Ce que vous ignorez peut vous faire du mal : L’importance des outils de dépistage de la violence familiale pour les praticiens du droit familial
Mise en contexte
Définir la violence familiale
Il n’existe aucune définition admise par tous de la violence familiale. Cependant, comme le montrent les exemples ci-dessous, la plupart des définitions contiennent des éléments essentiels similaires : la violence familiale est un comportement où un membre d’une famille maltraite ou néglige un autre membre ou plusieurs autres membres de la famille.
La violence familiale se définit comme une forme de maltraitance, de mauvais traitement ou de négligence que subit un enfant ou un adulte de la part d’un membre de sa famille, ou d’une personne qu’il ou elle fréquente (Ministère de la Justice, 2017).
La violence familiale et conjugale survient quand quelqu’un tente de contrôler son conjoint ou sa conjointe ou un autre membre de la famille d’une manière qui peut les intimider ou les accabler (Gouvernement australien, Commission australienne de réforme législative, 2011, p. 3).
Le rapport de l’administrateur en chef de la santé publique du Canada sur l’état de la santé publique au Canada énonce ce qui suit :
La violence familiale est un important problème de santé publique […]. Certaines familles canadiennes sont victimes des conflits malsains, des mauvais traitements et de violence qui risquent d’entraîner des répercussions sur leur santé. Collectivement, ces problèmes sont désignés comme de la violence familiale et prennent de nombreuses formes, varient quant à la gravité et comprennent la négligence et la violence physique, sexuelle, émotionnelle ainsi que l’exploitation financière (Administrateur en chef de la santé publique du Canada, 2016, p. 3).
Le Centre national d’information sur la violence dans la famille du gouvernement du Canada emploie l’expression « violence familiale » dans son sens large pour englober diverses formes de violence :
[...] au sein de toute une gamme de relations intimes, dont celles qui existent entre un parent et un enfant, un soignant et un client, un enfant adulte et un parent, entre frères et sœurs et entre des partenaires intimes, durant les fréquentations ou la vie commune, dans le cadre du mariage ou en union libre (Novac, 2006, p. 1).
La violence familiale inclut aussi l’agression physique, la violence psychologique ou affective, l’abus sexuel, la négligence, la privation et l’exploitation financière.
L’expression « violence familiale » est souvent prise dans un sens plus large pour reconnaître la diversité des personnes qui peuvent subir la violence, y compris les enfants (Murray et Powell, 2009). Toutefois, une expression sans distinction de sexe comme celle de « violence familiale » est contestée parce qu’elle ne reconnaît pas que ce sont les femmes (et leurs enfants) qui en sont les principales victimes (Murray et Powell, 2009). Les théories féministes de la violence familiale et conjugale soulignent le rôle du sexe et du pouvoir dans les relations violentes (Berns, 2001; Htun et Weldon, 2012).
L’Organisation des Nations Unies applique cette analyse fondée sur le genre à sa définition de la violence familiale, s’intéressant aux hommes en tant qu’auteurs de violence envers les filles et les femmes, et reconnaît que :
[…] la violence à l’égard des femmes […] compte parmi les principaux mécanismes sociaux auxquels est due la subordination des femmes aux hommes (Fonds des Nations Unies pour l’enfance, 2001, p. 2).
Cette perspective ressort dans plusieurs publications des Nations Unies (voir le Manuel de législation sur la violence à l’égard des femmes, Nations Unies, 2010; et La violence domestique a l’égard des femmes et des filles, Fonds des Nations Unies pour l’enfance, 2001).
Les expressions « violence conjugale », « maltraitance des aînés », « violence envers les enfants » ou « violence envers les femmes » sont souvent employées pour faire référence plus précisément à la nature de la relation entre l’auteur de violences et la victime.
Notre compréhension du genre et des relations familiales évolue et fait évoluer celle de l’expression « violence familiale ». Par exemple, Statistique Canada (2012), dans sa publication La violence familiale au Canada : un profil statistique, 2010, a inclus pour la première fois dans sa description la violence dans le cadre d’une fréquentation. Les éditions précédentes de cette publication ne prenaient en considération que la violence envers le conjoint ou la conjointe (marié, conjoint de fait, séparé, divorcé), les enfants et les mineurs, et les gens de 65 ans ou plus (Statistique Canada, 2012).
Cette étude des ODVF se concentre sur la violence entre partenaires intimes. La violence est grave sous toutes ses formes et dans toutes les relations. Cependant, les praticiens du DF qui font du dépistage lors de premières consultations de clients adultes porteront le plus souvent attention à la violence conjugale, parce qu’il est reconnu que la violence entre conjoints peut continuer, voire augmenter, après la fin de la relation de couple (Laing, 2017).
Même dans ce contexte, un praticien du DF peut déceler d’autres formes de violence (notamment envers les enfants) au terme du processus de dépistage ou à cause de commentaires du client ou de questions légales soulevées (p. ex. l’implication dans la protection d’enfants). À ce moment, ou si le praticien a été engagé pour représenter un enfant, il peut être nécessaire d’utiliser des outils conçus spécialement pour dépister la violence envers les enfants. Un examen de tels outils dépasse la portée de cette étudeNote de bas de page 1.
- Date de modification :