L’inclusion pour tous : Comment instaurer la cohésion sociale au Canada Aperçus de conversations structurées
2. Répartition des revenus, équité, inclusion et accès
Aux yeux des participants, la longue tradition canadienne de redistribution des revenus, de programmes sociaux et de soins de santé, et son passé relativement honorable en ce qui concerne le traitement des disparités sociales ou fondées sur le sexe, sont deux éléments essentiels à la cohésion sociale. Toutefois, ils s’inquiètent d’une polarisation accrue des richesses et des revenus, et de la multiplication des quartiers défavorisés dans les grandes villes canadiennes.
Les institutions et les programmes de médiation permettent à tous d’accéder aux services publics et comblent les écarts entre les différents groupes. La Charte canadienne des droits et libertés, la politique sur le multiculturalisme et l’emploi des deux langues officielles sont considérés comme des facteurs importants pour la protection de l’équité et de l’accessibilité des services. Les politiques qui préconisent la paix et la sécurité font également partie de l’infrastructure qui facilite la participation à la vie communautaire et à la vie sociale à l’échelle nationale. Aux yeux des Canadiens, l’inclusion nécessite l’accès en toute sécurité aux ressources et aux possibilités qu’offrent les collectivités. La violence est l’un des pires ennemis de l’inclusion.
La cohésion sociale passe par l’action collective; elle dépend de la façon dont les gens interagissent, du niveau d’équité qui caractérise la société, et du fait que cette société est ou n’est pas raisonnable et inclusive. Étant donné que notre société se diversifie et se fragmente progressivement, comment gérons-nous cette évolution?
Pauvreté et disparité
Ce qui préoccupe le plus les participants aux discussions, c’est la persistance de la pauvreté dans la société canadienne contemporaine. Les experts consultés reconnaissent que certains groupes demeurent plus exposés à la pauvreté et à l’exclusion. Ils considèrent que les enfants, les jeunes de la rue, les personnes âgées et les personnes handicapées, ainsi que les immigrants, sont les premiers touchés par le chômage, la pauvreté et l’exclusion. Le terme « exclusion sociale » permet d’attirer l’attention sur la dimension sociale de la pauvreté. Les personnes frappées par la pauvreté ne peuvent pas participer pleinement à la vie communautaire. De plus, les besoins économiques vont souvent accompagner et amplifier d’autres formes de marginalisation. D’autres citoyens connaissent une marginalisation sociale qui n’est pas liée à leur situation économique. Par exemple, la victimisation et les sévices causés aux enfants représentent des cas extrêmes d’exclusion du système de sécurité et de protection sociales. Il faut donc trouver la réponse à ces problèmes dans l’établissement de liens entre le bien-être économique et l’inclusion sociale. Enfin, on peut aussi faire la différence entre l’optique de la pauvreté et l’optique de l’inclusion, en reconnaissant que c’est l’ensemble de la société qui souffre lorsque certains des groupes la composant ne peuvent pas partager pleinement une volonté nationale d’équité, d’accessibilité et de participation.
Les groupes qui ont été marginalisés devraient être responsabilisés, participer à la mise en place des institutions et occuper des postes à responsabilité.
Les outils utilisés par le passé (institutions et filet de sécurité sociale) pourraient ne plus être disponibles à l’avenir.
Les participants ont observé que, d’une part, les disparités économiques entre les groupes à revenu confortable et les groupes vulnérables s’amplifient et que, d’autre part, un plus grand nombre de Canadiens de classe moyenne sont exposés à l’insécurité économique. On observe une augmentation des licenciements ou du nombre d’emplois non garantis rémunérés sans avantages sociaux. Par ailleurs, les familles et les enfants sont victimes de l’insécurité économique qui fait souvent suite aux divorces, aux séparations et à d’autres changements familiaux. Les risques que présentent pour les enfants et les jeunes l’exclusion économique ou l’exclusion du noyau familial peuvent être atténués par la famille élargie ou le soutien de la collectivité. Les consultations ont mis en évidence le fait que les enfants et les jeunes ont besoin de l’aide de la collectivité.
Compte tenu de l’évolution démographique de notre pays, les « minorités » sont appelées à devenir majoritaires… La diversité ne pose aucun problème, tandis que le contraire est vrai en ce qui concerne le lien entre diversité ou appartenance à une minorité et pauvreté et exclusion. Chaque membre de notre société pluraliste devrait pouvoir participer à la vie sociale.
