Recueil de recherches sur les victimes d’actes criminels, no 14

Violence et agressions enfants parents : Une introduction

Par Shanna Hickey et Susan McDonaldNote de bas de page 1

Introduction

La compréhension et la connaissance des diverses dynamiques en jeu dans la violence familiale ont évolué considérablement au cours des quatre à cinq dernières décennies (Barnett, Miller-Perrin et Perrin, 2010). Les termes « violence conjugale », « violence faite aux femmes » et « femmes battues » sont devenus courants à la fin des années 1960 et dans les années 1970, et les premiers refuges pour femmes ont été créés à un niveau très local. Au début des années 1980, la Commission Badgley fédérale (Committee on Sexual Offences against Children and Youth, 1984) a braqué les projecteurs sur les mauvais traitements infligés aux enfants canadiens, quand des adultes ont témoigné des mauvais traitements qu’ils avaient subis aux mains de membres de leur famille ou d’adultes de confiance. En 1983, des modifications radicales du Code criminel ont remplacé l’infraction de viol par trois niveaux d’agression sexuelle (Roberts et Gebotys, 1992). Plus récemment, les mauvais traitements infligés aux aînés par des membres de leur famille – souvent leurs principaux fournisseurs de soins – ont également été reconnus. Un nombre croissant de chercheurs et de professionnels (voir Weegar, 2017) reconnaissent maintenant d’autres formes de violence familiale, comme la violence et les agressions enfants-parents (VAEP). Bien que la VAEP ait toujours existé, une meilleure compréhension, la recherche et la défense des droits ont permis de la sortir de l’ombre et de l’intégrer aux discussions sur la prévention et les interventions.

Ce court article présente la VAEP en examinant les recherches effectuées au Canada et dans d’autres pays, ainsi que les statistiques canadiennes sur la violence familiale et la complexité de la pandémie de COVID-19. Elle se termine par des questions en suspens que les chercheurs, les analystes des politiques et le grand public canadiens pourront examiner.

Terminologie

La violence et les agressions enfants-parents (VAEP) sont aussi connues sous les noms de violence adolescents-parents (VAP), violence enfants-parents (VEP), violence commise par des adolescents à domicile (VAD) et violence et mauvais traitements adolescents-parents (VMTAP) (Bonnick n.d.; Selwyn et Meakings, 2015; Thorley et Coates, 2018). VAEP, le terme le plus utilisé, est utilisé dans le reste du présent articleNote de bas de page 2. Elle peut être définie comme une tendance (par opposition à un incident ponctuel) de violence et d’agressions commises par des enfants et des adolescents qui amène les parents, les gardiens, les frères et sœurs ou d’autres membres de la famille à éprouver de la peur, une perte de contrôle ou des comportements altérés afin d’éviter d’autres violences ou altercations (Adopt4Life, 2020; Selwyn et Meakings, 2015; Thorley et Coates, 2018).

Peu de recherches ont été faites sur la VAEP au Canada. Au Royaume-Uni, où il y a une plus grande sensibilisation générale à la VAEP, on a fait pas mal de recherches, y compris une enquête de 2018 et une évaluation continue des programmes pour déterminer quelles interventions fonctionnent.

Que connaissons-nous de la VAEP?

Les chercheurs et les experts ne se sont pas encore entendus sur une définition de la VAEP, en partie parce qu’elle touche les familles ayant de nombreux antécédents et besoins différents, y compris les familles adoptives, les familles d’origine, les tuteurs spéciaux, les enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux et un handicap (BESH), et les enfants ayant des antécédents de traumatisme complexe (Adopt4Life, 2020). Les comportements courants de la VAEP comprennent : le contrôle coercitif; la domination; l’intimidation; les menaces physiques, verbales, psychologiques ou financières pour acquérir du pouvoir; et les agressions physiques et verbales (Selwyn et Meakings, 2015; Thorley et Coates, 2018). L’inclusion de l’intention dans la définition est litigieuse, car de nombreux parents et gardiens soutiennent que la complexité des besoins sous-jacents en santé mentale et des besoins spéciaux empêche leur enfant d’avoir une intention de nuire (Adopt4Life, 2020).

