Rapport isolé sur les mariages forcés dans l'Ouest canadien

Conclusion

La présente étude empirique traite du phénomène des mariages forcés dans l’Ouest canadien. Elle a permis de démontrer non seulement que des Canadiens sont mariés de force, mais aussi que, selon certains des fournisseurs de services interrogés, le nombre de ces mariages semble être en hausse. Malgré le fait qu’elle ne porte que sur l’Ouest canadien, ses conclusions sont probablement pertinentes au regard d’autres parties du Canada où des mariages forcés sont célébrés.

Notre recherche montre que, comme le mariage forcé est une question très délicate, il demeure une réalité cachée au Canada. Par conséquent, il n’est pas facile de le détecter. Le phénomène étant peu connu, aucun service ou programme de prévention ne semble être destiné particulièrement aux victimes de mariage forcé. Nous concluons donc qu’il y a des lacunes dans les services offerts. Les services qui sont disponibles pour les victimes de mariage forcé sont en fait des services offerts aux victimes de violence conjugale. Il ressort clairement des histoires que les organismes qui offrent ces services aident grandement les victimes, dans les limites de leurs ressources et de leurs compétences. Aucun service ou soutien ne semble être à la disposition des personnes qui sont menacées d’être mariées de force. Un grand nombre de fournisseurs de services ont mentionné que leur organisme ne disposait pas des ressources nécessaires pour répondre à tous les besoins des clients.

Nous concluons que la question du mariage forcé est complexe dans l’Ouest canadien et qu’elle dépend de plusieurs facteurs. Il y a trois principaux facteurs qui, combinés, sanctionnent les mariages forcés et les favorisent :

  1. la culture patriarcale et la famille autoritaire où il y a déséquilibre des pouvoirs;
  2. la pauvreté dans les pays asiatiques et africains d’où viennent la majorité des épouses dans les cas de mariage forcé;
  3. le désir de se faire parrainer pour pouvoir immigrer. (Chez les musulmans, ce sont les cousins qui sont parrainés par le mariage. Dans d’autres cultures, ce sont les membres de la belle-famille, par exemple les parents ou les frères et sœurs du gendre, qui sont parrainés.)

Nous disposons de très peu de données sur les mariages forcés dans l’Ouest canadien. En fait, la présente étude fait partie des quelques recherches effectuées sur le sujet au Canada. Par conséquent, des données sur les mariages forcés doivent être recueillies. Il faut plus de recherches, d’études de suivi, de renseignements sur les victimes (sur leur statut socioéconomique, leur pays d’origine et leur milieu culturel) et sur les lacunes dans les services qui leur sont offerts.

En ce qui concerne la prestation de services aux victimes de mariage forcé, aucun programme de formation destiné aux fournisseurs de services n’a été trouvé. Les fournisseurs de services sociaux, de services d’établissement, de services à la famille et de services en matière d’application de la loi ainsi que les professionnels qui s’occupent directement des cas de mariage forcé et de leurs conséquences doivent recevoir une formation particulière afin de s’attaquer au problème des mariages forcés. Par exemple, de nombreux fournisseurs de services ne connaissent peut-être pas l’importance de conseiller une jeune femme de retour au Canada après avoir été mariée contre son gré; ils ne connaissent peut-être pas non plus ses besoins et les moyens d’y répondre. Ils doivent savoir comment employer ce qu’un répondant a appelé une [traduction] « approche globale » pour répondre à tous les besoins et régler tous les problèmes des victimes.

Par ailleurs, les personnes responsables n’ont été traduites en justice et les victimes de mariage forcé n’ont obtenu justice dans aucune des histoires, à l’exception de celle dans laquelle un meurtre avait été commis. Certains fournisseurs de services estiment que les responsables doivent être traduits en justice et qu’il devrait exister un moyen d’indemniser les victimes de mariage forcé. Il pourrait être possible de réclamer (aux parents, à l’époux ou à des tiers) des dommages-intérêts pour le stress physique ou psychologique, ou les difficultés ou les pertes financières, en vertu du droit de la responsabilité délictuelle. L’exercice d’un tel recours serait difficile en pratique, mais l’idée mérite d’être étudiée si les difficultés peuvent être aplanies.

Les histoires montrent clairement que ce sont les femmes qui sont les plus vulnérables et les plus souvent victimes de mariage forcé parce qu’elles n’ont pas un grand pouvoir et une grande valeur au sein de la famille. Il y a aussi des hommes qui ont été contraints de se marier, mais ils ne sont pas aussi vulnérables que les femmes parce qu’ils exercent un plus grand pouvoir dans la famille. Nous concluons donc qu’il faut donner aux femmes les moyens d’agir par des programmes d’éducation et de counseling.

Nous appuyant sur les estimations des fournisseurs de services qui ont été interrogés dans le cadre de la présente étude, nous concluons que les mariages forcés ne sont pas un phénomène sporadique dans l’Ouest canadien. En réponse à une question sur le sujet, la moitié des répondants ont dit que les mariages forcés [traduction] « sont répandus », [traduction] « sont fréquents » ou [traduction] « deviennent courants ». Plusieurs répondants ont indiqué qu’ils ne le savaient pas. Par conséquent, il est difficile de déterminer si le phénomène est répandu dans l’Ouest canadien, mais les données indiquent qu’il n’est pas sporadique. (Il est important de mentionner que, outre les estimations des intervieweurs, toutes les personnes ayant entendu parler de notre enquête avaient une histoire à raconter au sujet des mariages forcés dans l’Ouest canadien dans les trois villes auxquelles nous nous sommes intéressées.)

L’étude montre que la véritable étendue du phénomène des mariages forcés dans l’Ouest canadien n’est pas connue. Le public est peu sensibilisé au sujet. Nous concluons que, malgré le fait que la société s’y est peu intéressée jusqu’à maintenant, il faut s’attaquer au phénomène. Selon un répondant, le nombre de mariages forcés augmentera probablement au cours des 30 prochaines années en raison de la possibilité que donne le mariage de parrainer des membres de la famille.