Intervention policière et signalement
La recherche démontre de façon constante que les communautés noires au Canada font l’objet, de manière disproportionnée, d’interpellations policières, de mesures de surveillance et du recours à la force, ce qui crée une relation avec les forces de l’ordre fondamentalement différente de celle qu’entretiennent avec elles les Canadiens et Canadiennes blancs (Wortley et Owusu-Bempah, 2022). Sharpe (2015) a conclu que les personnes noires touchées par l’homicide et la violence armée se livrent à une évaluation des considérations raciales avant de décider de signaler un préjudice ou de demander un soutien institutionnel, ce qui conduit souvent à l’absence de signalement, à un signalement tardif ou à une divulgation partielle des faits, chacun de ces cas ayant une influence sur le déroulement des enquêtes et la probabilité qu’une affaire aboutisse devant les tribunaux. Les familles des victimes d’homicide rapportent qu’elles sont traitées comme des personnes soupçonnées plutôt que comme des proches en deuil, qu’elles reçoivent peu de renseignements sur les enquêtes et qu’elles sont exclues des processus qui les touchent directement. Cette situation reflète une culture institutionnelle où le fait d’être noir est vu comme un motif de suspicion qui ne disparaît pas, même lorsque la personne concernée est manifestement une victime (Maynard, 2025). Pour les personnes ayant survécu à la violence armée, l’absence de signalement fait obstacle à l’accès aux services aux victimes et aux mécanismes d’indemnisation qui exigent des rapports officiels de la police. Il en résulte un cercle vicieux dans lequel les pratiques institutionnelles qui alimentent la méfiance minent simultanément les résultats d’enquête dont les familles ont besoin pour accéder à la justice et commencer à vivre leur deuil (Sharpe, 2015; Wortley et Owusu-Bempah, 2022). La décision de ne pas signaler un incident est influencée par des facteurs qui se recoupent. Chez les femmes noires touchées par l’homicide et la violence armée, la crainte de voir leur propre conduite criminalisée ou leurs relations surveillées ajoute une dimension genrée au processus d’évaluation des considérations raciales décrit par Sharpe (2015). Pour les jeunes noirs, la probabilité d’être traités comme des suspects plutôt que comme des victimes les dissuade encore plus d’interagir avec des institutions déjà jugées hostiles (Clark, 2025; ministère de la Justice du Canada, 2022). Richardson et coll. (2016) mettent en évidence une tendance selon laquelle les hommes noirs ayant survécu à des blessures par balle sont abordés par les institutions compétentes comme des auteurs potentiels d’actes criminels plutôt que comme des victimes. Cette réaction décourage les signalements ultérieurs et exclut la possibilité d’accéder aux mécanismes d’indemnisation et aux services dont l’admissibilité repose sur un tel signalement, ce qui perpétue ainsi un cycle dans lequel les pratiques institutionnelles aggravent le préjudice déjà subi au lieu d’y remédier.
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