Les causes de la VAEP indiquent une relation complexe avec le traumatisme, et les chercheurs du Royaume-Uni soutiennent qu’il est essentiel de comprendre la relation d’un enfant avec les expériences négatives vécues durant l’enfance (ENE) (Thorley et Coates, 2018). Les chercheurs ont remarqué que les enfants peuvent avoir été témoins ou victimes de violence familiale; ils peuvent avoir été exposés avant la naissance à des substances ou en consommer actuellement; ils peuvent avoir des démêlés avec le système de justice pénale; et ils ont peut-être des difficultés à l’école (Bonnick, s.d.; Cottrell, 2001; Thorley et Coates, 2018). Les chercheurs ont également constaté que les enfants ayant des BESH sont négligés dans la documentation de la VAEP, mais qu’ils présentent souvent bon nombre des complexités relationnelles de la VAEP (Thorley et Coates, 2018). De plus, les chercheurs sont curieux de connaître les répercussions à long terme d’une relation familiale complexe ou tumultueuse (Thorley et Coates, 2018).

Il y a également eu une discussion dans la documentation sur la nature sexospécifique de la VAEP, semblable à la « violence faite aux mères » (Cottrell, 2001; Selwyn et Meakings, 2015). La dynamique entre les sexes peut se manifester de plusieurs façons. Par exemple, les enfants qui sont témoins de violence conjugale contre des femmes peuvent apprendre qu’une telle violence est acceptable ou être hostiles envers leur mère parce qu’elle ne se protège pas contre les mauvais traitements (Selwyn et Meakings, 2015). Les chercheurs ont indiqué que les tendances statistiques ne peuvent être pleinement comprises sans plus de données, mais certains avancent que la violence des filles est moins susceptible d’être signalée que la violence des garçons (Selwyn et Meakings, 2015). Une autre explication possible du faible nombre de filles qui commettent des agressions est que la police est plus susceptible de prendre des mesures lorsqu’un garçon commet des actes de violence contre sa mère plutôt qu’une fille (Selwyn et Meakings, 2015). Cette recherche n’a pas encore exploré une dynamique de pouvoir similaire avec les enfants, les parents et les gardiens non binaires ou transgenres.

La VAEP a tendance à inspirer des sentiments de culpabilité, de honte et d’isolement chez les parents. Les soutiens sociaux des parents, des amis et des membres de la famille commencent à diminuer à mesure qu’ils deviennent moins disposés à s’engager dans une dynamique familiale chaotique, à porter un jugement ou à vivre de l’épuisement (Selwyn et Dibben, 2017). Les parents attendent souvent de longues périodes – même des années – avant de demander de l’aide et peu savent où obtenir de l’aide. Si ce n’est pas vers la police, vers qui se tournent-ils? Dans une étude menée au Royaume-Uni, les trois quarts (75 %) des parents interrogés ont déclaré que les professionnels n’avaient pas l’expertise nécessaire pour aider avec la VAEP et que, dans l’ensemble, les parents se sentaient blâmés pour ce qui se passait lorsqu’ils cherchaient de l’aide (Selwyn et Dibben, 2017). Les enquêtes sur la protection de l’enfance peuvent compromettre l’emploi des parents, surtout s’ils travaillent dans les services sociaux ou comme psychologues, psychiatres, enseignants ou entraîneurs (Selwyn et Dibben, 2017). En mai 2020, le Huffington Post a décrit le phénomène, y compris les immenses défis auxquels font face les parents et les ressources disponibles (Treleaven, 2020).

Statistiques canadiennes

Statistique Canada a publié son dernier profil statistique de la violence familiale en mars 2021 (Conroy, 2021). Le profil fournit des données sur les affaires de violence familiale signalées à la police en 2019. Selon le dernier profil, en 2019, sur 399 846 victimes de violence signalée à la police au Canada, 102 316 – environ le quart (26 %) – ont été victimisées par un membre de la famille. Les deux tiers (67 %) des victimes de violence familiale étaient des femmes.

Les auteurs de crimes signalés à la police étaient le plus souvent le conjoint actuel (31 %) ou un parent (20 %), suivis d’un ancien conjoint (13 %), d’un frère ou d’une sœur (11 %) ou d’un enfant (11 %). Une proportion plus élevée de victimes de sexe féminin que de victimes de sexe masculin ont été victimes de violence de la part d’un conjoint actuel ou d’un ex-conjoint (51 % contre 29 %, respectivement), tandis que les victimes de sexe masculin étaient plus susceptibles que les victimes de sexe féminin d’être victimes de violence de la part d’une personne autre qu’un conjoint (71 % contre 49 %, respectivement).

