous pas signé? » Je lui ai répondu : « Je n’ai pas compris ce qui était écrit », et il m’a dit : « Et alors? » Il disait ça un peu dans le sens « Si le gouvernement te dit de signer un document, tu le signes. » Je lui ai répondu : « Non, ça ne marche pas comme ça. J’ai le droit de lire, de comprendre, et de donner mon accord ou mon consentement, ou de refuser. » Il y a eu tant d’obstacles. […] J’ai dû faire preuve de courage et aussi faire confiance à mon intuition et à ma propre connaissance [de mes droits].
Dans le cas d’une résidente permanente, des expériences négatives avec des professionnels du droit l’ont finalement conduite à comparaître sans représentation par un avocat devant le tribunal. Ses expériences avec le système juridique lui ont donné le sentiment de ne pas être soutenue et d’être prise pour cible.
[traduction] Ma fille [cadette] est titulaire d’un visa de visiteur au Canada. Pour [lui] obtenir la résidence permanente, j’ai consulté un avocat ici, au [Canada]. […] Je lui ai fourni tous les documents provenant de [mon pays de résidence précédent]. Il s’agissait des ordonnances définitives concernant la garde et le divorce. […] Lorsque cet avocat s’est occupé de mon dossier, il a tout détruit. Il a déposé la demande, mais il n’y a pas [mentionné] les renseignements importants [concernant mon ex-mari]. […] J’ai entamé la démarche en octobre, et jusqu’en janvier [l’avocat] n’a fait que perdre du temps. Il m’a dit : « Bon, donne-moi 5 000 $ et j’essaierai de m’occuper de ton dossier. » […] [Je lui ai dit] que je n’avais pas cet argent. C’est pourquoi le gouvernement m’a aidée et m’a accordé un certificat d’aide juridique. […] [Quand je ne comprenais pas bien la procédure judiciaire], l’avocat me disait : « Vous êtes une nouvelle arrivante. Vous ne pouvez rien comprendre au droit ici, au Canada. » […] Même au palais de justice, […] ils ne sont d’aucune aide. Ils ont refusé d’enregistrer mon document comme il se doit. Ils ont refusé d’ajouter mon document au dossier. […] La juge a rejeté mes pièces. Elle a rejeté les éléments de preuve concernant la protection des enfants et l’historique de nos affaires. […] Je me suis représentée moi-même lors du procès [pour enlèvement d’enfant] parce que j’avais renvoyé l’avocat. […] J’ai découvert que [l’avocat] avait déposé un document à mon insu. Il avait donné son accord pour qu’une autre partie ait [accès à mon dossier]. Je n’en savais absolument rien. […] Je l’ai immédiatement renvoyé et j’ai décidé d’agir pour mon propre compte. La juge partiale m’a dit lors d’une audience : « Je vais faire usage de mon autorité contre vous », puis elle s’est mise à rire. […] Elle m’a dit : « Je vais croire votre ex-mari, et j’ai le pouvoir de croire qui je veux. » […] Je ne sais pas comment présenter une demande ou engager un recours contre le tribunal. […] Même aujourd’hui, mon dossier [est entre leurs mains] bien que je me représente moi-même. […] À présent, cinq ou six personnes ont [accès à mon dossier]. J’ai envoyé un courriel au gestionnaire du palais de justice pour [lui demander de leur retirer l’accès] afin de protéger la confidentialité de mon dossier [puisqu’ils] ne sont plus concernés par mon affaire, [mais le tribunal] a ignoré [ma demande].
3.3.2 Pourquoi certains participants musulmans ont-ils hésité à solliciter des conseils juridiques?
Les participants qui ont choisi de ne pas solliciter de conseils juridiques pour résoudre leurs problèmes ont décrit un large éventail de facteurs ayant influencé leur décision à cet égard. L’un de ces facteurs était le manque de connaissances concernant le système de justice et la manière dont il pourrait s’appliquer dans leur situation. La plupart ont toutefois précisé qu’ils savaient qu’il existait des modes de règlement juridiques, mais qu’ils hésitaient à les envisager en raison des coûts financiers potentiels, des normes familiales, des contraintes de temps, de la crainte de répercussions éventuelles et d’une préférence pour d’autres modes de règlement.
