Ce que vous ignorez peut vous faire du mal : L’importance des outils de dépistage de la violence familiale pour les praticiens du droit familial

Le rôle des traumatismes

Judith Herman a introduit le concept de « traumatisme continu Â» dans les situations de violence envers les femmes dans son livre novateur de 1992, Trauma and Recovery: the aftermath of violence from domestic abuse to political terror (Herman, 1992). Au cours des 25 années qui ont suivi, son Å“uvre a été développée par d’autres chercheurs et praticiens (Moulding, 2016; Wilson, Fauci, Goodman, Mcleigh et Spaulding, 2015). Au Canada, notons en particulier le travail de Lori Haskell (Ph.D.), psychologue clinicienne en cabinet privé et professeure agrégée au Département de psychiatrie de l’Université de Toronto (voir Haskell et Randall, 2009).

De nombreuses survivantes de violence familiale subissent un traumatisme continu, qui peut influer grandement sur leur capacité à s’engager efficacement dans leur procès de droit familial (Bemiller, 2008). Elles peuvent être réticentes à parler de la violence qu’elles ont subie dans le passé, être incapables de se concentrer, avoir de la difficulté à comprendre et à retenir de l’information et des concepts juridiques, ou trouver difficile de prendre des décisions sur des sujets importants comme la garde des enfants et les questions d’argent. Il n’est pas rare qu’une personne traumatisée sous‑estime ou surestime le risque de préjudice. Des émotions fortes peuvent aussi représenter un défi pour une plaignante devant un tribunal de la famille. Un traumatisme continu peut diminuer sa capacité de négocier efficacement, comme c’est nécessaire dans des processus alternatifs de règlement des conflits, telle la médiation. Cela ne signifie pas qu’il faut éviter ces processus, mais simplement qu’il faut prêter attention aux effets du traumatisme.

À mesure qu’on en apprenait davantage sur les traumatismes dans les cas de violence envers les femmes, de nombreux professionnels ont élaboré une approche de leur pratique tenant compte des traumatismes (Learning Network, s.d.). La prestation de soins qui tiennent compte des traumatismes subis en contexte de violence familiale a nécessité le remplacement de plusieurs pratiques essentielles des organisations et des personnes qui travaillent dans le domaine de la violence conjugale (p. ex. l’autonomisation, le soutien par les pairs) à l’intérieur d’un cadre tenant compte des traumatismes. Il a fallu aussi intégrer de nouveaux concepts (p. ex. le traumatisme historique) et de nouvelles approches (p. ex. la psychoéducation) qui tentent de répondre aux besoins en santé mentale des survivantes liés aux traumatismes (Wilson et coll., 2015).