Réaction des victimes au traumatisme et conséquences sur les interventions : étude et synthèse de la documentation

2. Examen de la documentation (suite)

2. Examen de la documentation (suite)

2.5 Médicalisation du traumatisme

2.5.1 Liens avec les troubles DSM-IV

Comme nous l'avons mentionné déjà, la victimisation et le traumatisme provoquent des effets différents chez chaque individu, et beaucoup de victimes éprouvent des problèmes sociaux, des difficultés de communication, des symptômes de stress, de l'anxiété, deviennent dépressifs, se sentent isolés, la qualité de leurs relations se détériore et leur intimité est atteinte (Nelson et coll., 2002). Une grande part des travaux de recherche consultés se sont intéressés aux catégories de diagnostics, et plus particulièrement au syndrome de stress post-traumatique. Il n'est pas étonnant de constater que les stratégies d'adaptation individuelles s'attaquent aux problèmes spécifiques comme le syndrome de stress post-traumatique, l'anxiété et la dépression (Byrne et coll., 1999; Dempsey, 2002). Dans une étude portant sur les effets de la violence chez les jeunes des quartiers urbains déshérités, Dempsey (2002) a constaté que la présence de la violence dans la perpétration des crimes et l'adaptation négative expliquaient 30 p. 100 de la variance du syndrome de stress post-traumatique, 11 p. 100 de la variance de l'anxiété et 20 p. 100 de la variance de la dépression. Cela signifie que la violence criminelle et l'adaptation négative permettent de prévoir le syndrome de stress post-traumatique, l'anxiété et la dépression à des degrés presque significatifs, mais variables. La présente section décrit les travaux de recherche portant sur le syndrome de stress post-traumatique, l'anxiété et la dépression.

Syndrome de stress post-traumatique et anxiété

Quand on étudie le syndrome de stress post-traumatique et l'anxiété, il faut se rappeler que le syndrome de stress post-traumatique est un type particulier d'anxiété. L'anxiété et la peur peuvent prendre la forme de l'agoraphobie, d'autres phobies, de crises de panique, d'anxiété sans cause connue, d'anxiété généralisée et du syndrome de stress post-traumatique. Les symptômes habituels de la plupart des troubles d'anxiété comprennent la peur, la détresse, les soucis, des symptômes physiologiques (sudation, tremblements, respiration difficile, nausée, douleur thoracique, étourdissements, etc.), des modifications du comportement (évitement, rituels) et des comportements visant à atténuer la détresse (American Psychiatric Association, 1994). De plus, le syndrome de stress post-traumatique survient après un traumatisme, et ses symptômes peuvent prendre la forme de symptômes de l'anxiété, comme la peur, l'impuissance, des souvenirs envahissants et récurrents, des rêves pénibles, des retours sur l'événement, la détresse intense, la réactivité physiologique, l'évitement, la suppression des pensées et des sentiments et des symptômes spécifiques comme des troubles du sommeil, l'irritabilité, des crises de colère, le manque de concentration, l'hypervigilance et la réaction exagérée à la surprise (American Psychiatric Association, 1994). Ce qui distingue essentiellement le syndrome de stress post-traumatique des autres troubles anxieux, c'est l'événement à l'origine du traumatisme. Il n'est donc pas étonnant que les travaux de recherche et les traitements se rapportant à l'adaptation à la victimisation traumatique aient été axés sur le syndrome de stress post-traumatique.

L'anxiété et la peur ont été associées à la violence dans le milieu de travail (Rogers et Kelloway, 2000), aux agressions sexuelles (Byrne et coll., 1999), aux agressions sexuelles durant l'enfance (Merrill, Thomsen, Sinclair, Gold et Milner, 2001), aux incidents critiques (p. ex. les accidents , la victimisation, le traumatisme de la guerre, etc.) (Everly et coll., 2000), au crime avec violence (Byrne et coll., 1999) et à la violence familiale (Wolkenstein et Sterman, 1998). Quant au syndrome de stress post-traumatique en particulier, il est considéré comme une conséquence relativement courante de la victimisation (Byrne et coll., 1999). À ce propos, la recherche de Ruscio, Ruscio et Keane (2002) indique que le syndrome de stress post-traumatique ne constitue pas un syndrome catégoriquement distinct par rapport à la détresse normale, mais plutôt l'aboutissement ultime d'une progression. Cela est important, disent ces chercheurs, si nous voulons savoir quelles victimes sont les plus susceptibles d'avoir besoin d'une intervention clinique et d'en bénéficier. Nous devons donc recourir à la recherche empirique et à des études cliniques pour déterminer les meilleurs critères et le meilleur seuil limite à utiliser pour bien repérer ces victimes et leur fournir les services nécessaires (Ruscio et coll., 2002).

