Rapport isolé sur les mariages forcés dans l'Ouest canadien

Les histoires

Introduction aux histoires

Les histoires présentées ici font ressortir les points abordés dans l’introduction. Ces histoires sont celles de femmes et d’hommes qui ont été forcés à se marier sous la contrainte ou les menaces. Il s’agit notamment d’histoires de mariage d’un enfant, de mariage par téléphone, de mariage entre cousins, de mariage accompagné du versement d’une dot et de mariage à l’étranger de jeunes Canadiennes et de jeunes Canadiens de l’Ouest du pays. Ces histoires illustrent la détresse et le sentiment d’impuissance des victimes de mariage forcé, ainsi que leur courage et leur force et ceux des personnes qui leur viennent en aide. Il y a des cas de mariage contracté par suite d’une tromperie, en échange d’une somme d’argent, à des fins d’immigration ou dans le but d’avoir une « esclave » domestique.

En lisant les histoires, on constate que les mariages forcés ne sont pas un problème théorique ni un phénomène du passé et qu’ils ne surviennent pas seulement à l’autre bout du monde. Ces histoires sont vécues par des êtres humains qui souffrent dans la société canadienne démocratique, moderne et avancée du 21e siècle. Chacune est véridique. Seuls les noms, les lieux et les occupations ont été changés afin de protéger l’identité des personnes concernées. Ces histoires sont racontées par des fournisseurs de services qui sont confrontés aux conséquences des mariages forcés. De nombreux fournisseurs de services ont dit aux enquêteurs à quel point ils étaient bouleversés et enragés. L’un d’eux a dit : [traduction] « nous sommes formés pour rester objectifs, mais c’est difficile. On nous enseigne que ces histoires ne sont pas les nôtres, mais celles d’autres personnes. Nous sommes ici pour les aider; le fait que nous contribuons à leur guérison nous aide à aller de l’avant ».

Les récits sont différents sur le plan des termes employés, de la structure, de la longueur et du rôle du fournisseur de services. L’intégrité des histoires et de leurs narrateurs a été respectée le plus possible.

Remarque : Les données démographiques tirées des histoires sont présentées à la fin de la présente section.

Histoire no 1

En tant que conseiller en matière d’établissement, je vois souvent des mariages à problèmes, notamment des mariages arrangés et des mariages forcés. Cette histoire a commencé il y a cinq ans. C’est l’histoire du mariage d’un Canadien avec sa jeune cousine habitant au Pakistan. Sa famille s’est rendue dans ce pays pour le marier à la jeune fille. Après la cérémonie du mariage, il est revenu au Canada avec sa famille. Les époux ne se sont pas rencontrés. Avant son départ, il a dit à ses beaux‑parents que sa cousine ne pouvait pas obtenir de visa d’immigrant et qu’il lui téléphonerait plus tard. L’épouse a attendu pendant cinq ans de pouvoir venir au Canada. Elle et sa famille étaient inquiètes et ont cherché à savoir pourquoi elle n’obtenait pas de visa. On leur a dit que son mari avait fait une demande de visa d’immigrant et qu’il espérait que celui‑ci serait bientôt délivré. Or, cinq ans se sont écoulés avant qu’elle obtienne le visa et vienne au Canada. Lorsqu’elle est arrivée, son mari n’a rien voulu savoir d’elle. La première nuit, il lui a dit qu’il n’était pas prêt à l’épouser, que ses parents l’avait forcé à le faire et qu’il n’avait rien dit parce qu’il respectait la décision de ses parents et qu’il craignait pour leur santé. Il n’était toutefois pas intéressé par le mariage et il n’y avait aucun avenir pour eux. Il lui a ensuite demandé de sortir de sa chambre. Elle a voulu lui parler, mais il a refusé.

Le lendemain, elle a parlé de cette conversation à ses beaux‑parents. Ils lui ont dit d’essayer de gagner la faveur de son mari et qu’il serait O. K. Ils ont dit qu’elle avait le [traduction] « devoir moral de le faire ». Elle a donc essayé de plaire à son mari et de répondre à ses besoins, mais il l’a repoussée. Il lui a dit de lui ficher la paix parce qu’il était capable de prendre soin de lui‑même. Elle est restée tranquille et a essayé de sauver son mariage pendant quatre mois. Lorsqu’elle s’est rendu compte que ses efforts étaient vains, elle a décrit toute la situation à ses parents au Pakistan. Ils lui ont conseillé d’en parler aux membres de sa famille vivant au Canada, ce qu’elle a fait. Son oncle et sa tante se sont rendus chez elle pour discuter de la situation avec elle et ses beaux‑parents. Ces derniers n’étaient pas très heureux et lui ont demandé de quitter leur maison. Elle les a suppliés et leur a dit qu’elle voulait rester avec eux. Ses beaux‑parents ont refusé et lui ont demandé à nouveau de partir. Elle est allée chez son oncle parce qu’elle a été forcée de quitter la maison de ses beaux‑parents.

C’est à ce moment qu’elle m’a téléphoné et m’a posé des questions au sujet de l’aide qu’elle pouvait obtenir au Canada. Elle est ensuite venue me voir et m’a raconté toute son histoire. Je lui ai parlé des ressources à sa disposition et des manières d’obtenir de l’aide. Je l’ai dirigée vers un organisme disposant de plus de ressources et d’une plus grande expertise. Mon organisme a toutefois continué de l’aider et de l’informer au sujet des lois en vigueur au Canada, des droits de la personne, de la violence familiale et des possibilités en matière d’études.

Ses beaux‑parents ont proféré des menaces à son endroit et lui ont dit que son parrainage allait être révoqué. Elle était très inquiète, mais je l’ai assurée qu’ils ne pouvaient pas faire cela. Elle était soulagée. Je lui ai également donné de l’information sur l’aide juridique, les options en matière de logement et l’aide sociale. Elle préférait cependant vivre chez son oncle. Je lui ai conseillé de réfléchir à la possibilité de s’inscrire à un CALS et à d’autres programmes d’études du gouvernement.

Elle est venue me voir la première fois il y a quatre mois. Et mon dernier contact avec elle remonte à deux semaines. Elle vit actuellement chez son oncle et suit un CALS. Lorsqu’elle est venue me voir, elle avait très peur et était inquiète pour l’avenir. Elle a maintenant repris confiance. Elle m’a appelé récemment pour me dire qu’elle pensait faire un voyage au Pakistan. Elle avait toutefois appris indirectement que ses beaux‑parents prévoyaient révoquer son parrainage et cacher ses documents d’immigration. Je lui ai toutefois assuré que les autorités de l’immigration avaient tous ses documents et que ses beaux‑parents ne pouvaient pas faire ce qu’ils lui disaient. À la fin de sa visite, elle a dit aussi, en pleurant, que sa famille au Pakistan lui disait qu’elle était incapable de gagner le cœur de son mari et que c’était pour cette raison que son mariage était un échec.

La présente étude est très importante. Grâce à ce genre d’étude, des personnes apprendront ce qui peut leur arriver et arriver à leurs fils et à leurs filles.

Histoire no 2

Je suis travailleur social dans un grand hôpital. Je vois des gens qui ont subi des traumatismes, je vois aussi leurs familles. Récemment, j’ai vu des réfugiés de la Somalie. La question du mariage forcé est abordée lorsqu’ils se sentent à l’aise. Dans leur culture, il n’est pas rare que des mariages forcés avec des étrangers soient arrangés, parfois à des fins d’immigration, ou que des personnes soient envoyées à l’étranger afin d’avoir un meilleur avenir. Il arrive parfois que des parents vendent leurs filles, souvent à des personnes très violentes, pour de l’argent. C’est ce type de cas que je vois dans mon travail. Lorsque les jeunes filles se mettent à parler, elles disent qu’elles sont victimes de violence psychologique et physique. Elles ne sont pas heureuses, elles ont peur; elles ne savent pas vers qui se tourner. Cette information provient de la famille des patientes.

