JusteRecherche – Édition no. 8
- Diminution du taux de la criminalité au Canada et aux États-Unis
- La justice applicable aux adolescents; expériences de l’incarcération
- Opinions des participants sur les programmes de médiation qui s’adressent aux victimes et aux contrevenants
Revues (suite)
Diminution du taux de la criminalité au Canada et aux États-Unis
Ouimet, Marc (2002). « Explaining the American and Canadian crime "drop" in the 1990s. »
Canadian Journal of Criminology, 44, 33-50.
Révisé par : Kwing Hung, conseiller en statistique et méthodologie
Objectif et méthodologie
Le taux de criminalité, selon ce que rapporte la police, a chuté considérablement au cours des années 1990 tant aux États-Unis qu’au Canada. Dans ce pays, le taux global de criminalité a diminué de 25 pour cent entre 1991 et 2000. Aux États-Unis, les données ne sont pas disponibles pour tous les types de crime. Dans le cas des sept infractions désignées, le taux a diminué de 19 pour cent entre 1991 et 2000. Nombre de criminologues ont tenté d’expliquer la cause de ces diminutions afin de prévoir si cette tendance va se poursuivre à l’avenir. Dans l’étude qui fait l’objet du présent compte rendu, l’auteur tente de déterminer les facteurs qui expliquent pourquoi les activités criminelles ont récemment eu tendance à baisser.
Il attribue la similarité des tendances criminelles aux États-Unis et au Canada au fait que ces deux pays ont une histoire et une culture analogues et à leurs liens étroits au chapitre des relations économiques. Cette similarité en matière de criminalité est mise en lumière dans un contexte élargi en faisant état des tendances correspondantes à long terme des taux d’homicide relevés au cours du siècle dernier dans les deux pays. Il examine ensuite divers facteurs relatifs à cette tendance en comparant les variations de pourcentage dans les taux de criminalité aux divers phénomènes socio-économiques. À l’occasion, il a recours à des corrélations et à des régressions pour soutenir son analyse.
Résultats
L’auteur examine une longue liste de facteurs qui ont pu jouer un rôle au chapitre du taux de criminalité. En gros, ces facteurs sont classés en deux groupes : les facteurs endogènes associés au système de justice pénal et les facteurs exogènes qui existent à l’extérieur de ce système.
Parmi les facteurs endogènes, citons le niveau global des dépenses consacrées à la justice, le nombre d’agents de police par habitant, le taux de contrevenants condamnés à une peine d’emprisonnement et les pratiques policières pour ce qui est de l’exécution de la loi.
Au chapitre des dépenses globales engagées en matière de justice, les États-Unis ont connu de fortes augmentations particulièrement dans le domaine du maintien de l’ordre, tandis qu’au Canada, la croissance a été faible et même inférieure au taux d’inflation. Pour ce qui est du nombre de policiers par habitant, le taux a augmenté de 11 pour cent aux États-Unis au cours des années 1990 mais, au cours de la même période, il a diminué de 11 pour cent au Canada. Au chapitre du taux d’incarcération, on suppose qu’un taux élevé garantit qu’un grand nombre de contrevenants potentiels sont mis dans l’incapacité de récidiver, ce qui réduit la criminalité. Toutefois, les taux d’incarcération sont considérablement différents entre les deux pays. En effet, en 1999, le taux d’emprisonnement aux États-Unis était presque sept fois plus élevé qu’au Canada. De plus, ce taux a augmenté de 42 pour cent aux États-Unis au cours des années 1990, mais il a baissé de 3 pour cent au Canada. En raison des différences qui existent entre les deux pays, les facteurs susmentionnés ne peuvent donc pas expliquer pourquoi le taux de criminalité a baissé.
Pour ce qui est des pratiques policières, on a soutenu que les patrouilles armées, les activités de maintien de l’ordre axées sur la résolution des problèmes, les services de police communautaires, l’engagement envers un degré de tolérance zéro et l’utilisation de plus en plus fréquente de l’informatique sont des facteurs qui contribuent à réduire la criminalité. Cependant, il est plutôt difficile de quantifier les conséquences de telles pratiques.
D’après cette analyse, il semble que les facteurs endogènes ne puissent à eux seuls expliquer la baisse de la criminalité. Cette conclusion est confirmée par les faibles coefficients de corrélation qui existent entre les taux de criminalité et ces facteurs.
Le deuxième groupe comprend les facteurs exogènes, notamment les changements démographiques, les conditions économiques et l’évolution des valeurs sociétales.
Pour ce qui est des changements démographiques, il y a eu une diminution importante du nombre de personnes qui font partie des groupes d’âge où la délinquance tend à être la plus élevée (par exemple, le groupe d’âge de 20 à 34 ans) tant aux États-Unis qu’au Canada. Par conséquent, on peut probablement expliquer la baisse de la criminalité par cette diminution du nombre de jeunes personnes.