Quand on étudie le syndrome de stress post-traumatique, on se demande souvent pourquoi certaines personnes en sont atteintes et d'autres ne le sont pas. Cette apparente contradiction est probablement attribuable au fait que l'on considère le syndrome de stress post-traumatique comme une notion distincte, ce qui n'est peut-être pas le cas (Ruscio et coll., 2002). En tout cas, certains facteurs semblent rendre certaines personnes plus susceptibles d'être atteintes de ce syndrome; ces facteurs sont notamment les antécédents psychiatriques personnels, les mauvais traitements subis durant l'enfance et les antécédents psychiatriques familiaux (Brewin et coll., 2000). Ces auteurs ont observé un lien moindre entre le syndrome de stress post-traumatique et l'éducation, un traumatisme antérieur et des difficultés générales durant l'enfance. Ils soulignent aussi que le sexe, l'âge au moment du traumatisme et la race permettaient de prévoir le syndrome dans certaines populations, mais pas dans d'autres. Malgré ces liens, ils ont constaté que les facteurs liés au crime et au traumatisme comme la gravité du traumatisme, le manque de soutien social et les autres stress de la vie avaient des effets un peu plus forts que ces facteurs de risque (Brewin et coll., 2000).

Ozer et coll. (2003) ont réalisé une méta-analyse exhaustive des prédicteurs du syndrome de stress post-traumatique et ont obtenu des résultats semblables à ceux de Brewin et coll. (2000). Ils ont constaté que le prédicteur le plus fort de l'apparition du syndrome de stress post-traumatique était la dissociation, pendant ou immédiatement après l'expérience traumatisante. Ils indiquent de plus que cette relation était la plus forte chez les sujets ayant cherché à obtenir des services de santé mentale et dans les études où la période écoulée entre le traumatisme et l'évaluation était plus longue. Les chercheurs ont observé une relation faible ou modérée entre le syndrome de stress post-traumatique et la perception d'une menace mortelle, la perception d'un manque de soutien social et des réactions émotionnelles très négatives pendant ou immédiatement après le traumatisme. Par conséquent, l'absence de réaction (dissociation) est un prédicteur de l'apparition du syndrome de stress post-traumatique et des réactions émotionnelles extrêmes sont aussi un prédicteur de l'apparition du syndrome. Cela indique que la victime doit traiter rapidement l'information, y compris l'information émotionnelle, et recourir le plus tôt possible aux mécanismes d'adaptation. Enfin, Ozer et coll. (2003) ont observé des relations faibles mais significatives entre l'existence de traumatismes antérieurs, des antécédents psychiatriques personnels et familiaux et l'apparition du syndrome de stress post-traumatique en réaction à un traumatisme. En examinant plus en détail les recherches sur les antécédents de traumatismes, ils ont observé une relation modérée entre un traumatisme et le syndrome de stress post-traumatique lorsque l'événement traumatisant était un crime, par opposition à une catastrophe naturelle. De plus, en examinant différents diagnostics psychiatriques personnels, ils ont constaté que la dépression était un prédicteur modéré de l'apparition du syndrome en réaction à un traumatisme.

