Un examen qualitatif des problèmes d’ordre juridique graves auxquels se heurtent les immigrants dans les agglomérations de Victoria et de Vancouver (Colombie-Britannique)

Conclusion

Les récits des 20 immigrants rencontrés à Vancouver et dans la région métropolitaine de Victoria dressent un tableau de gens qui trouvent souvent qu’on ne les entend pas. Une participante l’a expliqué clairement :

Être une femme, une personne d’une autre culture, qui parle une autre langue et qui ne parle pas couramment l’anglais […] Je ne pensais pas que ces facteurs étaient si importants […] Mais maintenant que j’ai vécu ces procédures judiciaires, je sais ce que c’est d’être cette personne […] Je me suis sentie comme si personne ne me croyait, je me sentais privée de ma voix, ignorée, invisible et sans valeur. Parce que je ne suis pas un homme blanc. Je ne suis qu’une femme étrangère.

Cette impression que notre voix est sans importance est un thème récurrent dans bon nombre des entrevues et renforce le sentiment d’être isolé, dévalorisé, vulnérable et impuissant. Plus de la moitié des interviewés l’ont évoquée et, parfois, ils ont indiqué avoir accepté de participer à l’étude parce qu’ils auraient enfin l’occasion de raconter leur histoire :

Pour moi, c’est salutaire de pouvoir parler franchement et d’exprimer la vérité, de relater mes réels sentiments, c’est-à-dire l’impression qu’on me faisait violence. Cela m’apporte un grand soulagement.

Bien qu’il soit certainement important que ce projet de recherche ait amorcé un processus de guérison pour certains participants, ce constat suppose en quelque sorte que le processus juridique en soi n’a pas été en mesure d’apporter ce soulagement et, dans certains cas, qu’il a aggravé le mal. Si un immigrant, nouvel ou établi, fait face à un système juridique qui, à ses yeux, le laisse sans voix, ce système peut finalement nuire alors qu’il vise à aider.

La présente étude avait pour objet d’écouter les voix des immigrants ainsi que le récit des démarches qu’ils ont entreprises pour régler leurs problèmes juridiques. Nous espérons qu’une petite étude qualitative comme celle-ci pourra impulser la sensibilisation aux besoins des immigrants et donner lieu à une discussion sur la manière d’établir des politiques, des modèles et un financement efficaces en matière de justice civile qui permettront de réduire les obstacles juridiques que les immigrants sont susceptibles de rencontrer.