Résumé

Voice Found est un organisme de bienfaisance enregistré s’adressant aux personnes qui risquent d’être, qui ont été, ou qui sont victimes de la traite de personnes à des fins sexuelles ou d’exploitation par le travailNote de bas de page 1.Dans cette étude, seules des victimes de la traite de personnes ont été considérées, afin de jeter un éclairage sur leur situation lors de l’entrée en exploitation, pendant la période d’exploitation et à leur affranchissement de ce phénomène, ainsi que de leur vie après réinsertion.

Méthodes

Vingt-deux (22) participantes, dont deux (2) professionnelles travaillant dans le domaine de la lutte contre la traite de personnes et vingt (20) clientes de Voice Found, ont été invitées dans le cadre de cette étude par la directrice et chercheuse principale de Voice Found à participer, en tant que spécialistes du sujet, à des entretiens qualitatifs semi-directifs.

Première partie : Caractéristiques de l’échantillon

Les participantes comptent vingt-et-une (21) femmes et une (1) femme transgenre. La majorité des participantes ont été victimes de la traite de personnes pour la première fois entre treize (13) et dix-huit (18) ans, ont subi ce phénomène à plusieurs reprises, et toutes sauf une ont mentionné plusieurs tentatives de sortie. Lorsqu’elles ont réussi à s’en affranchir, la moitié des participantes ont déclaré l’avoir fait par elles-mêmes, sans soutien.

Deuxième partie : Début de la traite de personnes

De nombreuses participantes font état d’un entrelacement de plusieurs facteurs – environnement familial difficile, relations négatives ou mauvaises avec la famille et un manque d’appui social positif, le tout entraînant une vulnérabilité extrême. Un peu moins de la moitié des participantes témoignent de l’absence de tout élément positif dans leur vie au moment où elles ont été exploitées. Les trafiquants, qu’ils se fassent passer pour des petits amis, des amis, des étrangers, des trafiquants de drogue ou des connaissances, exploitent cette vulnérabilité en promettant à leurs victimes une vie meilleure, de l’argent facilement gagné ou une vie de luxe, pour s’emparer en réalité de leurs moyens de subsistance.

Troisième partie : Pendant la traite et sortie de la traite de personnes

Toutes les participantes ont subi des violences, de trafiquants comme de clients; et la majorité d’entre elles ont indiqué avoir été forcées de fournir des services sexuels avec une autre personne. Plusieurs participantes ont pu choisir de travailler pour quelqu’un d’autre, ce que quelques-unes ont fait pour des raisons de sécurité. Certaines participantes ont bénéficié de l’aide d’une unité de police de lutte contre la traite de personnes lors de leur exploitation, mais la majorité d’entre elles n’avaient pas connaissance de la possibilité d’un quelconque appui. Lorsqu’on les interroge sur l’appui le plus utile, les participantes citent : la prise en charge psychosociale par des personnes ayant une histoire personnelle analogue, le soutien par les pairs, la thérapie et les soins médicaux tenant compte des traumatismes vécus.

Quatrième partie : Après s’être affranchies de la traite de personnes

À ce jour, les influences positives les plus courantes restent la famille et les amis ainsi que des relations sociales saines. Plus particulièrement, les participantes ont désigné l’accompagnement spécialisé pour les victimes de la traite, la thérapie et le soutien par l’expérience analogue vécueNote de bas de page 2 comme les appuis les plus utiles reçus depuis leur affranchissement de l’exploitation. La majorité des participantes ont toutefois indiqué qu’elles s’étaient livrées à des activités sexuelles consenties après leur sortie, et deux (2) ont indiqué avoir un « bienfaiteurNote de bas de page 3 ». Pour surmonter leurs difficultés financières actuelles, plus d’un quart des participantes ont déclaré avoir envisagé de se remettre au travail du sexe de manière indépendante en raison de questions d’argent.

Cinquième partie : Les mots des survivantes

On a demandé aux participantes le message qu’elles feraient passer à nos élus s’il leur était possible de s’adresser directement à ces personnes. De nombreuses participantes ont mentionné le manque d’éducation, de sensibilisation et de prévention face à la traite de personnes, en particulier pour les jeunes en situation de vulnérabilité. Nombre d’entre elles ont déclaré que l’aide sociale et financière disponible n’était pas suffisante pour favoriser efficacement le bien-être des victimes à court ou à long terme, ceci ne faisant qu’aggraver le traumatisme vécu. Les participantes ont également mentionné la nécessité de protéger et de soutenir les travailleurs du sexe.

Analyse et conclusion

Ce rapport se conclut par une synthèse des résultats, assortie d’une réflexion sur leur portée.