Facteurs à considérer et obstacles
La section suivante porte sur les facteurs à considérer et les obstacles potentiels liés au processus d’intégration de l’opinion des jeunes à l’élaboration de politiques. Le gouvernement devra élaborer des pratiques établies pour faire de la place à des jeunes de diverses origines, en adoptant l’Analyse comparative entre les sexes Plus et en s’attaquant aux obstacles, ainsi que des pratiques établies en matière d’espaces virtuels, de consentement, de protection, d’indemnisation et d’atténuation des risques.
Analyse comparative entre les sexes Plus (ACS Plus)
Au Canada, le recours à l’Analyse comparative entre les sexes Plus est reconnu comme un élément essentiel à l’appui de l’élaboration de lois, de programmes et de politiques efficaces. L’ACS Plus donne aux fonctionnaires fédéraux les moyens d’analyser et d’améliorer continuellement leur travail et d’obtenir de meilleurs résultats en répondant mieux à la diversité de besoins et de circonstances des populations qu’ils servent. Le gouvernement du Canada continue de travailler en vue d’améliorer la mise en œuvre de l’ACS Plus dans tous les ministères fédérauxNote de bas de page 4.
Diversité
Les jeunes peuvent être invités à participer à des activités en fonction de divers facteurs dans le but de veiller à une représentation des perspectives liées notamment à la géographie, à l’âge, au sexe, au genre, à la race, aux perspectives culturelles, à la diversité des expériences de vie, à la situation économique et aux expériences académiques. De plus, la participation de jeunes de diverses origines est nécessaire pour veiller à ce que les incidences des politiques soient équitables pour tous les enfants et les adolescents, quels que soient leurs attributs démographiques. Les critères relatifs à l’expression des enfants et des adolescents doivent être orientés par la question politique : l’expression des enfants et des adolescents qui seraient les plus touchés ou les plus intéressés est essentielle. Par exemple, si la politique concerne les besoins des personnes handicapées, un éventail diversifié de jeunes handicapés devrait être surreprésenté (McCart et Khanna, 2012; Pearson et Collins, 2011). Cependant, les personnes dont les opinions sont habituellement sous-représentées et dont la contribution est la plus nécessaire sont également celles qui se heurtent à de nombreux obstacles en matière de participation.
De multiples obstacles à la participation peuvent toucher les jeunes en marge de la société :
- Indemnisation : comme décrit plus haut, le fait de ne pas indemniser les jeunes pour leur contribution et leur temps peut constituer un obstacle pour les jeunes en situation de faible revenu, exacerbant ainsi les inégalités (Flodgren et al., 2024);
- Langue : la prise en compte des besoins et des préférences linguistiques des jeunes peut favoriser leur pleine participation (Coordination des ONG pour les droits de l’enfant, 2020; Flodgren et al., 2024);
- Horaires de vie : les jeunes peuvent être submergés de responsabilités (p. ex., jeunes pris en charge : Jackson et al., 2020);
- Accès au numérique : aider les jeunes à accéder à Internet et à la technologie est essentiel en vue d’une mobilisation plus significative et équitable (Coordination des ONG pour les droits de l’enfant, 2020; Park, 2023; Smith et al., 2024);
- Autres besoins en matière d’accessibilité : l’accessibilité physique à l’espace doit être décrite clairement (p. ex., transports, escaliers, toilettes non genrées, fenêtres, éclairage et salles privées). Tenir compte de l’accessibilité culturelle (p. ex., salle de prière) et d’autres dispositions (p. ex., nourriture et garde d’enfants) favorisant la participation (Wisdom2Action, 2019).
Les facteurs suivants sont les principaux facteurs à considérer en matière de diversité (Jacobs et George, 2022; Leclerc et Wong, 2024; McCart et Khanna, 2011) :
- Représentation : quels jeunes participent, et quels sont les groupes d’intérêt qui ont été ou n’ont pas été pris en compte? Les jeunes représentent-ils les principaux intervenants? Qui est sous-représenté?
