Introduction

« À titre de nation, nous devons respecter et apprécier à leur juste valeur les opinions de notre jeunesse. Presque toutes les politiques et décisions gouvernementales ont des répercussions sur la vie des jeunes, et ceux-ci ont le droit d’influencer ces décisions, tant individuellement que collectivement. »

Une politique jeunesse pour le Canada, 2019

La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies, qui énonce les droits de l’enfant (âgé de moins de 18 ans)Note de bas de page 1, y compris le droit d’exprimer son opinion sur toute question l’intéressant, ainsi que cette citation tirée de l’introduction à la première politique jeunesse pour le Canada (visant les personnes âgées de 15 à 29 ans)Note de bas de page 2, reconnaissent l’importance et la valeur de l’inclusion des jeunes dans le processus décisionnel. Cependant, les processus d’élaboration de politiques n’ont souvent pas de point d’entrée clair permettant aux jeunesNote de bas de page 3 d’y participer.

Cette revue de la littérature et ce recueil de pratiques ont pour objet de décrire des pratiques efficaces, prometteuses et émergentes qui permettent de faire participer les jeunes autant que possible à tout processus d’élaboration de politique. Bien que certaines méthodes et pratiques aient évolué au cours de la dernière décennie (voire au cours des cinq dernières années) en vue de tenir compte des changements dans les domaines de la technologie et de la culture, d’une pandémie, et de pressions croissantes liées aux changements climatiques et aux questions sociales, les pratiques et les principes fondamentaux en matière de participation des enfants et des adolescents sont restés les mêmes.

Le présent document fait état d’un éventail de processus et de pratiques qui, ensemble, établissent des normes d’excellence ambitieuses en matière de mobilisation des enfants et des adolescents. Les principes et les pratiques qui y sont décrits peuvent être intégrés aux processus d’élaboration de politiques en vue d’atteindre ces normes d’excellence. L’utilisation de ses principes fondamentaux, particulièrement le principe du respect de l’importance et de la valeur de l’expression directe des jeunes dans l’élaboration de politiques, peut aider les décideurs politiques à déterminer de façon appropriée l’ampleur, le type et la durée de la mobilisation des enfants et des adolescents.

Cadre d’interprétation des activités auprès des enfants et des adolescents

La littérature universitaire et les documents organisationnels décrivent un large spectre de participation des enfants et des adolescents à l’élaboration de politiques. Le tableau 1 représente un cadre de la participation qui illustre une gamme d’activités avantageuses à différents degrés allant de la non-participation, à la participation, puis à l’engagement (adapté de l’Association internationale pour la participation publique, 2108, et Waite et al., 2024).

Tableau 1 : Degrés de participation des enfants et des adolescents

Degrés de participation des enfants et des adolescents
Non-participation Participation Engagement
Recherche secondaire Informer Consulter Faire participer Collaborer Habiliter
Rechercher et intégrer la recherche effectuée par des tiers qui relaye les opinions exprimées par les enfants et les adolescents. Donner aux jeunes des renseignements mesurés et objectifs pour qu’ils puissent comprendre le problème, les occasions et les solutions. Recueillir la rétroaction des jeunes sur l’analyse, les solutions de rechange ou les décisions. Travailler directement avec les jeunes tout au long du processus afin que leurs préoccupations et leurs objectifs soient compris et pris en compte. Collaborer avec les jeunes sur chaque aspect de la décision politique, y compris l’élaboration de solutions de rechange et la sélection de la politique privilégiée. Placer le processus décisionnel définitif entre les mains des jeunes ou leur en faire part.

Quel que soit le degré de participation des jeunes, leurs opinions peuvent permettre d’orienter les politiques et de faire en sorte que leurs besoins soient pris en compte. La non-participation, qui se trouve à une extrémité du spectre, permet d’intégrer indirectement les opinions des enfants et des adolescents à l’élaboration de politiques en faisant appel à la recherche effectuée par des tiers à laquelle des enfants et des adolescents ont participé, qu’elle soit tirée de publications universitaires ou autres. La mobilisation, qui se trouve à l’autre extrémité du spectre, permet aux jeunes d’avoir une incidence plus directe sur les politiques.