Lorsqu’elle s’est sentie suffisamment à l’aise avec moi, la femme de l’un de mes patients m’a parlé des nombreuses fois où son mari s’en est pris à elle verbalement et physiquement. Elle avait peur de demander de l’aide parce qu’elle craignait la réaction de sa communauté. Elle avait le sentiment qu’il faudrait qu’elle coupe les ponts avec sa communauté si elle obtenait de l’aide. Les mariages forcés sont la norme culturelle dans la communauté somalienne. Elle avait 13 ans au moment de son mariage et 22 ans lorsque je l’ai vue. Elle a été gravement maltraitée pendant toutes ces années. Elle a été traitée comme une servante au service non seulement de son mari et de son enfant, mais aussi de sa belle‑famille élargie. Elle avait très peur lorsqu’elle me parlait. Elle n’était pas autorisée à sortir ou à parler à des étrangers. Elle est venue à l’hôpital uniquement parce que son mari avait eu un accident qui lui avait causé une grave blessure à la tête. Elle avait donc été autorisée à venir à l’hôpital. Mais ses visites ont cessé après quelques semaines. Elle m’a dit qu’elle n’avait aucun soutien de sa propre famille car celle‑ci vivait en Somalie. Elle endure cette violence seule et en silence.

J’ai essayé de la diriger vers un organisme offrant des services aux immigrants. J’ai parlé à un groupe de femmes. J’ai aussi communiqué avec les responsables d’un programme du gouvernement fédéral s’adressant aux réfugiés et ils m’ont mis en lien avec un autre organisme. Lorsque j’ai parlé à celui‑ci, on m’a dit que ma cliente devait se présenter en personne pour obtenir de l’aide. J’ai dit à ma cliente de se rendre au bureau de l’organisme en question. Je l’ai aiguillée en bonne et due forme et j’ai pris un rendez‑vous pour elle. Elle ne s’y est toutefois pas rendue et, lorsque je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu qu’elle avait peur et que la famille de son mari était toujours avec elle. Son mari est resté à l’hôpital durant quatre mois, mais elle n’est plus venue le voir après deux semaines. J’ai téléphoné chez elle pour savoir comment elle allait, mais elle avait trop peur pour me parler. Je n’ai aucun moyen de savoir comment elle va maintenant, mais je sais qu’elle a très peur et qu’elle ne peut rien faire d’autre qu’obéir. Elle semble prise au piège.

Histoire no 3

Je travaille au sein des services à la famille d’une organisation de femmes. C’est l’histoire d’une jeune fille du Moyen‑Orient dont j’ai fait la connaissance un peu par hasard. Je me trouvais dans une épicerie lorsque j’ai vu une jeune fille portant des lunettes noires et essayant de lire les étiquettes sur des produits. Elle avait l’air d’une immigrante du Moyen‑Orient. Je lui ai demandé si elle avait besoin d’aide pour lire l’étiquette et, lorsqu’elle m’a répondu, je me suis rendu compte qu’elle ne parlait pas bien anglais. Comme je connaissais sa langue, je lui ai expliqué les étiquettes. J’ai aussi remarqué qu’elle avait des ecchymoses sur le visage et les bras. Je lui ai demandé quel était son problème et elle m’a raconté son histoire.

Elle avait été donnée en mariage à un homme du Canada qui s’était rendu dans son pays d’origine. Elle ne voulait pas l’épouser et venir au Canada, mais ses parents ont accepté la proposition. Le mariage a eu lieu et elle est venue au Canada immédiatement après. Son mari avait donné à sa famille de faux renseignements à son sujet et au sujet de son travail. La jeune fille pensait qu’il était riche et qu’il avait un bon emploi, mais il vivait dans un HLM et gagnait très peu d’argent. Peu de temps après son arrivée au Canada, il a commencé à la battre. Il était agressif quand ils avaient des rapports sexuels et il se livrait aussi à des perversions sexuelles. Il la frappait, lui tirait les cheveux et avait ensuite des rapports sexuels avec elle. Il l’enfermait lorsqu’il quittait la maison. Elle ne pouvait aller magasiner qu’avec lui. Le jour où je l’ai rencontrée, elle avait pu sortir parce qu’elle avait dit à son mari qu’elle avait besoin de provisions pour faire la cuisine pour lui et ses amis. Au moment où elle sortait de son appartement, sa voisine sortait du sien et lui a demandé ce qui n’allait pas. La voisine l’avait entendue pleurer et crier, mais ma cliente avait tellement peur qu’elle lui a dit que tout allait bien.

Je lui ai remis ma carte, où étaient inscrits l’adresse et le numéro de téléphone de mon bureau, et lui ai demandé de les mémoriser puis de me remettre la carte. Je me suis éloigné; je l’ai vue mémoriser mes coordonnées, laissé la carte sur la tablette et partir. J’ai alors récupéré la carte et je suis retourné chez moi. Dix jours plus tard, elle a été conduite à mon bureau par la police. J’ai appris que son mari avait voulu la vendre à des fins sexuelles à ses amis afin d’obtenir de l’argent pour se procurer de la drogue. Elle a résisté et a été battue. La voisine a entendu ce qui se passait et a appelé la police. La jeune fille s’est enfuie avec l’aide de sa voisine et a dit à la police de la conduire à mon bureau. Nous lui avons procuré des objets de première nécessité et avons traduit sa déclaration à la police. Je me suis ensuite rendu au refuge avec elle et les policiers. Nous l’avons aussi soutenue sur le plan émotif en lui disant : [traduction] « ce que tu fais est bien, tu t’es tenue debout et tu as fui une situation de violence, tu n’as aucune raison d’avoir honte et d’avoir des regrets ». Nous n’avons pas réussi à ce moment‑là à apaiser la peur qu’elle ressentait à l’égard de son mari et de sa communauté. Elle est restée au refuge durant deux semaines, puis la police l’a envoyée en Orient. Avant de partir, elle a dit qu’elle voulait me voir. La police l’a conduite ici. J’ai à nouveau téléphoné à sa famille en Orient afin de m’assurer qu’elle ne serait pas maltraitée. Mon organisme lui a donné certaines choses dont elle avait besoin. Elle voulait que j’aille à l’aéroport avec elle, mais les policiers n’ont pas voulu que je l’accompagne parce que les amis de son mari auraient pu s’y trouver. Nous nous sommes donc dit au revoir et elle est partie avec les policiers. Elle a été conduite dans l’aérogare par une entrée spéciale et des policiers ont pris l’avion avec elle afin qu’elle se rende bien à destination.

Elle a obtenu son divorce deux ans plus tard grâce aux policiers et aux témoins. N’eût été de ces personnes, son mari ne lui aurait pas accordé le divorce. Elle me téléphone de temps en temps. Elle nous a dit qu’elle est maintenant mariée et mère. Elle m’a cependant dit aussi qu’elle était accusée d’adultère par sa belle‑famille et que sa propre famille lui reprochait de ne pas avoir réussi son mariage parce que c’est toujours sur les épaules de la femme que repose la réussite d’un mariage.

Histoire no 4

À titre de travailleur communautaire, je suis au courant de cas de conflits familiaux et j’aide ma communauté à les régler. C’est l’histoire du mariage forcé d’une jeune fille de notre communauté au Canada. Elle allait à l’école avec un jeune homme d’une autre religion. La famille du garçon était au courant de cette relation, mais je ne sais pas si c’était aussi le cas des parents de la jeune fille. Celle‑ci avait l’habitude de se rendre chez le jeune homme pour le voir et pour voir sa sœur. Tout allait bien. J’ignore comment ses parents ont découvert ce qui se passait, mais ils ont suivi leur fille un jour où elle se rendait chez le garçon. La jeune fille les a vus et a essayé de s’enfuir. Les parents ont demandé au garçon de sortir de la maison et ont commencé à le battre. Les voisins ont appelé la police. Celle‑ci s’est rendue sur les lieux. Elle n’a pas déposé d’accusations, mais elle a empêché la jeune fille de retourner chez elle pour des raisons de sécurité. Pendant trois ou quatre jours, les parents ignoraient où se trouvait leur fille. J’ai essayé de leur parler pour les convaincre de faire confiance à leur fille, mais ils ne m’ont pas écouté. Pendant ce temps, ils envoyaient des messages aux parents du garçon et se sont même rendus chez lui à une occasion pour leur dire que, lorsqu’ils retrouveraient leur fille, ils la marieraient à leur fils. La jeune fille est retournée chez elle. Quelques jours après cependant, ses parents ont dit : [traduction] « pourquoi n’irions‑nous pas en Inde? Ta grand‑mère est âgée. Nous devrions aller la voir. » La jeune fille est donc partie. C’était un jeu qu’ils jouaient. En Inde, sa famille avait déjà arrangé le mariage de la jeune fille et, peu de temps après son arrivée, elle l’a forcée à se marier. Elle n’a pas pu revenir au Canada parce qu’elle n’a pas eu la permission de le faire jusqu’à ce qu’elle soit enceinte de son mari.

