Conclusion

Préoccupations à l’égard du processus

Nous ne pouvons conclure ce rapport sans reconnaître certains des obstacles rencontrés dans l’élaboration de la Stratégie. Les consultations communautaires et les réunions du Groupe directeur ont donné lieu à des conversations riches et importantes qui ont guidé la Stratégie. Toutefois, des inquiétudes ont été exprimées quant au délai très serré imparti pour réaliser ce travail. En effet, il ne s’est écoulé qu’un an entre la création du Groupe directeur et l’achèvement de la Stratégie, et les groupes communautaires ont disposé d’encore moins de temps pour organiser de vastes consultations publiques. En outre, certains organismes communautaires ont indiqué que leurs membres ressentaient une « lassitude de la consultation » et une méfiance à l’égard du processus, compte tenu de l’inaction perçue à la suite de consultations précédentes. Certains organismes ont aussi fait part de leurs difficultés à accéder aux établissements de détention pour s’entretenir avec des détenus noirs. D’autres n’ont pas pu se rendre dans toutes les villes de leur province ou territoire. Cela a limité le nombre et la diversité des voix entendues et a entraîné un manque d’uniformité entre les rapports de chaque province ou territoire. De plus, les groupes communautaires ont indiqué avoir besoin de plus de ressources pour entreprendre ce travail de manière adéquate.

Si un projet similaire devait de nouveau avoir lieu, nous recommandons d’y consacrer plus de temps, d’augmenter la rémunération et de mieux structurer le processus. Nous recommandons également que les travaux de la Stratégie se poursuivent, et que d’autres consultations et occasions de participation soient offertes aux groupes communautaires et aux intervenants.

Compte tenu de ces considérations, la présente Stratégie entrevoit un système de justice très différent de celui que le Canada a connu jusqu’à présent. Si toutes ces recommandations sont mises en œuvre, nous espérons qu’avec le temps, le système de justice pénale passera d’un système qui punit les membres les plus pauvres et les plus marginalisés de notre société, et qui a un passé de racisme et d’oppression, à un système impartial, équitable et exempt de discrimination. En d’autres termes, un système juridique qui est réellement juste.

Nous proposons de grands changements qui obligent les Canadiennes et les Canadiens à penser la justice différemment, à s’éloigner des récits de punition pour aller vers ceux de responsabilisation, de réparation et de prévention de la criminalité. Ces changements permettront de réorienter les ressources vers les collectivités pour ainsi s’attaquer aux causes profondes de la criminalité en soignant les traumatismes et en augmentant les possibilités.

Le système de justice pénale actuel s’est construit au fil des siècles et il faudra du temps pour le démanteler et pour établir avec les communautés noires une nouvelle relation de confiance dans un nouveau système. C’est la seule façon de progresser vers des communautés plus sûres et plus saines, et plus vite nous commencerons à mettre en œuvre cette Stratégie, plus vite nous en verrons les effets positifs. Nous espérons que les mesures que nous proposons feront une différence réelle et importante dans la vie de nos enfants et des générations futures. Dans l’esprit de l’optique afrocentrique qui a présidé à la rédaction de ce rapport, nous concluons par un mot yoruba souvent utilisé dans les communautés noires pour désigner la force vitale ou le pouvoir qui crée ce dont nous parlons : Ase.