Selon la définition du Centre d’excellence pour l’engagement des jeunes, l’engagement des jeunes est une participation soutenue et significative à quelque chose d’autre que soi-même (Pancer et al., 2002; Rose-Krasnor, 2009). L’accent mis sur quelque chose d’autre que soi-même est un aspect essentiel de l’élaboration de politiques. Bien souvent, les adolescents sont motivés à participer et continueront à le faire lorsqu’ils peuvent contribuer au bien-être de leurs pairs ou des générations futures (Lawford et al., 2023). L’engagement total sous-entend un équilibre entre les résultats positifs pour les adolescents sur le plan individuel (p. ex., acquisition de compétences et développement de l’identité), sur le plan social (p. ex., relations solides et réseau de soutien élargi) ainsi qu’à l’échelle du système (p. ex., politiques mieux adaptées aux besoins des jeunes et engagement civique accru) (McCart et Khanna, 2012). Les activités qui correspondent à chacun de ces degrés sont susceptibles de produire des résultats positifs.

Pourquoi la consultation est-elle considérée comme une forme de participation et non comme une forme d’engagement? La plupart des consultations (p. ex., groupes de consultation et sondages) ne permettent pas de perpétuer un cycle réciproque d’échange et d’examen des renseignements et des points de vue des participants et du chercheur ou de l’organisateur de la consultation. De plus, les consultations posent des limites pour ce qui est des occasions et du temps accordé aux jeunes pour délibérer, donner un sens à la contribution initiale, orienter les sujets abordés ou répondre aux questions posées. Ces activités sont souvent critiquées par les jeunes, parce qu’ils n’en retirent aucun avantage direct. En effet, ils ne savent presque jamais ce qu’il est advenu de leur contribution.

En revanche, l’engagement des enfants et des adolescents repose sur des relations (c.-à-d., l’accent est mis sur le lien interpersonnel entre les jeunes et les adultes) et met en place un échange réciproque de connaissances et d’apprentissage entre les jeunes et les adultes dans un contexte positif de développement des enfants et des adolescents (c.-à-d., axé sur les forces). Une approche axée sur l’engagement peut faire progresser les droits des enfants et des adolescents au chapitre de la gouvernance entourant les décisions politiques qui les touchent, car elle permet aux jeunes d’avoir une participation plus significative (McCart et Khanna, 2012; Swist et al., 2022). En outre, les jeunes tirent directement des avantages de l’engagement, lequel est lié à des résultats positifs sur le plan individuel (p. ex., sentiment de mieux-être et compétences en matière de leadership), sur le plan social (p. ex., liens avec des adultes et des pairs qui les soutiennent), ainsi qu’à l’échelle du système (p. ex., mobilisation communautaire et citoyenneté responsable) (Centre d’excellence pour l’engagement des jeunes, 2003; Khanna et al., 2014; McCart et Khanna, 2012; Ramey et al., 2019; Ramey et al., 2018).

Quel que soit le point de départ le long du spectre de la participation des enfants et des adolescents, il est possible de se rapprocher de l’engagement en combinant des activités dans des cycles itératifs du processus. Par exemple, mobiliser les jeunes pour qu’ils conçoivent un sondage ou un groupe de consultation pour leurs pairs peut permettre de bonifier une consultation ordinaire. De façon similaire, après un sondage anonyme mené par un tiers, réunir un groupe de jeunes pour en examiner les conclusions préliminaires et les analyser en collaboration avec eux peut permettre d’obtenir un engagement significatif et d’améliorer la précision et la validité de l’interprétation.

Le présent document décrit des pratiques en matière de participation et d’engagement des enfants et des adolescents dans le contexte des politiques, et commence par une description de la méthodologie ciblée utilisée pour recueillir les données probantes qui constituent le fondement de ces pratiques. Cette méthodologie est suivie de conclusions, lesquelles décrivent des principes et des pratiques qui reposent sur des données probantes (pratiques efficaces), des pratiques prometteuses qui reposent sur des évaluations et des données moins probantes, et des pratiques émergentes qui reflètent l’évolution du paysage au cours des dernières années, particulièrement en ce qui concerne l’utilisation de la technologie. Il s’ensuit une analyse des principaux facteurs à considérer et obstacles en matière de mise en œuvre. Un recueil de pratiques relatives à l’expression des enfants et des adolescents dans l’élaboration de politiques accompagne la revue de la littérature.