Histoire no 5

Un jeune homme ayant des idées suicidaires parce qu’il en avait assez d’être déchiré entre ses désirs et ses responsabilités a communiqué avec moi. Peu de temps auparavant, il avait été marié à une jeune fille de l’Inde, malgré le fait qu’il avait une liaison avec une autre jeune fille née et élevée au Canada appartenant à une autre culture que la sienne.

Le mariage découlait d’une série de faits reliés entre eux, d’attentes et de responsabilités familiales. La sœur du jeune homme avait épousé un homme de l’Inde quatre ans auparavant et une fille était née de ce mariage. Le beau‑frère, qui avait parrainé ses parents et ses frères et sœurs, voulait maintenant parrainer son frère marié et la famille de celui‑ci. Or, comme il avait déjà pris un engagement financier, il ne pouvait pas démontrer qu’il disposait d’un revenu suffisant pour satisfaire aux exigences d’un nouveau parrainage. Il a exigé de sa belle‑famille qu’elle marie son fils (le jeune homme qui a communiqué avec moi) à sa propre nièce (celle‑ci pourrait ensuite parrainer ses propres parents, frères et sœurs). Il a aussi dit que, si ce mariage n’avait pas lieu, il divorcerait de leur fille (la sœur du jeune homme) et renierait son enfant. Le jeune homme et la famille étaient confrontés à plusieurs dilemmes :

  1. une femme divorcée avec un enfant serait stigmatisée dans la communauté. Elle était jeune, mais son avenir serait sombre;
  2. le jeune homme était amoureux d’une autre jeune fille et ils envisageaient de se marier et de s’établir;
  3. la famille était hindoue et avait depuis longtemps comme tradition de ne jamais consentir au mariage de l’un de ses fils avec une fille d’une autre famille à laquelle l’une de ses filles avait été donnée en mariage. (Dans les faits, ce principe était suivi par la plupart des hindous et, non seulement il a contribué à faire en sorte qu’un nombre sans cesse croissant de membres de la famille soient aidés, mais il a aussi justifié que des efforts soient déployés pour mettre fin à la contrainte et aux pressions au sein des familles.)

Au bout du compte cependant, on a réussi à [traduction] « persuader » le jeune homme d’assurer le bien‑être et l’avenir de sa sœur et de sa nièce en épousant la nièce de son beau‑frère. Ce mariage de convenance a été arrangé sous la contrainte et a été célébré lorsque le jeune homme et son père sont allés en Inde avec le beau‑frère; le rokah (les fiançailles) ont eu lieu le premier jour, le mahian (la célébration prénuptiale), le deuxième jour, le mariage, le troisième jour, et la lune de miel, les quatrième et cinquième jours. Le sixième jour, le beau‑frère et le jeune homme ont déposé tous les documents à l’ambassade, dont des photos prises à chacune de ces occasions. Le jeune homme est revenu au Canada le septième jour.

Le jeune homme est revenu au Canada. Il a essayé de rompre avec sa petite amie. Sa femme l’a rejoint six mois plus tard. Lorsque le jeune homme a communiqué avec moi, il voulait mettre fin à ses jours parce qu’il était marié à une jeune fille pour laquelle il ne ressentait rien, mais dont il était responsable. Il devait aussi remplir les documents nécessaires pour parrainer la famille de sa femme, comme son beau‑frère l’avait exigé, à défaut de quoi celui‑ci divorcerait de sa sœur. Celle‑ci était maltraitée assez souvent par son mari.

Le jeune homme ne savait pas comment il pourrait continuer à vivre avec le traumatisme causé par ce qui arrivait à sa sœur, à sa nièce et à sa femme et avec les sentiments qu’il avait pour sa petite amie.

Il n’a pas mis fin à ses jours. Il a choisi d’aider sa sœur en restant avec sa femme et en parrainant la famille de celle‑ci. Il est aigri et en colère au point de maltraiter sa femme. Ainsi, le cycle de contrainte et de pressions recommence.

Histoire no 6

Je suis un psychologue agréé et je travaille bénévolement comme conseiller pour une organisation de femmes en Alberta. Il s’agit de l’histoire d’une jeune fugueuse de 19 ans qui habitait dans un refuge pour jeunes. Celui‑ci a référé la jeune fille à mon organisation et nous a demandé de l’aider.

Elle est venue me voir et m’a raconté son histoire. Elle vient de la Colombie‑Britannique et ses parents vivent dans cette province. Elle a dit qu’ils allaient la marier à un étranger, mais qu’elle voulait poursuivre ses études après l’école secondaire. Or, l’une des conditions posées par la famille de cet homme était qu’elle ne fasse pas d’études après le mariage. Ce n’était cependant pas la principale raison pour laquelle elle avait fugué. Son histoire est beaucoup plus compliquée. Sa sœur aînée a été mariée à un homme de l’Inde. Le mariage a été célébré dans le village de ses parents en Inde, après quoi le couple est revenu au Canada. Après quelque temps, la belle‑mère est venue au Canada et s’est installée chez le couple. Elle exerçait un contrôle considérable sur sa belle‑fille et était violente à son endroit. Par exemple, elle a dit à son fils : [traduction] « ta femme a parlé à un homme en anglais parce que je ne pouvais pas comprendre ce qu’elle disait. J’ai pris l’autre téléphone et j’ai entendu la voix d’un homme. » Son fils l’a crue et a battu sa femme. La belle‑mère a continué de parler contre sa belle‑fille et le mari a commencé à se méfier de sa femme. Il contrôlait ce qu’elle faisait, vérifiait son odomètre, son courrier et ses appels téléphoniques et lui interdisait de parler aux membres de la famille. Elle était très malheureuse. Ses belles‑sœurs ont alors lancé l’idée d’un autre mariage : celui de sa sœur cadette avec le cousin du mari de sa sœur. Cette dernière n’approuvait cependant pas cette idée parce que sa belle‑famille était très violente. Elle a dit que sa sœur ne serait pas heureuse si elle épousait un homme appartenant à une famille qui ne veillait pas au bien‑être des belles‑filles et qui ne les respectait pas. Les membres de la famille de son mari ont fini par découvrir cette objection et s’en sont pris physiquement à elle. Ils l’ont privée d’argent et ont exercé de la violence verbale à son endroit. Sa famille a essayé d’intervenir, mais les parents du mari lui ont dit que la fille aînée était très désobéissante, qu’elle ne respectait pas ses beaux‑parents et qu’elle était très gâtée. Elle devait être mise au pas. Si la famille mariait la fille cadette à un de ses fils, la sœur aînée, en voyant agir sa petite sœur, deviendrait plus obéissante et la violence cesserait. [traduction] « La discipline ne doit pas être considérée comme de la violence. C’est de cette façon que les Blancs parlent. »

Sa famille a donc décidé de donner la cadette en mariage au deuxième cousin du gendre. Tout s’est bien passé pour le nouveau couple durant deux ans, puis les parents du mari se sont mis à exercer des pressions sur sa famille afin que la troisième fille – celle qui est venue chercher de l’aide auprès de moi – épouse le cadet de la famille afin que celui‑ci puisse immigrer. Comme la famille hésitait, la cadette a aussi été victime de violence verbale et d’humiliation ainsi que d’autres formes de manipulation psychologique. La jeune fille qui a fait appel à moi s’est alors soudainement rendu compte qu’elle serait également forcée à épouser un homme de cette famille afin que cette sœur ne soit plus maltraitée. C’est à ce moment qu’elle a décidé de s’enfuir en Alberta et de ne plus avoir de rapports avec sa famille pendant quelque temps.

Lorsqu’elle est venue ici, nous lui avons offert un soutien moral et affectif. Je l’ai trouvée courageuse. C’était une jeune femme de 19 ans qui avait ses propres opinons. Nous lui avons demandé ce qu’elle voulait que nous fassions pour elle. Elle a dit qu’elle voulait que nous lui trouvions une famille d’accueil. Elle voulait aussi de l’aide pour obtenir un prêt étudiant. Nous lui avons trouvé un endroit où habiter et l’avons envoyée voir un conseiller d’orientation qui l’a aidée à obtenir un prêt étudiant. Elle a terminé sa formation et a maintenant un emploi.

