Élaboration du bref questionnaire d'évaluation des risques en cas de violence conjugale (B-SAFER) : Outil à l'intention des professionnels de la justice pénale
Annexe B (suite)
6. Autres offenses criminelles graves
Raisonnement
Un agresseur ayant des antécédents de violence présente un risque accru de violence à l'endroit de son partenaire intime, même si cette personne n'était pas la cible de la violence passée. En effet, tant les cliniciens que les chercheurs ont constaté que les " hommes généralement violents " (soit ceux qui sont violents tant à la maison qu'à l'extérieur) sont plus susceptibles de se livrer à des actes de violence plus fréquents et plus graves à l'endroit de leur partenaire intime que d'autres auteurs de voies de fait envers leur conjointe (Cadsky et Crawford, 1988; Fagan, Stewart, et Hanson, 1983; Gondolf, 1988; Hilton, Harris, et Rice, 2001; Saunders, 1992; Sonkin, 1987; Stuart et Campbell, 1989; Tweed et Dutton, 1998). Dans un même ordre d'idées, la violence non familiale passée est également citée comme un facteur de risque de récidive de violence conjugale et de violence mettant la vie en danger (Campbell et coll., 2003; Gondolf et White, 2001; Hanson et Wallace-Capretta, 2000; Jones et Gondolf, 2001). En outre, les contrevenants dont la violence est dirigée exclusivement vers les membres de leur famille ont tendance à se livrer à de la violence à répétition (Dutton, 1995; Dutton et Hart, 1992).
La recherche tend également à démontrer que des antécédents de criminalité générale (non violente) constituent un facteur de risque de violence parmi les criminels et les patients relevant de la médecine légale (Hare, 1991; Harris et coll., 1993; Monahan, 1981; Monahan et coll., 2001; Quinsey, Harris, Rice et Cormier, 1998). La criminalité non violente est également considérée comme un risque de violence conjugale (Dutton et Kropp, 2000; Gondolf et White, 2001; Hanson et Wallace Capretta, 2000).
On peut considérer la criminalité générale comme révélatrice d'un risque de violence conjugale dans la mesure oà elle traduit des attitudes de tolérance envers la violence ou un comportement antisocial (consulter Huss et Langhinrichsen-Rohling, 2000). Elle joue vraisemblablement un rôle dans la probabilité, la gravité et la fréquence d'une violence future.
Codes
- Y
- L'individu a commis d'autres offenses criminelles graves.
- P
- Il existe des preuves potentielles ou partielles que l'individu a commis d'autres offenses criminelles graves ou se livre à des actes criminels moins graves.
- N
- L'individu n'a commis aucune autre offense criminelle grave.
Remarques
On entend par " autres offenses criminelles " tout comportement criminel affiché par un adulte ou un mineur qui constitue une violation à une loi criminelle ou quasi criminelle, notamment toute infraction violente, infraction contre les biens, infraction liée à l'alcool ou aux drogues et violation de la libération conditionnelle (injonction, libération conditionnelle, probation, caution, etc.) et tout désordre public qui n'était pas lié à la violence conjugale.
Le terme " violence " fait référence à tout acte de violence dirigé vers des membres de la famille biologique et légale (ne vise pas les partenaires intimes), des connaissances et des étrangers. La violence peut comprendre tout acte ou toute tentative de violence physique ou sexuelle, notamment l'usage d'armes.
On entend par " grave " un comportement criminel persistant, fréquent ou diversifié. Un tel comportement aboutit souvent (ou aurait pu aboutir) à une accusation ou une arrestation.
Ce facteur comprend la criminalité dans la collectivité et les institutions (comme les prisons ou les hôpitaux).
7. Problèmes relationnels
Raisonnement
Nombre de cliniciens ont constaté que le risque de violence conjugale semble être à son plus haut lorsque la relation liant les conjoints connaît des ratés évidents, par exemple lorsque : (a) l'homme habite avec sa conjointe, mais que celle-ci désire mettre fin à la relation; (b) l'homme est séparé de sa conjointe, mais désire renouer avec elle; (c) il y a eu une séparation soudaine et/ou récente (Campbell et coll., 2001; Dutton et Kropp, 2000; Kennedy et Dutton, 1989; Kyriacou, et coll., 1999; McNeil, 1987; Riggs et coll., 2000). Le meurtre de la conjointe est également plus probable lorsque les conjoints étaient mariés et qu'ils se sont séparés ou ont divorcé (Campbell et coll., 2001; Daly et Wilson, 1998; Wilson et Daly, 1993).