La gravité des symptômes du syndrome de stress post-traumatique consécutif à un traumatisme antérieur semble aussi être un facteur de risque. Brunet, Boyer, Weiss et Marmar (2001) ont constaté que 75 p. 100 des individus éprouvant des symptômes graves du syndrome de stress post-traumatique après un premier traumatisme avaient aussi éprouvé des symptômes graves du syndrome de stress post-traumatique à la suite d'un autre traumatisme. Cette relation n'a pas été observée chez les individus qui manifestaient des symptômes modérés ou faibles du syndrome de stress post-traumatique. Brunet et coll. (2001) en concluent que les cliniciens devraient déterminer l'existence de symptômes d'un syndrome de stress post-traumatique antérieur et la gravité de tout épisode antérieur du syndrome de stress post-traumatique lorsqu'ils évaluent le risque des symptômes d'un éventuel syndrome de stress post-traumatique. De même, les chercheurs ont établi un lien entre l'élévation du rythme cardiaque après une expérience traumatisante et un diagnostic subséquent du syndrome de stress post-traumatique, ce qui indique que l'excitation physiologique peut jouer un rôle important dans l'apparition du syndrome de stress post-traumatique (Bryant, Harvey, Guthrie et Moulds, 2000).

En examinant la dynamique de la réaction au traumatisme et du syndrome de stress post-traumatique, Gilboa-Schechtman et Foa (2001) ont constaté que les victimes d'une agression sexuelle manifestaient de toute évidence des symptômes du syndrome de stress post-traumatique au cours des deux premiers mois suivant l'agression. D'ailleurs, la réaction maximale différée (la période où les symptômes sont les plus intenses) à un événement traumatisant a été associée à une pathologie aggravée. Selon eux, cette réaction différée est attribuable à l'indifférence émotionnelle du sujet durant la phase initiale de l'adaptation au traumatisme, et cette différence individuelle dans le processus d'adaptation exerce une influence sur son rétablissement éventuel. Cette conclusion peut aussi avoir un lien avec les succès attribués aux interventions précoces auprès des patients atteints du syndrome de stress post-traumatique, qui leur permettent de gérer leurs émotions, de développer leurs aptitudes, de maîtriser leurs craintes et de reprendre une vie quotidienne normale (Harvey et Bryant, 2002). En d'autres termes, le traitement direct de la victimisation et du traumatisme associé, jumelé au développement des aptitudes, semble ouvrir une voie prometteuse aux études et aux interventions.

Lorsqu'on tente de déterminer l'existence du syndrome de stress post-traumatique, il peut aussi être important d'examiner certaines caractéristiques d'ordre culturel. Norris, Perilla et Murphy (2001) ont comparé les symptômes du syndrome de stress post-traumatique dans des échantillons de sujets originaires du Mexique et des États-Unis après une catastrophe naturelle. Dans les deux cas, les catastrophes naturelles étaient assez semblables, soit des ouragans qui avaient causé des dommages similaires dans des régions similaires. Les chercheurs ont constaté que les deux échantillons présentaient des relations similaires entre la gravité de l'exposition au traumatisme et les symptômes du syndrome de stress post-traumatique. Cependant, après avoir vérifié la gravité du traumatisme, ils ont constaté que les participants de l'échantillon du Mexique éprouvaient davantage de pensées envahissantes et de symptômes d'évitement, tandis que les participants de l'échantillon des États-Unis éprouvaient davantage de symptômes d'excitation. Les chercheurs ont noté que la culture (ou l'environnement et l'apprentissage) pouvait avoir une influence sur l'apparition de symptômes comme l'évitement, l'indifférence et l'hyperexcitation (Norris et coll., 2001).

Comme nous l'avons mentionné, le syndrome de stress post-traumatique et les troubles liés à l'anxiété sont des manifestations d'un traumatisme qui peuvent être comprises et traitées. Chez les victimes, ces problèmes sont des conséquences très envahissantes et possiblement durables de la victimisation, qui imprègnent toutes les facettes de leur vie. De plus, les autorités médicales ont observé d'autres troubles psychiatriques liés à la victimisation traumatique. Il semble en particulier que la dépression puisse être une des conséquences de la victimisation.

