L’inclusion pour tous : Comment instaurer la cohésion sociale au Canada Aperçus de conversations structurées

6. Technologie de l’information, nouvelle économie, mondialisation et intégration

Les participants aux consultations ont beaucoup parlé de l’importance des transformations économiques pour la vie sociale. Ils ont observé que plusieurs impacts sociaux sont imputables à la mondialisation croissante de l’économie et à la multiplication des liens au sein de l’Amérique du Nord, ainsi qu’à l’évolution des structures industrielles, des investissements et des marchés mondiaux. Au Canada, le résultat fût, observèrent-ils, une évolution de la structure du travail et de l’aide sociale, et des répercussions sur les poli­tiques sociales et culturelles et sur les institutions politiques.

Certains font observer que les impacts diffèrent d’une région et d’un centre urbain à l’autre. Certaines régions ont bénéficié de cette évolution, tandis que d’autres ont connu des pertes d’emplois ou un ralentissement du développement économique et l’effritement connexe de la population en âge de travailler.

Certaines villes, mais aussi d’autres administrations, subissent de plus en plus de pressions de la part de citoyens qui leur demandent de réduire les taxes, ou tout au moins de ne pas les augmenter, ce qui les oblige à réduire les budgets alloués aux programmes sociaux et aux espaces communautaires, éléments composant pourtant le mortier de la cohésion sociale. De là, les régions rurales subissent l’effet du dépeuple­ment, ce qui influe négativement sur la qualité de vie dans ces régions.

Les participants ont mis en évidence la nécessité constante de communiquer et de se déplacer dans une économie et une société basées sur le savoir. L’extrême mobilité de la population au sein des villes, et à l’échelle des provinces, du pays et de la planète fait partie intégrante de la mondialisation et de l’ouverture des frontières. Les gens passent d’un emploi, d’une école et même d’une famille, à un autre plus fréquem­ment que par le passé. Les pressions économiques et le besoin de mobilité imposés aux familles devraient être analysés dans le contexte d’une population vieillissante et d’un besoin accru de soutien social de la part des ménages et du secteur non-officiel.

Internet

Les participants jugent que les nouvelles technologies de l’information et des communications et, en particulier, l’incidence marquée d’Internet, ont de très nombreux effets sur les relations sociales et sur l’équité. Ils offrent de nouveaux moyens de participer et d’établir des liens avec les autres. Les nouvelles études nous poussent à nous demander si les gens ne préfèrent pas la « cybercommunication » aux contacts en personne avec leurs voisins ou les membres de leur famille, ou si les contacts virtuels créent une intensifi­cation des relations sociales déjà établies. Certains se disent préoccupés par la division entre ceux qui ont accès aux « médias numériques » et ceux qui n’y ont pas accès. Les participants se sont également demandé qui pouvait faire entendre sa voix dans la nouvelle ère du numérique. Sur Internet, la sécurité publique, le gouvernement en direct, le commerce électronique, la cyberpolitique et les réseaux dépendent tous de la confiance et de la coopération entre des gens qui ne se connaissent pas. La réalité virtuelle qui est le propre d’Internet crée en outre des problèmes stratégiques : il faut par exemple déterminer de quelle façon on peut gérer les contenus douteux destinés aux enfants ou les contacts inappropriés établis avec eux, ainsi que d’autres préjudices et cybercrimes.

Préoccupations à propos des changements touchant l’économie mondiale

Les participants ont dit craindre que la concurrence internationale et l’intégration des marchés n’imposent des pressions aux institutions nationales, infrana­tionales et municipales. Ils observent l’influence crois­sante des organismes et des accords internationaux, par exemple du G8, du Fonds monétaire international, de l’Organisation mondiale du commerce et de l’Accord de libre-échange nord-américain, mais aussi des multinationales et de la criminalité transnationale. Certains craignent qu’en accordant la première place à l’économie, on n’adopte des politiques qui nuiront involontairement à nos collectivités ou à l’esprit d’équité. En outre, les organisations non gouvernemen­tales et la société civile risquent de devoir répondre aux besoins sociaux sans disposer de l’infrastructure et des ressources nécessaires. Les participants représentant la société civile ont exhorté les gouvernements à mettre l’accent sur la productivité économique et l’inclusion sociale. Les jeunes participants ont demandé au gouvernement d’axer ses efforts d’instauration de la cohésion sociale sur la réduction de la pauvreté, les sans-abri et la lutte contre la faim, en investissant dans des logements abordables et en veillant à ce que les besoins de base soient satisfaits.

Les jeunes ont notamment fait observer que leurs pairs affichaient un certain cynisme à propos des effets de la mondialisation sur la société et sur l’environnement. Selon eux, les jeunes Canadiens redoutent vraiment que les pratiques et les accords commerciaux interna­tionaux menacent la santé de l’environnement et le caractère inclusif et le bien-être des collectivités.