- Diversité de façade : déterminer si les positions sociales et les différents points de vue ont été suffisamment pris en compte ou s’il s’agissait seulement d’une façade. Les jeunes étaient-ils censés représenter un groupe plus large et, le cas échéant, disposaient-ils des ressources nécessaires pour consulter un plus grand nombre de personnes? Les jeunes étaient-ils contraints d’une manière qui les a empêchés de remettre en question les structures de pouvoir existantes ou de changer les choses?
- Relations de pouvoir : même dans les situations où les jeunes et les adultes entretiennent des relations de confiance, les relations de pouvoir institutionnelles et sociétales ont une influence sur la mobilisation des jeunes. Quelles mesures ont été mises en place pour remédier aux déséquilibres de pouvoir? Quels sont les autres déséquilibres de pouvoir susceptibles d’influencer les jeunes?
- Mobilisation continue et uniforme à l’étape de la contribution à la prise de décision et aussi par la suite : l’environnement est-il habilitant, et offre-t-il les outils, le soutien et les ressources convenables dont les jeunes ont besoin?
Le recrutement de jeunes à partir d’organismes de représentation (p. ex., conseils consultatifs) peut faciliter la tâche aux chercheurs et aux autres intervenants qui mènent des consultations (p. ex., Chow et al., 2024), mais il peut nuire à la diversité. De fait, les inégalités dans le recrutement au sein des conseils jeunesse mènent souvent à une surreprésentation des jeunes privilégiés. De façon similaire, certains obstacles, comme un statut socio-économique inférieur, ont entraîné une réduction de la diversité dans les initiatives politiques nationales (Flodgren et al., 2024). Un recrutement ciblé et des efforts intentionnels visant à surreprésenter les enfants et les adolescents en marge de la société, qui sont les moins susceptibles d’être mobilisés, peuvent compenser ces inégalités et faire en sorte qu’ils ne se sentent pas utilisés comme façade (Khanna et al., 2025). La méthode la plus efficace consiste à travailler avec des organisations et des personnes qui entretiennent des relations de confiance avec les jeunes et leurs familles dans les communautés marginalisées.
Groupes identitaires
La mobilisation fondée sur l’identité peut être importante lorsqu’il est question de politiques relatives à des enjeux qui ont une incidence disproportionnée sur des communautés particulières. Toutefois, bien que les discussions fondées sur les affinités puissent apporter une certaine sécurité et une compréhension commune, le fait de faire d’une identité unique l’identité proéminente par rapport à une identité ou à un enjeu collectif peut se faire au détriment de la diversité interne du groupe. Dans certains cas, elle peut mener à une indifférence face à l’hétérogénéité réelle du groupe et à l’effacement des identités minoritaires. Par exemple, les groupes propres au genre peuvent être convenables lorsqu’il est question de veiller à ce que les jeunes se sentent plus en sécurité au moment de discuter de questions de nature sensible, et les chercheurs ont constaté que cette approche était efficace pour promouvoir une plus grande participation des groupes sous-représentés (Ingman et al., 2023; filles et jeunes femmes : Lofton et al., 2021; Peterson-Sweeney, 2005). Ces groupes peuvent également mener à la marginalisation de certaines personnes en fonction d’autres axes d’identité (p. ex., race, classe et sexualité). De plus, ils risquent d’exclure les opinions d’adolescents non binaires et transgenres, et de ne pas faire ressortir des connaissances qui seraient soulevées dans des groupes mixtes (Lofton et al., 2021). Les approches intersectionnelles tiennent compte des besoins, des expériences et des perspectives propres aux jeunes qui peuvent différer d’un jeune à l’autre en fonction de sa situation sociale (Bárta et al., 2021; Khanna et al., 2025). Par exemple, Macias et ses collègues (2022) ont déterminé que la sensibilité à la culture et aux traumatismes, les rencontres individuelles et une souplesse quant au temps à consacrer à la mobilisation permettaient de répondre aux besoins des jeunes Noirs, des jeunes Autochtones et des autres jeunes racisés (Macias et al., 2022).