Histoire no 7

Je suis consultant pour un organisme offrant des services aux femmes. Le cas dont je vais vous parler m’a été transmis par une avocate. Celle‑ci m’a envoyée sa cliente, qui m’a remis un bref document exposant son cas, et m’a demandé si notre organisme pouvait écrire une lettre expliquant pourquoi sa cliente ne devait pas être expulsée vers son pays d’origine. J’ai interrogé la cliente et ai rédigé une lettre expliquant les circonstances dans lesquelles elle avait été amenée au Canada. Nous avons expliqué qu’elle était une victime innocente.

Voici l’histoire de cette jeune femme originaire du Panjab. Sa mère est décédée alors qu’elle avait dix ans et son père s’est remarié. Sa belle‑mère considérait qu’elle était un fardeau, une bouche de plus à nourrir. De plus, elle devrait avoir une dot au moment de son mariage. Plus tard, elle s’est prise d’affection pour un jeune voisin, mais elle savait qu’il ne l’épouserait pas si elle n’avait pas de dot. Lorsqu’elle avait 18 ans, un Canadien âgé de 45 ans – un veuf qui avait deux enfants et qui travaillait comme camionneur – a proposé de l’épouser. Elle ne voulait pas se marier avec lui, mais ses parents l’ont forcée à le faire. Ils affirmaient que, si elle ne se mariait pas, elle allait devoir travailler comme servante dans la maison de quelqu’un d’autre et qu’elle pourrait être traitée comme une concubine. Elle était très malheureuse lorsqu’elle a consenti au mariage.

Après le mariage, alors qu’elle était en transit, elle a appris qu’elle allait entrer clandestinement au Canada avec un faux passeport et un faux visa. Avant que l’avion n’atterrisse en Colombie‑Britannique, son mari lui a dit ce qu’elle devait faire. Elle devait se présenter aux autorités de l’immigration et leur dire qu’elle voyageait seule et qu’elle avait perdu ses documents de voyage. Elle devait leur montrer son billet. Elle a demandé à son mari ce qui lui arriverait. Il a répondu que les autorités l’arrêteraient, puis la laisseraient peut‑être partir. Si elle disait qu’elle était avec son mari, il le nierait. Il a dit qu’il leur dirait qu’il ne la connaissait pas. Lorsqu’elle s’est présentée aux autorités de l’immigration, elle a été arrêtée parce qu’elle était une étrangère clandestine. Une policière qui connaissait sa langue s’est présentée afin qu’elle soit interrogée de manière adéquate. Elle a dit à la policière qu’elle voyageait seule et que sa tante devait venir la chercher à un gurudwara (temple sikh). S’ils la conduisaient à cet endroit, elle y rencontrerait sa tante. La policière a eu pitié d’elle et a payé sa facture. Elle a été libérée sous caution et s’est rendue au gurudwara, où sa belle‑mère est venue la chercher. C’était comme si elle avait disparu et n’était plus en liberté sous caution. Lorsqu’elle est allée chez son mari, elle a découvert qu’il travaillait aux États‑Unis et qu’il vivait avec une autre femme. Elle avait été amenée au Canada pour travailler pour la famille et les enfants de son mari. Quand il revenait au Canada, il couchait avec elle et elle a eu un fils. La plupart du temps, elle était traitée avec cruauté, réprimandée et humiliée. Sa belle‑mère et son mari lui disaient qu’elle serait expulsée si elle essayait de s’échapper parce qu’elle était entrée clandestinement au Canada.

Lorsque son fils avait cinq ans, elle a fait la connaissance d’une femme au gurudwara. Cette femme, qui venait de l’Alberta, est devenue son amie. Avec le temps, elle lui a raconté son histoire et la femme lui a manifesté beaucoup de sympathie et a voulu l’aider. Un jour, elle a quitté la maison pour aller au gurudwara avec son fils et n’est jamais revenue. Son amie l’a emmenée en Alberta et lui a offert un emploi de femme de chambre dans son motel. La famille de son mari a cependant continué à la chercher et a finalement appris qu’elle vivait en Alberta. Elle l’a signalée aux autorités de l’immigration, mais son amie, la propriétaire du motel, a retenu les services d’un avocat pour la défendre. Cet avocat a demandé à mon organisme d’agir comme interprète culturel et a informé le tribunal et le juge de ce qui leur arriverait, à elle et à son fils, s’ils étaient expulsés vers l’Inde.

J’ai écrit que son fils risquait fortement d’être victime de négligence et de violence en raison de la fuite de sa mère s’il allait vivre dans la famille de son père au Canada. S’il était envoyé en Inde avec sa mère, il ne recevrait pas une bonne éducation car sa mère n’aurait pas les moyens de l’envoyer dans une école où le niveau d’anglais était au moins moyen. Le garçon parle seulement anglais. Il ne pourra pas s’instruire, il n’apprendra pas un métier et il sera pauvre toute sa vie. La mère, en tant que femme séparée ne possédant aucune compétence particulière, sera stigmatisée pour avoir quitté son mari et elle devra travailler comme servante; elle pourrait aussi être forcée à accorder des faveurs sexuelles. Ce sont les arguments que mon organisme a fait valoir.

L’avocate a défendu ma cliente, puis nous a informés qu’elle avait gagné et que la mère et le fils restaient au Canada. Le fils est un élève brillant de l’école élémentaire qu’il fréquente et il a une chance de devenir un citoyen productif du Canada.

Histoire no 8

Notre influence sociale (nos pressions) peut, sans que nous le voulions, mener à la manipulation de jeunes gens afin qu’ils se marient. C’est l’histoire d’un jeune homme que l’on a persuadé, gentiment, d’épouser une jeune fille de l’Inde – son pays d’origine – alors qu’il ne voulait pas se marier avec elle. Dans les communautés de l’Asie du Sud, il est très fréquent que le mariage d’un adulte soit arrangé par ses parents avec un jeune homme ou une jeune femme vivant dans le pays d’origine. Le cas a été porté à mon attention après l’intervention des services d’urgence.

Le jeune homme est un citoyen canadien. Son mariage a été arrangé en Inde avec l’aide des membres de sa famille et de sa communauté dans ce pays. Il a été célébré selon les rites religieux traditionnels avec la participation de la communauté, comme tout mariage traditionnel. Après la cérémonie, le jeune homme est revenu au Canada et a parrainé son épouse. Il a maintenu des rapports avec elle pendant tout le temps qu’elle attendait pour pouvoir immigrer au Canada. Il voulait réussir son mariage même si celui‑ci avait été arrangé et qu’il s’était marié sous les pressions de sa famille. Il pouvait compter sur sa famille. Celle‑ci était bien considérée dans la communauté. L’épouse est venue au Canada après avoir obtenu ses documents d’immigration. Quelques semaines plus tard, elle a téléphoné au 911 parce qu’elle était victime de violence conjugale et familiale. Lorsque le 911 a répondu, les policiers ont entendu les deux versions de l’histoire et de l’aide a été offerte aux deux époux. Quelques jours plus tard, elle a téléphoné à nouveau au 911 et a indiqué qu’elle avait été victime d’actes de plus en plus violents. Après le deuxième appel, une aide et des ressources additionnelles ont été offertes à toutes les personnes concernées. La jeune fille ayant exprimé le désir de quitter la famille, et dans son propre intérêt, on l’a aidée à le faire et on l’a mise en contact avec d’autres ressources. Le principal objectif consistait à la protéger. Une fois sa sécurité assurée, elle a eu accès aux autres ressources dont elle avait besoin pendant cette étape de transition.

Une évaluation minutieuse de la situation a été effectuée par la police et des travailleurs sociaux de l’unité du service de police chargée des cas de violence conjugale. Les fournisseurs de services ont appris que la jeune fille n’avait pas l’intention d’honorer son mariage et de faire en sorte qu’il soit réussi. On pense qu’elle se serait peut‑être également mariée sous la contrainte et qu’elle aurait peut‑être un petit ami en Inde. Elle avait planifié sa fuite dès qu’elle a pu après avoir immigré au Canada. Elle a utilisé les lois et les ressources du Canada à son avantage pour atteindre son objectif. Le jeune homme était la victime dans cette affaire parce qu’il a été l’objet de violence émotive et psychologique ainsi que d’exploitation financière. Il souffrait également du fait d’être stigmatisé par la société parce que sa femme l’avait quitté.