Bien que les proportions d’enfants et de frères et sœurs agresseurs (11 % et 11 %) soient inférieures à celles des conjoints actuels ou anciens (31 % et 13 %, respectivement), elles sont importantes et méritent notre attention.

Bien que peu d’études empiriques aient été réalisées au Canada à ce jour, le tableau suivant de Statistique Canada illustre la diminution du nombre d’infractions avec violence signalées à la police commises par des jeunes de 12 à 17 ans contre des parents biologiques, des gardiens légaux et d’autres membres de la famille immédiate, comme les frères et sœurs biologiques, les beaux-frères/belles-sœurs, les demi-frères ou sœurs, les frères et sœurs de famille d’accueil et adoptés.

Tableau 1 : Affaires d’infractions avec violence signalées à la police commises par des jeunes, selon certaines relations entre l’accusé et la victime, pour le Canada, 2009 à 2019Note de bas de page 3
Année Relation entre l’accusé et la victime
EnfantNote de bas de page 4 Autre membre de la famille immédiateNote de bas de page 5 Total
Nombre Taux Nombre Taux Nombre Taux
2009 2 806 8,4 1 904 5,7 4 710 14,1
2010 2 393 7,1 1 840 5,5 4 233 12,6
2011 2 364 6,9 1 768 5,2 4 132 12,1
2012 2 399 7,0 1 733 5,0 4 132 12,0
2013 2 191 6,3 1 519 4,4 3 710 10,7
2014 2 074 5,9 1 405 4,0 3 479 9,9
2015 1 846 5,2 1 358 3,8 3 204 9,1
2016 1 824 5,1 1 368 3,8 3 192 8,9
2017 1 847 5,1 1 420 3,9 3 267 9,0
2018 1 818 5,0 1 398 3,8 3 216 8,8
2019 1 629 4,4 1 297 3,5 2 926 7,9

Les chiffres montrent une diminution constante de 2009, quand le taux total était de 14,1 victimes pour 100 000 habitants, à 2019, quand le taux total était de 7,9 victimes pour 100 000 habitants. Au cours des dix dernières années, le nombre de parents victimes a été plus élevé que le nombre d’autres membres de la famille immédiate.

Pour expliquer les tendances à la baisse sur 10 ans des incidents signalés à la police, les chercheurs canadiens se demandent si certains aspects du contexte global ont changé. Par exemple, y a-t-il plus de services offerts aux familles pour qu’elles n’aient pas à appeler la police? Les attitudes ont-elles changé au sujet de la valeur du signalement des incidents à la police? La violence a-t-elle diminué au cours de la dernière décennie? Si oui, pourquoi? Des recherches plus poussées sont nécessaires pour bien comprendre cette tendance.

Recherche au Canada

En 2001, la chercheuse canadienne Barbara Cottrell, de la Nouvelle-Écosse, a publié un aperçu de la violence à l’égard des parents, de ses effets et des facteurs qui y contribuent, de l’implication du système de justice pénale et des moyens utiles pour aller de l’avant.

Mme Cottrell souligne dans son rapport que les parents au Canada sont légalement responsables de subvenir aux besoins de leurs enfants jusqu’à ce qu’ils aient 19 ans. La VAEP complique cette responsabilité, surtout si la police intervient. Cottrell ajoute que de nombreux parents hésitent à communiquer avec la police de crainte que des accusations de voies de fait soient portées contre un enfant ou contre eux-mêmes (pour avoir agi en légitime défense). Certains parents signalent que l’implication de la police a accru la colère et le ressentiment de leur enfant, et certains parents ont ressenti une perte de contrôle après avoir communiqué avec le système de justice pénale. Comme d’autres études (Meier, 2018; Selwyn et Meakings, 2015), le rapport signale que certains parents ressentaient de la culpabilité et de la peur et se sentaient isolés et avaient besoin d’aide pour reprendre un rôle de leadership compatissant et bienveillant dans leur famille.