Les couples ayant décidé de suivre une thérapie conjugale sont nombreux à signaler une agression (Riggs et coll., 2000; Vivian et Malone, 1997). En fait, tout indique que la violence relationnelle survient presque toujours en situation de conflit ou d'argumentation (Cascardi et Vivian, 1995; Stamp et Samburin, 1995). Schumacher et coll. (2001) ont effectué six études empiriques, à la lumière desquelles on peut établir des liens importants sur le plan statistique entre la violence conjugale et les difficultés maritales. Une hypothèse plausible pouvant être tirée de ces études est que le stress associé aux finances, à l'éducation des enfants et à la dynamique du pouvoir dans le couple est souvent canalisé sous forme de violence. Les problèmes relationnels peuvent aussi être liés à la violence conjugale au moyen d'une association commune avec le trouble de la personnalité. Par ailleurs, les hommes affichant des attitudes patriarcales (comme l'appropriation masculine) sont plus susceptibles d'avoir recours à la violence lorsque la femme tente de mettre fin à la relation.
Les problèmes relationnels peuvent aussi être liés à la violence conjugale par un lien causal. En effet, les contrevenants ayant des problèmes relationnels souffrent peut être d'une détresse accrue, le cas échéant ils seront plus enclins à recourir à la violence pour résoudre les conflits. Sous cet angle, les problèmes relationnels peuvent être associés à une augmentation du risque de violence future entre conjoints et de la fréquence de celle ci. Les problèmes relationnels récents peuvent également être indicatifs de l'imminence de la violence conjugale.
Codes
- Y
- L'individu est aux prises avec des problèmes graves dans ses relations intimes.
- P
- Il existe des preuves potentielles ou partielles que l'individu est aux prises avec des problèmes graves dans ses relations intimes.
- N
- L'individu ne connaît aucun problème grave dans ses relations intimes.
Remarques
On entend par " problèmes graves " des séparations ou des conflits nombreux (notamment une infidélité répétée et de la violence conjugale). Il convient d'attribuer un code sans accorder de l'importance au fait que le conflit a donné lieu à une infraction répertoriée ou non.
Il faut traiter en priorité les relations intimes dans la collectivité, et non les relations établies et entretenues seulement pendant le temps passé en établissement. L'absence de relations intimes devrait également être considérée comme un problème grave, même si le(la) contrevenant(e) semble ne pas avoir eu l'occasion de les établir ou de les entretenir en raison de placements répétés ou à long terme dans des établissements.
8. Problèmes professionnels et/ou financiers
Raisonnement
On établit un lien entre les problèmes professionnels et le risque de criminalité et de violence générale (Andrews et Bonta, 1996, 2003). À titre d'exemple, un changement soudain et récent dans le statut d'emploi (être licencié ou mis à pied) est associé à un risque accru de violence (McNeil, 1993). Un revenu peu élevé, un emploi instable et des difficultés financières sont les facteurs de risque les plus fréquemment cités dans les cas de violence conjugale (Carlson et coll., 1999; Dutton et Kropp, 2000; Hanson et Wallace-Capretta, 2000; Hotaling et Sugarman, 1986; Kyriacou, et coll., 1999; Riggs et coll., 2000; Schumacher et coll., 2000; Sherman et coll., 1992; Stuart et Campbell, 1989). Le chômage est également cité comme un facteur de risque pouvant mener à la violence mettant la vie en danger et à la violence conjugale fatale (Campbell et coll., 2003).
À l'instar des problèmes relationnels, les problèmes professionnels peuvent être un signe précurseur de violence conjugale en raison du lien étroit avec les troubles de la personnalité. Qui plus est, les problèmes professionnels peuvent être associés à la violence conjugale par un lien causal car ils font augmenter le niveau de détresse psychologique, qui en retour peut mener les hommes à déverser leur frustration et leur colère liées au travail sur leur famille (Saunders, 1993). Par conséquent, des antécédents de problèmes professionnels peuvent sonner l'alarme quant à une probabilité accrue de violence future à l'endroit du partenaire et à une fréquence plus élevée de celle-ci, au même titre que des problèmes récents peuvent être indicatifs de l'imminence de la violence conjugale.
Codes
- Y
- L'individu est aux prises avec des problèmes professionnels et/ou financiers graves.
- P
- Il existe des preuves potentielles ou partielles que l'individu est aux prises avec des problèmes professionnels et/ou financiers graves.
- N
- L'individu n'a aucun problème professionnel et/ou financier grave.
Remarques
On entend par " emploi " tout emploi légal (y compris le travail autonome). Tout cours ou toute formation en lien avec l'emploi, y compris l'éducation postsecondaire, peut être considérée comme faisant partie des antécédents professionnels d'une personne.