Au chapitre des conditions économiques, on a assisté, dans les années 1990, à une croissance rapide dans les deux pays. Pendant cette période, le taux de chômage a chuté de 36 pour cent aux États-Unis et de 27 pour cent au Canada. Par conséquent, la prospérité économique est un autre facteur qui expliquerait la baisse de la criminalité.
L’auteur étudie également les valeurs sociétales et attribue en partie la baisse de la criminalité au fait que l’on tolère de moins en moins le crime et la violence et à la « nouvelle morale qui prône la modération au chapitre des activités sexuelles, de la consommation d’alcool, de médicaments et même de tabac
». On fait également mention d’autres facteurs possibles, comme l’utilisation de moins en moins fréquente du papier-monnaie, l’augmentation du nombre de personnes qui poursuivent des études universitaires et une baisse de la consommation d’alcool. Encore une fois, cependant, l’étude ne contient aucune preuve quantitative qui indique comment ces nouvelles valeurs et ces nouvelles circonstances influent sur le taux de criminalité.
En conclusion, l’auteur considère que les facteurs exogènes ont plus de poids lorsqu’il s’agit de déterminer la cause de la baisse de la criminalité; il retient particulièrement les changements démographiques, la prospérité économique et l’évolution des valeurs sociétales.
Critique
L’article est un bon résumé pour ce qui a trait à la baisse récente du taux de criminalité. L’auteur tient compte d’un grand nombre de facteurs différents qui, dans certains cas, ne sont pas souvent signalés dans des études similaires. L’article contient une liste de références utiles sur le sujet étudié. L’auteur en arrive à une conclusion plausible au sujet de l’importance des changements démographiques et de la prospérité économique pour expliquer la baisse de la criminalité et observe avec raison que la plupart des autres facteurs examinés expliquent mal cette diminution.
Dans son analyse, l’auteur fait montre d’une bonne intuition rationnelle mais l’étude, en partie, n’est pas soutenue par une preuve solide. D’une part, la preuve statistique qui est présentée repose largement sur des techniques rudimentaires (par exemple, la comparaison de taux) et l’étude n’apporte rien de nouveau au chapitre de la méthodologie. D’autre part, l’auteur accepte ou rejette de nombreux facteurs sans avoir de preuve statistique suffisante. Par conséquent, les conclusions sont plutôt spéculatives.
La Justice applicable aux adolescents; expériences de l'incarcération
Peterson-Badali, M. et Koegl. C (2002). Juveniles experiences of incarceration. The role of correctional staff in peer violence. Journal of Criminal Justice, 30, 41-49.
Révisé par : Jill Edgar, agente de recherche
Au Canada, le taux d’incarcération des adolescents est supérieur à celui de toute autre nation occidentale (Bertrand et al., 2002). Malgré ce recours excessif à l’incarcération, les chercheurs ont accordé trop peu d’importance à l’expérience subjective des adolescents emprisonnés dans des établissements de garde en milieu fermé. L’étude de Peterson-Badali et de Keogl, dans laquelle on examine l’expérience de
Jeunes contrevenants au chapitre de la violence en milieu carcéral et la façon dont ils perçoivent le rôle du personnel correctionnel à ce sujet (incitation ou prévention) constitue une étape en vue de combler cette lacune.
L’étude comprend un échantillon non aléatoire de 100 adolescents qui étaient incarcérés dans un établissement de garde en milieu fermé en Ontario, ou qui l’avaient été. On a posé aux participants un certain nombre de questions non dirigées ayant trait, en général, à leur expérience de l’incarcération et à la façon dont ils percevaient cette mesure. On a également posé des questions précises sur le rôle joué par le personnel correctionnel dans les cas de violence entre détenus et sur la victimisation psychologique et physique des détenus.
Les conclusions laissent entendre que les adolescents des établissements de garde en milieu fermé estiment que le personnel ne traite pas les détenus équitablement. En effet, un quart de l’échantillon perçoit négativement la manière dont le personnel traite les détenus et la moitié indique que l’interaction varie selon l’agent correctionnel. Malgré tout, plus des trois quarts de l’échantillon estiment être assez bien traités par la moitié du personnel.
Il semble que la violence soit systémique et approuvée dans les établissements de garde en milieu fermé. Près de la moitié (46 pour cent) des adolescents de l’échantillon ont déclaré que le personnel fermait les yeux sur la violence entre détenus et la moitié d’entre eux, environ, estimait qu’un employé de l’établissement avait agi délibérément afin de compromettre la sécurité d’un détenu. Lorsqu’on leur a demandé si un gardien les avait jamais incités indirectement à avoir recours à la violence contre un autre détenu (« en blague », par exemple), un tiers des personnes interrogées ont déclaré qu’elles avaient entendu de telles « blagues », mais qu’elles ignoraient s’il s’agissait d’une incitation à l’action. Un autre tiers des personnes interrogées avaient entendu ces blagues et avaient répondu à la « demande ».