En 2017, Prévention du crime Ottawa a publié un rapport sommaire de Kelly Weegar, candidate au doctorat en psychologie à l’Université d’Ottawa, qui décrit en détail la recherche actuelle sur la tendance à la hausse des incidents de violence familiale commis par les membres de la famille autres que les conjointsNote de bas de page 6. Le rapport mentionne la VAEP aux côtés de la violence familiale commise par une personne autre que le conjoint, de la violence entre frères et sœurs, de la violence à l’égard des parents et des homicides. Weegar (2017) souligne les facteurs qui augmentent le risque de VAEP : l’exposition à la violence familiale; un lien faible avec les parents; la dépression chez les adolescents; la toxicomanie; et les pratiques parentales fondées sur l’affirmation du pouvoir (Calvete, Orue et Gamez-Guadix, 2013; Ibabe, Jaureguizar et Bentler, 2013; Ibabe et Bentler, 2016).

Un autre aspect essentiel de la VAEP à considérer et à comprendre dans le contexte canadien est le taux plus élevé de violence familiale dans les collectivités autochtones comparativement aux collectivités non autochtones. Les injustices systémiques créées et perpétuées par les politiques, les programmes et les lois du gouvernement fédéral ont amené de nombreux enfants et familles des Premières Nations, métis et inuits à subir des mauvais traitements et des traumatismes intergénérationnels. Il sera important d’examiner les liens entre la colonisation et la VAEP dans le contexte canadien.

Recherche d’autres pays

Australie

En 2019-2020, Family Safety Victoria et le Centre for Excellence in Child and Family Welfare ont terminé un projet sur la VAEP. Le projet a exploré la violence des jeunes à domicile au moyen d’un sondage en ligne, d’un groupe de discussion et d’un symposium (Centre for Excellence in Child and Family Welfare, 2020). Les résultats de cette étude confirment l’absence de programmes évalués dans le domaine qui ciblent les adolescents qui ont recours à la violence à la maison, ainsi qu’un changement de langage; les fournisseurs de services n’utilisent plus le mot « agresseur » pour décrire les jeunes qui ont recours à la violence (ibid.) L’étude a relevé des lacunes dans la recherche existante, notamment la façon de travailler efficacement avec les adolescents handicapés qui sont violents à la maison, les services qui offrent du soutien pour aider les jeunes et les interventions précoces (ibid.) Les défis pour les fournisseurs de services comprenaient : l’échange d’information entre les secteurs; la connaissance du moment et du type de services à recommander; le manque de services de soutien pour les enfants de moins de 12 ans; et des programmes inclusifs pour les familles autochtones, les partenaires de même sexe et les personnes de divers milieux (ibid.) L’étude a également mis en lumière un certain nombre de stratégies efficaces, notamment : les limites et les conséquences sur le comportement; la responsabilisation; le répit pour les parents et les gardiens; le fait d’aborder la honte et le blâme pour tous les membres de la famille; et l’exploration de la façon dont les jeunes se sentent face à la violence.

Royaume-Uni

En 2013, les chercheurs britanniques Selwyn, Wijedasa et Meakings ont interrogé des parents qui avaient adopté des enfants entre avril 2002 et mars 2004, recueillant des informations auprès de 390 familles comptant 689 enfants adoptés. À la suite du sondage, les chercheurs ont interrogé 35 parents qui avaient vécu une interruption de l’adoptionNote de bas de page 7 et 35 qui avaient décrit la vie familiale comme « très difficile ». L’étude comprenait également les éléments suivants : 12 gestionnaires de l’adoption qui avaient appuyé les demandes d’aide et y avaient répondu; 10 travailleurs sociaux qui avaient fait ou évalué le placement qui avait été interrompu; et 12 enfants qui avaient vécu une interruption. Les constatations indiquaient que le sexe n’était pas un facteur dans l’interruption de l’adoptionNote de bas de page 8. Les auteurs ont noté qu’un nombre similaire de garçons et de filles étaient adoptés chaque année, et que ni le sexe ni l’origine ethnique n’étaient associés à un plus grand risque d’interruption. Toutefois, l’âge était un facteur : les enfants dont l’adoption a été interrompue étaient en moyenne plus âgés lorsqu’ils ont été pris en charge que ceux dont l’adoption était intacte (trois ans par rapport à un an, respectivement). De plus, les adolescents adoptés étaient 10 fois plus susceptibles que les enfants plus jeunes de connaître une interruption de leur adoption.

