La prostitution chez les jeunes : analyse documentaire et bibliographie annotée
Annexe A : Bibliographie annotée (suite)
LOWMAN, J. «Punishing prostitutes and their customers: The legacy of the Badgley committee, the Fraser committee and Bill C-49» dans Criminal Justice: Sentencing Issues and Reform, sous la direction de L. Samuelson et B. Schissel, Toronto, Ontario, Garamond Press, 1991a.
En 1985, le gouvernement fédéral a présenté une loi qui criminalisait le racolage aux fins de la prostitution (loi sur la sollicitation). Puis, en 1988, il a promulgué une nouvelle loi pour imposer des sanctions criminelles aux clients des jeunes et accroître les pénalités infligées aux proxénètes des jeunes. Dans ce document, l’auteur examine les modes d’application de ces nouvelles lois et la réponse du pouvoir judiciaire aux délinquants. Le document porte surtout sur la loi sur le racolage; cependant, l’auteur procède à un certain examen de l’application de la loi visant les clients des jeunes (paragraphe 212(4)). L’auteur soutient que le peu d’accusations portées en vertu du paragraphe 212(4) (seulement deux accusations à Vancouver pendant les deux premières années qui ont suivi la promulgation de la loi) indique les priorités de la société concernant la prostitution chez les jeunes, surtout par rapport à l’application rigoureuse de la loi sur le racolage après sa présentation (110 jeunes ont été accusés de racolage pendant les deux premières années qui ont suivi son adoption). L’auteur soutient qu’à la lumière des dispositions législatives prises pour faire face à la prostitution chez les jeunes, ce sont les jeunes eux-mêmes qui ont surtout fait l’objet de l’application de la loi à Vancouver.
LOWMAN, J. «Prostitution in Canada» dans Canadian Criminology: Perspectives on Crime and Criminality, sous la direction de M. A. Jackson et C. T. Griffiths, Harcourt Brace Jovanovich, Canada, 1991b.
Ce document utilise diverses sources, y compris les études parrainées par l’État et des documents d’information, pour examiner le phénomène de la prostitution au Canada. En plus de faire l’historique de la prostitution, des lois sur la prostitution et de leur application, l’auteur établit un profil des prostitués d’aujourd’hui et de leurs clients. Selon les études, il arrive souvent qu’un jeune fasse une fugue à un jeune âge pour quitter un milieu familial où règle la violence sexuelle, physique et psychologique (y compris les foyers de l’État) avant de commencer à se prostituer. Les études montrent également que des hommes de tous âges achètent des services sexuels et que les hommes ont recours aux prostitués pour diverses raisons (allant de la curiosité au désir d’avoir une brève rencontre sexuelle non compliquée). L’auteur présente une critique des données du Comité Badgley concernant la violence sexuelle subie par les prostitués pendant leur enfance et des observations sur les points de vue théoriques du Comité Badgley et du Comité Fraser. Il critique les deux comités parce qu’ils ne tiennent pas compte de facteurs structurels comme le chômage, les inégalités entre les sexes et la socialisation sexuelle des hommes – facteurs qui contribuent à la prostitution. Il soulève des questions au sujet du manque d’accusations portées contre les clients qui exploitent sexuellement les jeunes prostitués.
LOWMAN, J. «Street prostitutes in Canada: An evaluation of the Brannigan-Fleischman opportunity model», Canadian Journal of Law and Society, vol. 6, 1991c, p. 137-164.
Dans leur article sur la prostitution juvénile, Brannigan et Fleischman (1987) soutiennent que la prostitution est surtout une activité d’adulte motivée par les gains financiers, et non un travail pathologique effectué par les personnes déséquilibrées et les jeunes. Faisant appel à une autre interprétation des données empiriques sur la prostitution chez les jeunes, cet article conteste la position de Brannigan et Fleischman. En premier lieu, l’auteur affirme que même si la plupart des prostitués de la rue sont des adultes, la majorité d’entre eux ont commencé à se prostituer avant l’âge de 18 ans. En outre, comparativement aux non-prostitués, les prostitués ont été davantage victimes de violence physique et sexuelle pendant leur enfance. Enfin, l’auteur reproche à Brannigan et à Fleischman de décontextualiser la décision de se prostituer (c.-à-d. en ne tenant pas compte des facteurs structurels qui contribuent à la prostitution). L’auteur conclut en préconisant une approche socio-juridique qui prend en considération les analyses socio-structurelles et la psychologie sociale des jeunes qui se livrent à la prostitution.