Les jeunes, les travailleurs de première ligne et les personnes marginalisées sont convaincus qu’en vertu du principe de la participation, les autorités devraient prêter une oreille attentive aux protestations des citoyens. Les gens devraient avoir le droit d’organiser leurs forces, et il faudrait autoriser l’activisme et la critique. La recherche stratégique dans ce domaine devrait porter sur les nouvelles formes de participation politique non traditionnelle et les nouveaux types de collectivités, incluant les collectivités virtuelles et les communautés d’intérêts. Les participants ont demandé au gouvernement fédéral de travailler avec d’autres paliers de gouvernement, ainsi qu’avec les organisa­tions communautaires et sans but lucratif, en vue de mieux comprendre les nouveaux mécanismes de cohésion sociale et comment en faire la promotion.

En raison des nouvelles activités scientifiques et tech­nologiques, par exemple la production d’aliments transgéniques et de traitements génétiques, les partici­pants craignent que certaines de leurs préoccupations ne soient pas prises en compte. Grâce à de tels change­ments sociaux, on pourrait développer l’intégration des citoyens et promouvoir la participation. Cependant, ils peuvent aussi générer des problèmes si les attentes et les inquiétudes qu’exprime le public sont traitées à la légère.

Enjeux liés à la recherche

Les participants ont mis à profit leur expérience de la recherche et de l’analyse stratégiques en traduisant les résultats de la recherche en poli­tiques et en améliorant la collaboration avec les professionnels de première ligne, les organismes communautaires et les experts.

Points forts de la recherche

Les consultations ont mis en lumière les points forts de la recherche, notamment le fait qu’on dispose d’une quantité de plus en plus élevée de données grâce aux enquêtes nationales très efficaces et à la mise en œuvre de nombreux projets communautaires. En outre, les activités de coordination, ainsi que les travaux horizontaux et intersectoriels, se multiplient. Cela améliore l’efficacité du processus, tout en réduisant le volume de recherches effectuées « en vase clos ».

Des activités de recherche stratégique sont en cours à Statistique Canada, dans les ministères fédéraux chargés des politiques sociales, les universités et les centres d’excellence, dans le cadre de projets de recherche horizontale comme Metropolis, et au sein du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Les liens sociaux pourraient être renforcés par les activités permanentes de recherche communautaire entreprises par des organisations comme les conseils de planification sociale, les organismes communautaires et les fondations sans but lucratif. Les autres activités de recherche importantes sont celles qui sont entreprises dans le cadre de programmes et par des organisations de première ligne comme la police ou les services de santé communautaires, les foyers d’accueil pour sans-abri ou pour femmes battues et les banques alimentaires.

On connaît très bien plusieurs des questions mises en lumière, par exemple les disparités économiques et les raisons pour lesquelles certaines personnes deviennent pauvres ou arrivent à s’en sortir. Des recherches sont entreprises à l’échelle communautaire et nationale à propos de la situation des collectivités autochtones, des besoins d’intégration des immigrants, et des besoins en matière de services de santé publique. Dans l’esprit des recommandations formulées lors de ces consultations, certaines études permettent aux analystes de comprendre les liens entre différents facteurs comme le fait d’être membre d ’une minorité visible et d’être sans emploi, ou les facteurs propices à la victimisation avec violence. Il pourrait être utile d’identifier et de faire la synthèse des principaux résultats de ces études.

En outre, on a récemment défini les liens entre les mécanismes de soutien communautaire, les capacités et les objectifs sociaux, comme le développement des jeunes enfants et la capacité de résistance des familles pauvres. Des études longitudinales de bonne qualité ont permis aux chercheurs de déterminer plus précisé­ment les causes de la marginalisation. Parallèlement, les études et les évaluations portant sur les projets pilotes et communautaires permettent de déterminer les éléments propices à la cohésion communautaire, au leadership et au renforcement des capacités.

Il est essentiel de renforcer les liens entre la recherche et l’élaboration des politiques… Souvent, à cause du manque de temps, [les décideurs] ignorent l’existence de certaines études ou n’en tiennent pas compte. Il faut demander à des intermédi­aires de surveiller l’évolution de la recherche et de créer des produits utilisables [ par les décideurs ].

Comment améliorer l’efficacité de la recherche stratégique horizontale

Les participants ont souligné la nécessité de renforcer les capacités de recherche du gouvernement et du secteur communautaire, de déterminer comment les résultats de la recherche peuvent servir en fait de créa­tion ou modification de politiques, d’unir plus efficace­ment les résultats obtenus dans les différents secteurs, et de mettre en œuvre des projets pilotes et des études récapitulatives en vue de tirer des conclusions et des enseignements.

Nous disposons de nombreuses données, mais d’un nombre insuffisant d’analyses.

Le Conseil du Trésor alloue les fonds de façon « verticale » sans stimuler la collaboration ou attribuer les ressources nécessaires.