Dépression

Souvent, dans une même étude, les chercheurs s'intéressent à la dépression et à l'anxiété. Comme dans le cas des troubles liés à l'anxiété, la dépression a été associée à la violence en milieu de travail (Rogers et Kelloway, 2000), aux agressions sexuelles (Byrne et coll., 1999; Gilboa-Schechtman et Foa, 2001; Mezy, 1988), aux agressions sexuelles durant l'enfance (Merrill et coll., 2001), aux mauvais traitements (Martínez-Taboas et Bernal, 2000), à la violence familiale (Wolkenstein et Sterman, 1998) et aux incidents critiques (Everly et coll., 2000). La dépression peut se manifester par des symptômes comme l'abattement, la perte d'appétit et de poids, les troubles du sommeil, le manque d'énergie, la culpabilité, le blâme de soi, le sentiment d'être inutile, le désespoir, des problèmes de concentration et des pensées morbides (American Psychiatric Association, 1994).

En tentant de comprendre la dynamique de la victimisation et de la dépression, Daley, Hammen et Rao (2000) ont observé que le stress épisodique pouvait aggraver la dépression, tandis que le stress chronique semblait lié davantage à l'apparition du premier épisode de dépression plutôt qu'aux suivants. Autrement dit, un agent stressant plus chronique, comme le stress que ressent une victime de violence conjugale, est plus susceptible d'attaquer la résistance de la victime. D'autre part, un stress aigu, comme un seul épisode d'agression commise par un inconnu, peut aggraver les sentiments dépressifs. Les auteurs concluent qu'il faudra approfondir les recherches afin d'expliquer les changements qui se produisent dans le rapport entre le stress et la dépression dans l'évolution du trouble (Daley et coll., 2000).

Même s'ils établissent un lien entre la dépression et la gravité du crime, Gilboa-Schechtman et Foa (2001) ont constaté que les victimes d'une agression sexuelle sont plus susceptibles d'éprouver un sentiment de dépression que les victimes d'une agression non sexuelle. Ils considèrent que l'anxiété et le syndrome de stress post-traumatique sont communs à tous les traumatismes, tandis que la dépression est liée seulement à certains types de traumatismes. Ils écrivent à ce sujet :

Étant donné que la plupart des paramètres de la réaction émotionnelle étaient plus graves à la suite d'une agression sexuelle qu'à la suite d'une agression non sexuelle dans les deux ensembles de données, il reste possible que les différences que nous avons observées entre les deux types d'agressions soient attribuables au fait que le viol provoque un traumatisme plus grave qu'une agression non sexuelle (Gilboa-Schechtman et Foa, 2001, p. 398 [traduction]).

Ce lien entre la dépression et la gravité du crime correspond aux prévisions cliniques, car un traumatisme grave risque davantage de déstabiliser l'individu. L'expérience simultanée de la peur et de l'anxiété, qui peuvent être associées à tous les types de victimisation et de traumatisme, a pour effet d'aggraver la détresse. Comme d'autres l'ont souligné (Mikulincer et coll., 1993), nous devons mieux connaître le rôle de la détresse intense dans l'apparition possible de la dépression et des autres pathologies chez les victimes.

Une théorie intéressante lie la dépression à l'observation suivant laquelle le fait d'avoir des antécédents de victimisation augmente le risque de revictimisation. Daley et coll. (2000) ont constaté que les individus déprimés possèdent des caractéristiques ou ont des comportements qui augmentent le risque de vivre des événements stressants. C'est ce qu'on appelle la génération du stress. Même si l'on sait qu'il faut faire preuve d'une extrême prudence quand il est question de jeter le blâme sur la victime, il semble logique que les symptômes de dépression comme la culpabilité, le blâme de soi, le désespoir, le sentiment d'être inutile et la difficulté de se concentrer nuisent à l'usage normal des mécanismes d'adaptation et à la résolution des problèmes. Chez la personne déprimée, la tendance à éprouver des pensées négatives et autodévalorisantes est susceptible de l'empêcher d'interpréter positivement les événements de sa vie (Davis et coll., 1998). L'individu poursuit donc sa chute dans une spirale où les échecs augmentent le risque que la dépression s'aggrave.