Par le passé, les recherches et les consultations menées auprès des jeunes Autochtones dans le contexte canadien ont reproduit la dynamique du pouvoir colonial. Les pratiques efficaces pour changer cette dynamique sont notamment les suivantes :
- Faire de l'établissement de relations une priorité : établir des partenariats communautaires (Crooks et al., 2010).
- Protocoles culturels : dans le cadre d’un examen des protocoles d’éthique de recherche autochtone communautaire au Canada, trois protocoles ont été cernés : 1) l’équilibre entre les droits individuels et collectifs; 2) le respect des principes d’éthique fondés sur la culture; 3) la garantie d’une recherche menée par la communauté et autodéterminée (Hayward et al., 2021).
- Considérations culturelles (Liebenberg et al., 2017) : honorer les réalités, les visions du monde et les façons d’être des jeunes Autochtones. Celles-ci ont été décrites comme : un sentiment d’appartenance dans l’espace physique configuré pour que les participants se sentent en sécurité et à l’aise aux fins d’une expérience de conversation informelle; un espace émotionnel sûr où les opinions des enfants et des adolescents sont entendues et reconnues (Quintal-Marineau et al., 2024); un espace culturellement pertinent avec de la nourriture et des pratiques culturelles (Crooks et al., 2010; Morris, 2016), et qui honore les modes de connaissances autochtones.
- Direction autochtone : les organisations autochtones sont mieux équipées pour créer des espaces sûrs sur le plan culturel qui respectent les protocoles culturels locaux, permettent de veiller à une représentation d'une diversité de jeunes autochtones et à la mobilisation de ces jeunes. Elles comprennent leurs réalités et les rôles que jouent ces réalités dans la communauté, et elles interviennent afin que les consultations soient adaptées et pertinentes pour les enfants et les adolescents concernés. Plutôt que de se voir imposer des enjeux, les jeunes contrôlent le processus et décident de l’orientation de la consultation (Povey et al., 2023; Quintal-Marineau et al., 2024).
- Autonomie : on entend par « autonomie » la possibilité qu'ont les jeunes autochtones d'exprimer leurs préoccupations et leurs priorités comme ils l’entendent, et le fait que les organisations autochtones redéfinissent la participation et exercent un contrôle sur le processus pour aider à remettre en question les déséquilibres de pouvoir avec l’État colonisateur (Blanchet-Cohen et al., 2021; Quintal-Marineau et al., 2024; Povey et al., 2023).
- Multiples façons de participer : par exemple, groupes de discussion et sondages, multiples plateformes de médias, sondages en ligne, conversations virtuelles pour valider les interprétations et veiller à ce que la diversité soit reflétée, rassemblements en personne axés sur la discussion, et multiples modes d’expression (p. ex., oral, écrit, arts et activités) (Povey et al., 2023; Quintal-Marineau et al., 2024).
- Souplesse : adapter le processus au contexte local et aux jeunes concernés. Par exemple, les enfants et les adolescents autochtones en milieu urbain peuvent entretenir ou non des liens avec les communautés autochtones. Par conséquent, il est possible que les questions et l’animation doivent être adaptées (Liebenberg et al., 2017; Quintal-Marineau et al., 2024).
- Accès aux décideurs : offrir aux dirigeants et aux décideurs politiques la possibilité d’écouter les enfants et les adolescents et de s’entretenir avec eux (Quintal-Marineau et al., 2024);
- Mobilisation itérative : mobiliser les jeunes aux fins de la détermination des enjeux, de la formulation et de l’examen en cycles (Povey et al., 2023).
- Accent mis sur les forces : les jeunes et les communautés autochtones sont reconnus pour leur complexité (leurs dons et leurs forces) plutôt que d’être perçus à travers un récit axé sur les dommages (Crooks et al., 2010; Povey et al., 2023; Quintal-Marineau et al., 2024).
