Réaction des victimes au traumatisme et conséquences sur les interventions: étude et synthèse de la documentation
6. Conclusion et recommandations
En conclusion, il est évident que les victimes subissent des changements cognitifs et émotifs dans le processus de la victimisation. Les recherches sur les programmes de traitement démontrent que les programmes axés sur les habiletés cognitives aident les victimes à atteindre plus rapidement un état où les symptômes ne sont plus apparents. D'autres recherches montrent toutefois que les individus qui ne reçoivent pas de traitement peuvent néanmoins parvenir au même état que ceux qui ont suivi un traitement. Il est donc raisonnable de supposer que des changements surviennent dans les éléments cognitifs et que les victimes doivent subir des changements cognitifs après la victimisation. Celles qui ont besoin de services doivent accéder rapidement aux interventions appropriées afin de réduire le temps pendant lequel elles sont en détresse. Les cliniciens doivent toutefois tenir compte des conséquences de la victimisation découlant du crime et se soucier de respecter les victimes et leurs désirs, afin d'éviter d'aggraver leur détresse. Le jumelage des clients aux services pourrait être fondé sur la gravité du crime, la gestion du stress à la suite d'un incident critique peut s'avérer utile au début et le modèle transthéorique de la disposition au changement peut constituer un moyen d'orienter les victimes vers les services dont elles ont besoin. Malheureusement, une bonne partie de cela n'est que conjectures, car il existe peu de recherches dans ce domaine. On peut toutefois s'attendre à de meilleurs résultats grâce à une meilleure répartition des ressources destinées aux clients; de plus, le jumelage judicieux des fournisseurs de services, des interventions et des victimes peut contribuer à atténuer la détresse causée par la victimisation et les interventions.
Malgré les limites de la documentation dans ce domaine, on peut proposer avec une confiance relative certaines recommandations, surtout si celles-ci sont doublées d'une évaluation sérieuse de l'efficacité des programmes. Un grand nombre de ces interventions sont peu coûteuses et pourraient aider grandement les victimes à surmonter leur traumatisme.
- Recommandation 1: Raffiner la recherche
- Comme nous l'avons mentionné, les recherches portant sur les victimes doivent aller au-delà des relations simples et examiner le processus de changement découlant de la victimisation. En étudiant les changements cognitifs, émotionnels, sociaux et comportementaux des victimes, les chercheurs sauront mieux comment élaborer des programmes plus efficaces. Cela signifie aussi que le système doit accorder son appui à un programme de recherche empirique approfondie.
- Recommandation 2: Jumelage des clients et des traitements
- Le jumelage des clients et des services constitue une solution pratique aux contraintes des ressources. Les clients peuvent entrer dans le système et en sortir à volonté. Le problème, c'est que les clients qui ont des besoins mineurs bénéficient d'une trop grande attention, tandis que ceux qui éprouvent des besoins graves reçoivent des services insuffisants. La recherche démontre que les victimes préfèrent recourir aux soutiens naturels et qu'elles en retirent un grand profit. Il faut considérer les soutiens naturels comme un élément constituant de l'éventail des traitements et reconnaître que les clients qui éprouvent des besoins mineurs peuvent bénéficier d'un soutien et d'une intervention mineurs, pourvu qu'on leur recommande de consulter les personnes ressources appropriées. De même, les clients qui éprouvent des besoins majeurs doivent pouvoir bénéficier des services des soutiens naturels tout en recevant des services additionnels correspondant à la gravité de leurs symptômes et de leur détresse.
- Recommandation 3: Mise en place d'un éventail de services
- Comme le propose la recommandation 2, le jumelage des clients et des services serait un grand progrès. Pour cela, il faudrait adopter un système de prestation des services correspondant aux besoins des clients. Dans un tel système, la gamme des services offerts irait des services de base (perfectionnement pédagogique, séances d'information) jusqu'au soutien par des pairs et des professionnels ainsi qu'aux thérapies et interventions ciblées. De cette manière, les victimes pourraient entrer dans le système par différentes voies et recevoir rapidement les services correspondant à leurs besoins personnels. Elles pourraient ensuite quitter le système et reprendre leur vie quotidienne normale, ce qui contribuerait à réduire leur dépendance.
