Étude nationale sur les adultes non représentés accusés devant les cours criminelles provinciales (Partie 2 : rapports des études sur le terrain)

Chapitre 3 : Halifax, Nouvelle-Écosse (suite)

3.5 Effets d'ordre général de l'autoreprésentation sur l'accusé

3.5.1 Effets

Les entrevues réalisées lors des visites devant la cour ont permis de connaître et de comprendre les effets généraux de l'absence de représentation pour les accusés. Certaines personnes interrogées étaient d'avis que les accusés non représentés souffraient grandement de cette absence de représentation. En revanche, d'autres estimaient que si une cause se rendait à l'étape du prononcé de la sentence, cette peine pourrait être aussi équitable (ou non) ou même moins sévère, mais plus de causes d'accusés non représentés atteignaient les étapes de la condamnation et du prononcé de la sentence que les causes des accusés représentés.

Parmi les conséquences citées, on retrouve :

Bien que cela ne soit pas évalué dans les statistiques, un certain nombre de personnes interrogées ont mentionné l'angoisse ressentie par les accusés à cause de leur manque de compréhension du processus judiciaire et de l'incertitude entourant leur cause.[29]

3.5.2 Erreurs stratégiques et tactiques spécifiques de l'accusé

Comme cela a été indiqué auparavant, lors des entrevues réalisées sur place, la majorité des personnes interrogées clés ont dit que les premières étapes du processus criminel - à l'arrestation, après la mise en accusation, à la libération avant procès et lors du plaidoyer - étaient les plus importantes en matière de représentation. Selon quelques-unes, le procès était l'étape la plus importante. La majorité estimait que le prononcé de la sentence était très important.

La citation d'une personne interrogée était conforme à l'impression de nombreuses autres :

« Je crois qu'il n'y a aucun moment où la représentation par avocat n'est pas importante. »

Voici, selon les personnes interrogées, quelques-unes des erreurs spécifiques les plus graves commises par les accusés non représentés aux étapes avant procès :

Voici, selon les personnes interrogées, quelques-unes des erreurs spécifiques les plus graves que peuvent commettre des accusés non représentés lors du procès :

Le travail d'observation de la cour dans les salles de première comparution et d'audience sur le fond permettaient de constater que, dans l'ensemble, le quart des comparutions prenait une minute ou moins. La durée moyenne des comparutions était de deux minutes, ce qui signifie que la moitié des comparutions prenait plus de deux minutes, mais que l'autre moitié prenait moins de deux minutes. Un autre quart des comparutions prenait quatre minutes ou plus. Seulement 10 pour cent prenaient plus de dix minutes.[30] Dans un tel contexte de contrainte temporelle, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi de nombreuses personnes interrogées ont souligné qu'un accusé qui ne connaissait pas très bien les procédures judiciaires pourrait faire des erreurs spécifiques - et serait désorienté en général tout au long du processus.

Toutefois, ce problème de désorientation était présent même auprès des accusés représentés. Comme le disait une des personnes interrogées : « L'accusé ne veut pas que son avocat croit qu'il est idiot. »

3.5.3 Type de plaidoyer inscrit par mode de représentation

L'analyse précédente mettait l'accent sur la perception qu'ont les personnes interrogées sur les effets d'une absence de représentation pour les accusés. Cette section et la suivante présentent des données empiriques sur ce qui se passe dans les faits, grâce à  l'information contenue dans le fichier des causes réglées et celle extraite du travail d'observation en salle d'audience.

Il importe toutefois de préciser dès le départ que l'information n'est pas présentée pour que soit établi un lien de cause à effet, mais seulement pour décrire les événements aux différentes étapes du processus. Ainsi, l'information n'est pas présentée pour suggérer que l'absence de représentation est la cause d'un plus grand (ou plus faible) risque pour l'accusé non représenté qu'il soit condamné. Elle sert plutôt à constater  si des décisions importantes ont été prises et si certains dénouements sont survenus, avec ou sans la présence d'un avocat, et à quelle fréquence.

Tel que noté précédemment, un certain nombre de personnes interrogées se sont demandé si les accusés non représentés risquaient plus souvent ou non de plaider coupable, soit pour « en finir », soit parce qu'ils n'avaient ni les connaissances ni les ressources pour contester les accusations.