LOWMAN, J. «Street prostitution» dans Deviance Conformity and Control in Canadian Society, deuxième édition, sous la direction de V. Sacco, Scarborough, Ontario, Prentice-Hall Canada Incorporated, 1992.
Diverses valeurs religieuses et morales assorties de croyances au sujet de la sexualité humaine ont servi à concevoir les réponses de la société à la prostitution féminine. Ce document examine la sociologie de la prostitution en étudiant la dynamique du commerce du sexe selon le sexe, la décision de se prostituer et l’achat de services sexuels, les réactions sociales à la prostitution et les relations entre les réponses à la prostitution et l’organisation du commerce du sexe dans la rue. Selon les renseignements biographiques sur la prostitution, nombre de jeunes ont fait une fugue ou ont été chassés de leur milieu familial qu’ils ont décrit comme intolérable. Une fois dans la rue, la prostitution est devenue un moyen de subsistance. En outre, l’auteur présente diverses explications théoriques de la prostitution en fonction de la spécificité des sexes, allant des raisons biologiques aux points de vue féministes. L’auteur soutient que la prostitution résulte d’une structure du pouvoir fondée sur le sexe qui contribue à la pauvreté des jeunes prostitués et à la demande de services sexuels par les hommes.
LOWMAN, J. Prostitution Law Reform in Canada, à paraître dans une anthologie célébrant le cinquantième anniversaire de l’Institut de droit comparé au Japon, Université Chuo, dirigé par T. Shiibashi, 1997.
Ce document fait suite à un article précédent sur les événements qui ont précédé la promulgation de la loi sur le racolage en décembre 1985. Compte tenu de l’expérience de la loi sur le racolage et de l’adoption de la loi interdisant l’achat des services sexuels des jeunes, l’auteur examine l’incidence des activités des groupes d’intérêts sur la réforme de la loi sur la prostitution et la pratique en matière d’application de la loi. Lowman soutient que la loi sur le racolage crée un cadre quasi-judiciaire, selon lequel de nombreux prostitués sont obligés de pratiquer leur commerce dans des endroits dangereux où règne la violence. De plus, les lois prévoyant l’imposition de peines plus sévères à ceux qui achètent les services sexuels de jeunes ou aux proxénètes et les lois qui criminalisent l’achat ou les tentatives d’achat de services sexuels d’une personne de moins de 18 sont rarement appliquées. Cependant, les responsables de l’application de la loi ont commencé à mettre l’accent sur les activités des clients de sexe masculin. L’auteur recommande fortement l’élaboration de stratégies à long terme qui portent sur les conditions propices à la prostitution, assorties de politiques à court terme qui empêchent de recourir aux services sexuels des jeunes, qui visent à corriger la nuisance publique que constitue la prostitution et qui mettent l’accent sur la réduction des préjudices causés aux prostituées.
LOWMAN, J. «Victims and the outlaw status of (street) prostitution in Canada», Violence Against Women: An International and Interdisciplinary Journal, vol. 6, no 9, septembre 2000.