Âge
Les enfants et les adolescents sont en mesure d’apporter un éclairage essentiel aux décideurs politiques. Trop souvent, les décideurs politiques évitent de consulter les jeunes de moins de 18 ans, en raison de la logistique accrue liée au consentement parental et aux considérations de sécurité pour les enfants et les adolescents (Mandoh et al., 2023; McCart et Khanna, 2012). Pourtant, ces jeunes, qui n’ont pas le droit de vote, sont ceux qui ont le moins voix au chapitre des politiques. Sur le plan du développement, les jeunes de 18 ans et plus sont très différents de leurs homologues plus jeunes et, dans la plupart des cas, ne peuvent représenter efficacement les adolescents ou les enfants, dont les expériences, les besoins et les priorités sont différents des leurs (McCart et Khanna, 2012). De plus, il y a peu d'ouvrages universitaires consacrés aux pratiques efficaces pour faire participer les enfants de moins de 12 ans à l’élaboration des politiques.
Pour favoriser l’accessibilité pour les enfants, les méthodes fondées sur les arts et les activités sont efficaces (moins de 5 ans : Caring and Learning Alliance, 2021; Ingman et al., 2023; Martin et al., 2018). Les méthodes plus classiques, comme les sondages et les groupes de discussion, peuvent également être accessibles pour les enfants, à condition d’utiliser un langage accessible (sans négations, jargon ou voix passive), des niveaux de lecture inférieurs et de multiples options de participation (y compris des activités sans lecture ni écriture) (p. ex., Williams, 2004; Willow et al., 2007).
Si une activité d’élaboration de politiques vise un large éventail d’âges, il est avantageux de diviser les participants par groupe d’âge afin de tenir compte des différentes étapes de la vie et des différentes expériences, et de s’assurer qu'il ne soit pas intimidant de participer pour les jeunes. Par exemple, il peut s’avérer plus efficace de séparer les jeunes de 10 à 14 ans de ceux de 15 à 19 ans, en raison des différences au chapitre du développement, de la maturité et des étapes de la vie (Flodgren et al., 2024). Il existe également des raisons précises de réunir des jeunes d’âges variés. Lors des conférences nationales de la jeunesse organisées par la Commission des étudiants, les jeunes plus âgés et les jeunes adultes assument de nouveaux rôles pour faciliter l'expression de la voix et ils transmettent leurs compétences afin de donner plus de portée à la voix de ces jeunes (p. ex., la production médiatique). Dans ces circonstances, les jeunes peuvent nouer des liens entre eux et instaurer rapidement un climat de confiance. Ces décisions peuvent être prises en fonction de l’objectif de l’activité.
Dans les contextes où les jeunes participent à des discussions collaboratives avec des décideurs politiques et d’autres experts adultes, il est recommandé d’assurer un ratio de 1:1 avec les adultes pour garantir une représentation équilibrée. L’objectif est d’éviter une discussion dominée par les adultes avec quelques jeunes censés représenter le « point de vue » des enfants ou des jeunes (McCart et Khanna, 2012; Nesrallah et al., 2023). Dans la mesure du possible, il est préférable de viser une surreprésentation des jeunes afin de faire basculer l’asymétrie de pouvoir. Par exemple, le modèle « Brasser les décideurs » recommande qu’au moins deux tiers des participants soient des enfants et des jeunes, et que les adultes échangent entre eux, séparément des jeunes, afin de ne pas trop les influencer (Pearson et Collins, 2011).
Espaces virtuels
Les considérations et les difficultés suivantes influencent la participation virtuelle des enfants et des jeunes. Ces difficultés peuvent être surmontées ou amoindries grâce à la participation des jeunes et à une planification proactive.
Équité : de plus en plus, les jeunes participent, en ligne, à l’élaboration des politiques. Cependant, l’équité en matière d’accès à l’Internet et la vitesse de connexion (p. ex., les collectivités rurales ou éloignées) peuvent faire obstacle aux jeunes ou les exclure (Smith et al., 2024). L'absence d’Internet et d’appareils abordables et accessibles peut être particulièrement contraignant pour les enfants et les adolescents handicapés ou réfugiés, les jeunes issus de familles à faible revenu et ceux qui vivent dans des collectivités rurales, nordiques et éloignées (Park, 2023).