Histoire no 9

Je me suis occupé du cas d’une femme d’une trentaine d’années (de l’Inde) qui n’était pas mariée. Son frère avait de la difficulté à lui trouver un époux. Il a finalement trouvé un homme de l’Alberta qui était beaucoup plus vieux qu’elle – il était âgé d’un peu plus de 60 ans. Elle a été forcée à l’épouser. Une fois arrivée au Canada cependant, elle a découvert que son mari était alcoolique et qu’il ne lui avait pas dit qu’il avait des enfants plus âgés. De nombreux actes de violence ont été commis et d’autres problèmes ont surgi entre eux, au point où elle est même allée dans un refuge à un certain moment.

Elle a été mariée pour des raisons financières. Sa famille était très pauvre et, lorsque ses frères ont entendu parler de l’homme de l’Alberta, ils ont exercé des pressions sur elle en faisant valoir que l’homme avait un bon emploi et était riche. La vie de la femme était difficile parce les enfants adultes de son mari ne l’acceptaient pas. Les mariages arrangés sont habituellement fondés sur des raisons financières : l’un des époux est riche et la famille de l’autre considère que le mariage l’aidera à mettre fin à ses difficultés financières. Dans la majorité des cas, c’est la famille de la femme qui a besoin d’aide; celle‑ci est forcée à se marier et va vivre chez son futur époux.

Souvent, ces mariages sont marqués par la violence émotive et les traumatismes. La femme (qui a quitté l’Inde pour venir au Canada) ne disposait d’aucune ressource financière et il lui était interdit de sortir parce que son mari ne voulait pas qu’elle parle à d’autres personnes et qu’elle soit mise au courant de ses droits. Il est même interdit à certaines femmes de sortir et de rencontrer des gens; la violence est souvent présente et ce n’est que lorsque la police découvre ce qui se passe que ces femmes peuvent sortir de la maison. Dans certains cas, ce sont les voisins qui appellent la police. Certaines femmes apprennent ce que sont leurs droits en regardant la télévision ou en parlant à d’autres personnes. Elles appellent ensuite elles‑mêmes la police. Certains cas sont maintenant réglés; lorsqu’une famille a changé sa façon de vivre (le couple s’est attaqué à ses problèmes et les a réglés lui‑même). Dans certains cas, les femmes quittent la maison; un bon nombre d’entre elles y retournent cependant en raison des pressions exercées par leur propre famille.

Histoire no 10

Une femme est venue me voir et m’a confié ce qu’elle vivait. Elle n’était pas ma cliente, elle voulait seulement obtenir de l’aide.

Elle est venue me voir et s’est confiée à moi parce que son mariage avait été arrangé contre son gré et que son mari et ses beaux‑parents la maltraitaient. Elle vivait dans une situation de violence. Les personnes qui sont originaires d’une région rurale de l’Inde ou qui appartiennent à une famille indienne traditionnelle n’habitent pas seulement avec leur mari, mais aussi avec leur belle‑famille. Ainsi, si vous épousez le benjamin d’une famille, vous devrez vivre avec sa famille élargie. Dans le cas en question, la personne était maltraitée par tous les membres de cette famille. Elle avait une vingtaine d’années (25 ans environ) et elle était mariée depuis à peu près deux ans. Au début, elle ne sortait jamais et ne faisait qu’endurer les mauvais traitements. Plutôt instruite – elle avait terminé ses études secondaires –, elle a commencé à suivre des cours. Ses beaux‑parents et son mari exerçaient des pressions sur elle afin qu’elle se trouve un emploi; elle a alors décidé d’aller à l’école. Elle faisait même du bénévolat. Elle avait le statut d’immigrante reçue et elle attendait d’obtenir sa citoyenneté. Une autre épée de Damoclès pendait au‑dessus de sa tête : sa belle‑famille l’avait parrainée, elle était une épouse parrainée et sa belle‑famille menaçait de mettre fin au parrainage et de la renvoyer chez elle si elle faisait quelque chose qui ne lui plaisait pas.

Les parents venant de régions rurales (qui sont généralement plus traditionnelles) estiment que le fait que leur enfant puisse épouser une personne du Canada est important. Le reste de la famille aura ainsi une vie meilleure, c.‑à‑d. le reste de la famille pourra venir au Canada ou, à tout le moins, obtenir un certain soutien financier. Si elle remplit les conditions (si elle obtient sa citoyenneté), elle pourra commencer à faire venir sa famille ici. C’est la principale raison pour laquelle les filles acceptent à contrecœur un mariage arrangé. De toute évidence, cette femme ne pensait pas qu’elle serait maltraitée. Elle a accepté de se marier parce qu’elle pensait qu’elle et sa famille auraient ainsi une vie meilleure. Dans ce cas particulier, la jeune femme était très simple et le mari était très « occidentalisé ».

Après le mariage, elle a été maltraitée par son mari et elle était pratiquement prise au piège. Elle ne pouvait pas retourner chez elle : la plupart des mariées qui viennent au Canada puis décident de retourner dans leur pays sont fortement stigmatisées. Les parents ne veulent pas que leurs filles reviennent chez eux dans un tel cas en raison de l’honneur de la famille. L’honneur de la famille passe avant tout, de sorte que la jeune femme ne dirait probablement rien à sa famille en Inde, mais essaierait de trouver des ressources ici au Canada. Elle avait entendu parler d’une jeune fille qui était retournée dans son pays d’origine et qui avait été rejetée par sa famille à cause de l’honneur de la famille; la famille aurait été ostracisée si elle l’avait acceptée. Ainsi, les femmes qui se trouvent dans une telle situation n’essaient pas de retourner dans leur pays d’origine, elles ne font que se soumettre à la violence et restent avec leur mari. Un grand nombre de femmes en arrivent à se suicider ou, si la situation est réellement désespérée, elles trouvent des ressources ici pour les aider – par exemple, la police ou un refuge. Une jeune fille indienne traditionnelle qui a une relation avant le mariage agit de manière très honteuse; on craint qu’elle puisse avoir des rapports sexuels avant le mariage ou même qu’elle tombe enceinte. Dans ce cas, sa famille n’hésiterait pas à faire en sorte qu’elle soit tuée – on parle alors de « crime d’honneur » (je répète que cela se produit dans les familles traditionnelles). Des crimes d’honneur ont aussi été commis ici au Canada. Dans le cas dont je parle, la jeune fille a finalement quitté son mari; elle a pu suivre des cours et apprendre un métier. Lorsqu’elle est partie, elle a pu se rendre dans un refuge avec son enfant. Le mari n’était pas particulièrement intéressé parce que l’enfant était une fille et que les filles sont considérées comme un boulet. Grâce à ses efforts, la jeune fille et sa fille s’en sont bien sorties.

Une telle situation survient dans des communautés très traditionnelles; il y a des communautés progressistes et instruites qui permettent aux enfants de choisir eux‑mêmes leur époux ou leur épouse.

Histoire no 11

C’est l’histoire d’une femme de l’Inde sans instruction âgée d’un peu plus de 30 ans. Elle est d’origine sud‑asiatique et est citoyenne canadienne. Elle a été forcée à épouser un homme ayant 25 ans de plus qu’elle, parce qu’il vivait au Canada. Sa famille pensait qu’elle pourrait ensuite la parrainer.

Après son mariage, elle a été l’objet de la violence émotive et physique de tous les membres de la famille de son mari. Ceux‑ci ne voulaient pas qu’elle tombe enceinte parce qu’ils pensaient que cela diluerait leur héritage. Quand ils ont découvert qu’elle était enceinte, ils lui ont donné des herbes abortives. Elle a quitté son mari depuis.

Dans cette culture, les enfants apprennent à obéir à leurs parents et à ne pas penser à eux. En conséquence, ils ne sont pas capables de prendre leurs propres décisions en se fondant sur ce qui est le mieux pour eux. Ils prennent plutôt leurs décisions en fonction de ce que les autres penseront. Si vous ne vous respectez pas, personne ne le fera.

Histoire no 12

Une jeune fille d’origine moyen‑orientale est venue me voir. Elle m’a dit qu’elle allait bientôt avoir 19 ans, qu’elle venait tout juste de terminer ses études secondaires et qu’elle était citoyenne canadienne. Ses parents lui ont dit qu’elle allait devoir se marier. Elle pouvait épouser « X », un citoyen canadien qui vivait au Canada, ou « Y », qui n’était pas un citoyen canadien et qui vivait à l’étranger. On lui a fait comprendre qu’elle n’avait pas d’autre choix que de décider lequel de ces hommes choisis par ses parents elle allait épouser. Elle a donc été forcée à décider d’épouser celui vivant au Canada. Malheureusement, cet homme s’en est souvent pris à elle très violemment.