On entend par " problèmes graves " les périodes longues de chômage, des changements d'emploi fréquents, l'incapacité à obtenir ou à garder un emploi bien rémunéré, un rendement insatisfaisant (taux élevé de retard ou d'absentéisme) et des difficultés financières.
L'accent devrait être mis sur l'emploi dans la collectivité. L'absence d'emploi doit être prise en compte, même si la personne semble ne pas avoir eu l'occasion de poursuivre une carrière en raison de placements répétés ou à long terme dans des établissements. En outre, les emplois obtenus et conservés seulement pendant le temps passé en établissement sont peu pertinents.
9. Abus d'alcool ou de drogues
Raisonnement
Les contrevenants ayant des antécédents de violence familiale (y compris de voies de fait à l'endroit de leur partenaire) sont plus susceptibles de consommer de l'alcool et des drogues que ceux n'en ayant aucun (Dutton et Hart, 1992; Gondolf et White, 2001; Riggs et coll., 2000; Schumacher et coll., 2000; Tolman et Bennett, 1990), et la comorbidité entre l'abus d'alcool ou de drogues et la violence conjugale est communément reconnue (Dutton et Kropp, 2000; Kessler et coll., 2001).
La consommation récente d'alcool ou de drogues est associée au risque de récidive violente chez les auteurs de voies de fait à l'endroit de leur partenaire et est considérée comme l'un des facteurs de risque critiques le plus dynamique ou variable dans le temps (Gondolf, 2001; Hanson et Wallace-Capretta, 2000; Jones et Gondolf, 2001; Saunders, 1992; Stuart et Campbell, 1989). Enfin, l'alcoolisme ou la toxicomanie représente souvent un facteur clé des voies de fait se soldant par des blessures graves ou le décès (Campbell et coll., 2001; Farr, 2002; Kyriacou et coll., 1999).
La nature de l'association entre la consommation d'alcool ou de drogues et la violence à l'endroit de son partenaire intime n'est pas claire. La consommation d'alcool ou de drogues peut être simplement un indicateur de risque, signalant indirectement la présence d'un trouble de la personnalité ou d'un autre problème d'adaptation psychosociale. Il est également possible que la consommation d'alcool ou de drogues soit la prémisse de la violence conjugale en étant source de conflit dans la relation de couple. Par exemple, Saunders (1993) a suggéré que la consommation chronique d'alcool peut être à l'origine de disputes familiales ayant pour cause la consommation excessive d'alcool.
Par ailleurs, la consommation d'alcool ou de drogues peut être un facteur causal, la probabilité d'une désinhibition comportementale chez les individus ayant des antécédents de violence conjugale étant multipliée. Les auteurs de voies de fait à l'endroit de leur partenaire peuvent également consommer consciemment de l'alcool ou des drogues pour se désinhiber lorsqu'ils veulent poser un geste de violence envers leur partenaire. Peu importe, l'abus d'alcool ou de drogues est selon toute vraisemblance associée à la probabilité accrue de violence conjugale future et à une fréquence plus élevée de celle ci, ainsi qu'avec la gravité et la nature de celle-ci (réactive/impulsive). Enfin, la consommation active d'alcool ou de drogues peut être un signe de l'imminence de la violence conjugale.
Codes
- Y
- L'individu est aux prises avec des problèmes graves de consommation d'alcool ou de drogues.
- P
- Il existe des preuves potentielles ou partielles que l'individu est aux prises avec des problèmes graves de consommation d'alcool ou de drogues.
- N
- L'individu n'a aucun problème grave de consommation d'alcool ou de drogues.
Remarques
On entend par " problème de consommation d'alcool ou de drogues " toute dégradation dans l'adaptation psychosociale de l'individu (p. ex., des problèmes de santé, de relation, de travail ou des démêlés avec la justice) qui découle de la consommation de drogues illicites ou de la consommation excessive de drogues licites (comme l'alcool et les médicaments d'ordonnance).
On entend par " problèmes graves " toute dégradation importante de la santé ou du fonctionnement social de l'individu (p. ex., surdose, maladie physique, arrestation, perte d'emploi ou périodes de temps anormalement longues passées à obtenir des drogues ou a en faire l'usage).
10. Trouble mental
Raisonnement
Bien que les troubles mentaux ne soient pas l'unique cause de violence, ni même la plus importante, la documentation spécialisée sur l'évaluation du risque tend à indiquer que les symptômes d'un trouble mental important (p. ex., des symptômes psychotiques et/ou maniaques) sont associés à un comportement violent en général (Borum, Swartz, et Swanson, 1996; Douglas et Hart, 1996; Monahan et coll., 2001) et à la violence conjugale en particulier (Gondolf, 1998; Kessler et coll., 2001, Magdol et coll., 1997; Schumacher et coll., 2000).