Selwyn et Meakings (2015) ont réalisé deux autres études pour le ministère de l’Éducation et une pour le gouvernement du pays de GallesNote de bas de page 9. À l’aide de données nationalesNote de bas de page 10, les chercheurs ont constaté que les interruptions sont relativement peu fréquentes (environ 3 % de toutes les adoptions en Angleterre et au pays de Galles). Suivant la méthodologie de leurs travaux antérieurs, les chercheurs ont sélectionné et interviewé 20 familles adoptives galloises (10 qui avaient subi une interruption et 10 qui avaient décrit l’éducation des enfants comme « très difficile »).

Les parents avaient des expériences mixtes avec les professionnels; certains avaient l’impression que les professionnels avaient contribué au sentiment de honte et de blâme des parents, tandis que d’autres avaient l’impression d’avoir reçu un bon soutien. Les familles qui se sentaient mieux soutenues par une équipe ont fait remarquer qu’il s’agissait habituellement d’un soutien multidisciplinaire comprenant des travailleurs sociaux, des psychologues, des mentors et parfois même des ergothérapeutes ou des psychopédagogues (Selwyn et Meakings, 2015). De plus, les familles ont signalé que les travailleurs sociaux qui ont toujours pris le parti de leur enfant n’ont pas reconnu la dynamique de pouvoir et de contrôle qui dominait déjà les relations familiales. Les chercheurs ont également constaté que les parents dont l’enfant « avait quitté la maison » étaient statistiquement plus susceptibles de se sentir blâmés par des professionnels que les parents dont l’enfant était encore à la maison.

Entre novembre 2016 et mars 2018, Selwyn, Magnus et Mitchell (2019) ont évalué trois interventions dans la région de Londres, soit : une formation de trois jours pour les professionnels; un atelier d’une journée pour les parents adoptifs; et un programme de groupe de huit semaines pour les parents adoptifs. Les objectifs de ces interventions étaient de comprendre la VAEP et d’enseigner des techniques de résistance non violente (RNV) et d’éducation thérapeutique des enfants.

À la formation de trois jours, les participants comprenaient 16 femmes et 3 hommes, tous des thérapeutes, des travailleurs sociaux, des experts-conseils, des infirmières ou des éducateurs. La moitié des professionnels avaient plusieurs familles aux prises avec la VAEP. Après la formation, les professionnels ont exprimé leur confiance en aidant les parents ou les enfants à changer les façons de penser qui contribuent à la VAEP; dans l’évaluation et l’entrevue; et en donnant aux parents les compétences nécessaires pour composer avec la VAEP.

L’atelier d’une journée a réuni 48 parents adoptifs. De ce nombre, 22 (46 %) ont rempli un questionnaire avant et après l’atelier. Ensemble, ces 22 parents avaient adopté 13 filles et 9 garçons âgés de 6 à 20 ans, la moyenne d’âge étant de 11 ans. Après l’atelier, les parents ont déclaré qu’ils avaient davantage confiance en leurs compétences parentales et que leur connaissance de la VAEP s’était améliorée « passablement » ou « beaucoup ».

Le programme de groupe comprenait huit séances hebdomadaires de trois heures et a attiré 64 familles. De ce nombre, 57 (89 %) ont rempli un questionnaire au début du programme, et 49 familles (77 %) ont rempli un deuxième questionnaire à la fin du programme. Les chercheurs ont également mené des entrevues téléphoniques de suivi auprès de huit parents. La plupart des participants (n=34, ou 60 %) cherchaient du soutien pour leurs fils et 40 % ont déclaré que leur enfant avait une difficulté physique, neurodéveloppementale ou émotionnelle/comportementaleNote de bas de page 11. De nombreuses familles ont également reçu un soutien téléphonique supplémentaire, soit d’un autre conseiller de parent adoptant, soit du PAC-UKNote de bas de page 12, tout en participant au groupe parental. Parmi ceux qui ont répondu au deuxième sondage, tous, à l’exception d’un parent, ont trouvé le soutien qu’ils ont reçu « un peu utile » ou « très utile », et 88 % ont déclaré qu’il avait été « très utile ». De plus, 72 % des parents qui ont répondu ont déclaré une présence parentale accrue dans la vie de leur enfant en raison des stratégies d’apprentissage du cours. Quand on leur a demandé quelles stratégies parentales avaient été les plus utiles, 94 % ont mentionné des techniques de désamorçage. Après la formation, presque tous les parents (98 %) ont déclaré qu’ils étaient sûrs de pouvoir répondre aux besoins de leur enfant adoptif, ce qui était une amélioration pour 26 parents qui avaient fait des déclarations différentes pendant le questionnaire préalable à la formation.