- Recommandation 4: Soutien de traitements pratiques
- Les traitements devraient inclure des éléments pratiques de la vie quotidienne axés sur la victimisation. Ces traitements pourraient porter notamment sur les mécanismes d'adaptation, la maîtrise des émotions, des sujets d'ordre économique, la planification pratique, etc. Idéalement, ces traitements s'appuieraient sur des travaux de recherche et comprendraient un mécanisme d'évaluation. Cependant, l'objectif premier de toute intervention destinée aux victimes doit être de faciliter leur réintégration individuelle le plus rapidement possible. De cette manière, chaque victime tire le meilleur profit de son traitement, et les coûts d'exploitation du système demeurent raisonnables.
- Recommandation 5: Prévention de la victimisation
- Compte tenu du fait que les résultats de recherche ne cessent de démontrer que la victimisation passée est un prédicteur de la victimisation future, les programmes de traitement devraient inclure de l'information destinée à aider les victimes à prévenir toute victimisation future. Ces interventions devraient en principe favoriser l'acquisition d'aptitudes cognitives à résoudre les problèmes et l'amélioration de la faculté d'appréciation. Il ne faudrait toutefois pas sous-estimer l'effet positif potentiel de la prévention de la victimisation.
- Recommandation 6: Aide aux fournisseurs de services et aux soutiens naturels
- Bien qu'elle dépasse le propos de la présente étude, la question de l'épuisement et de la victimisation par personne interposée a été soulevée dans le but de montrer que le processus de la victimisation menace aussi les fournisseurs de services. Il est probable que les fournisseurs de services et les soutiens naturels éprouvent les effets cognitifs, émotionnels, sociaux et comportementaux découlant du contact avec les victimes. Au sein du système, les autorités doivent s'efforcer de venir en aide à ces personnes en leur offrant de l'information, des ressources et des services de supervision et de consultation efficaces. Grâce à de telles mesures, le système devrait mieux servir les intérêts des victimes et continuer de s'améliorer.
- Recommandation 7: Information du public et révision des politiques
- Pour prévenir la victimisation et venir en aide aux victimes actuelles, il serait opportun de faire en sorte que l'information transmise et les politiques facilitent la compréhension des conséquences psychologiques du crime. Même si l'on peut considérer comme normal que les victimes d'un crime se trouvent entraînées dans les dédales du système médical et du système judiciaire, il est très raisonnable de penser qu'un minimum d'information et quelques orientations de politique pourraient aider les victimes et leurs soutiens à obtenir des changements psychologiques importants. De telles mesures aideraient toutes les parties intéressées à repérer rapidement les services appropriés. De plus, les victimes et les soutiens pourraient déterminer à quel moment ils devraient faire appel à ces services. De cette manière, on pourrait non seulement atténuer la détresse des victimes, mais aussi réduire le fardeau imposé au système de soutien professionnel, étant donné que les victimes pourraient vraiment obtenir les services qu'elles jugeraient nécessaires.
En conclusion, le processus de la victimisation peut provoquer des conséquences psychologiques graves chez les victimes, dans leur réseau de soutien et dans la société en général. Il n'est pas nécessaire que ces changements internes, cognitifs et émotionnels soient permanents pour exercer une influence négative. Fort heureusement, plusieurs moyens peuvent nous aider à comprendre les victimes, et nous pouvons tirer profit de cette connaissance pour concevoir des programmes de traitement et d'information adaptés aux besoins des victimes. Cette étude et cette synthèse de la documentation doivent être considérées comme une première étape, en raison du petit nombre de recherches dont nous disposons dans le domaine des changements cognitifs et du jumelage des victimes et des traitements. Les grands domaines de recherche que nous avons ainsi explorés nous laissent toutefois penser que des recherches plus approfondies sur ce sujet permettraient d'améliorer considérablement nos connaissances.
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