Selon les données du Centre canadien de la statistique juridique, 86 prostitués ont été assassinés au Canada de 1992 à 1998. Dans cet article, Lowman établit le profil des meurtres de travailleurs du sexe en Colombie-Britannique de 1964 à 1998. L’auteur soutient que les reportages des médias sur les activités visant à «se débarrasser des prostitués»
lancées par des personnes de la classe politique, la police et les groupes de résidents pendant les années 1980 ont contribué à la hausse marquée du nombre de meurtres de prostitués après 1980. En plus d’établir le profil des meurtres de prostitués en Colombie-Britannique (p. ex., 32 meurtres de 1992 à 1998, le taux d’affaires classées dans le cas des meurtres de prostitués s’élevant à 34 % contre un taux allant de 77 à 85 % dans le cas des non-prostitués), Lowman examine comment les campagnes visant à éliminer la prostitution de rue de certains secteurs de Vancouver ont contribué à un «milieu social où la violence envers les prostitués pouvait se développer»
. Au milieu des années 1980, plusieurs personnes de la classe politique et groupes communautaires de Vancouver ont fait campagne afin d’éliminer la prostitution de rue de certains secteurs de la ville, sans tenir compte de l’endroit où ce commerce pourrait se déplacer. Nombre de prostitués ont donc été forcés de pratiquer leur métier dans des secteurs plus dangereux et plus isolés de la ville (situation que compliquait encore davantage un système de quasi criminalisation instauré dans le Code criminel). Lowman soutient qu’il y a deux formes de violence à l’endroit des prostitués : circonstancielle (violence qui se produit au «cours d’une transaction»
) et prédatrice (violence préméditée). Cependant, il faut envisager cette violence dans le cadre d’un «continuum de violence envers les femmes en général»
. L’auteur conclut que l’interdiction et la stigmatisation de la prostitution sont les principaux obstacles à l’instauration de conditions de travail plus sûres pour les prostitués et que les gens de la classe politique doivent décider de l’endroit où les prostitués et leurs clients peuvent s’adonner à leurs activités. Il examine également la nécessité d’empêcher les jeunes de commencer à se prostituer et l’importance d’aborder les conditions socioculturelles qui font de la prostitution un choix pour certaines femmes (p. ex., les mauvais traitements infligés aux Autochtones, la féminisation de la pauvreté, l’exploitation sexuelle des jeunes et la toxicomanie).
LOWMAN, J., ATCHISON, C. et FRASER, L. Men who Buy Sex, Phase 1 Report, Ministère du Procureur général de la Colombie-Britannique, 1996.
L’analyse des clients qui achètent les services sexuels des prostitués constitue une lacune manifeste dans les études sur la prostitution. Cette rareté des travaux de recherche sur l’aspect demande du commerce du sexe est liée à un manque de données sur les clients et à la croyance générale selon laquelle les clients sont réticents à parler aux chercheurs. Cette étude utilise diverses méthodes et sources pour obtenir des renseignements sur les hommes qui achètent les services sexuels de prostitués. L’étude a porté sur les aspects suivants : analyse documentaire, questionnaires administrés par Internet et à des hommes qui achètent des services sexuels, entrevues auprès de clients à Vancouver, analyse des feuilles des clients dangereux et étude des dossiers du tribunal concernant les hommes de Vancouver accusés en vertu de la loi sur le racolage (art. 213 du Code criminel). L’étude se divise en deux étapes : la première étape (ce rapport) comprend une analyse documentaire, une analyse des feuilles des clients dangereux et les résultats de l’étude des dossiers du tribunal. Au cours de la deuxième étape, on présentera les résultats des questionnaires et des entrevues qualitatives. Entre autres, l’étude des dossiers du tribunal révèle que l’âge moyen des clients de l’échantillon était de 34 ans, que la majorité d’entre eux était des citoyens canadiens, que la plupart occupaient des emplois manuels et que la plupart étaient blancs. On examine 150 incidents provenant des feuilles des clients dangereux (de novembre 1994 à décembre 1995).
LOWMAN, J. et FRASER, L. Violence Against Persons who Prostitute: The Experience in British Columbia, Ministère de la Justice du Canada, 1996.
Cette étude fait partie d’une série d’évaluations parrainées par le ministère de la Justice du Canada sur l’incidence de la violence à l’endroit des prostitués avant et après la présentation du projet de loi C-49 (loi sur le racolage). Mettant l’accent sur la Colombie-Britannique, les auteurs utilisent de nombreuses méthodes et sources pour décrire la violence envers les personnes qui se prostituent, les caractéristiques des délinquants et les initiatives prises pour prévenir la violence à l’égard des prostitués. Selon les données composites, il y a eu 67 homicides de prostitués en Colombie-Britannique depuis 1978 (60 depuis 1982). L’analyse des homicides dans les journaux indique que l’âge des victimes variait de 15 à 41 ans et que quatre jeunes (de moins de 18 ans) ont été assassinés entre 1974 et 1984. Selon les auteurs, l’analyse préliminaire révèle que les taux de meurtre des prostituées de la rue sont de 60 à 125 fois plus élevés que ceux des femmes non prostituées. Les auteurs établissent un lien indirect entre l’application de la loi sur le racolage et la violence à l’endroit des prostituées : les prostituées sont vulnérables à la violence misogyne des prédateurs sexuels parce qu’elles sont obligées de travailler dans des endroits plus isolés pour éviter d’être découvertes par les autorités.