Le mariage, très typique, comportait toutes les caractéristiques d’un grand mariage. Avant le mariage, on a emmené la jeune fille à l’écart et on lui a demandé si le mariage était forcé. Comme elle ne voulait pas mettre ses parents dans l’embarras et qu’elle ne comprenait pas ce qu’on entendait par « forcé », elle a répondu non.

Sa vie était difficile. Elle a dit qu’elle avait été forcée à faire des choses qu’elle n’avait jamais faites. Elle ne faisait rien de bien et elle a commencé à perdre confiance en elle et à avoir une mauvaise estime d’elle‑même. Elle ne savait pas comment réagir à la violence. Elle a dit qu’elle ignorait qui pouvait l’aider.

Elle a ensuite appris que ses sœurs s’étaient aussi mariées contre leur gré. Elle a dit : [traduction] « Personne ne m’a soutenue lorsque j’ai dit que je ne voulais épouser aucun des deux hommes. » Elle a ajouté que c’est de cette façon que les filles sont mariées dans son pays.

Histoire no 13

La jeune femme dont je vais vous raconter l’histoire vient du Liban. Elle était âgée de 18 ans, venait tout juste de terminer ses études secondaires et voulait aller à l’université. Elle a grandi au Canada. Au Liban, tout le monde sait, grâce à votre nom de famille, qui vous êtes, de quel village vous venez et quel est votre statut social. Le mari de la jeune femme venait d’une famille bien connue et, lorsque ses parents l’ont demandée en mariage, le père de la jeune femme était très heureux. Celui‑ci avait toujours admiré la famille du futur marié. La jeune femme a subi des pressions et a été manipulée afin qu’elle en arrive à penser que ce mariage était ce qui pouvait lui arriver de mieux. Elle entendait constamment des remarques comme « [traduction] pourquoi étudier? Un mari est bien mieux », [traduction] « si tu vas à l’université, tu seras trop vieille et personne ne voudra t’épouser ». Elle s’est donc mariée. Il s’agissait d’un mariage traditionnel. Ils sont allés à la mosquée, puis il y a eu une réception à laquelle 500 personnes ont assisté. Son mari n’est pas du Canada. Elle est tombée enceinte peu de temps après le mariage, ce qui a eu pour effet de détériorer la relation entre les époux. Ces derniers avaient de nombreux problèmes de communication. La jeune femme sautait aux conclusions et chacun des époux blâmait la famille de l’autre. C’était comme si elle voulait qu’il la quitte. Dans sa religion et sa culture, il est beaucoup plus facile pour un homme de quitter sa femme que pour une femme de divorcer de son mari. Dans le cas dont je vous parle, le mari avait l’esprit ouvert et il était en faveur de l’idée de consulter un conseiller. Il a fait des concessions et a essayé de comprendre les émotions que sa femme ressentait pendant sa grossesse. Après quelques années pendant lesquelles les époux ont fait beaucoup d’efforts, la situation s’est améliorée et ils ont convenu de réussir leur mariage pour les enfants. Elle a trois enfants maintenant.

Histoire no 14

Je vais vous raconter l’histoire d’une jeune femme du Liban. Elle est âgée de 20 ans et détient un baccalauréat. Elle est une résidente permanente venant du Moyen‑Orient.

Son mari, qui vivait au Canada depuis dix ans, est retourné dans son pays parce qu’il voulait se marier. Les familles ont arrangé un mariage. La jeune femme a subi des pressions pour l’épouser. Elle ne le connaissait pas, mais elle a accepté de se marier avec lui parce qu’elle pensait que c’était une bonne personne. Elle a déménagé au Canada après le mariage. Son mari a alors commencé à la contrôler. Les membres de la famille de son mari ont commencé à lui dire ce qu’elle pouvait et ne pouvait pas faire. De plus, ils lui ont dit que, si elle ne les écoutait pas, ils l’expulseraient et que, contrairement à elle, ils connaissaient les lois en vigueur au Canada. Elle a donné naissance à un enfant neuf mois plus tard. La situation s’est détériorée davantage à partir de ce moment‑là.

Elle a subi de la violence psychologique jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. Elle habite maintenant dans un refuge avec son bébé de huit mois. Elle se cache de sa belle‑famille en attendant qu’un membre de sa propre famille vienne l’aider.

Le mariage est difficile et constitue un mystère. Ce ne sont pas tous les époux qui peuvent obtenir un divorce si le mariage n’est pas réussi.

Histoire no 15

Je travaille au sein d’un organisme qui s’occupe des cas de violence familiale. La cliente n’a pas pris contact directement avec mon organisme. Une connaissance de sa famille a communiqué avec l’organisme afin de savoir où elle pouvait obtenir de la nourriture. Cette personne a aussi demandé si nous pouvions offrir une aide financière car une femme qui vivait avec elle n’avait aucun revenu. J’ai rencontré cette femme (ma cliente) séparément. Elle ne parlait pas anglais, sa langue maternelle était l’arabe. J’ai parlé avec elle de sa situation. Elle m’a dit qu’elle vivait avec cette amie de la famille qui l’aidait. Elle et son mari s’étaient séparés. Nous avons fixé un deuxième rendez‑vous afin d’évaluer ses besoins. Lors de la deuxième rencontre, elle m’a révélé qu’elle avait quitté son mari et que celui‑ci ne lui versait pas de pension alimentaire. Je lui ai demandé si elle avait de la famille au Canada et elle m’a répondu qu’elle n’en avait pas. Elle vivait avec une amie de la famille qu’elle ne connaissait pas très bien. Au cours de la troisième rencontre, elle m’a révélé que son mari la maltraitait et qu’il avait des maîtresses. Il l’avait enfermée dans leur maison avec son bébé. Elle avait réussi à s’échapper par une fenêtre. J’ai dirigé ma cliente vers un intervenant d’un refuge. J’ai rencontré la cliente avec cet intervenant à plusieurs reprises par la suite.

Après plusieurs rencontres avec elle, ma cliente m’a révélé qu’elle ne connaissait pas son mari avant que son père décide de la marier. Comme cet homme vivait au Canada, son père croyait qu’il pourrait lui offrir une vie meilleure. Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle n’avait pas refusé de se marier, elle a dit qu’elle ne pouvait pas le faire parce que son père et sa famille n’auraient pas approuvé sa décision et qu’elle pensait qu’elle n’avait pas d’autres choix car, dans sa culture, ce type de mariage est la norme. Je ne lui ai pas posé de questions au sujet de la cérémonie. Elle m’a cependant dit que le mariage avait eu lieu en Iraq.

Ma cliente a été victime d’exploitation financière et de violence physique, psychologique et sexuelle de la part de son mari. La connaissance de la famille avec laquelle elle habitait l’a aussi exploitée financièrement et s’est livrée à de la violence psychologique à son endroit. L’enfant de ma cliente montrait des signes de stress émotionnel. Il y a deux ans, ma cliente habitait dans un logement adéquat. Elle avait divorcé, suivait un CALS et travaillait.

Histoire no 16

La victime était une femme de 32 ans vivant dans un pays de l’Asie du Sud lorsque son premier mari (le père de ses deux filles adolescentes) était décédé. Ses enfants étaient très jeunes à l’époque. La victime les a élevées seule jusqu’à ce qu’elles soient adolescentes.

La famille de la victime l’a forcée à épouser un membre de la famille vivant au Canada car elle pensait que la victime avait besoin de quelqu’un pour prendre soin d’elle et que le nouveau mari aurait aussi besoin de quelqu’un pour prendre soin de lui. Cet homme avait plus de 30 ans de plus que la victime. Malgré la différence d’âge, les membres de la famille estimaient qu’il était la meilleure solution pour la victime et que les filles de cette dernière auraient une vie meilleure au Canada. Peu de temps après son arrivée au Canada, la victime était très nerveuse et elle a voulu se séparer. Son nouveau mari a commencé à avoir un comportement bizarre et il passait beaucoup de temps sur Internet. La victime devait travailler et elle subissait beaucoup de violence de la part de son nouveau mari. Elle lui a dit qu’elle voulait le quitter et se séparer. Elle a rapidement trouvé un logement dans un sous‑sol et a commencé à se procurer des meubles. Le matin où elle devait déménager avec ses filles, son mari les a tuées; il a essayé de la tuer elle aussi. Elle a subi des blessures graves et a été le témoin du meurtre de l’une de ses filles.

