Les personnes qui prennent les décisions

[traduction] Le « système Â» est si éloigné que la NCRE ne le connaît pas encore. Il n’y a pas de cabinet d’avocats ici, pas de palais de justice sur le territoire de la NCRE, pas de juge en exercice. Ce que nous voyons, c’est que nos concitoyens commettent des infractions et sont emmenésNote de bas de page 25.

À une époque où les systèmes judiciaires n’étaient pas imposés, où il n’y avait pas de tribunaux, d’avocats, de juges, de police ou de services correctionnels, c’était principalement les Aînés qui détenaient le pouvoir de légiférer au sein de la NCRE. Les Aînés intervenaient également pour apporter des corrections lorsque des comportements ou des conduites négatives l’exigeaient. L’autorité des Aînés a été maintenue et honorée par des enseignements et des interactions fondés sur les valeurs de la NCRE.

Une autorité qui a depuis été supprimée par les législateurs canadiens et qui a créé des divisions et une perte de respect croissante au sein de nombreuses nations autochtones. Ce sont les Aînés qui détiennent la connaissance de la loi naturelle et qui sont chargés de transmettre cette connaissance et de montrer la voie à la génération suivante. Essentiellement, les Aînés assurent la cohésion de la nation en partageant les mêmes valeurs et les mêmes coutumes. Là où les Aînés sont tenus en haute estime et respectés, leur autorité a été diminuée, ou perçue comme remplacée, par des politiques coloniales d’assimilation et de paternalisme.

Les parents ont également la responsabilité d’enseigner les lois et de prévenir certains comportements. Les parents et les Aînés étaient ceux qui conseillaient principalement les gens, leur indiquant ce qui est bien et ce qui est mal. Ces leçons ont appris aux autres à prendre des décisions judicieuses, qui favorisent leur sécurité et celle des autres. Afin d’évaluer les risques qui pourraient bouleverser l’équilibre entre les peuples. Pour la NCRE, il n’était pas nécessaire de codifier le message selon lequel voyager en canoë la nuit peut être dangereux, car le voyageur peut heurter des rochers peu profonds. En outre, il n’a pas été nécessaire de codifier les enseignements relatifs à la lutte contre la violence, à l’interdiction de voler, car ce message a été transmis de manière cohérente. Les rassemblements jouent un rôle important dans la transmission des lois de la NCRE, car ils permettent de parler aux jeunes des valeurs du peuple de la NCRE, du peuple cri, du respect, de l’humilité, de la gentillesse et de l’amour.

Dans les moments de conflit, les Aînés appelaient d’abord les parents pour qu’ils viennent parler ensemble de l’« erreur Â» commise par leur fils ou leur fille. Les parents de la victime étaient appelés séparément. Les deux familles étaient ensuite convoquées ensemble. Au cours de cette réunion – par la fonction et non par formalité – l’auteur de l’infraction et la victime avaient l’occasion d’expliquer les raisons de cette erreur ou de décrire ce qui s’était passé entre eux. Grâce à ce processus d’acimowin (récit), on leur disait de s’unir et de réparer les dégâts. Si quelque chose était cassé, ils étaient tenus de le remplacer. Si l’auteur de l’infraction ne pouvait pas remplacer ou réparer l’objet cassé, il était redevable à la victime. Toutes les personnes impliquées étaient ensuite amenées à se serrer la main, ce qui montre que l’on fait la paix et qu’on la maintient perpétuellement.

À l’époque, de nombreux Aînés se réunissaient pour discuter des problèmes de la communauté. Malheureusement, cette pratique est de moins en moins courante, car les membres de la nation se tournent de plus en plus vers des organismes ou des experts coloniaux comme la police, les infirmières, les conseillers, etc. Par exemple, lorsqu’une personne meurt, les Aînés se réunissent et quelqu’un s’occupe du corps ou de la famille dans le besoin (c’est-à-dire les funérailles). Lors des moments de correction, les Aînés mentionnent tout ce qui peut aider à réparer la relation entre les parents. Dans ces moments, les Aînés peuvent jouer un rôle actif en conseillant, en donnant des ordres, en instruisant, en imposant des mesures correctives sévères et en guidant la personne pour qu’elle retrouve son miyo pimatisawin (bon mode de vie).

Même si le système de justice pénale a progressivement connu des progrès, celui-ci ne demeure que cela, un « système de justice pénale Â». Des tribunaux Gladue ont été mis en place et des fonds ont été alloués aux conseillers parajudiciaires autochtonesNote de bas de page 26, mais ces méthodes restent des méthodes du système judiciaire canadien. Ces tribunaux n’apporteront aucun nouveau résultat, car leurs emplacements restent en dehors de notre territoire et de notre propre juridiction. Ces systèmes comprennent le témoignage écrit d’une personne, mais n’exploitent pas la profondeur de cette personne. Autrement dit, la relation est basée sur l’accusation d’un délit. Or, la NCRE connaît son propre peuple. Il existe une relation qui constitue le fondement de l’aide apportée à une personne pour qu’elle retrouve son miyo pimatisawin. Sans ces relations, les membres de la NCRE sont amenés dans des salles d’audience qu’ils ne connaissent pas, se présentent devant des juges qu’ils ne connaissent pas, sont représentés par des avocats canadiens qu’ils ne connaissent pas et passent par un système qu’ils ne connaissent pas et qui se concentre sur leur punition plutôt que sur leur potentiel. En toute justice, ces processus restent aussi peu familiers aux membres de la NCRE que la langue crie reste peu familière au sein des institutions canadiennes.

En 1996, le chef et le conseil de la NCRE ont officiellement créé leur conseil de justice. À cette époque, la Nation connaissait des problèmes d’inactivité avec la Gendarmerie royale du Canada et les tribunaux coloniaux. Par l’intermédiaire de son propre conseil de justice, la NCRE a établi des lois contre la drogue, l’alcool et la violence. Des cercles de détermination de la peine ont été organisés en tant que processus d’administration de la justice. Lorsque les élèves avaient des problèmes, ils étaient réunis de manière traditionnelle pour comprendre que les petites erreurs sont pardonnables et qu’elles ne doivent pas créer des problèmes plus importants pour la nation. Toutefois, ces efforts n’ont pas été soutenus par les systèmes judiciaires coloniaux. Lorsque la NCRE s’est efforcée d’entrer en contact avec les tribunaux provinciaux, elle n’a obtenu aucune réponse. Les dirigeants de l’époque ont alors envoyé des lettres demandant des réunions pour incorporer les cercles de détermination de la peine dans des formes plus officielles, éventuellement pour les inclure dans les tribunaux provinciaux proprement dits. Toutefois, ces efforts n’ont pas porté leurs fruits et le système judiciaire colonial a raté l’occasion de s’attaquer à ce qui est connu depuis trop longtemps comme une surreprésentation des Autochtones dans les systèmes judiciaire et correctionnel. De plus, il est regrettable que les règlements administratifs des Premières Nations ne soient reconnus que comme des lois existant sur les terres de réserve des Premières Nations. Par conséquent, les cercles de détermination de la peine de la NCRE n’ont jamais atteint les citoyens vivant à l’extérieur des réserves.

[traduction] Nous devons prendre soin des membres qui vivent sur nos terres et faire reconnaître par les gouvernements fédéral et provinciaux les lois qui s’appliquent à notre peupleNote de bas de page 27.