Le tableau H-6 présente le plaidoyer inscrit en fonction du mode de représentation disponible pour l'accusé.

Tableau H-6. Causes pour lesquelles un plaidoyer a été inscrit : par type de plaidoyer, par mode de représentation lors des plaidoyersà Halifax *
Plaidoyer Proportion de tous les plaidoyers inscrits par les accusés en fonction de leur représentation Nombre de causes Proportion des causes
Auto-représentation Avocat de service Aide juridique Avocat de pratique privée
Coupable 56 91 56 52 200 60
Non coupable 44 9 44 48 134 40
Total des causes 100 % 100 % 100 % 100 % 334 100 %

Notes
* À l'exclusion des causes pour lesquelles le mode de représentation lors du plaidoyer n'était pas spécifié au dossier.

3.5.4 Condamnation ou non en fonction du mode de représentation

Les taux de condamnation sont examinés en fonction de la représentation à deux étapes du processus judiciaire : pour les comparutions lors desquelles un plaidoyer a été inscrit (contenant un plus grand nombre de reconnaissances de culpabilité) et pour les dernières comparutions (contenant une plus grande proportion de causes qui sont allées jusqu'au procès).

Le tableau H-7 présente les taux d'inculpation en fonction du mode de représentation lors du plaidoyer. Les données démontrent que :

Une analyse des taux de condamnation lors de la comparution pour inscrire un plaidoyer en fonction de la catégorie d'infraction ne permettait  de comparer que trois regroupements d'infractions étant donné le petit nombre de causes dans les autres regroupements. Le même modèle relatif à celui présenté précédemment a été suivi avec toutefois les exceptions suivantes :

Tableau H-7. Causes réglées par type de décision, par mode de représentation lors des plaidoyers à Halifax
Décision Proportion des décisions par mode de représentation Nombre de causes Proportion des causes %
Auto-représentation % Avocat de service % Aide juridique % Avocat de pratique-privée %
Coupable* 78 98 69 69 250 75
Non coupable** 22 2 31 31 64 25
Total des causes 100 % 100 % 100 % 100 % 334 100 %

Notes

Le tableau H-8 présente une information similaire, mais en se servant de la représentation lors de la dernière comparution (qui contient plus de causes menant à un procès). Les données démontrent que :

Il faut toutefois noter qu'en comparant les taux de condamnation des accusés qui s'autoreprésentaient à ceux des accusés représentés, il importe de tenir compte de la possibilité que le processus de déjudiciarisation postérieur ou précédant à la mise en accusation ait pu influer sur ces statistiques. Il est improbable que les accusés qui suivaient un programme de déjudiciarisation aient eu un avocat. Étant donné que la réussite à un programme de déjudiciarisation mènerait à une absence de condamnation, l'existence de tels programmes devrait faire diminuer le taux global des condamnations dans les cas de causes non représentées (avec peu ou pas d'effets sur les taux de condamnation pour les causes représentées par un avocat). Malheureusement, aucune information n'était disponible sur les causes déjudiciarisées ou même sur le pourcentage de causes déjudiciarisées. Aussi, nous ne pouvons dire quel serait le taux de conviction pour les accusés non représentés, s'ils ne bénéficiaient pas de tels programmes. En revanche, nous pouvons affirmer que le taux des accusés non représentés et ne bénéficiant pas d'un programme de déjudiciarisation serait plus élevé que le taux de 60 pour cent présenté au tableau H-8.

Une analyse des taux de condamnation à la dernière comparution en fonction de la catégorie d'infraction individuelle ne permettait de comparer que trois regroupements d'infractions, et ce étant donné le petit nombre de causes dans les autres regroupements. Un modèle différent se présente :

Tableau H-8. Causes réglées : par type de décision, par mode de représentation lors de la dernière comparution à Halifax
Décision Proportion des décisions en fonction de la représentation Nombre de causes Proportion des causes %
Auto-représentation % Avocat de service % Aide juridique % Avocat de pratique privée %
Coupable* 60 92 63 62 333 66
Non coupable** 40 8 37 38 175 34
Total des causes 100 100 100 100 508 100