La dépression et l'anxiété semblent être les diagnostics le plus souvent associés à un traumatisme et à la victimisation. Le syndrome de stress post-traumatique a un lien particulier avec la victimisation du fait qu'un ou des événements précis liés aux symptômes de l'anxiété doivent faire partie des critères du diagnostic. Le lecteur doit se rappeler que ces catégories de diagnostics sont liées plus étroitement à des réactions extrêmes au traumatisme et à la victimisation. Cependant, il y a dans tout acte criminel un grand nombre de variables pouvant exercer une influence sur la victime, comme le contact entre la victime et le criminel, l'usage d'une arme ou de la violence, le fait d'être témoin du crime ou d'en être la cible, etc. De plus, chaque victime a ses propres antécédents, sa propre résilience et sa propre faculté d'adaptation, qui peuvent déterminer la manière dont elle vit et surmonte la victimisation. Ce caractère particulier de chaque victime fait des interventions en groupe un défi intéressant. La section suivante porte sur les caractéristiques de la gestion du stress à la suite d'un incident critique comme méthode visant à prévenir les traumatismes et les pathologies subséquents.

2.5.2 Application du concept de gestion du stress à la suite d'un incident critique (GSIC)

La gestion du stress à la suite d'un incident critique (GSIC) est une méthode d'intervention qui peut aider les victimes d'un crime à obtenir rapidement de l'information et des services et à éviter l'aggravation des symptômes négatifs (Everly et coll., 2000). La GSIC, issue de la fusion des modèles d'intervention d'urgence et des techniques de verbalisation psychologique en groupe, est composée d'une gamme d'interventions (Everly et coll., 2000). La GSIC semble applicable à tous les stades d'une crise. L'information ou la préparation avant la crise peut être utile aux personnes qui risquent plus que d'autres d'être victimes d'un crime et comprend une banque de personnel, des fournisseurs de services personnels, etc. À la suite d'une émeute ou d'une catastrophe importante, des procédures à grande échelle peuvent être mises en place pour aider les victimes à surmonter les effets immédiats du traumatisme. Dans certains cas, le counseling individuel en cas de crise aigüe peut être utilisé pour aider les victimes qui ont besoin d'une intervention plus intensive (p. ex. les victimes immédiates ou celles qui éprouvent des réactions profondes). Les discussions de désamorçage sont des rencontres en petits groupes servant à transmettre de l'information très spécifique. Les séances de discussion sur le stress consécutif à un incident critique sont des discussions plus longues en petits groupes où un animateur approfondit la situation et où les participants peuvent exposer leurs expériences. Dans certains cas, les techniques d'intervention en cas de crise familiale peuvent aider les victimes et les membres de leur famille à surmonter les conséquences du crime. Enfin, compte tenu du fait que la GSIC n'est pas en soi une thérapie, il peut être nécessaire de recourir à des procédures de suivi ou de recommander une évaluation ou un traitement psychologique afin de venir en aide aux victimes qui continuent d'éprouver des difficultés (Everly et coll., 2000). Même s'il existe plusieurs variantes de la GSIC, elles ont en commun quelques éléments importants : la discussion cathartique de l'événement, le soutien social et la formation adaptative. La discussion de l'événement et le soutien social sont des fonctions importantes des interventions en groupe et peuvent s'avérer très efficaces pour les participants (Foy et coll., 2001). La formation adaptative, qui peut comprendre des éléments cognitifs et comportementaux, est axée sur le traitement de l'information, l'appréciation cognitive, les attentes et le développement des aptitudes (Everly et coll., 2000). Rappelons que la GSIC a été conçue dans le but d'aider les fournisseurs de soins et les spécialistes du traitement des traumatismes à soigner le stress associé aux incidents critiques; elle n'a pas été conçue au départ pour aider les victimes primaires. Elle peut donc servir aux intervenants de refuges et aux autres personnes qui s'occupent des victimes. Elle a toutefois été généralisée aux victimes directes d'un traumatisme (Everly et coll., 2000).