Dans un article paru en 2020 dans le Journal of Interpersonal Violence, O’Toole et coll. présentent les résultats d’une étude qualitative explorant les perspectives de la VAEP des praticiens au Royaume-Uni. Dans le cadre de l’étude, 25 spécialistes de divers domaines (p. ex., justice pour les jeunes, police, organismes de bienfaisance) ont participé à quatre groupes de discussion. Trois grands thèmes sont ressortis, soit : le besoin de définitions uniformes de la VAEP; le besoin pour les professionnels de mieux comprendre les facteurs de risque de la VAEP; et le besoin de trouver des interventions efficaces à l’égard de la VAEP étant donné que les méthodes actuelles de signalement étaient jugées inefficaces et potentiellement nuisibles aux familles. Fait important, l’étude préconisait une stratégie coordonnée et multiorganismes de lutte contre la VAEP.

Une autre étude qualitative menée au Royaume-Uni a porté sur un total de huit participants à deux programmes d’intervention à l’égard de la VAEP. Tous les participants avaient été violents non pas seulement avec leur mère, mais aussi avec leurs frères et sœurs et leurs beaux-pères. Les chercheurs ont mené des entrevues en personne avec les participants et ont enregistré leur comportement observé pendant les entrevues. Les chercheurs, Papamichal et Bates (2020), ont relevé des thèmes clés liés aux contextes sociaux et aux perceptions des participants sur leur état émotionnel. Une conclusion clé, qui est reprise dans d’autres études (Thorley et Coates, 2018), est que la VAEP établit des liens avec les expériences négatives vécues durant l’enfance (ENE), les relations insatisfaisantes avec les parents, le rejet émotionnel perçu par les parents et le dérèglement émotionnel chez les jeunes.

Espagne

Dans une étude espagnole menée en 2021, les chercheurs Junco-Guerrero, Ruiz-Fernández et Cantón-Cortés ont étudié les effets directs et indirects de l’exposition à la violence au sein des familles; le lien d’attachement insécurisant dans le système familial (se manifestant par le désengagement ou la préoccupation); et comment les jeunes justifient la VAEP à l’égard des mères et des pères. Au total, 904 élèves du secondaire âgés de 13 à 20 ans ont participé à l’étude. Un quart des élèves (25,4 %) ont reconnu avoir commis des agressions psychologiques graves (plus de six incidents) contre leur mère, et 20 %, contre leur père. En ce qui concerne l’agression physique grave (de trois à cinq incidents), 2,2 % des participants ont reconnu en avoir commis une contre leur mère, et 1,7 %, contre leur père. Les chercheurs ont mesuré le comportement violent des participants au moyen du Questionnaire sur l’agression d’un enfant contre un parent et ont également utilisé d’autres questionnaires normalisés. Les chercheurs ont observé des liens étroits entre l’exposition à la violence au sein de la famille, l’insécurité émotionnelle, la justification de la violence et la VAEP contre les mères et les pères. Les résultats ont montré que les jeunes exposés à la violence à la maison ont tendance à être plus agressifs dans l’avenir que les jeunes qui n’ont pas été exposés à la violence à la maison. Ces résultats portent à croire que la prévention et le traitement de la VAEP devraient être axés sur l’amélioration de la sécurité au sein du système familial, ainsi que sur la modification des attitudes à l’égard de la violence.

Autres pays

La plupart des articles examinés dans cette brève introduction à la VAEP portaient sur des études menées au Royaume-Uni. Des travaux sont également en cours dans plusieurs autres pays, tant dans le milieu universitaire que dans les organismes de service. Par exemple, un article d’Ilbaca Baez et coll., (2018) décrit la première analyse menée au Chili sur la prévalence de la VAEP. Au total, 1 861 jeunes âgés de 13 à 20 ans ont participé à l’étude (48,1 % de garçons; 51,9 % de filles) en répondant à des questions sur la VAEP. Les résultats ont montré que les agressions psychologiques, économiques et physiques étaient plus souvent dirigées contre les mères que contre les pères. Les participantes étaient plus susceptibles d’être agressives sur le plan psychologique, tandis que les participants de sexe masculin étaient plus susceptibles d’avoir recours à la violence financière ou physique.