Un homme né au Canada, par exemple, a expliqué que sa mère, bien qu’elle n’avait pas hésité à confronter leur propriétaire au sujet des propos discriminatoires qu’il avait tenus, hésitait à régler le problème par des voies plus officielles, car elle ne voulait pas mettre en péril leur situation de logement.
[traduction] Ma mère est assez forte pour se défendre, alors elle dira au propriétaire : « Vous n’avez pas le droit de dire ça », ou quelque chose du genre, mais on ne va pas entamer de procédure judiciaire. Nous avons un très bon prix pour cette maison. [Le loyer] est vraiment bas, et nous ne voulons pas poursuivre [le propriétaire] en justice avant d’avoir déménagé. Ma mère cherche activement un autre logement, mais, pour l’instant, c’est le meilleur endroit [où vivre] jusqu’à ce que ma sœur termine ses études secondaires.
Une citoyenne canadienne naturalisée a fait part d’une préoccupation semblable.
[traduction] J’ai envoyé [au gestionnaire de l’immeuble] un courriel officiel dans lequel je soulignais [ce qui devait être réparé dans mon appartement], mais ils n’ont finalement rien fait. Je suis trop gentille et je ne voulais pas créer de conflit, car je me sentais un peu désespérée. Je me disais : « Et s’ils ne renouvelaient pas mon bail [en tant que locataire] dans le futur? » Ou alors, si je les contrarie maintenant, ils vont m’en vouloir pour le moindre détail de ménage quand je déménagerai. Les propriétaires ont toujours le moyen de se venger d’une manière ou d’une autre. […] Honnêtement, je m’en accommode tant bien que mal. J’ai l’impression de ne pas avoir le temps de m’occuper de ces problèmes. Par exemple, aller voir les gens d’en haut pour leur dire : « Hé, ne faites pas ça », et ça deviendrait une discussion sans fin. Et puis, en général, les gens réagissent à ce genre de choses. Ils pourraient bien aller rayer ma voiture. Peut-être qu’ils me voleraient mon courrier parce qu’il est généralement livré devant leur porte.
De même, une résidente permanente a déclaré qu’elle préférait recourir à une stratégie non juridique pour régler les problèmes auxquels elle était confrontée au travail, car elle ne voulait pas risquer son emploi.
[traduction] « Mon mari m’a dit que je pouvais contester ce comportement par voie légale au sein de notre service. […] Je lui ai dit que je tenais vraiment à conserver [mon emploi]. […] Je préfère utiliser un autre moyen pour résoudre le problème avant [d’en référer] à notre service. »
D’un autre côté, une femme née au Canada qui avait vécu des conflits avec un homme de sa famille a souligné que le système de justice ne l’inspirait tout simplement pas, en raison de ses expériences de socialisation passées.
[traduction] D’un point de vue juridique? Je ne pense pas avoir déjà envisagé cette option. Je sais que les systèmes de justice, c’est comme la police. Ça n’a jamais été une option chez moi. Je pense que, en grandissant, j’ai simplement été fortement conditionnée à ne jamais compter sur les structures gouvernementales pour quoi que ce soit, en partie à cause des épreuves que mes parents ont traversées pendant leur enfance.
3.4 Quelles ont été les répercussions socioéconomiques et liées à la santé des problèmes juridiques graves rencontrés par les participants musulmans?
3.4.1 Répercussions économiques et financières
Un homme né au Canada a été remboursé par sa banque après avoir perdu de l’argent dans une arnaque liée à un taxi.
[traduction] « Heureusement, la banque m’a remis [l’argent] en totalité. »
De même, un résident temporaire a expliqué que ses frais médicaux avaient finalement été pris en charge par l’assurance, tout en précisant que la procédure de remboursement avait été difficile et source de confusion.