Comme le signalent Everly et coll. (2000), il existe plusieurs types de GSIC, qui mettent l'accent, à divers degrés, sur le traitement en groupe, les problèmes cognitifs, la prise de décisions, les problèmes émotionnels, les relations interpersonnelles, la gestion des symptômes et l'information. Ces interventions ont pour but d'atténuer les conséquences négatives du traumatisme causé par un crime et d'aider ainsi les victimes à reprendre une vie quotidienne normale. Dans le cas des victimes d'un crime, ce modèle s'appliquerait le mieux à des groupes de victimes, comme des otages, étant donné que la GSIC fait une place importante à la notion de groupe. Ces méthodes sont d'ailleurs souvent assez populaires dans de tels cas, car elles constituent une tentative du système visant à résoudre les problèmes potentiels associés au traumatisme (Kenardy, 2000). La GSIC peut s'avérer moins utile pour les victimes d'un traumatisme de type individuel, car les caractéristiques propres au crime sont des médiateurs importants de la gravité de la réaction. Les principes peuvent toutefois aiguiller les interventions individuelles auprès des victimes, et l'information qui leur est donnée, et sont destinés de toute évidence à ceux qui s'occupent des victimes.

Dans leur examen des interventions en cas de crise chez les victimes d'une agression sexuelle, Calhoun et Atkeson (1991) rappellent que beaucoup de victimes hésitent à entreprendre des démarches pour suivre un traitement approfondi au cours des premiers mois suivant la victimisation. Ces auteurs indiquent toutefois que certains types d'interventions de courte durée permettent d'aider les victimes à exprimer leurs émotions initiales, de leur communiquer de l'information, de leur faire connaître et de leur assurer les ressources de soutien social, d'anticiper les problèmes éventuels, de développer chez elles un sentiment de sécurité, de répondre aux exigences quotidiennes, d'assurer un lien avec les autorités médicales et juridiques et, ce qui est peut-être le plus important, d'assurer un suivi. L'objectif de l'intervention en cas de crise est donc d'aider la victime à s'adapter au stress immédiat de la victimisation, sans nécessairement viser les conséquences qui pourraient se manifester à long terme (Calhoun et Atkeson, 1991). Cette approche plus modeste peut être plus pratique et plus réaliste que de vouloir contenir l'apparition du stress post-traumatique.

Dans une courte étude pilote, Foa, Hearst-Ikeda et Perry (1995) ont comparé un programme apparié d'évaluation et de contrôle à un court programme cognitivo-comportemental (deux heures par semaine pendant un mois) suivi par des victimes éprouvant les symptômes du syndrome de stress post-traumatique à la suite d'une agression physique ou sexuelle. Les auteurs se sont intéressés aux participants qui répondaient aux critères relatifs au syndrome de stress post-traumatique, sans exiger toutefois que les symptômes soient présents depuis au moins un mois. Le programme, axé sur l'exposition, l'initiation à la relaxation et la restructuration cognitive, a été suivi dans un délai d'un mois suivant la victimisation (moyenne de 15 jours). Au bout d'un mois, sept des dix femmes ayant suivi le programme de traitement ont connu une diminution des symptômes telle qu'elles ne répondaient plus aux critères modifiés du syndrome de stress post-traumatique, et la diminution moyenne de la gravité était de 72 p. 100 selon des évaluateurs indépendants. Seulement une femme sur les dix qui composaient le groupe d'évaluation et de contrôle ne répondait plus aux critères modifiés du syndrome de stress post-traumatique, et la diminution moyenne de la gravité était évaluée à 33 p. 100 (Foa, Hearst-Ikeda et Perry, 1995). Ces résultats impressionnants laissent croire à l'utilité d'un traitement précoce, mais en raison de la taille réduite de l'échantillon il faut interpréter ces résultats avec prudence. Notons aussi que ce programme n'entre pas dans la catégorie des interventions en cas de crise puisque la plupart des participantes ont commencé à le suivre deux semaines après l'agression.