Établir des liens entre la recherche, les politiques et la mise en œuvre

Les hauts fonctionnaires ont insisté sur la nécessité de mieux expliquer aux décideurs les répercussions que devrait avoir la recherche sur les politiques. Pour ce faire, il faudrait établir des termes spécifiques approuvés par tous les intervenants, et définir de façon uniforme les concepts clés, puis établir des liens entre ces concepts et les indicateurs, ce qui garantira par ailleurs que les résultats mesurés refléteront la réalité et seront donc utilisables. Dans ce domaine, « nous disposons de nombreuses données, mais d’un nombre insuffisant d’analyses ».

Remédier au problème de la limitation des ressources et des compétences

Les hauts fonctionnaires et les spécialistes gouverne­mentaux de la recherche ont insisté sur la nécessité de développer la capacité des ministères chargés d’établir des politiques à le faire en s’appuyant sur la recherche. Selon eux, il faut avant tout analyser avec soin les données existantes. Trop souvent, les politiques sont basées sur des corrélations établies entre divers facteurs, qui n’indiquent pas le sens des relations cause-effet. Les études longitudinales sont particulière­ment importantes pour la détermination des causes et des effets de diverses situations interconnectées. Ils affirment que les analyses ne sont pas assez nombreuses en raison des compressions budgétaires imposées à la recherche au sein du gouvernement fédéral, ainsi que du manque d’expertise statistique et analytique et d’expérience parmi les diplômés d’uni­versités.

Le gouvernement a déjà mis en œuvre tellement d’études que vous devriez vous en inspirer et en synthétiser les résultats.

Ils considèrent comme une faiblesse les limites imposées aux ressources des secteurs communautaire et non gouvernemental. Les experts de la société civile font observer qu’il y a peu d’instituts de recherche au Canada et que les fonds publics alloués à ces établisse­ments varient constamment d’un budget à l’autre, ce qui rend difficile la mise en œuvre de projets.

S’associer aux organisations communautaires et de première ligne

Les participants ont exhorté le gouvernement fédéral à travailler avec d’autres paliers de gouvernement et avec des organisations communautaires et sans but lucratif, en vue de mieux comprendre les mécanismes de la cohésion sociale et la façon de promouvoir celle-ci. Il faudrait mettre l’accent sur le renforcement des capacités, la détermination des pratiques exemplaires et la diffusion des résultats. Les membres de la société civile qui ont été consultés souhaitent participer à l’établissement des priorités. Ils ont demandé au gouvernement de jouer le rôle de facilitateur, d’apporter son soutien et de servir d’intermédiaire pour la communication des connaissances. Par ailleurs, les hauts fonctionnaires fédéraux ont dit craindre l’adoption d’une approche descendante, et ont déclaré que le gouvernement devrait appuyer les initiatives communautaires et citoyennes.

Voici ce qu’ont dit les hauts fonctionnaires :

La recherche, l’élaboration des politiques et leur mise en œuvre s’inscrivent dans le cadre d’un processus important. Il ne suffit pas de poser les bonnes questions lors de la recherche et d’adopter les bonnes politiques. En effet, nous négligeons trop souvent la mise en œuvre; nous devons penser aux liens entre l’élaboration et la mise en œuvre. Celle-ci est une étape importante. Il faut lancer des initiatives pilotes et faire participer les collectivités à la recherche de solutions.

Comment partager les connaissances et établir des liens entre la recherche et l’action

Les experts des secteurs non gouvernementaux ont demandé aux gouvernements de faciliter le renforce­ment des capacités des collectivités. Il faudrait donc former davantage de partenariats plus efficaces avec les organisations de base. Ces mêmes experts considèrent que le partage et la diffusion du savoir permettent de réduire le gaspillage, en veillant à ce que les organismes ajoutent aux connaissances acquises au lieu de « réinventer la roue ». Parmi les approches valables, ils ont mentionné la cocréation, la fourniture d’espaces réservés aux discussions et l’affectation de personnel aux différents secteurs. Ils pensent qu’il faut en priorité utiliser les connaissances existantes et agir maintenant pour aider ceux qui en ont besoin.

Les participants se sont dits très favorables à la recherche active qui facilite le renforcement des capacités des collectivités et des organisations. Ils recommandent la mise en œuvre de processus inclusifs et participatifs, par exemple la recherche-action participative. De la sorte, les chercheurs pourraient à la fois apprendre des organisations de première ligne et les aider (par exemple, les organismes d’accueil, qui souhaitent participer davantage à la recherche, mais ne disposent pas des ressources pour le faire). Nous devons adopter des pratiques qui font naître chez tous les citoyens un sentiment d’appartenance, ainsi que celui d’être utile et d’avoir les capacités nécessaires.

Selon les jeunes, la représentation est un facteur clé de l’inclusion. Ils recommandent une approche holistique axée sur la consultation, destinée à responsabiliser les personnes marginalisées en les faisant participer à la vie sociale et en familiarisant les clients avec les princi­paux enjeux. Ils pensent que les activités de recherche et les politiques gouvernementales devraient être adaptées aux besoins et aux priorités des citoyens, et que ce sont les personnes les plus touchées par les problèmes qui devraient établir les priorités et participer à la recherche de solutions.