[traduction] [L’hôpital] a essayé de transmettre directement la [facture] à l’assurance, mais cela n’a pas été possible, et on m’a demandé de payer pour après [présenter une demande de remboursement]. Une autre fois, pour l’une des opérations, je me suis rendu à l’hôpital, et un mois plus tard, j’ai reçu la facture du médecin. […] J’ai reçu cette facture cinq ou six fois, et chaque fois, il y avait une échéance. Ils m’ont dit que, si [je] ne payais pas la somme, j’aurais des problèmes avec la justice. Chaque fois que j’appelais l’hôpital [ils me répondaient] : « Ne vous inquiétez pas. Nous avons transmis la facture à la [société] d’assurance et nous recevrons l’argent de leur part. Ignorez simplement ces lettres. » Tout cela m’a laissé perplexe.
D’autres participants ont toutefois souligné que les problèmes auxquels ils avaient été confrontés avaient entraîné des coûts financiers directs.
Par exemple, une résidente permanente a déclaré avoir déboursé environ 50 000 $ en frais juridiques pour régler une affaire de divorce international et de garde d’enfants. Elle avait dépensé des sommes supplémentaires pour se rendre auprès de ses trois enfants, qui vivaient à l’étranger avec des proches puisque son ex-mari les avait empêchés de revenir au Canada avec elle. Comme elle dépendait financièrement de son ex-mari auparavant, cette femme disposait de peu de ressources financières ou de biens, ce qui l’avait contrainte à compter sur sa famille pour obtenir une aide financière. Sa situation avait eu un impact considérable sur sa cote de crédit ainsi que sur sa capacité à travailler et à payer ses autres dépenses nécessaires.
[traduction] Il fallait payer l’avocat, et tant de gens m’ont aidée. Beaucoup de gens m’ont donné de l’argent pour payer l’avocat. […] Je recevais de l’argent de mes proches — de ma famille — pour pouvoir poursuivre cette affaire. […] [J’ai dépensé] environ 50 000 $ canadiens, sans compter les frais de déplacement. […] Cette année, je suis allée [dans mon pays d’origine] environ quatre fois. […] [Mon frère] et sa femme m’aident à payer les billets [d’avion]. […] J’ai arrêté de payer mon loyer en raison de ce problème. De plus, j’ai deux cartes de crédit que je ne parviens pas à rembourser, ce qui a gravement nui à ma cote de crédit. […] J’essaie de trouver du travail. Ce qui m’empêche de le faire, ce sont les enfants, car je dois passer plus de temps avec eux dans [le pays où ils vivent].
Bien que bon nombre des autres participants ayant sollicité de l’aide juridique aient rapporté que le processus juridique était coûteux, rares sont ceux qui ont précisé les sommes exactes qu’ils avaient engagées en frais d’avocat. Les participants ont plutôt évoqué des coûts approximatifs et les répercussions financières globales que leurs problèmes avaient eues sur eux.
Par exemple, en évoquant les frais liés à la demande de visa étudiant et à la poursuite en justice de son cousin, un Canadien naturalisé a déclaré :
[traduction] « Je connais le montant des frais de scolarité : ils s’élevaient à environ 35 000 $. […] Une partie a été remboursée. Je dirais que [les frais] s’élèvent globalement à environ 20 000 $ à 40 000 $, avec les honoraires de l’avocat et tout le reste inclus. »
Une résidente permanente a expliqué que les problèmes d’accessibilité de son fils et les incidents à caractère islamophobe dont il avait été victime à l’école l’avaient contrainte à acheter du matériel de mobilité spécialisé et d’autres articles pour lui.
[traduction] « En ce qui concerne l’accessibilité, j’ai dû acheter du [matériel d’accessibilité]. Ce qui s’était dit à l’école a affecté [mon fils]; j’ai donc dû acheter des choses [pour qu’il puisse les utiliser à la maison] avec la famille afin de le [distraire de ce qui avait été dit]. »
Une femme née au Canada a décrit en quoi les changements survenus dans sa situation de vie à la suite d’un conflit avec un homme de sa famille avaient entraîné des frais de subsistance imprévus.