Canaux de communication appropriés : les jeunes n’utilisent généralement pas le courriel. Ils préfèrent communiquer au moyen d’applications téléphoniques comme GroupMe et WhatsApp, ou par texto (Nzinga et al., 2024). Les outils numériques doivent être faciles d’accès et adaptés aux participants. Par exemple, dans une étude, de jeunes Noirs, Autochtones et autres jeunes racisés ont identifié une variété d’outils virtuels efficaces pour faire entendre leur voix (p. ex., Zoom, courriel, Kahoot, galerie virtuelle en ligne, Google Jamboard et Dropbox) (Macias et al., 2022). Les technologies faciles d’accès sont celles qui ne comportent aucun coût pour les participants, ne nécessitent pas la création d’un compte, sont relativement simples à utiliser et sont bien connues du groupe. Dans un groupe moins à l’aise avec la technologie, il est utile de commencer par une activité interactive amusante qui permet à chacun de se familiariser avec les fonctions nécessaires à l’interaction et d’en avoir une compréhension commune (Magee et al., 2024).
Pratiques relationnelles en ligne : les options permettant de désactiver la caméra ou le micro et de participer par clavardage aux consultations en ligne sont importantes pour l’autonomie et le confort, mais elles peuvent avoir une incidence sur l’instauration de la confiance et l’intégration de la voix des jeunes moins entendus dans la conversation (Smith et al., 2024). La participation quasi numérique (c.-à-d. que les jeunes sont réunis en personne, mais interagissent en ligne avec un animateur) peut être utile pour réduire le nombre d’appareils ou les besoins en accès Internet, et favoriser les échanges en groupe. Cependant, il peut être difficile pour l’animateur de s’intégrer au groupe ou d’entendre clairement ce qui se dit (Magee et al., 2024; Smith et al., 2024).
Sécurité : il faut réfléchir à la façon de protéger les renseignements personnels des jeunes et d’en préserver la confidentialité (sécurisés et chiffrés) et veiller à ce que la politique de confidentialité soit transparente et accessible aux jeunes (Information Commissioner’s Office, s.d.). Il est important de rappeler aux jeunes de ne pas communiquer de renseignements personnels identificatoires en ligne (p. ex., adresse, numéro de téléphone, emploi du temps, école). Il faut mettre en place des mesures et des politiques de prévention de la cyberviolence et revoir les lignes directrices et les attentes mutuelles.
Consentement à la participation
Les enfants et les adolescents développent progressivement la capacité de décider s’ils souhaitent participer ou non à une activité de mobilisation. Il est important de tenir compte de la nécessité d’obtenir le consentement des parents ou des fournisseurs de soins lorsque l’on s’adresse à des jeunes qui n’ont pas atteint l’âge de la majorité. Parallèlement, les exigences en matière de consentement des parents ou des fournisseurs de soins peuvent avoir une incidence sur la participation.
Les activités de recherche au Canada sont régies par l’Énoncé de politique des trois conseils : Éthique de la recherche avec des êtres humains, qui présente les considérations éthiques et des conseils sur le processus de consentement dans la recherche faisant intervenir des enfants et des jeunes (Instituts de recherche en santé du Canada et al., 2022). Ce document peut servir de guide pour les activités de consultation et de mobilisation auprès des jeunes. Lorsque le risque de préjudice est jugé minime (c.-à-d. par un comité d’éthique de la recherche), les chercheurs soutiennent que, dès l’âge de 12 ans, les jeunes devraient se voir accorder la capacité de consentir à participer à la recherche (Samdal et al., 2023). Par exemple, dans la plateforme intitulée Partageons nos histoires, une étude de recherche actuelle sur les expériences et les résultats des jeunes dans les programmes pour l’enfance et la jeunesse au Canada, révèle que les jeunes de 12 ans et plus peuvent consentir à participer (Ramey et al., 2020).
La participation à des événements ou à des séances peut nécessiter le consentement parental. Par exemple, il est plus facile de consulter les jeunes enfants (moins de 12 ans) au sein de leur communauté, par la voie de programmes auxquels les parents ou les fournisseurs de soins font confiance, ce qui permet de régler les questions liées au consentement et à la participation des fournisseurs de soins ou des parents (McCart et Khanna, 2012). Pour les événements et les activités en personne, en particulier ceux qui nécessitent des déplacements ou des séjours à l’extérieur, il est recommandé d’obtenir le consentement des parents de jeunes qui n’ont pas atteint l’âge de la majorité.
