Sommaire

Contexte : Dans les dernières années, le Canada a connu d’importantes réformes législatives visant à améliorer la protection et la reconnaissance des personnes trans, bispirituelles et non binaires. Pourtant, les experts et les chercheurs de la communauté signalent que de nombreux obstacles structurels imbriqués continuent d’entraver l’accès de ces personnes aux nouvelles protections juridiques, et d’affecter leur relation avec les lois et les systèmes juridiques ainsi que leur qualité de vie. Le présent rapport examine l’étendue et les conséquences des problèmes juridiques que rencontrent ces personnes, en présentant les résultats d’une étude qualitative menée conjointement par une équipe de chercheurs et d’experts communautaires de l’Université Carleton et de l’organisme communautaire Action Santé Travesti(e)s et Transsexuel(le)s du Québec (ASTT(e)Q), avec le soutien du Centre de recherche communautaire.

Méthodes : La recherche a consisté en vingt-sept (27) entretiens semi-structurés avec des personnes trans, bispirituelles et non binaires à travers le Canada en 2020 et en 2021. Dix‑sept (17) participants ont été recrutés en ligne par l’intermédiaire de publications sur les médias sociaux et de courriels partagés à travers le Canada. Dix (10) participantes ont été recrutées par l’intermédiaire d’ASTT(e)Q, car les membres des communautés qui ont accès aux services de cet organisme n’auraient probablement pas pu être rejoints par des méthodes de recrutement en ligne. Les participants ont été sélectionnés de manière à couvrir un éventail de profils démographiques. Une fois anonymisées, les transcriptions des entretiens ont été codées et analysées par le chercheur principal et les cochercheurs, en collaboration avec les chercheuses communautaires.

Section 1 â€“ Statut sociojuridique : Le terme « statut sociojuridique Â» exprime la manière dont les problèmes juridiques des personnes trans, bispirituelles et non binaires résultent de dynamiques sociales et juridiques interconnectées et interdépendantes. Le statut social fait référence au positionnement social d’une personne par rapport aux autres membres de la société (p. ex. son genre, sa race, son état de santé, ses handicaps, sa classe sociale, son âge). Nos données démontrent que les fardeaux juridiques des gens sont souvent façonnés par les interactions et les effets cumulés de plusieurs de leurs positions sociales. Le statut juridique fait référence à la manière dont les lois, les politiques, les règlements, ainsi que les institutions et les acteurs qui les appliquent, délimitent l’accès des personnes aux protections juridiques et contribuent à engendrer et à perpétuer les problèmes juridiques qu’elles cumulent. Le statut d’immigration, l’état civil, le statut d’Indien ou le fait d’avoir un casier judiciaire sont des éléments qui peuvent faire partie du statut juridique d’une personne. Le statut sociojuridique concerne la manière dont le statut social et le statut juridique sont interconnectés; la manière dont ils influencent ou causent les problèmes juridiques des personnes et des communautés; et la manière dont ils déterminent l’accès des personnes et des communautés à diverses ressources, possibilités, privilèges et protections, y compris la protection de leurs droits.

Section 2 â€“ Problèmes juridiques : Nos résultats démontrent que bon nombre des graves problèmes juridiques que rencontrent les personnes trans, bispirituelles et non binaires ont des conséquences sociales et juridiques à long terme qui les exposent éventuellement à d’autres problèmes. Ce rapport présente ainsi les types de problèmes juridiques auxquels les participants ont été confrontés au cours des trois (3) années précédentes, leur gravité et leurs implications immédiates, tout en s’intéressant aux conséquences à plus long terme des problèmes antérieurs ou actuels.

Section 3 â€“ Systèmes juridiques et administratifs : Sources des problèmes et obstacles : Peu de participants ont déclaré explicitement qu’ils s’étaient engagés dans des procédures juridiques ou administratives dans l’intention de résoudre leurs problèmes. En effet, pour la plupart d’entre eux, les systèmes juridiques et administratifs n’étaient pas les solutions à leurs problèmes, mais bien la source de leurs problèmes juridiques (p. ex. les lois et les politiques qui déterminent leur statut d’immigration ou qui criminalisent leurs activités). De nombreuses lois, politiques et procédures constituent en elles-mêmes les problèmes juridiques signalés par les participants. En effet, ces lois, politiques ou procédures ont directement mis les participants en conflit avec la loi, les agents de la loi et les systèmes juridiques, ou ont engendré des conditions de précarité, d’exclusion ou de marginalisation.

Les participants ont également fait état de nombreux obstacles et de diverses formes de mauvais traitements au sein des systèmes juridiques et administratifs, y compris mais sans s'y limiter lorsqu’ils ont entamé des démarches auprès de ces systèmes pour résoudre leurs problèmes. De nombreux participants ont dit éviter tout contact ou toute communication avec les systèmes juridiques et administratifs en raison des obstacles et des mauvais traitements vécus au sein de ces systèmes; parce que ces systèmes n’offrent pas de recours suffisants pour répondre à la complexité de leurs problèmes; ou parce que ces systèmes sont une source potentielle de problèmes juridiques et non juridiques supplémentaires et d’autres conséquences néfastes. Notamment, de nombreux participants Autochtones, Noirs, racisés, migrants ou criminalisés ont indiqué qu’ils évitaient à tout prix d’entrer en contact avec les agents de la loi (en particulier avec la police), même en cas d’urgence ou lorsqu’ils étaient victimes d’abus, car ces agents sont une source de violence dans leurs communautés.

Section 4 â€“ Discussion et conclusion : Le présent rapport se termine par une synthèse des résultats et des réflexions sur leur portée.