[traduction] J’avais acheté pratiquement tout le mobilier de ma chambre [chez moi], […], mais comme je déménageais dans une résidence universitaire [et que je m’installais dans une nouvelle ville], […] je ne pouvais emporter que [quelques] affaires. J’ai aussi quelques affaires entreposées dans [ma ville d’origine], mais j’ai perdu beaucoup de [meubles]. […] Ça a représenté une énorme perte financière. Et puis, il y a aussi le fait de mettre mes affaires à l’entrepôt, ce qui est évidemment très cher. […] Je traverse une période de grand stress financier. Je me retrouve actuellement dans une situation bizarre avec [le Programme d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (le PAFEO)] : comme j’ai obtenu une bourse, le PAFEO a déduit cette somme de mon aide financière. […] J’essaie encore de résoudre [ce problème avec le PAFEO], mais d’une manière générale, les finances ont toujours été une grande source de stress pour moi. […] Au pire, le père de mon copain a proposé de financer le reste de mes frais de scolarité et [m’a dit] que je pourrais le rembourser, ce qui est vraiment gentil de sa part, mais les finances vont être un problème. […] Le coût du déménagement? Ça représentait une somme considérable.
Une citoyenne canadienne naturalisée a également évoqué les dépenses imprévues liées à une situation de logement précaire.
[traduction] J’ai acheté certaines choses. Par exemple, j’ai installé une lampe à détecteur de mouvement au-dessus de ma porte; ainsi, au milieu de la nuit, si je vois que la lumière est allumée, je sais qu’il y a quelque chose dehors. Que ce soit un écureuil ou une personne, il se passe quelque chose. Ainsi, je ne suis pas aussi inquiète lorsque je sors de ma voiture, car il y a de la lumière et je peux voir ce qui se passe. J’ai également acheté des serrures supplémentaires à cette époque, car [l’ancienne serrure de ma porte d’entrée] ne fonctionnait tout simplement plus. […] J’ai acheté un coffre-fort pour mettre mes affaires en sécurité au cas où quelqu’un s’introduirait chez moi.
Pour certains participants, les coûts économiques subis se sont traduits par une perte de revenus plutôt que par des dépenses directes.
Par exemple, une résidente permanente a indiqué qu’elle n’avait pas reçu l’argent qui lui était dû pour les nombreuses heures travaillées en plus de celles prévues dans son contrat de travail.
[traduction] « Je n’ai pas été payée pour les heures supplémentaires que j’ai effectuées dans le cadre de ce travail. […] J’avais été embauchée pour 15 heures, mais je travaillais plus de 40 heures ces semaines-là. […] [J’ai fait cela] pendant huit semaines. »
De même, un homme né au Canada a estimé qu’il avait perdu des revenus potentiels en n’étant pas promu.
[traduction] « Si j’avais progressé [dans ma carrière] il y a trois ans, comme cela aurait pu se faire naturellement — ou comme cela aurait dû se faire — je pense que je serais dans une situation différente aujourd’hui. Je pourrais être directeur adjoint ou directeur d’une école; donc, mes revenus potentiels ont été affectés. »
3.4.2 Conflits et obstacles sur le plan social
Outre les difficultés économiques, les participants ont déclaré subir des conséquences sociales liées à certains de leurs problèmes. Certains participants ont dit que leurs relations avec les autres s’étaient détériorées en raison de leur situation.
Par exemple, une résidente permanente a décrit comment ses relations avec ses enfants et les autres membres de sa famille élargie avaient été affectées par son divorce et par le refus de son ex-mari de laisser ses enfants la rejoindre au Canada.
[traduction] Cette situation m’a causé des ennuis avec ma famille, car j’ai cessé de parler à toux ceux qui avaient un lien avec [mon ex-mari]. Mes enfants ont également vécu des difficultés, car ils [ne parlent pas la langue du pays où ils vivent]. Ils ne communiquent qu’en anglais. Et avec leurs cousins aussi, qui sont les enfants du frère de mon mari, nous avons dû cesser de leur parler à tous. Toute la famille de mon mari vivait au Canada, alors quand nous étions au Canada, nous étions en contact avec eux. […] Aujourd’hui, nous n’avons plus aucun contact avec eux.
Une femme d’origine arabe née au Canada, qui avait vécu des conflits avec un homme de sa famille, a également fait état d’une rupture familiale.