La victime habite maintenant dans un refuge. Le personnel de ce refuge a fait une exception pour elle en lui permettant de rester plus longtemps parce qu’elle n’a aucun soutien au Canada (elle n’a au Canada qu’un seul membre de sa famille élargie) et qu’elle souffre d’un traumatisme émotionnel. Les tribunaux sont maintenant saisis de l’affaire. Il est important de comprendre que, dans certaines cultures et dans certains pays, les mariages arrangés ou forcés sont la norme et tous doivent s’y soumettre. C’est ce type de mariages qui est privilégié et non les « mariages d’amour », dans le cadre desquels deux personnes apprennent à se connaître, décident qu’ils sont compatibles et choisissent de s’épouser.

Comme cette affaire fait beaucoup parler, nous avons essayé de trouver de l’aide pour la victime auprès de nombreuses sources et les organismes gouvernementaux ont répondu à notre demande aussi rapidement que possible. Nous avons communiqué avec notre député provincial local, qui a aidé la cliente à parrainer les membres de sa famille vivant en Inde afin qu’ils puissent assister aux funérailles et la soutenir. Pour sa part, Immigration Canada a prolongé le visa de ces personnes.

D’autres organismes ont également apporté leur aide. J’ai vu ma cliente il y a un mois et elle reçoit toujours de l’aide de l’hôpital (pour les soins psychiatriques), du centre de counseling, de travailleurs sur le terrain (afin qu’elle se rende à différents rendez‑vous), de travailleurs spécialistes du multiculturalisme (pour les barrières linguistiques), d’un avocat de l’aide juridique (pour les affaires intéressant le tribunal de la famille), de travailleurs en santé mentale, de procureurs de la Couronne, de policiers et de services aux immigrants. Ma cliente a maintenant repris conscience. Elle est un peu plus capable de parler (sa gorge a été tranchée) et de se déplacer (elle a eu des fractures) qu’immédiatement après l’agression.

Histoire no 17

C’est l’histoire de l’une de mes clientes qui a été parrainée pour pouvoir immigrer au Canada en vertu d’un marché. Ma cliente avait 20 ans et elle a immigré au Canada à titre de membre du regroupement familial. Selon le marché, elle devait, en échange de son parrainage et de celui de sa famille, retourner en Inde, épouser un homme de la famille de son beau‑frère et le parrainer. Elle avait des inquiétudes au sujet de cet homme parce qu’elle avait entendu dire qu’il buvait et qu’il était beaucoup plus vieux qu’elle. Elle ne voulait pas l’épouser, mais elle a été forcée à le faire. Lorsque nous l’avons rencontrée, elle a dit qu’elle était mariée depuis trois ans et que son mari était très violent. Elle s’était séparée de lui et elle faisait appel à nous pour obtenir de l’aide pour régler des questions relevant du droit de la famille.

La relation a été marquée par la violence et, à l’époque du mariage, ma cliente était prise entre ses besoins et ceux de sa famille.

Histoire no 18

C’est l’histoire d’une jeune femme de 22 ans habitant en Colombie‑Britannique. Elle a fait ses études secondaires au Canada. Sa mère était au courant de sa relation avec un jeune homme. Comme elle n’aimait pas du tout cela, sa famille a rapidement arrangé un mariage sans son consentement. Elle a exercé des pressions sur elle et l’a mariée selon la manière traditionnelle.

La jeune femme était très angoissée au mariage et elle a dit à son mari qu’elle ne voulait pas qu’il la touche. Elle est restée avec son mari durant deux semaines seulement pendant lesquelles elle a organisé sa fuite. Elle a téléphoné au jeune homme avec lequel elle avait une relation et elle a quitté son mari. Sa famille l’a reniée et la famille de son amoureux ne voulait avoir aucun rapport avec elle parce qu’elle ne voulait pas d’une femme divorcée comme belle‑fille. Elle a donc dû se tourner vers d’autres personnes pour avoir de l’aide. Un ami de son père l’a soutenue et a organisé son mariage avec l’homme dont elle était amoureuse. Le mariage a eu lieu et le couple a commencé à vivre ensemble. Elle a souffert longtemps des conséquences de son premier mariage et trouvait très difficile de ne plus avoir de rapports avec sa famille. Aujourd’hui, elle est une femme heureuse, mariée à l’homme de son choix, et elle a des enfants.

Histoire no 19

Je me suis occupé du cas d’une femme de 24 ans qui avait été forcée à se marier. Elle est née en Angleterre, mais elle a déménagé au Canada et a obtenu la citoyenneté canadienne. Sa mère, qui n’était pas mariée, a arrangé son mariage. La jeune femme ne voulait pas se marier, mais comme elle avait l’obligation de la marier, sa mère a exercé des pressions sur elle pour qu’elle lui obéisse, accepte son choix et préserve l’honneur de la famille.

La jeune femme a continué à supplier sa mère de ne pas la marier, mais sans succès. Elle s’est mariée conformément aux coutumes traditionnelles. Après le mariage, elle n’a pas voulu avoir de rapports avec son mari. Elle lui a dit qu’elle ne savait rien de lui et qu’elle ne pouvait pas avoir de rapports avec lui. Elle a habité chez sa mère avec son mari pendant deux ans, mais elle était incapable de s’adapter à ce mariage. Elle était très malheureuse et elle a demandé le divorce à son mari, lequel ne s’est heureusement pas montrer violent. Elle a aujourd’hui 35 ans. Elle n’a aucun désir de se marier. Elle vit seule depuis son divorce.

Histoire no 20

C’est l’histoire d’une Canadienne d’origine sud‑asiatique qui était âgée de 16 ans au moment de son mariage. Elle venait tout juste de terminer sa dixième année.

Alors qu’on lui avait dit qu’on l’emmenait en Inde pour des vacances, elle a été mariée à l’âge de 16 ans dans ce pays. Sa mère l’a emmenée en Inde et l’a laissée chez ses grands‑parents, qui étaient chargés d’arranger son mariage. Malgré son refus, elle a été mariée. Elle a subi un traumatisme émotionnel en étant totalement séparée de son foyer, de sa famille et de son pays – le Canada. Elle vivait dans un pays qui lui était totalement étranger. Elle voulait revenir au Canada, mais elle ne pouvait le faire qu’après le mariage. Elle a été forcée de se marier principalement parce qu’elle était en âge de le faire et que, si ses parents ne la mariaient pas, ils craignaient qu’elle trouve un homme qui ne convenait pas (d’une autre culture). Elle s’est mariée au cours d’une cérémonie traditionnelle. Elle est revenue au Canada deux ans plus tard. Elle est restée avec son mari jusqu’à ce qu’elle subisse un autre traumatisme : le meurtre de sa fille. Elle était incapable de faire face au stress constant que lui causait son mariage et de surmonter son deuil. C’est à ce moment qu’elle a quitté son mari et n’a jamais regardé en arrière.

Histoire no 21

Un jeune homme qui était en 12e année ne réussissait pas bien à l’école et avait de mauvaises fréquentations. Ses parents étaient inquiets et ont fait de leur mieux pour l’aider en lui donnant des conseils, mais en vain. La famille était très malheureuse. Le père a alors pensé à une solution : le marier. Son fils mènerait une vie plus rangée s’il avait une femme et des enfants. Lorsqu’il a eu 18 ans, son père a négocié son mariage par téléphone avec une lointaine cousine vivant au Pakistan. Sa mère ne voulait pas qu’il se marie parce qu’il était trop jeune, mais son père a insisté; elle n’avait pas son mot à dire à ce sujet. Le jeune homme ne voulait pas se marier, mais il a subi des pressions pour le faire, même s’il n’avait jamais vu sa future épouse ni n’avait rien entendu à son sujet. Il a finalement capitulé pour faire plaisir à son père et a accepté de se marier. Le mariage a été célébré par téléphone selon les rites islamiques. Un prêtre se trouvait chez lui en Colombie‑Britannique, au Canada, et un autre prêtre, chez la jeune fille au Pakistan. Les deux prêtres ont procédé à la cérémonie au téléphone et les ont déclarés mariés. Après quelques mois, le jeune homme a parrainé sa femme. Celle‑ci est arrivée au Canada au cours de l’année qui a suivi.

