Examen du recours à des pratiques de justice réparatrice avec des délinquants adultes atteints de l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation foetale (ETCAF)
5. Conclusion
On reconnaît de plus en plus chez les professionnels du SJP que ce dernier ne dispose pas des moyens appropriés pour répondre aux besoins des personnes atteintes de l’ETCAF. Par conséquent, ces personnes se retrouvent souvent dans un cycle de démêlés fréquents avec le système (p. ex., arrestations, mises en liberté, infractions, nouvelles arrestations et, en fin de compte, condamnations). Les professionnels du SJP ont reconnu qu’ils doivent mieux comprendre quels types de mesures et de soutien pourraient mener à de meilleurs résultats pour les délinquants atteints de l’ETCAF
Cette étude a porté sur l’utilisation de pratiques de JR chez les adultes atteints qui ont reçu un diagnostic d’ETCAF ou soupçonnés d’être atteints de l’ETCAF. Cela a été fait en collaboration avec cinq programmes communautaires au Canada qui ont pris des mesures explicites pour répondre aux besoins des délinquants atteints de l’ETCAF.
Voici quelques-unes des approches utilisées pour traiter les torts causés par les personnes atteintes d’ETCAF dans le SJP :
- Trois des collectivités participantes ont mis en place des tribunaux intégrés ou des tribunaux de l’ETCAF comme processus de rechange pour permettre aux récidivistes de répondre à leurs besoins tout en les tenant responsables de leurs crimes.
- Les professionnels du SJP des cinq collectivités travaillent en étroite collaboration avec d’autres services sociaux et de santé communautaires afin d’offrir des services d’orientation aux délinquants afin de s’assurer qu’ils reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour prévenir d’autres contacts avec le SJP.
- Quatre des collectivités ont des programmes de JR bien établis et la cinquième utilise des processus de JR lorsqu’il s’agit de travailler avec des délinquants atteints de l’ETCAF.
- Les collectivités utilisent la JR pour éloigner les personnes du processus du SJP ou en combinaison avec celui-ci. Tous les employés du programme interrogés pour l’étude ont constaté un grand succès dans les cas de JR concernant des personnes atteintes de l’ETCAF parce qu’ils ont adapté leur approche afin de répondre à leurs besoins et à leurs défis particuliers. Quelques pratiques exemplaires communes ont été notées, notamment :
- la répétition de l’information pour en assurer la compréhension;
- l’utilisation d’un langage clair et simple;
- l’adaptation de la durée des réunions;
la cohérence quant à la question qui travaille avec le délinquant;- l’utilisation d’images ou d’accessoires visuels (p. ex., cartographie visuelle pour déterminer les séquences d’événements);
- l’augmentation du nombre de réunions avant la conférence de JR;
- la détermination des mesures d’adaptation appropriées;
- le fait de s’assurer que tous les participants à la JR connaissent et comprennent les déficits du délinquant et les besoins en matière de mesures d’adaptation pour la séance;
- la modification de l’accord de JR afin de s’assurer que toutes les tâches et exigences sont réalisables.
L’étude a également révélé qu’un élément essentiel pour répondre aux besoins des personnes atteintes de l’ETCAF et réduire leur réintégration au SJP consiste à faire participer d’autres services et mesures de soutien communautaires et de collaborer avec eux. Outre les programmes de JR, d’autres services et mesures de soutien communautaires comprennent une gamme d’organismes de santé, de santé mentale et de services sociaux comme les cliniques (y compris les établissements résidentiels); les centres de désintoxication et de réadaptation; les programmes de sensibilisation d’approche communautaire; et les programmes de réduction des méfaits.
Bien que les personnes interrogées aient souligné les succès qu’elles ont obtenus en travaillant avec des personnes atteintes de l’ETCAF, elles ont également souligné certains besoins qui devraient être pris en compte pour améliorer leur réponse communautaire. En voici des exemples :
- la nécessité de protocoles officiels entre les professionnels du SJP et les organismes communautaires sur la façon de traiter les cas concernant des personnes atteintes de l’ETCAF;
- le besoin de soutien familial ou communautaire à vie;
- une formation sur l’ETCAF adaptée aux professionnels du SJP et aux organismes communautaires;
- l’éducation du public et des renseignements sur l’ETCAF.
Cette étude exploratoire a été la première du genre au Canada et a été entreprise pour éclairer les discussions sur les réponses des collectivités et des systèmes à la participation des personnes atteintes de l’ETCAF au SJP. Cela comprend des exemples de la façon de modifier les processus de JR pour aider à guider et à éclairer la prestation des services à l’échelle du pays afin de répondre adéquatement aux défis et aux besoins particuliers des personnes atteintes de l’ETCAF qui participent intègrent le SJP.
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