Dépossession spatiale et destruction des communautés noires

Partout au Canada, de nombreuses communautés noires ont été contraintes à l’exil, soumises à des mesures de confinement ou effacées par l’action de l’État, révélant ainsi une tendance nationale qui dépasse largement le cadre d’un simple cas isolé. Parmi les exemples les plus connus figure Africville à Halifax, un quartier rasé à la fin des années 1960 sous prétexte de rénovation urbaine. Les résidents ont été déplacés de force, et les repères culturels et institutionnels de la communauté ont été détruits (Clairmont et Magill, 1999). À Vancouver, Hogan’s Alley, premier et unique quartier majoritairement noir, a été démoli à partir de 1967 afin de permettre la construction des viaducs Georgia et Dunsmuir, ce qui a entraîné la dispersion permanente de sa population noire (Landau-Donnelly, 2023, 2024). À Montréal, dans le quartier Saint-Antoine–Petite-Bourgogne, la rénovation urbaine du milieu du siècle, la désindustrialisation et la construction d’autoroutes ont désarticulé une communauté noire forte et florissante sur le plan culturel. Ces transformations ont déplacé des institutions bien établies et fragilisé les réseaux sociaux qui atténuaient traditionnellement l’exposition aux préjudices (High, 2017). Établie par des colons afro-américains au début du XXe siècle, la communauté d’Amber Valley, en Alberta, a connu un déclin dans les années 1930 et 1940 sous l’effet conjugué de l’exclusion économique et du racisme. Cette situation a poussé de nombreuses familles à migrer vers les centres urbains, où elles ont été confrontées à la discrimination en matière de logement et à une surveillance policière disproportionnée. Au XXIe siècle, le réaménagement à grande échelle du quartier Heron Gate, à Ottawa, a entraîné l’éviction de centaines de résidents noirs et racisés, fragilisant les réseaux de soutien social et rappelant les projets de rénovation urbaine qui ont marqué l’histoire nord-américaine (Crosby, 2023). Pris ensemble, ces exemples illustrent une tendance récurrente : les communautés noires du Canada ont été confrontées à des formes de dépossession spatiale qui ont fragmenté la vie communautaire, reconfiguré les contextes de vulnérabilité et continuent aujourd’hui d’influencer les caractéristiques de la victimisation, les rapports aux institutions et les mécanismes de survie.