La mère du jeune homme est venue me voir – je suis le directeur bénévole d’une organisation de femmes. Le mariage avait eu lieu trois ans auparavant. Elle m’a dit que les époux avaient des problèmes et m’a demandé si j’accepterais de leur parler et de les aider à s’entendre. J’ai accepté de les rencontrer et ils sont venus me voir. Au cours de la conversation, j’ai pensé que l’épouse était très contrôlante et, de son propre aveu, elle était incapable de maîtriser ses colères. J’ai aussi appris que sa famille voulait surtout obtenir autant d’argent que possible d’un gendre canadien et immigrer au Canada. C’est principalement pour cette raison que la jeune fille avait été mariée à un homme vivant au Canada. Le jeune homme lui‑même faisait des crises de colère, mais il ne s’est jamais livrée à de la violence physique. Les problèmes se sont aggravés à cause des colères de l’épouse et des réactions changeantes de son mari – parfois il accédait à ses demandes, parfois il se fâchait contre elle. Il a dit que, malgré le fait qu’il avait été forcé à se marier, il faisait de son mieux pour l’honneur de sa famille depuis son mariage. Après deux ans et la naissance d’un enfant, il n’en pouvait plus et il a quitté la maison pour [traduction] « trouver la paix ». Ses parents étaient bouleversés et ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour aider leur belle‑fille; celle‑ci s’en était prise également à eux au cours des ans. Après quelques mois, elle a déménagé. Le jeune homme m’a dit qu’il éprouvait de l’affection pour elle et qu’il ferait tout ce qu’il pourrait pour l’aider, mais qu’il ne pouvait pas vivre avec elle.

À la demande de sa mère, j’ai pris des dispositions afin qu’ils aient au moins une rencontre avec un conseiller matrimonial et les aînés de la communauté dans l’espoir que la situation puisse être réglée par la médiation. Cela n’a cependant rien donné. Elle ne l’a pas laissé voir l’enfant pendant une longue période. Il m’a demandé de l’aider à trouver un avocat afin qu’il puisse avoir accès à l’enfant. Avant de l’aider, je devais vérifier qu’il payait toujours une pension alimentaire pour sa femme et son enfant. C’était le cas. Je lui ai donc pris un rendez‑vous avec un avocat et un conseiller. Il peut maintenant voir son enfant conformément à l’entente conclue avec son épouse et il envisage de divorcer. La dernière fois que je l’ai vu, il m’a dit qu’il n’était pas heureux, mais qu’au moins il ne vivait pas constamment dans la crainte d’être harcelé et qu’il avait trouvé une certaine paix.

Histoire no 22

En tant qu’enseignant en Colombie‑Britannique, je rencontre de nombreuses femmes qui ont des problèmes avec leurs enfants et j’essaie de les aider en leur faisant des suggestions et en leur donnant des conseils. Mon intervention contribue parfois à régler leurs problèmes.

Il y a quelques mois, une femme que je connais un peu est venue me voir et m’a demandé si elle pouvait me parler en privé. Elle m’a raconté son histoire et m’a demandé mon avis.

Elle est allée au Pakistan avec ses enfants. Rendue dans ce pays, ces deux frères ont demandé la main de sa fille pour le fils de l’un d’eux. Sa fille était âgée de dix ans et le garçon, de 13 ans. Elle n’a pas pris la demande au sérieux au début et elle a essayé d’esquiver le sujet en disant que sa fille était très jeune et qu’ils pourraient en reparler lorsqu’elle serait plus vieille. Ils ont cependant insisté et ont fait du chantage émotif auprès d’elle en disant que leur mère était âgée, qu’elle pouvait mourir à tout moment et qu’elle voulait voir ses petits-enfants être mariés. Elle était l’objet de fortes pressions. Finalement, elle a donné son consentement à nikah (le mariage musulman légal), mais non à rukhast (envoyer la jeune fille habiter avec son mari et ses beaux‑parents), à titre de tutrice de sa fille. Comme vous le savez, le mariage comporte souvent deux étapes dans nos cultures sud‑asiatiques et moyen‑orientales. La première étape est le contrat légal et la deuxième, la cohabitation.

La jeune fille de dix ans a été mariée selon les coutumes et les festivités traditionnelles. Des centaines d’invités ont assisté au mariage. On lui a offert des bijoux, des vêtements, des bonbons et de l’argent. Elle était très heureuse d’être le centre de l’attention et de recevoir tous ces cadeaux. Tous les membres des familles étaient heureux également. De nombreuses photos ont été prises et une vidéo a été réalisée.

Après la cérémonie légale, la famille est revenue en Colombie‑Britannique avec les cadeaux et les bonbons traditionnels et l’enfant est retournée à l’école. D’autres enfants lui ont demandé pourquoi elle avait été absente. Elle a répondu qu’elle s’était mariée et leur a montré des photos du mariage. Elle se demandait quand elle aurait un autre mariage, comme s’il s’agissait d’une fête d’anniversaire. Les enfants ont parlé de ce mariage à leur famille et les enseignants ont voulu en savoir davantage. Ils étaient très préoccupés. Ils ont téléphoné à la mère et lui ont demandé ce qui se passait. Inquiète, la mère a dit aux enseignants qu’il n’y avait pas eu de mariage, mais seulement une demande en mariage concernant sa fille et une petite célébration. Elle savait que cela ne serait pas bien vu au Canada. Elle a grondé sa fille et lui a demandé pourquoi elle avait dit qu’elle s’était mariée. La jeune fille a répondu : [traduction] « Mais je me suis mariée. » La mère lui a formellement interdit d’en parler à quiconque.

La mère est venue me voir pour me demander ce qu’elle devait faire. Je connais ce type de mariage qui est contracté avec le consentement du tuteur et qui est accepté dans les communautés moyen-orientales, même au Canada. Je lui ai conseillé de faire annuler le mariage par un imam (un prêtre) ou de le considérer comme des fiançailles. Et je lui ai dit que, quand les enfants vieilliraient, ils allaient pouvoir décider s’ils acceptaient ou non ce mariage. Elle a été choquée d’entendre de tels propos parce que, selon elle, cela était totalement impossible. Les enfants étaient mariés et ils allaient rester mariés. Je me suis alors rendu compte que de nombreux parents ne peuvent même pas imaginer qu’une fois adultes leurs enfants pourraient s’opposer à un tel mariage.

Données démographiques

Les données démographiques suivantes indiquent l’âge, le niveau d’instruction, le sexe et le pays d’origine des victimes. L’âge des victimes varie de dix à 32 ans. La majorité des victimes ont terminé leurs études secondaires ou en ont suivi seulement quelques années. Le nombre de femmes ayant été forcées à se marier est disproportionné par rapport au nombre d’hommes ayant subi le même sort. La majorité des victimes du petit échantillon utilisé viennent de l’Inde et du Pakistan; bon nombre d’autres viennent d’un pays du Moyen‑Orient. Les figures qui suivent servent seulement à présenter visuellement les caractéristiques démographiques des victimes dont les histoires sont relatées dans la présente étude. Elles ne sont pas statistiquement représentatives des mariages forcés.

Figure 1

Figure 1

Figure 1 - Équivalent textuel

Cette figure indique que l’âge des victimes participant à cette étude variait de 10 à 32 ans. Ces figures servent seulement à présenter visuellement les caractéristiques démographiques des victimes dont les histoires sont relatées dans la présente étude. Elles ne sont pas statistiquement représentatives des mariages forcés.

Figure 2

Figure 2

Figure 2 - Équivalent textuel

Cette figure indique que la majorité des victimes ont terminé leurs études secondaires ou en ont suivi seulement quelques années. Ces figures servent seulement à présenter visuellement les caractéristiques démographiques des victimes dont les histoires sont relatées dans la présente étude. Elles ne sont pas statistiquement représentatives des mariages forcés.

Figure 3

Figure 3

Figure 3 - Équivalent textuel

Cette figure indique que, dans cette étude, le nombre de femmes ayant été forcées à se marier est disproportionné par rapport au nombre d’hommes ayant subi le même sort. Ces figures servent seulement à présenter visuellement les caractéristiques démographiques des victimes dont les histoires sont relatées dans la présente étude. Elles ne sont pas statistiquement représentatives des mariages forcés.

Figure 4

Figure 4

Figure 4 - Équivalent textuel

Cette figure indique que la majorité des victimes du petit échantillon utilisé dans cette étude viennent de l’Inde et du Pakistan; bon nombre d’autres viennent d’un pays du Moyen-Orient. Ces figures servent seulement à présenter visuellement les caractéristiques démographiques des victimes dont les histoires sont relatées dans la présente étude. Elles ne sont pas statistiquement représentatives des mariages forcés.