L’étude porte sur le rôle que le personnel correctionnel joue au chapitre de la violence entre détenus, mais l’autre moitié de la thèse n’est pas examinée, à savoir, « le contexte propre à la violence entre détenus dans les établissements de garde en milieu fermé où des jeunes contrevenants sont incarcérés
». De même, on n’étudie pas la manière dont les adolescents perçoivent l’ampleur et la sévérité des incidents violents qui se produisent dans les établissements de détention ni les causes de cette violence. En outre, on ignore la proportion d’incidents violents que le personnel correctionnel incite à commettre ou aide à perpétuer. Ce sont là des questions sur lesquelles on doit mener plus de recherche.
À l’heure actuelle, au Canada, 80 pour cent des adolescents condamnés à la détention ont commis une infraction sans violence. De plus, les adolescents se voient imposer des peines plus dures que les adultes qui commettent des infractions analogues, ce qui signifie que le taux de condamnation à des peines devant être purgées en détention est plus élevé dans le cas des jeunes délinquants. Pour redresser cette orientation excessivement punitive et peu créatrice, la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents stipule que les peines imposées aux jeunes doivent constituer la mesure la moins restrictive possible - la détention doit être retenue en dernier ressort. Cette étude va dans le sens de la nouvelle législation et démontre que les établissements de garde en milieu fermé sont des milieux néfastes et parfois violents. On a même soutenu que « l’expérience de l’emprisonnement, en tant que punition d’un crime, est en soi criminogène »
(Jackson, 1999:2). Les adolescents sont très impressionnables et manquent de maturité; en recourant directement et indirectement à la violence, il se peut donc que le personnel correctionnel enseigne aux jeunes qu’il est possible d’utiliser ce moyen (ou la menace de s’en servir) pour résoudre leurs problèmes.
L’étude de Peterson-Badali et Koegl constitue une enquête préliminaire sur un aspect important de la vie en prison, mais elle n’est pas complète. La Division de la recherche et de la statistique est en train de rédiger une étude nationale dans laquelle on examinera de façon plus complète l’expérience des adolescents en détention afin de continuer à soutenir le travail qu’effectue le Ministère au chapitre des politiques.
Références :
- Bertrand, L., Paetsch, J. et Bala, N. (2002). « Juvenile crime and justice in Canada ». In Bala, N., Hornick, J., Snyder, H. et Paetsch, J. (comp.). Juvenile justice systems. An international comparison of problems and solutions. Toronto : Thompson Educational Publishing, Inc., pages 19-42.
- Jackson, M. (2002). Justice behind the walls. Human rights in Canada’s prisons.
- Le document peut être consulté sur internet : http://www.justicebehindthewalls.net
Opinions des participants sur les programmes de médiation qui s'addressent aux victimes et aux contrevenants
Poulson, Barton et Elton, Kathy. « Participants’ attitudes in the Utah juvenile victim-offender mediation program ». Juvenile and Family Court Journal, hiver 2002, 37-45.
Révisé par : Jean-Paul Roy, agent de recherche
Les programmes de médiation qui s’adressent aux victimes et aux contrevenants (les « PMVC ») constituent une solution de rechange aux procédures judiciaires courantes. Les PMVC, qui sont une forme de justice réparatrice, visent à responsabiliser le contrevenant d’une manière plus positive et à aller plus loin que le châtiment pur et simple. Les buts principaux consistent à réparer le préjudice causé par le crime, réintégrer le contrevenant dans la collectivité et faire en sorte que la victime et la collectivité dans son ensemble ressentent un certain apaisement. Le point central de la justice réparatrice est une rencontre en tête-à-tête entre le contrevenant, la victime et la collectivité (ou un facilitateur).
L’article porte principalement sur l’opinion des participants au PMVC du tribunal pour la jeunesse des Utah State Courts à Salt Lake City. La plupart des cas renvoyés à ce programme de médiation ont trait à des crimes communs comme le dommage matériel causé à des biens, l’introduction par effraction, le vol et les voies de fait simples, mais les cas qui concernent les voies de fait et l’homicide peuvent être soumis au PMVC si la famille de la victime (ou des victimes) y consent et si le dossier est jugé approprié. L’étude a été conçue pour examiner trois questions principales :
- Dans quelle mesure les participants au PMVC de l’Utah sont-ils satisfaits et comment voient-ils l’initiative ?
- Y a-t-il une différence entre le niveau de satisfaction et l’opinion des victimes et des contrevenants ?