LOWMAN, J., JACKSON, M., PALYS, T. et GAVIGAN, S. (dir.) Regulating Sex: An Anthology of Commentaries on the Findings and Recommendations of the Badgley and Fraser Reports, Burnaby, C.-B., Simon Fraser University, 1986.
Le rapport du Comité spécial d'étude de la pornographie et de la prostitution (Rapport Fraser) et le rapport du Comité sur les infractions sexuelles à l'égard des enfants et des jeunes (Rapport Badgley ont fait l’objet d’un examen approfondi au sein du public et du milieu universitaire. Dans cette collection de commentaires sur les conclusions et les recommandations des rapports Badgley et Fraser, les rédacteurs cherchent à assembler des commentaires représentatifs, percutants et éclairés pour promouvoir les discussions au sujet des deux rapports. En plus de la réponse du gouvernement fédéral aux rapports Badgley et Fraser, le texte comprend plusieurs articles qui portent précisément sur le rapport Badgley et la prostitution chez les jeunes : 1) Norma McCormick passe en revue les critiques du rapport Badgley à titre de membre du Comité Badgley; 2) Barbara Appleford met en lumière la réponse de la Société canadienne de psychologie aux rapports Badgley et Fraser; 3) Andy Wachtel examine le rapport Badgley en fonction de trois grands thèmes : la découverte de la violence sexuelle à l’endroit des enfants en tant que problème social, le point de vue axé sur l’enfant du rapport et l’ambivalence du Comité à propos des enfants et de la sexualité; 4) Lorenne Clark critique le rapport Badgley en raison de son ton paternaliste et de son incapacité de reconnaître que la violence sexuelle envers les enfants résulte de notre structure sociale patriarcale; 5) Deborah Brock et Gary Kinsman mettent l’accent sur le fait que le Comité Badgley évite de traiter des relations patriarcales qui contribuent aux infractions sexuelles contre les enfants et les jeunes; 6) Terry Sullivan soutien que le Comité Badgley ne tient pas compte des conditions sociales et économiques générales qui font de la prostitution un choix pour certains jeunes et il fait état de la «professionnalisation de la prestation des services»
; 7) John Lowman critique le rapport du Comité Badgley parce que celui-ci recommande la promulgation de lois pour contrôler les jeunes prostitués.
LUNDY, C. et TOTTEN, M. «Youth on the fault line», The Social Worker, vol. 65, no 3, automne 1997, p. 98-106.
Au cours des dernières années, on a assisté à une hausse des niveaux de chômage et de pauvreté et à une réduction de l’aide sociale et des programmes sociaux. Ces changements économiques et sociaux permanents ont eu un effet négatif sur les jeunes défavorisés, un groupe déjà vulnérable et marginalisé. Cette étude examine les effets du chômage, de la pauvreté et de la réduction de l’aide pour résoudre les problèmes sociaux et de l’aide sociale sur les jeunes marginalisés et leur vie quotidienne. Les auteurs ont administré des questionnaires à 606 jeunes (âgés de 12 à 20 ans) qui étaient en contact avec le Bureau des services à la jeunesse d’Ottawa-Carleton. Selon les conclusions, nombre de jeunes défavorisés se livrent à la prostitution, mendient, consomment de l’alcool et des drogues et participent aux activités de bandes pour répondre à leurs besoins. De plus, bien des répondants ont connu la violence dans leur vie de tous les jours (en tant qu’auteurs et que victimes). La plupart des jeunes ont poursuivi leurs études et ont continué de travailler malgré leur situation. Les auteurs soutiennent que nombre de répondants (qu’ils décrivent comme étant sur la ligne de faille) courent un risque élevé et que sans stratégies adéquates de soutien social et économique, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils soient hors de notre portée.
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