[traduction] Ma sœur et moi, même si notre relation a connu des hauts et des bas, sommes toujours là l’une pour l’autre en cas de besoin. […] Elle a fini par pardonner à ma mère sans m’en parler [ce…] qui m’a vraiment, vraiment blessée. Je me suis sentie trahie d’une certaine manière, parce que je traversais une période très difficile à ce moment-là et que ma sœur m’avait dit : « Je vais te défendre. Ne t’inquiète pas. Je te soutiens », et puis le lendemain, elle pardonne à ma mère. […] J’ai fini par la bloquer. […] Elle ne s’est pas excusée convenablement. Je ne veux tout simplement pas de ça dans ma vie. […] J’ai l’impression qu’il m’est vraiment difficile de maintenir de bonnes relations familiales avec quiconque est lié à cette partie de ma vie aujourd’hui, car cela me rappellera toujours [les problèmes que j’ai vécus] et, d’une manière ou d’une autre, cette négativité refait surface dans ma vie, ce qui est vraiment pénible.
Un homme né au Canada, quant à lui, a expliqué comment des expériences négatives sur son lieu de travail l’avaient laissé désabusé et isolé de ses collègues.
[traduction] Je vois désormais le leadership d’un autre œil. […] C’est un peu comme une relation après un divorce. Bien sûr, je fais mon travail, et je m’acquitte de mes tâches comme il se doit. Mais en ce qui concerne ma conception du leadership? C’est comme un outil au service de quelqu’un d’autre. Il ne me sert pas. […] [Certains enseignants] aiment plaire à la direction à tout prix, et pour eux, c’est comme si satisfaire le supérieur était la priorité absolue, et parfois, je ne comprends même pas pourquoi. […] Avoir une opinion différente? Oui, ça [me donne] vraiment l’impression d’être isolé, parce que je suis le seul à aborder certains sujets [dont] il faut parler. Ça peut vous isoler.
Une résidente permanente a donné plus de détails sur les conséquences de l’isolement social. Elle a expliqué que son fils s’était renfermé sur lui-même et que ses résultats scolaires avaient chuté à la suite d’un incident au cours duquel il avait été victime d’insultes islamophobes à l’école.
[traduction] Mon fils est vraiment un garçon intelligent. […] Depuis toujours, il obtient des A+ et des A. […] Malheureusement [les insultes qu’il a subies à l’école] ont eu des répercussions sur ses études et ses [notes]. Il n’arrêtait pas de ruminer ce problème et ne se concentrait plus sur ses études. […] Il a commencé à éviter son ami. Il prend place à sa table, et s’isole dans un coin.
Dans certains cas, les expériences vécues par les participants ont influencé leur rapport à la société dans son ensemble. Par exemple, après avoir été systématiquement écarté des possibilités de promotion, un homme né au Canada a déclaré avoir envisagé de quitter définitivement le secteur de l’éducation.
Dans un autre cas, une femme née au Canada a changé sa façon de s’habiller en public après avoir appris que des agressions visant des personnes musulmanes avaient eu lieu sur le campus de son école. Elle a toutefois ajouté que ces événements l’avaient incitée à s’informer et à sensibiliser son entourage à l’islamophobie et à la justice sociale.
[traduction] J’ai entendu parler de tous ces incidents sur le campus. […] Des étudiants musulmans ont été victimes d’agressions physiques sur le campus. Il y a eu des cas vraiment horribles d’insultes. […] On a dit à des étudiants qu’ils étaient des terroristes, qu’ils méritaient d’être battus, tués et violés. […] Les principales cibles de ce type d’attaques étaient des femmes musulmanes portant le hijab ou des personnes dont le nom avait une consonance clairement musulmane. Elles portaient en quelque sorte un signe distinctif qui pouvait amener un inconnu à les identifier immédiatement comme des personnes pratiquant l’islam ou ayant un lien culturel quelconque avec cette religion. […] [Ma mère] m’avait même dit de ne pas aller seule sur le campus si je pouvais l’éviter, car mon nom de famille a une consonance très musulmane. […] Avant, je portais tout le temps mon kéfié (foulard) sur le campus, et dès que j’ai entendu parler des agressions contre les femmes musulmanes, j’ai su que cet élément aussi ferait de moi une cible. […] Je ne portais pas mon kéfié sur le campus lorsque je participais à des manifestations. J’ai détesté prendre cette décision […], mais mes parents m’ont convaincue que [je] pourrais probablement faire plus [pour soutenir la cause pour laquelle je manifestais] [si j’étais] en sécurité. […] J’ai commencé à faire attention aux moments où je portais mon kéfié. […] Toute cette hypervigilance autour du kéfié? Ça n’existait pas avant tout ça. […] J’ai commencé à me renseigner sur l’islamophobie en m’appuyant sur les travaux des spécialistes de la justice. […] Je pense que ces connaissances m’ont permis de trouver les mots [pour mieux exprimer et comprendre mes sentiments], et cela m’a apporté une clarté d’esprit qui m’a beaucoup aidée. J’ai essayé de communiquer cette information à d’autres personnes et j’ai ainsi pu créer une communauté.