Notes

Nous avons fait précédemment une mise en garde contre l'utilisation de ces données pour suggérer un lien de cause à effet entre le mode de représentation et les taux de condamnation. Toutefois, à cause des conséquences liées au fait de posséder un casier judiciaire (sur les occasions d'emploi et la probabilité d'être à nouveau accusé d'infractions, etc.), l'information peut certainement être utilisée pour démontrer que les accusés non représentés risquent fort de subir des effets défavorables à la suite du processus judiciaire. Que cette seule possibilité soit suffisante pour réclamer un plus grand accès à la représentation juridique est une question de politique gouvernementale.

3.5.5 Peine d'emprisonnement et mode de représentation

Les peines d'emprisonnement sont analysées en fonction de deux types de données : par mode de représentation lors du plaidoyer (contenant plus de décisions à la suite d'un plaidoyer de culpabilité) et par mode de représentation lors de la dernière comparution (contenant une plus grande proportion de causes allant au procès).

Le tableau H-9 présente la proportion des causes aboutissant à des peines d'emprisonnement, en fonction du mode de représentation disponible pour l'accusé lors du plaidoyer.[31]

Une analyse des taux de peines d'emprisonnement selon la représentation lors du plaidoyer (en fonction de la catégorie d'infractions individuelles) ne permettait de faire des comparaisons que pour trois regroupements d'infractions, à cause du petit nombre de causes dans les autres regroupements (voir les données présentées en annexe). Dans le cas des vols et fraudes, ainsi que des infractions contre l'administration de la justice, le même modèle d'ensemble que celui présenté précédemment a été observé, mais un modèle différent a été constaté pour :

Tableau H-9. Répartition en pourcentage des causes réglées, qu'elles aboutissent ou non à une peine d'emprisonnement, par mode de représentation lors du plaidoyer à Halifax
Peine Mode de représentation Nombre de causes Proportion de causes (%)
Auto-représentation (%) Avocat de service (%) Aide juridique (%) Avocat pratique privée (%)
Peine d'emprisonnement 19 77 43 26 127 38
Pas de peine d'emprisonnement 81 23 57 74 207 62
Total des causes 100 100 100 100 100

Notes
Source: Échantillon des causes réglées

Le tableau H-10 présente la répartition des peines d'emprisonnement pour les causes réglées en fonction du mode de représentation lors de la dernière comparution (qui contient une plus grande proportion de causes allant au procès).

Tableau H-10. Répartition en pourcentage des causes réglées ,qu'elles aboutissent ou non à une peine d'emprisonnement par mode de représentation lors de la dernière comparution à Halifax
Peine Par mode de représentation Nombre de causes Proportion de causes (%)
Auto-représentation (%) Avocat de service (%) Aide juridique (%) Avocat de pratique privée (%)
Peine d'emprisonnement 10 76 39 26 166 33
Pas de peine d'emprisonnement 90 24 61 74 342 67
Total des causes 100 100 100 100 508 100

Notes
Source: Échantillon de causes réglées

Le tableau démontre que :

Une analyse des taux d'emprisonnement en fonction de la représentation lors de la dernière comparution et en fonction de la catégorie d'infractions individuelles ne permettait de faire de comparaison que pour trois regroupements d'infractions, à cause du petit nombre de causes dans les autres regroupements. Le modèle d'ensemble, observé précédemment pour toutes les infraction, a pu être constaté.

Nous faisons à nouveau une mise en garde contre l'utilisation de ces données pour suggérer un lien de cause à effet entre le mode de représentation et les taux de condamnation. Toutefois, les résultats sont directement pertinents d'un autre point de vue important. Plus particulièrement, il pourrait être accepté que l'octroi à l'aide juridique dépende (en partie) de la probabilité qu'une cause puisse aboutir à une peine d'emprisonnement. Même si l'on ne peut prédire avec exactitude qu'une cause va aboutir à une peine d'emprisonnement, il importe de noter que plus d'un accusé sur dix qui s'autoreprésente recevra une peine d'emprisonnement et un sur cinq dans le cas des accusés qui s'autoreprésentent lors du plaidoyer.