Les lignes directrices éthiques relatives à la participation et au consentement éclairé à la recherche recommandent d’informer les jeunes de l’objectif de leur participation, de la façon dont les choses se dérouleront, de la manière dont leur contribution sera utilisée et de la façon dont les décisions seront prises (Instituts de recherche en santé du Canada et al., 2022; Coordination des ONG pour les droits de l’enfant, 2020; McCart et Khanna, 2011). Les chercheurs proposent d’utiliser plusieurs moyens pour communiquer ces renseignements (écrit, verbal, enregistrement vidéo) et de s’assurer que toutes les questions ont trouvé réponse avant que les jeunes ne signent le formulaire de consentement. En outre, il est recommandé de confirmer qu’ils savent que leur participation est volontaire et qu’ils peuvent se retirer à tout moment (et de quelle manière). Au cours de ce processus, il est recommandé de s’informer des soutiens supplémentaires dont les jeunes ont besoin pour participer pleinement. Le consentement à la participation peut s’avérer plus difficile à obtenir en ligne en raison d’une communication plus limitée et de l’absence d’indices visuels qui pourraient être utiles pour comprendre le consentement (p. ex., hochement de tête, signe de confusion : Smith et al., 2024).
Mesures de sécurité
Des espaces plus sûrs nécessitent des structures de protection. Children in Scotland, une organisation non gouvernementale, recommande les structures de protection suivantes (Children in Scotland, 2019) :
- S’assurer que le personnel ou les autres adultes concernés ont fait l’objet de vérifications appropriées (p. ex., vérifications du secteur vulnérable).
- Veiller à ce que le personnel et les jeunes sachent clairement à qui s’adresser en cas de problèmes de sécurité (c.-à-d. la personne désignée et formée en matière de protection de l’enfance). Les organisations partenaires au service de l’enfance et de la jeunesse fournissent souvent cette expertise et les politiques pertinentes. Elles peuvent également offrir un soutien aux jeunes au-delà de la fin de l’activité d’élaboration de politique.
- Il est recommandé d’impliquer les jeunes dans l’élaboration de lignes directrices relatives à la participation qui s’appliquent de la même manière aux jeunes et aux adultes.
Rémunération
Il est tout à fait justifié de rémunérer les jeunes pour leurs contributions, lorsque cela est possible. Premièrement, la rémunération peut réduire les obstacles à la participation, en particulier pour les jeunes dont les besoins fondamentaux ne sont pas entièrement satisfaits. La participation a un coût, en ce que les jeunes sacrifient d’autres activités, notamment celles qui leur permettraient de générer des revenus. Deuxièmement, les adultes qui participent à l’élaboration de politiques sont souvent rémunérés pour leur travail. La rémunération des jeunes contribue donc à assurer une plus grande équité. Troisièmement, la rémunération constitue une manière de reconnaître la valeur de l’expertise et de la contribution des jeunes (Coalition for Juvenile Justice, s.d.).
En général, les jeunes sont rémunérés selon leur niveau d’implication, sous les formes suivantes : 1) cadeaux ou prix (p. ex., cartes-cadeaux, participation à un tirage) en guise de remerciement ou d’incitatif à participer; 2) honoraires (jusqu’à 500 $) en guise de remerciement pour des contributions volontaires et ponctuelles; 3) rémunération à l’acte pour des contributions soutenues par les jeunes de 15 ans et plus (plus de 500 $). Pour calculer la rémunération horaire dans le cadre de la rémunération à l’acte, le salaire vital est une bonne référence (il varie en fonction de l’endroit où vivent les jeunes). Certaines organisations choisissent d’embaucher des jeunes en tant que consultants et leur offrent des taux horaires plus élevés, comparables à ceux des autres consultants embauchés (Casey Family Programs, 2022). Pour les activités qui nécessitent des fournisseurs de soins (pour les jeunes individuellement) ou des accompagnateurs bénévoles (p. ex., pour la surveillance 24 heures sur 24 des jeunes lors d’un événement), il est recommandé d’offrir des honoraires dans la mesure du possible.