- Comment ces résultats peuvent-ils être comparés à d’autres évaluations rendues publiques ?
Pour répondre à ces questions, 634 questionnaires ont été remplis entre février 1997 et mars 2001. L’étude intègre des données tirées de deux questionnaires analogues, mais la plupart des questions sont différentes (ci-après, on fera référence à ces questionnaires en tant que « première version » et « deuxième version »). Les questionnaires comprennent des questions sur le niveau de satisfaction envers le PMVC ainsi que des données démographiques de base. Les victimes ont rempli 38 pour cent des questionnaires et les délinquants, 52 pour cent. Enfin, 10 pour cent des questionnaires ont été remplis par d’autres personnes (en règle générale, les parents du contrevenant); ils n’ont pas été inclus dans l’analyse.
On a utilisé un échantillon de commodité et les médiateurs ont invité les participants à remplir un questionnaire une fois la médiation complétée. Cette façon de faire soulève certaines questions au sujet de la division de l’échantillon. Comme le taux de réponse n’est pas fourni, on voit mal pourquoi seulement 38 pour cent des réponses proviennent des victimes alors que 52 pour cent d’entre elles sont fournies par des délinquants. Cette prédisposition à l’autosélection nous fait également douter de la validité des résultats.
Les conclusions tirées de ce questionnaire démontrent que les victimes et les délinquants sont globalement très satisfaits du programme de médiation. Dans la première version, 93,5 pour cent des victimes et 88,4 pour cent des contrevenants avaient déclaré que « globalement, l’expérience relative au PMVC a été positive
». Dans la deuxième version, 89,3 pour cent des victimes et 72,1 pour cent des contrevenants ont indiqué qu’ils étaient d’accord avec cette affirmation. Lorsqu’on leur a demandé s’ils étaient satisfaits des résultats, 92,1 pour cent des victimes et 93,3 pour cent des contrevenants ont répondu par l’affirmative dans la première version; dans la deuxième version, ces pourcentages étaient respectivement de 91 pour cent et de 85,4 pour cent. De plus, dans la première version, les participants ont déclaré qu’ils préféreraient, et de très loin, avoir recours à la médiation plutôt qu’aux tribunaux s’ils étaient de nouveau aux prises avec un problème juridique (96,7 pour cent des victimes, 98,8 pour cent des contrevenants). Globalement, les différences entre victimes et contrevenants, pour ce qui est des niveaux de satisfaction, étaient minimes et de peu d’importance, les contrevenants étant habituellement légèrement moins satisfaits du programme. Ces résultats correspondent aux conclusions d’évaluations déjà publiées.
Pour ce qui est des différences entre la première et la deuxième version du questionnaire, les auteurs proposent diverses explications qui renvoient à des facteurs externes et non à la structure même du questionnaire. Tout d’abord, ils font valoir que les victimes sont toujours très satisfaites et que la différence principale est une légère baisse de la satisfaction du contrevenant. Ils signalent ensuite qu’on a commencé, dans le cadre du programme, à accepter des infractions graves, ce qui peut diminuer les chances d’en arriver à des résultats positifs puisque les délinquants devront probablement faire face à l’incarcération en plus de prendre part au PMVC.
Le principal défaut de cette étude est l’absence d’un groupe témoin qui permettrait de procéder à une comparaison. De plus, l’analyse statistique a peut–être été affaiblie du fait qu’on a dû réduire les données, c’est-à-dire que des catégories de réponses multiples ont été réduites en une variable dichotomique. En recodant les variables, cependant, on a sous-estimé la satisfaction des participants parce qu’on a inclus les réponses négatives et neutres dans la catégorie « non satisfaits ».
Cette étude vient soutenir le nombre croissant d’articles et d’ouvrages sur les PMVC et la justice réparatrice en général, notamment le travail de Nugent, Umbreit, Wiinamaki et Paddock, (2001) ainsi que Latimer, Dowden et Muise (2001), lesquels indiquent que le taux de récidivisme est plus bas chez les contrevenants qui ont pris part à un programme de justice réparatrice. Selon Latimer, Dowden et Muise, les victimes et les contrevenants sont également plus satisfaits et ces derniers respectent davantage les mesures de restitution. À la lumière de résultats aussi prometteurs, il est fort justifié, du point de vue empirique, de continuer à appliquer, évaluer et étudier les PMVC et d’autres démarches propres à la justice réparatrice. S
Références :
- Latimer, J., Dowden, C. et Muise, D. (2001). L’efficacité des pratiques de la justice réparatrice : Méta-analyse. Ministère de la Justice du Canada.
- Nugent, W.R., Umbreit, M.S., Wiinamaki, L. et Paddock, J. (2001). « Participation in victim-offender mediation and reoffense: Successful replications? » Research on Social Work Practice, 11, 5-23
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