3.4.3 Problèmes de santé physique et mentale
Les difficultés auxquelles ont été confrontés certains participants ont également eu des répercussions considérables sur leur santé. Par exemple, un résident temporaire a dû subir plusieurs interventions chirurgicales d’urgence, faute d’avoir pu accéder à des soins médicaux appropriés en temps opportun.
Une autre participante, une résidente permanente, a souffert tant physiquement que psychologiquement en raison de sa situation, marquée notamment par des incidents de violence conjugale et une procédure de garde d’enfants particulièrement éprouvante.
[traduction] « J’ai reçu des coups au nez, au point d’avoir du mal à respirer. […] Sur le plan psychologique, ces problèmes pesaient lourdement sur moi et je ruminais beaucoup. De plus, j’ai perdu beaucoup de poids, car je ne mangeais pas pendant de longues périodes. »
Une citoyenne canadienne naturalisée, qui vivait dans des conditions précaires, a également mentionné des répercussions négatives sur le plan physique et psychologique.
[traduction] Finalement, le gestionnaire de l’immeuble a réparé la [serrure de ma] porte d’entrée. [Cela a pris] environ un mois, ce qui m’a vraiment inquiétée, d’autant plus que je souffre d’un trouble anxieux diagnostiqué. J’ai déjà vécu de mauvaises expériences. […] La situation était très inquiétante pour moi. Je ne dormais pas très bien. […] Je n’utilisais tout simplement pas le réfrigérateur qui était [brisé]. On ne peut pas mettre des aliments comme du poulet dans un réfrigérateur qui ne ferme pas correctement. Ce n’est pas très salubre. Je congelais les aliments, ou alors je mangeais simplement à l’extérieur. Ça me coûtait cher. C’était ridicule. Ce n’était pas bon pour la santé. Je prenais du poids.
Les problèmes de santé auxquels la plupart des participants étaient confrontés étaient toutefois principalement liés à la santé mentale.
Par exemple, en évoquant le conflit qu’elle avait vécu avec un homme de sa famille, une femme née au Canada a affirmé :
[traduction] « Je pense que cela a surtout [affecté] ma santé mentale. Cette situation a été très pénible et très destructrice pour ma santé mentale, mais je n’ai pas cherché d’aide pour ça ni pour quoi que ce soit d’autre. »
Une femme ayant le statut de personne protégée a expliqué que son expérience du système d’immigration canadien l’avait démoralisée et amenée à remettre en question sa décision de venir au Canada. Elle a fait part de sa frustration face au fait que la couverture des soins de santé mentale n’était pas incluse dans l’assurance maladie fédérale dont elle bénéficiait.
[traduction] Il m’est arrivé à maintes reprises, avant d’obtenir mon permis de travail, d’être vraiment déprimée. J’avais l’impression qu’il n’y avait aucune issue. Je me disais : « Oh mon Dieu, qu’est-ce que je me suis infligé? » [J’avais le sentiment] que j’aurais dû rester aux États-Unis en tant qu’étudiante étrangère. […] En venant ici, j’ai découvert que c’était complètement différent de ce à quoi je m’attendais. C’était un peu accablant, en quelque sorte — un peu déprimant — et c’était trop. Honnêtement, je n’aime pas y repenser. […] Ça a été l’un des moments les plus sombres de ma vie. Il faut du temps pour s’en remettre. Il n’y a pas beaucoup d’aide pour ce genre de choses. On vous offre une assurance maladie fédérale, qui couvre tous les soins physiques, mais on ne prend pas en charge cet aspect-là : la santé mentale.
