Répercussions sur les politiques publiques, la recherche et la pratique

Le présent document a examiné les conditions historiques, structurelles et institutionnelles qui façonnent le fardeau disproportionné des homicides et de la violence armée que portent les communautés noires au Canada, ainsi que les lacunes persistantes en matière de reconnaissance, de données et de services qui aggravent les préjudices subis par les personnes touchées par cette violence.

Les personnes noires ayant survécu à la violence armée et celles endeuillées par un homicide vivent des traumatismes profonds marqués par le racisme, les inégalités et l’exposition répétée à la perte. Les personnes ayant survécu à la violence armée et celles endeuillées par un homicide font face à un profond traumatisme façonné par le racisme, l’iniquité et l’exposition répétée à la perte. Les systèmes de soutien spécialisés et ancrés dans la culture ne sont pas un complément aux interventions existantes; ils en sont un élément fondamental. Les organisations et les groupes communautaires dirigés par des personnes noires se sont révélés essentiels pour offrir des programmes de confiance et adaptés à la culture; leur assurer un financement durable est une priorité stratégique, et non une considération secondaire. Cela dit, la responsabilité d’offrir des services adaptés à la culture ne peut pas reposer uniquement sur les organisations dirigées par des personnes noires. Nombre d’entre elles demeurent chroniquement sous-financées, alors même que les communautés qu’elles servent sont touchées de façon disproportionnée par l’homicide et la violence armée. Les systèmes traditionnels de services aux victimes doivent également développer leur capacité à servir les personnes noires touchées par l’homicide et la violence armée avec compétence et sensibilité culturelles, ce qui signifie former les fournisseurs de services à travailler avec les personnes endeuillées par un homicide, créer des unités spécialisées dirigées par des personnes noires, et intégrer des intervenants et intervenantes noirs spécialisés dans l’accompagnement des victimes aux structures provinciales de services aux victimes, pour garantir que l’accompagnement soit partagé, durable et appuyé sur le plan structurel.

Le racisme systémique influence la façon dont la violence est vécue et la manière dont on y réagit à tous les niveaux. Les politiques publiques doivent s’attaquer explicitement aux obstacles que sont la méfiance envers les institutions, la crainte de la criminalisation et l’absence de services adaptés à la culture auxquels les familles noires sont confrontées lorsqu’elles cherchent de l’aide. Le Canada commence tout juste à recueillir des données fondées sur la race concernant les victimes, les personnes accusées, l’accès aux services et les résultats en matière de justice pénale. Sans données précises et désagrégées, les expériences des personnes noires touchées par l’homicide et la violence armée resteront invisibles pour les systèmes censés répondre à leurs besoins. Les données quantitatives, à elles seules, ne suffisent toutefois pas. La recherche qualitative qui documente les récits et les expériences vécues des victimes et des personnes noires touchées par l’homicide et la violence armée est tout aussi nécessaire, puisqu’elle assoit leur voix comme source de connaissance faisant autorité dans la compréhension de la nature des préjudices subis et des conditions nécessaires à la guérison. Il existe un besoin particulier de recherches qualitatives et intersectionnelles permettant de comprendre la façon dont le deuil lié à un homicide et le fait d’avoir survécu à la violence armée sont vécus au sein des communautés noires selon le genre, l’âge, le handicap, le statut d’immigration et l’orientation sexuelle. L’absence actuelle de telles données ne signifie pas que ces différences n’existent pas, mais plutôt que les systèmes conçus pour y répondre ne peuvent pas les voir (Sharpe et coll., 2025; Jeffers, 2023). La recherche et les consultations communautaires mettent en évidence des tendances récurrentes : les grands-parents noirs élevant leurs petits-enfants à la suite de l’homicide de leurs propres enfants, les personnes 2ELGBTQ+ ayant survécu à la violence armée qui doivent composer avec des environnements de service hostiles face à la race et à l’identité, et les nouveaux arrivants noirs endeuillés par un homicide qui ne peuvent pas signaler un crime à la police sans risquer d’être expulsés portent tous des fardeaux distincts et cumulatifs que les statistiques agrégées ne refléteront jamais (Jeffers, 2023; Maynard, 2025; Deshman, 2009). La recherche qualitative et menée en collaboration avec les communautés, qui accordent une place centrale à ces expériences, n’est pas un simple complément aux données probantes. Elle en fait partie intégrante. Les traumatismes causés par la violence au sein des communautés constituent un enjeu de santé publique. Ils exigent une action coordonnée et multisectorielle ancrée dans les contextes socioculturels des communautés noires, et pas seulement une intervention policière.

Des investissements soutenus dans les organisations dirigées par des personnes noires renforcent la sécurité communautaire, soutiennent les jeunes et contribuent à briser les cycles de violence et d’inégalités. Des approches efficaces pour lutter contre la violence doivent être élaborées avec les personnes touchées par l’homicide et la violence armée, et non pour eux, à la lumière des connaissances de la communauté, des atouts culturels et des expériences vécues à chaque étape de la conception des programmes, de la recherche et de l’élaboration des politiques. La guérison est à la fois individuelle et collective. Les pratiques spirituelles des communautés noires, leurs rituels communautaires, leur solidarité collective et le maintien de liens avec les proches disparus doivent être reconnus et soutenus par les systèmes officiels. Les familles, les écoles, les organismes communautaires, les fournisseurs de services et les gouvernements ont chacun un rôle à jouer pour éliminer les causes profondes de la violence et créer des environnements où les jeunes noirs et leurs familles peuvent vivre en sécurité.

Le changement est possible, et est déjà en cours. Grâce à la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires, aux centres de recherche dirigés par des personnes noires comme le CRIB et à la mobilisation communautaire partout au pays, de nouvelles voies se dessinent, plaçant la guérison, l’équité et la justice au cœur de l’action. Les personnes qui survivent à l’homicide d’un proche et celles qui ont survécu à une blessure par arme à feu, mais qui ont dû reconstruire leur vie sans soutien adéquat, méritent l’engagement entier et soutenu des systèmes, des institutions et des décideurs qui ont le pouvoir de changer les choses. La concrétisation de cet engagement dépendra d’une collaboration soutenue, d’investissements durables et d’une responsabilité partagée.

Tanya L. Sharpe, Ph. D., M.S.S.
Professeure
Faculté de travail social Factor-Inwentash, Université de Toronto
Adresse : 246, rue Bloor Ouest, Toronto (Ontario) M5S 1V4
tanya.sharpe@utoronto.ca