Par ailleurs, les tendances suicidaires sont souvent indicatives d'un état de " crise " chez l'auteur de voies de fait et sont habituellement considérées comme un facteur de risque de violence conjugale pouvant aller jusqu'à l'homicide (Campbell, 1995; Goldsmith, 1990; Saunders, 1992; Stuart et Campbell, 1989). La recherche donne à penser qu'un lien existe entre le danger qu'une personne pose pour elle-même et le danger qu'elle représente pour les autres (Convit, Jaeger, Lin, Meisner, et Volavka, 1988; Menzies, Webster, et Sepejak, 1985), et la majorité des victimes d'homicide suivi d'un suicide sont la conjointe (Campbell et coll., 2001).
Les troubles de la personnalité marqués par la colère, l'impulsivité et l'instabilité comportementale (trouble de la personnalité antisocial, limite, narcissique ou histrionique) sont également associés à un risque accru de violence conjugale (Dutton, 1995; Dutton et Kropp, 2000; Gondolf, 1998; Healy et coll., 1998; Huss et Langhinrichsen-Rohling, 2000; Jones et Gondolf, 2001; Kessler et coll., 2001; Magdol et al, 1997; Riggs et coll., 2000; Schumacher et coll., 2000).
Les troubles mentaux importants sont probablement un facteur causal à l'origine de décisions impulsives ou irrationnelles d'avoir recours à la violence à l'endroit du partenaire intime. Ils sont selon toute vraisemblance associés à une probabilité et une fréquence accrues de violence conjugale future. En outre, des symptômes actifs de trouble mental peuvent être un signe de l'imminence de la violence conjugale (Binder et McNiel, 1988; Link et Stueve, 1994). Il est également fort possible que les troubles mentaux aient une incidence indirecte sur le risque en réduisant l'efficacité de la gestion du risque. En d'autres mots, les symptômes de trouble mental peuvent interférer avec l'aptitude ou la motivation de l'auteur des voies de fait à respecter le traitement et la supervision (notamment à participer à un programme d'intervention auprès des agresseurs).
Codes
- Y
- L'individu est aux prises avec un trouble mental.
- P
- Il existe des preuves potentielles ou partielles que l'individu est aux prises avec un trouble mental.
- N
- L'individu n'a aucun trouble mental.
Remarques
On entend par " trouble mental " tout symptôme de maladie mentale grave (p. ex., délire, hallucinations, manie, démence), de trouble mental (p. ex., dépression extrême, anxiété), de déficience cognitive ou intellectuelle (p. ex., dommages cérébraux, retard mental), d'idées suicidaires (p. ex., pensées, pulsions, fantasmes ou tentatives), ou de trouble de la personnalité (p. ex., colère chronique, impulsivité ou instabilité comportementale). Un trouble mental important devrait être diagnostiqué suivant des critères reconnus (comme le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux - DSM-IV - ou la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes - CIM-10), mais peut tout de même être codé provisoirement en l'absence d'un diagnostic.
Autres facteurs
Raisonnement
Nous avons réservé une section pour des facteurs de risque rares, mais non moins importants, qui ne sont pas visés par les autres facteurs de risque s'appliquant à l'agresseur. Voici une liste non exhaustive de certains de ces facteurs :
- Changements de vie importants, comme la perte de la résidence ou du réseau de soutien social
- Crise émotionnelle
- Antécédents pour avoir torturé ou défiguré des partenaires intimes
- Sadisme sexuel
- Formé au combat et en déploiement
- Victime ou témoin de persécution, de torture ou de violence politique
- Douleur chronique
- Blessure à la tête affectant le contrôle des impulsions
- Accès à des armes à feu
Codes
- Y
- Preuve d'un facteur de risque important et unique au cas sous étude.
- P
- Preuve potentielle ou partielle d'un facteur de risque important et unique au cas sous étude.
- N
- Aucune preuve de la présence d'un facteur de risque important et unique au cas sous étude.
Remarques
On entend par " important " un facteur de risque jugé crucial pour évaluer la probabilité que la personne commette un autre acte de violence à l'endroit de son partenaire, ou encore la nature, la fréquence, la gravité ou l'imminence d'actes de ce genre.
On entend par " unique au cas sous étude " tout facteur de risque qui n'est pas visé par les autres facteurs du B-SAFER.
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