2.0 Antécédents liés au commerce du sexe et raisons de la demande de soutien
2.1 Clientes et clients du programme MLCP, classés selon certaines caractéristiques
L’ensemble de données du programme MLCP ne donne pas une description complète de la façon dont les clientes et clients sont entrés dans le commerce du sexe, ni l’âge auquel ils y sont entrés; il contient toutefois des renseignements sur leurs antécédents et leur participation au commerce du sexe. Bien qu’il n’ait pas été possible d’établir si les clientes et clients étaient entrés dans le commerce du sexe par choix ou pour leur survie en particulier, l’information est disponible pour certains groupes qui sont généralement surreprésentés dans le commerce du sexe (voir la section 1.0 Caractéristiques sociodémographiques pour en savoir davantage).
Plus particulièrement, 67 % des clientes et clients du programme MLCP avaient été physiquement ou psychologiquement contraints par d’autres à rendre des services sexuels (tableau 2.1). Environ 6 % de l’ensemble des clientes et clients du programme MLCP avaient moins de 18 ans au moment de la déclaration (tableau 2.1), et 0,4 % étaient des pupilles de l’aide à l’enfance (données non présentées).
Tableau 2.1
Proportion de clientes et clients du programme MLCP selon certaines caractéristiques, Canada, de 2015-2016 à 2019-2020
| Certaines caractéristiques |
Pourcentage N = 2 289 |
|---|---|
Moins de 18 ans |
5,7 |
Peuples autochtones |
15,7 |
Physiquement ou psychologiquement contraints par d’autres à rendre des services sexuels |
66,9 |
Autre |
15,5 |
Inconnu |
12,8 |
Notes :
- Les catégories ne sont pas mutuellement exclusives; un certain nombre de clientes et clients déclarent faire partie de plusieurs groupes, de sorte que la somme des pourcentages ne donne pas 100 %.
- La catégorie « Inconnu » comprend les réponses « Inconnu » et « Non déclaré » (sans objet).
Source : Justice Canada, Mesures pour lutter contre la prostitution (MLCP), de 2015-2016 Ã 2019-2020.
2.2 Entrée dans le commerce du sexe
Lors des entrevues, les représentants des organismes financés par le programme MLCP ont fait ressortir cinq principaux facteurs qui influent de façon importante sur l’entrée dans le commerce du sexe. Il s’agit des facteurs suivants : les expériences de violence ou de violence sexuelle pendant l’enfance; la présence des services de protection de l’enfance pendant l’enfance; la colonisation et les traumatismes intergénérationnels; la pauvreté et l’itinérance; et l’attrait du mode de vie du commerce du sexe, qui est perçu par certains comme étant prestigieux et offrant des possibilités de réussite financière et sociale.
- La violence subie pendant l’enfance a souvent été mentionnée comme une caractéristique commune chez les clientes et clients du programme MLCP, et plus de la moitié des entrevues ont révélé que la violence sexuelle subie pendant l’enfance était un facteur important.
- Des clientes et clients qui avaient été victimes d’une forme quelconque de violence avant d’entrer dans le commerce du sexe représentent un phénomène fréquemment observé.
- Les effets de la colonisation et des traumatismes intergénérationnels sont des facteurs cruciaux qui rendent les peuples autochtones vulnérables et plus susceptibles de participer au commerce du sexe et d’être physiquement ou psychologiquement contraints par d’autres à rendre des services sexuels.
- Dans plus de la moitié des 18 entrevues menées dans le cadre de la présente étude, la pauvreté et le faible statut socioéconomique ont été mentionnés comme étant des facteurs prédisposants importants qui rendent les personnes vulnérables et plus susceptibles de participer au commerce du sexe et d’être physiquement ou psychologiquement contraintes par d’autres à rendre des services sexuels. En particulier, lorsque les gens ne peuvent subvenir à leurs propres besoins fondamentaux ou à ceux de leur famille, ils deviennent de plus en plus désespérés et prêts à faire des choses pour survivre qu’ils ne feraient normalement pas.