Nous ne voulons pas d’une société monochrome.
Pourquoi imposer aux immigrants un doctorat s’ils ne peuvent pas faire valoir ce diplôme par la suite?
Les changements marquant la société et les politiques gouvernementales se combinent aux changements économiques pour déterminer l’évolution des disparités et de la pauvreté. Par exemple, le marché du travail actuel exige un niveau de plus en plus élevé de scolarisation et de compétences. Or, l’écart de revenu entre les familles se creuse, de sorte que certains enfants ont facilement accès très jeunes à la technologie et aux possibilités d’apprentissage, tandis que d’autres sont très limités à cet égard. Parallèlement, étant donné que les familles et les ouvertures de marché évoluent, le soutien qu’accordent les pouvoirs publics à l’éducation risque de ne pas demeurer suffisant pour combler les besoins de plus en plus nombreux.
Les multiples formes de l’exclusion
L’extrême mobilité de la population fait augmenter les probabilités d’insécurité économique, et la possibilité que les réseaux informels de soutien provenant d’amis, de voisins ou de membres de la famille élargie soient eux aussi affaiblis. Dans les collectivités qui comptent peu de résidants installés depuis longtemps, les réseaux de soutien sont moins présents. Les compressions budgétaires imposées aux programmes sociaux et la mauvaise santé économique des régions peuvent causer une dislocation du paysage social. Les travaux entrepris dans le cadre du Partenariat rural canadien ont soulevé des questions à propos des déficits sociaux que l’on a observés dans les régions rurales du Canada, lesquels sont liés à la pauvreté, à l’analphabétisme et à des taux de mortalité infantile plus élevés. Par ailleurs, les personnes exposées à la violence et à la victimisation peuvent souffrir d’exclusion sociale. Mais le plus grave problème tient au fait qu’un grand nombre de Canadiens souffrent de multiples formes d’exclusion.
Voici ce qu’ont dit les hauts fonctionnaires :
Pour garantir la cohésion sociale, il faut notamment améliorer le statut socio-économique des Autochtones.
Je me suis rendu dans deux collectivités du Nord qui comptent une forte population autochtone et sont éloignées de 80 kilomètres. L’une d’elles n’offrait aucune activité sportive et ne comptait aucun dirigeant communautaire, et les parents ne semblaient y faire aucune activité avec leurs enfants. L’autre était une collectivité dynamique et en santé, où les parents s’occupaient de leurs enfants et où de nombreuses activités étaient organisées. Comment stimuler le leadership en l’absence de dirigeants, lorsque ceux-ci ont été écartés? Par où devrait commencer la création d’une collectivité?
Par exemple, les personnes pauvres et handicapées risquent davantage d’être victimisées et d’avoir du mal à accéder aux services. Les pauvres ont moins facilement accès aux soins de santé communautaires, alors que ce sont eux qui en ont peut-être le plus besoin. Les jeunes et les représentants d’organisations communautaires ont fait observer que les collectivités plus pauvres ont parfois de la difficulté à accéder à des ressources comme les espaces communautaires, l’argent, le logement et un environnement sain. Les enfants pauvres ont parfois plus de mal à se payer des études, d’autant que les frais de scolarité tendent à augmenter. Les spécialistes fédéraux de la recherche, les jeunes et les travailleurs de première ligne ont observé que les nouvelles données fournies par l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes démontrent que les étudiants sont mieux préparés à l’école et plus aptes à s’entendre avec leurs camarades lorsqu’ils vivent dans une collectivité qui possède des ressources comme des parcs, des bibliothèques et des programmes préscolaires.
Les participants ont analysé ces problèmes dans l’optique de la cohésion sociale et ont insisté sur les répercussions de l’exclusion économique sur l’exclusion sociale — sur la participation et les liens, et sur le sentiment d’appartenance à une société. La directrice générale d’une banque alimentaire a indiqué que ses clients étaient peu enclins à participer activement à la vie sociale et à être des citoyens engagés, parce qu’ils pensent que les perspectives qui s’offrent à eux ne leur permettront pas d’influer sur les processus décisionnels. Le défi consiste à traiter le problème de la marginalisation de manière à promouvoir l’efficacité, la participation et le capital social.
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