Une femme née au Canada a déclaré avoir ressenti un sentiment d’hypervigilance, d’isolement et de détresse psychologique à la suite d’agressions visant des personnes musulmanes survenues dans son établissement scolaire et, en particulier, après qu’un homme lui eut adressé une remarque islamophobe au cours de cette période.
[traduction] [En apprenant la nouvelle des agressions], d’un point de vue purement personnel, j’ai eu le sentiment que […] mon identité – mon existence en tant que personne – était clairement considérée comme n’ayant aucune valeur aux yeux de la direction [de l’école]. […] Ce sentiment qui en a découlé m’a accompagné tout au long de l’année, et il est resté présent cette année également. Le sentiment que je dois être hypervigilante en permanence. Le fait de ne pas vraiment savoir à qui je peux m’adresser. […] [Cela] m’a occasionné un immense sentiment d’isolement. […] [Entendre la remarque de cet homme] m’a causé une grande détresse psychologique. Je me souviens que je n’ai pas pu dormir pendant plusieurs jours après ça.
Une résidente permanente a également évoqué le stress intense qu’elle vivait. Elle a en outre décrit sa crainte que ce stress — causé par un environnement de travail hostile — ait des répercussions négatives sur son enfant à naître.
[traduction] « J’en étais à mon premier et deuxième mois de grossesse. Je me sentais très stressée et j’espérais que cela n’affectait pas mon bébé. »
En évoquant les difficultés liées à la santé mentale qu’ils avaient rencontrées, certains participants ont souligné les stratégies auxquelles ils avaient eu recours pour les surmonter.
Un homme né au Canada, par exemple, a expliqué qu’il avait pris un congé pour des raisons de santé mentale après avoir été victime, selon lui, de discrimination sur son lieu de travail.
[traduction] J’ai pris un peu de temps pour moi. Cette année, j’ai pris un congé pour des raisons de santé mentale en lien avec l’enseignement. C’est la première fois. Je n’y avais jamais pensé, mais cette situation [au travail] m’a vraiment bouleversée. […] Je me suis dit : « Je n’arrive pas à gérer ça », et j’ai dû prendre un peu de temps pour moi. C’est la première fois que je prends un congé.
Une femme née au Canada, quant à elle, a eu recours à des stratégies, telles que des exercices de respiration et la tenue d’un journal pour gérer son stress lié aux incidents motivés par l’islamophobie survenus dans son établissement postsecondaire. Elle a également cherché à tisser des liens au sein de la communauté pour lutter contre son sentiment d’isolement.
[traduction] La première chose avec laquelle j’ai essayé de composer, c’était la gestion de mes émotions, car je me sentais constamment stressée. Pour pouvoir simplement faire mon travail à l’école, par exemple, il fallait que je réduise ce niveau de stress, sinon j’étais complètement épuisée à la fin de la journée. Donc, juste des petites choses un peu bêtes, comme faire des exercices de respiration ou essayer de boire un peu d’eau quand je me sens stressée; essayer d’écrire ce que je ressens; essayer de rester en contact avec des gens qui comprennent cette [expérience], pour au moins ne pas avoir l’impression d’être la seule au monde à vivre ça, même si, bien sûr, je savais que ce n’était pas le cas. Mais quand je n’ai personne à qui parler, je me sens très vite isolée.
Enfin, bien que de nombreux participants aient eu le sentiment d’avoir été pris pour cible d’une manière ou d’une autre en raison de leur identité religieuse, certains ont considéré la foi comme une source de force et de réconfort, comme l’illustre le cas d’une résidente permanente.
[traduction] Lorsque j’ai parcouru le Livre saint il y a quelque temps, j’ai été surprise. Comment se [fait-il] que les croyants [dans le Livre] n’aient souffert d’aucun stress ni d’aucun problème de santé? Mais Allah est là. Il y a de la sagesse et une raison derrière chaque chose. J’ai découvert que, plus les obstacles se multiplient sur mon chemin [plus ma foi grandit en proportion]. Chaque fois que nous nous retrouvons sans soutien humain, le Seigneur nous protège [comme un] parapluie, et nous ne ressentons donc aucun stress.
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