Pour les activités de recherche, comme la collecte de données auprès des jeunes (p. ex., remplir un sondage ou participer à une entrevue), la somme versée à titre d’incitatif devrait être suffisamment modeste pour ne pas être considérée comme coercitive, conformément à l’Énoncé de politique des trois conseils. Par exemple, une somme de 25 $ en espèces ou en carte-cadeau, ou une participation à un tirage pour un prix, seraient raisonnables pour un sondage ou une entrevue de 30 minutes. Une étude canadienne récente menée auprès de jeunes et de jeunes adultes (15-30 ans) a révélé que le virement électronique direct était plus efficace pour inciter les jeunes à participer à des sondages que les tirages au sort et les récompenses non pécuniaires (Cifuentes et al., 2025).
Il est important d’expliquer les conséquences fiscales afin que les jeunes soient conscients de ce qui les attend et n’aient pas à payer une facture inattendue au moment de la déclaration de revenus (Coalition for Juvenile Justice, n.d.). Si les jeunes bénéficient d’une aide à l’invalidité, il est important de s’assurer que leur rémunération n’excède pas l’exemption de gains annuels afin d’éviter toute déduction de leur versement d’aide à l’invalidité. Si la rémunération risque de dépasser cette somme, il convient de proposer d’autres options, comme des cadeaux ou d’autres avantages de valeur égale pour les jeunes.
Il convient de discuter avec les jeunes de la manière dont ils souhaitent être rémunérés et de proposer des solutions qui répondent aux besoins de chaque jeune. Les cartes-cadeaux et les cartes de paiement sont pratiques à envoyer virtuellement, mais elles peuvent limiter l’autonomie des jeunes et ne sont pas toujours adaptées aux enfants ou aux jeunes. Les cartes-cadeaux offrent une sélection limitée d'endroits où elles peuvent être utilisées, tandis que les cartes de paiement doivent souvent être transférées sur un compte bancaire, expirent dans un délai relativement court et peuvent être assorties de frais de service élevés.. Les chèques peuvent également être difficiles à utiliser pour les jeunes qui n’ont qu’un accès limité aux services bancaires. Lorsque cela est possible, le versement de la rémunération en espèces est le moyen le plus facile pour les jeunes d’avoir accès à l’argent et de l’utiliser comme ils le souhaitent. Il est aussi recommandé d’envisager des avances de fonds (ou des paiements anticipés par carte de crédit) pour les déplacements des jeunes ou les achats qu’ils peuvent être appelés à faire pour remplir leur rôle (p. ex., si les jeunes animent la collecte de données avec leurs pairs, ils peuvent avoir besoin d’acheter des marqueurs, du papier et des collations) (Coalition for Juvenile Justice, s.d.).
Il existe également des moyens non pécuniaires de reconnaître la contribution des jeunes, comme des crédits pour les heures de bénévolat, la copaternité d’une œuvre, des certificats à ajouter au curriculum vitæ ou des lettres de recommandation (McCart et Khanna, 2012). En outre, il convient d’envisager d’autres formes de rémunération pour lever les obstacles à la participation, comme de la nourriture, des jetons d’autobus ou des indemnités de kilométrage, du gardiennage d’enfants ou une allocation pour l’utilisation d’Internet ou du téléphone (Coalition for Juvenile Justice, s.d.).
Risques
Pour aborder certaines de ces considérations et difficultés, il est recommandé d’anticiper et d’atténuer les risques de manière proactive dès la phase de lancement. Le tableau suivant présente des exemples de risques courants et de mesures d’atténuation (Nesrallah et al., 2023).