Selon Frank et coll. (1988), il n'y a pas de différences sensibles entre les victimes qui sont traitées immédiatement après le crime et celles qui sont traitées quelque temps plus tard, et les deux groupes tirent profit du traitement. Cette observation correspond aux conclusions d'autres chercheurs qui montrent que les symptômes des victimes peuvent s'atténuer peu importe le temps écoulé entre la victimisation et le traitement (Resick et coll., 2002). Par conséquent, le moment où le traitement est administré peut tout simplement réduire le laps de temps au cours duquel la victime éprouve de la détresse, ce qui est un objectif valable en soi (Frank et coll., 1988). Il faut rappeler toutefois que les cliniciens et autres intervenants doivent tenir compte de la manière dont la victime évalue ses propres réactions à sa victimisation (Mikulincer et coll., 1993). C'est particulièrement important parce que les spécialistes ne doivent pas aggraver la détresse des victimes déjà traumatisées. Un tel manque d'empathie risquerait de reproduire le déséquilibre de pouvoir ressenti par la victime au moment de la victimisation, de provoquer de nouvelles difficultés et de réduire ainsi les chances qu'elle fasse plus tard des démarches pour suivre un traitement. Les cliniciens doivent donc être sensibles aux besoins et aux désirs des victimes quand il est question de leur offrir un traitement ou des services d'urgence.

Il faut rappeler ici que nous sommes loin de l'unanimité en ce qui concerne les bienfaits que les victimes d'un traumatisme peuvent retirer de la GSIC. Bien des chercheurs ont conclu qu'il y a peu de preuves empiriques solides démontrant que la GSIC ou la verbalisation permettent d'atteindre les objectifs visés (Everly et coll., 2000; Kenardy, 2000; Turner, 2000). Everly et coll. (2000) rappellent qu'il faut améliorer les définitions opérationnelles des événements traumatisants, établir des mesures de résultats normalisées et fiables sur le plan psychométrique et uniformiser les méthodes d'intervention. En règle générale, les partisans de la GSIC considèrent toutefois qu'il existe suffisamment de preuves pour justifier des conclusions solides. Premièrement, il y a chez beaucoup de victimes un lien entre le traumatisme et le stress post-traumatique. Deuxièmement, des preuves démontrent que la GSIC parvient à atténuer la détresse psychologique associée au traumatisme. Troisièmement, il faut compter sur des recherches empiriques et des recherches de résultats fiables sur la GSIC. Quatrièmement, il faut compter sur davantage de recherches sur le terrain portant sur l'utilité de la GSIC. Enfin, les responsables des décisions doivent appuyer la recherche sur la GSIC, et surtout celle qui porte sur les effets négatifs qu'elle peut provoquer (Everly et coll., 2000). Cela est important, car l'un des principaux points de litige dans la documentation est alimenté par ceux qui considèrent que les méthodes de la GSIC, et particulièrement les discussions de désamorçage et la verbalisation psychologique, entravent le processus naturel de rétablissement de l'individu et peuvent même aggraver le traumatisme (Kenardy, 2000). De toute évidence, il faudra compter sur de solides recherches empiriques pour clarifier les rapports entre le traumatisme, les interventions et le rétablissement éventuel des victimes.

Si elle s'avère efficace, la GSIC pourrait provoquer un effet d'inoculation chez les victimes d'un crime. À première vue, elle constitue un moyen rapide et efficace de communiquer de l'information aux victimes, de les diriger vers les services d'aide appropriés, de diagnostiquer les symptômes et d'aider chaque victime à déterminer d'une façon éclairée si elle doit obtenir du soutien. Il ne faut toutefois pas oublier les mises en garde relatives aux limites de la GSIC exprimées ci-dessus. Même si la gravité semble être un facteur commun des réactions au traumatisme, les victimes constituent un groupe hétérogène. En fusionnant les degrés de gravité, les cliniciens risquent d'aggraver le traumatisme. Les comparaisons sociales, comme les comparaisons ascendantes et descendantes, peuvent avoir des conséquences négatives pour les victimes, ce qui exige beaucoup de doigté de la part du clinicien. Les différences individuelles en matière d'adaptation ont aussi une influence sur la manière dont l'individu vit sa victimisation, mais aussi sur la manière dont il perçoit les offres et les extensions de l'aide. De plus, même si le traitement précoce peut avoir un effet positif chez la victime, certaines précautions s'imposent. Il faut bien comprendre que la réaction de la victime dépend des différentes caractéristiques du crime (violence, agression sexuelle, gravité, etc.), des caractéristiques sociales (comparaison, soutien, etc.) et des caractéristiques de la victime avant le traumatisme. La section qui suit porte sur les caractéristiques avant le traumatisme.