Mme Meier (2018), diplômée de l’Université d’État de l’Iowa (États-Unis), a écrit une lettre ouverte aux travailleurs sociaux en s’inspirant de sa propre expérience auprès de professionnels puisqu’elle a élevé sept enfants en famille d’accueil, dont cinq qu’elle a adoptés. Dans sa lettre, Mme Meier donne plusieurs conseils aux professionnels qui soutiennent les familles qui font face à la VAEP, à savoir : que les familles ont désespérément besoin d’aide; qu’elles ont besoin de sentir que les professionnels les croient sur leur expérience; et qu’elles aimeraient que les professionnels utilisent un langage simple. Les familles aimeraient aussi que les professionnels évitent de miner les relations parent-enfant et comprennent que les familles ont besoin de soutien quand elles vivent des émotions et des situations difficiles (plutôt que de toujours mettre l’accent sur les aspects positifs des situations).

Contexte de la COVID-19

Au printemps 2020, Condry, Miles, Brunton-Douglas et Oladapo (2020), de la faculté de droit de l’Université d’Oxford, en Angleterre, ont entrepris une étude pour comprendre l’impact de la pandémie de COVID-19 et des restrictions imposées aux familles par les gouvernements sur la violence et les mauvais traitements. Les chercheurs ont consulté les données du sondage auprès des parents et des fournisseurs de services, ont tenu des discussions avec des collègues responsables des politiques et ont présenté une demande d’accès à l’information pour obtenir des données de plusieurs services de police. Les chercheurs ont analysé les ressources disponibles pendant la pandémie, ainsi que les ressources et les services qui, selon les décideurs et les parents, devraient être en place pour protéger les familles pendant les périodes de restriction du gouvernement et par la suite. L’échantillon final comprenait 104 parents ayant des enfants âgés de 10 à 19 ans qui avaient vécu de la VAEP et 47 spécialistes qui travaillaient avec des familles victimes de VAEP.

Les parents et les fournisseurs de services ont déclaré que la violence au cours du premier confinement avait augmenté (70 % des parents ont déclaré une augmentation de la violence, et 69 % des spécialistes ont déclaré une augmentation des aiguillages). Plus de la moitié (64 %) des spécialistes ont également noté une augmentation de la gravité de la violence. Les répondants ont attribué l’augmentation de la violence aux facteurs suivants :

Il est intéressant de noter qu’environ le tiers (29 %) des parents répondants ont déclaré une baisse de la VAEP pendant le confinement; toutefois, ils ont expliqué cela par une réduction du stress et des déclencheurs de violence. Certaines familles touchées par la pandémie de COVID-19 ont adopté un rythme plus lent, ont réduit le nombre d’activités parascolaires et ont eu plus de possibilités de renouer leurs liens (Condry, Miles, Brunton-Douglas et Oladapo, 2020). Ces familles et les fournisseurs de services associés étaient particulièrement préoccupés par la façon dont les choses allaient se dérouler à mesure que le confinement serait levé. D’autres familles ont trouvé la pandémie affligeante; l’isolement a réduit leur capacité de s’adapter ou d’accéder à leurs réseaux de soutien (ibid.)

Questions pour conclure

Au Canada, la VAEP n’est pas encore bien comprise. Les chercheurs et les décideurs canadiens sont encouragés à explorer de nombreuses questions, notamment : Les données actuelles sur la violence familiale au Canada saisissent-elles adéquatement la VAEP? Comment les professionnels au Canada réagissent-ils à la VAEP? Quelle est l’incidence des traumatismes subis par les parents et les gardiens sur la façon dont les parents réagissent aux enfants et aux adolescents violents? Où se trouvent les lacunes dans les services? Et quels services aideraient le mieux les familles à éviter les crises? Comment le colonialisme, le racisme et les traumatismes intergénérationnels causés par les pensionnats, la « rafle des années 1960 » et les pratiques de protection de l’enfance en cours ont-ils influé sur la VAEP chez les peuples autochtones? Comment les familles qui comprennent des membres queer ou au genre non conforme – qui sont déjà plus à risque de subir de la violence – vivent-elles la VAEP?

Références