- L’attrait du commerce du sexe – l’argent, l’attention et le luxe – est un facteur de risque important qui rend les jeunes vulnérables et plus susceptibles de participer au commerce du sexe et d’être physiquement ou psychologiquement contraints par d’autres à rendre des services sexuels8. Certains ont fait remarquer que des trafiquants ciblent les jeunes et font valoir l’attrait du mode de vie pour les attirer; ils les conditionnent notamment au moyen de cadeaux dispendieux. Une personne interrogée a décrit le phénomène ainsi :
[traduction]
Les victimes s’habituent aux voitures de luxe, ce à quoi elles n’ont pas accès lorsqu’elles quittent le milieu. Pour les jeunes, il s’agit de leur vendre un mode de vie et de les faire sentir importants; vous avez l’impression d’être spécial. C’est le concept de « Pretty Woman » avec Julia Roberts, l’idée d’un mode de vie génial. Des centaines et des milliers de filles sont entrées dans le milieu; même si elles l’ont fait principalement par choix, il n’est habituellement pas possible de garder le contrôle ou d’échapper à l’exploitation.
2.3 Types de soutien demandés
Dans l’ensemble, 81 % des clientes et clients du programme MLCP ont demandé à des organismes financés par le programme MLCP du soutien pour quitter le commerce du sexe (tableau 2.2). Moins de 1 % des clientes et clients ont déclaré ne pas être intéressés à quitter le commerce du sexe, et moins de 0,5 % étaient incertains ou ambivalents à ce sujet.
Tableau 2.2
Proportion de clientes et clients du programme MLCP qui cherchent à quitter le commerce du sexe, Canada, de 2015-2016 à 2019-2020
|
Pourcentage N = 2 289 |
|
|---|---|
A dit avoir une raison de vouloir quitter le commerce du sexe |
80,6 |
Ne veut pas quitter le commerce du sexe |
0,8 |
Incertain ou ambivalent à l’idée de quitter le commerce du sexe |
0,4 |
Inconnu |
18,0 |
Total |
100,0 |
Note : La catégorie « Inconnu » comprend les réponses « Inconnu » et « Non déclaré » (sans objet).
Source : Justice Canada, Mesures pour lutter contre la prostitution (MLCP), de 2015-2016 Ã 2019-2020.
Parmi les clientes et clients du programme MLCP qui ont demandé du soutien pour quitter le commerce du sexe, près de 40 % ont demandé l’accès à des programmes et à des services. Le soutien le plus souvent demandé était le counseling en santé mentale (25 %) pour guérir des traumatismes (tableau 2.3)9. Ensuite, 8 % ont demandé du soutien en matière de toxicomanie et de sobriété, et 5 % ont demandé l’accès à un logement sûr.
Un soutien pour ce qui est d’élever les enfants a été demandé par 15 % des clientes et clients du programme MLCP (tableau 2.3). Le rétablissement des droits de garde ou de visite, ainsi que le fait d’empêcher les enfants d’être pris en charge par les services de protection de l’enfance, ont été mentionnés par 14 % des clientes et clients.
Tableau 2.3
Proportion de clientes et clients du programme MLCP selon les principaux types de soutien demandés, Canada, de 2015-2016 à 2019-2020
| Types de soutien demandés |
Pourcentage N = 2 289 |
|---|---|
Accès aux programmes et services |
37,4 |
Logement sécuritaire |
4,6 |
Traitement de la toxicomanie |
8,4 |
Thérapie pour la santé mentale et les traumatismes |
25,1 |
Services de santé |
1,2 |
Soutien lié au système judiciaire |
2,5 |
Défense des intérêts |
3,0 |
Soutien pour les parents |
15,2 |
Récupérer la garde ou le droit de visite |
13,7 |
Élever/prendre soin des enfants |
1,5 |
Sécurité / peur des violences |
11,8 |
Quitter des relations malsaines et abusives |
27,4 |
Quitter l’exploitation sexuelle |
26,3 |
Quitter des relations malsaines |
1,0 |
Avoir une vie meilleure, changer de vie |
28,0 |
Améliorer la vie/le style de vie |
21,0 |
Pour la stabilité dans la vie |
3,8 |
Acquérir des compétences d’adaptation et des compétences de base |
3,0 |
Stigmatisation et culpabilité |
1,9 |
Inconnu |
17,6 |
Notes :
- Les catégories ne sont pas mutuellement exclusives; les clientes et clients ont souvent désigné plusieurs catégories, de sorte que la somme des pourcentages ne donne pas 100 %.
- La catégorie « Inconnu » comprend les réponses « Inconnu » et « Non déclaré » (sans objet) ainsi que les clientes et clients qui ont déclaré ne pas être intéressés à quitter le commerce du sexe ou qui ne sont pas certains.