Tableau 2 : Risques et mesures d’atténuation
| Phase de mobilisation | Risques | Mesures d’atténuation |
|---|---|---|
| 1. Identification et invitation des participants | Décalage entre les objectifs du gouvernement et les parties prenantes Groupes de parties prenantes à risque (p. ex., conflit d’intérêts) |
Élaborer des lignes directrices communes qui s’appliquent de la même manière à toutes les parties prenantes |
| 2. Dynamique des participants | Dynamique de pouvoir inégale entre les jeunes et les adultes Domination du programme d’une partie prenante qui peut modifier le récit, mettre à mal une idée politique ou dominer aux dépens d’acteurs vulnérables, comme les enfants et les adolescents qui peuvent se sentir mal à l’aise ou incapables d’exprimer leurs points de vue. |
Assurer une représentation équilibrée (ou surreprésenter les jeunes) Donner aux jeunes les moyens de jouer des rôles de leadership Éviter le langage technique ou inutilement complexe, veiller à ce que tous les documents soient accessibles Favoriser délibérément la diversité parmi les participants afin d’éviter la surreprésentation. Promouvoir l’inclusion des acteurs moins influents/visibles Offrir des ressources et une rémunération pour les jeunes |
| 3. Création d’une mobilisation sûre | Risque de préjudice (physique, émotionnel, verbal) pour les jeunes | Appliquer le principe de ne pas nuire et assurer la protection Suivre une stratégie de sortie et de soutien pour les enfants et les adolescents Offrir des ressources ou des lignes d’aide pour le soutien Disposer d’un conseiller prêt à intervenir lors d’activités en personne ou en ligne en direct |
| 4. Suivi | Participation superficielle ou symbolique Fausses déclarations des parties prenantes |
Veiller à ce que les organisateurs et les jeunes puissent contrôler la diffusion publique Adopter un code de conduite et de consentement pour s’assurer que les parties prenantes ne puissent pas faire de déclarations publiques au nom du groupe sans approbation Soutenir la création de groupes d’intérêt afin que les parties prenantes puissent les représenter Publier en ligne les résumés et les engagements |
Avantages de la collaboration avec un fournisseur externe
Les organisations externes de services à l’enfance et à la jeunesse qui ont l’expérience de la mobilisation des jeunes et des relations de confiance avec les jeunes et leurs communautés sont précieuses pour aider les enfants et les adolescents à exprimer leurs points de vue dans la création de politiques, et pour amoindrir les difficultés. Un partenariat établi dès le début avec des organisations spécialisées dans la participation des enfants et des jeunes peut aider à la création et à la mise en œuvre du modèle d’engagement des enfants et des jeunes (p. ex., un partenariat jeunes-adultes). Ces organisations peuvent aider au débreffage et fournir une rétroaction sur le processus de manière efficace (Fischer et Radinger-Peer, 2024; Nzinga et al., 2024; Tjahja et Potjomkina, 2024). Elles jouent également un rôle essentiel d’interprète entre les jeunes, les chercheurs et les décideurs politiques (Fischer et Radinger-Peer, 2024). Dans le cas des enjeux pour lesquels il est particulièrement essentiel d’entendre la voix des jeunes difficiles à joindre (p. ex., dans les communautés marginalisées et les plus éloignées des occasions), il est fortement recommandé de travailler avec des alliés adultes de confiance dans ces communautés. Ces personnes ont souvent déjà noué des relations et peuvent partager des caractéristiques de marginalisation, ce qui permet de discuter de ces enjeux avec plus de profondeur (Smith et al., 2024). Enfin, la collaboration avec des fournisseurs externes peut réduire la responsabilité des risques liés au travail avec les jeunes. Cela est particulièrement important dans le cadre d’activités en personne avec des enfants et des jeunes (surtout de nuit). Les fournisseurs externes dont le mandat est de travailler régulièrement avec les jeunes disposent de structures et de mécanismes visant à créer des espaces plus sûrs, comme des politiques de protection, du personnel formé ayant fait l’objet de vérifications du secteur vulnérable, des assurances et des processus de consentement établis, qui ne sont pas nécessairement accessibles à la fonction publique. Cela permet de réduire le temps et les ressources nécessaires (p. ex., processus lié au comité d’éthique institutionnel, formation du personnel, élaboration et approbation des politiques), ainsi que les risques (c.-à-d. la responsabilité liée à la santé et à la sécurité des mineurs).
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