Source : Justice Canada, Mesures pour lutter contre la prostitution (MLCP), de 2015-2016 Ã 2019-2020.
Une autre raison importante pour demander du soutien à un organisme financé par le programme MLCP était la protection contre la violence. Environ 12 % des clientes et clients cherchaient la sécurité après avoir subi de la violence ou fait l’objet de menaces de violence, y compris un viol et une agression par des personnes qui achètent des services sexuels ou par de tierces parties, ou fuyaient la violence en général dans les rues (tableau 2.3).
Au cours des entrevues, les représentants des organismes financés par le programme MLCP ont constamment mentionné que leurs clientes et clients ont souvent besoin de soins de santé physique. Plusieurs personnes interrogées ont mentionné quelques-unes des blessures les plus courantes qu’elles voient chez leurs clientes et clients :
- Yeux au beurre noir;
- Contusions sur tout le corps, à partir du cou vers le bas (souvent causée par les trafiquants);
- Lacérations causées par un couteau ou un autre instrument;
- Marques d’étranglement;
- Dents cassées;
- Traumatisme cérébral;
- Blessures par balle causées par une arme à feu (généralement lorsque le crime organisé ou les gangs sont impliqués);
- Blessures internes aux organes reproducteurs féminins et lésions tissulaires causées par une activité sexuelle violente et par la pénétration de divers objets;
- Mamelons enlevés.
Certains organismes financés par le programme MLCP ont déclaré dans leur rapports narratives qu’ils ont des clientes et clients qui souffrent d’une incapacité permanente causée par la violence dans le commerce du sexe, comme une perte permanente d’audition ou de vision et des problèmes de mobilité. Dans le cadre d’une entrevue, un représentant d’un organisme financé par le programme MLCP a signalé que certaines de leurs clientes avaient considéré leur expérience comme de la torture.
Dans environ le quart des entrevues menées dans le cadre de la présente étude, les représentants des organismes financés par le programme MLCP ont parlé de clientes et clients qui avaient été marqués au fer rouge par de tierces parties, particulièrement des membres d’organisations criminelles et de gangs et des trafiquants. D’autres clientes et clients du programme MLCP avaient été tatoués du nom de ceux qui profitaient de leurs services sexuels ou de symboles de gang. Les organismes financés par le programme MLCP ont déclaré que le marquage et les tatouages causent aux clientes et clients une douleur mentale et émotionnelle importante parce qu’ils leur rappellent constamment que leur corps ne leur appartenait pas ou ne leur appartient pas. Le processus de guérison et d’abandon du commerce du sexe consiste notamment à reprendre possession de son corps, ce qui, pour certains, veut dire enlever ou camoufler les tatouages et les marques non désirées.
Une faible proportion (2 %) des clientes et clients du programme MLCP ont expressément demandé le soutien des organismes financés par le programme MLCP pour surmonter les sentiments de dégoût, de culpabilité et de stigmatisation qu’ils ressentaient en raison de leur participation au commerce du sexe et du mode de vie qui y est associé (tableau 2.3).
Dans l’ensemble, près de 30 % des clientes et clients du programme MLCP ont demandé du soutien pour pouvoir améliorer et changer leur vie. Une cliente ou un client sur cinq (21 %) a déclaré qu’il voulait obtenir du soutien pour améliorer sa vie et changer son mode de vie afin d’avoir une vie meilleure, plus heureuse et plus saine. Environ 3 % des clientes et clients du programme MLCP voulaient acquérir des habiletés d’adaptation et des compétences de base.
Près de 30 % des clientes et clients du programme MLCP ont déclaré souhaiter quitter leur situation actuelle d’exploitation sexuelle. Une faible proportion de clientes et clients (1 %) ont déclaré avoir demandé des services pour pouvoir quitter une relation de violence ou rompre un cycle de relations malsaines.
Notes de fin de page
8 Ce thème n’a pas été mesuré dans l’ensemble de données du programme MLCP, mais il a été fréquemment soulevé, au cours des entrevues semi-structurées, par les représentants des organismes financés par le programme MLCP.
9 Les données du tableau 2.3 n’ont pas été déclarées de façon uniforme dans l’ensemble des organismes financés par le programme MLCP — les données ont été codées à partir de notes prises en réponse à des questions ouvertes.
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