5. Discussion

La présente section résume les constatations ci-dessus en répondant à trois questions clés :

  1. Dans l’ensemble, quels changements ont été observés dans le revenu des familles monoparentales entre 2001 et 2021?
  2. Quelle a été l’incidence de l’instauration des prestations fiscales pour enfants et d’autres transferts gouvernementaux sur la stabilité financière des familles monoparentales?
  3. Quelles sont les expériences financières des parents seuls en fonction de l’identité autochtone, de l’âge, du statut d’immigrant et du statut de personne ayant une incapacité?

5.1 Dans l’ensemble, quels changements ont été observés dans le revenu des familles monoparentales entre 2001 et 2021?

Entre 2001 et 2021, marqué par des changements considérables dans les sources de revenu, le paysage économique des familles monoparentales canadiennes a commencé à changer. Le revenu familial médian après impôt et le revenu de transfert gouvernemental pour les familles monoparentales ont augmenté au cours de cette période. Leur revenu médian du marché a également augmenté dans une proportion plus élevée que celui des couples avec enfants et des personnes hors famille économique. Parallèlement, la proportion de familles monoparentales vivant dans une situation de faible revenu a diminué.

Les variations du revenu sont le résultat de nombreux facteurs contributifs souvent complexesNote de bas de page 61. Par exemple, dans tous les groupes d’âge, les parents seuls au Canada ont connu des augmentations importantes du revenu total médian de 2001 à 2021, ce qui peut avoir eu une incidence sur l’augmentation du revenu médian et la diminution de la situation de faible revenu pour ces famillesNote de bas de page 62. Un autre facteur ayant contribué à l’augmentation du revenu médian et à la diminution de la proportion de familles monoparentales vivant en situation de faible revenu est leur revenu de transfert gouvernemental, qui, une fois agrégé, représentait environ 27 % du revenu total des parents seuls de 65 ans et moins en 2021Note de bas de page 63. Non seulement leur revenu médian de transferts gouvernementaux a-t-il augmenté entre 2001 et 2021, mais les familles monoparentales ont également affiché de façon constante le revenu médian de transferts gouvernementaux le plus élevé par rapport aux autres types de familles économiques. Pour en savoir plus sur l’incidence des transferts gouvernementaux, voir la sous-section 4.2 ci-dessus.

Bien que de nombreux changements positifs dans le revenu se soient produits au cours de la période de 21 ans pour les familles monoparentales, il est également important de tenir compte des réalités financières continues auxquelles ces familles sont confrontées. Bien que leur revenu familial médian après impôt ait augmenté, les familles monoparentales ont continué d’avoir un revenu familial médian après impôt près de la moitié de celui des familles comptant un couple (avec ou sans enfants) en 2021Note de bas de page 64. De même, les familles monoparentales dirigées par une femme ou un homme avaient un revenu médian du marché plus faible en 2021, soit 84 700 $ et 44 900 $ de moins que le revenu médian du marché pour les couples avec enfantsNote de bas de page 65. Bien que le nombre de familles monoparentales vivant en situation de faible revenu ait diminué entre 2001 et 2021, les familles monoparentales ont continué d’être le type de famille le plus susceptible d’être en situation de faible revenu, avec une proportion près de quatre fois plus élevée que celle de l’ensemble des familles comptant un couple avec ou sans enfantsNote de bas de page 66. Par conséquent, malgré l’augmentation du revenu médian et la diminution du nombre et de la proportion de personnes en situation de faible revenu parmi les familles monoparentales au cours de la période de 21 ans, les familles monoparentales ont continué d’avoir un revenu familial médian plus faible et d’être représentées de façon disproportionnée dans les situations de faible revenu. De plus, l’analyse des paiements annuels de pensions alimentaires pour conjoint et enfants a montré qu’il n’y a pas eu de changement dans le montant médian versé, en dollars constants, aux familles monoparentales entre 2012 et 2022.

5.2 Quelle a été l’incidence de l’instauration de la prestation fiscale pour enfants et autres transferts gouvernementaux sur le bien-être financier des familles monoparentales?

Bien que le revenu du marché ait continué d’être la principale source de revenu de toutes les familles économiques entre 2001 et 2021, y compris les familles monoparentales et les couples avec enfants, la section des résultats a montré que les transferts gouvernementaux ont également contribué à leur revenu total. Dans la présente sous-section, l’analyse portera sur quatre périodes au cours desquelles des changements clés ayant été apportés aux prestations gouvernementales ont probablement contribué à une amélioration de la situation financière des familles monoparentales.

En 2006, le gouvernement du Canada a instauré la Prestation universelle pour la garde d’enfants (PUGE), un paiement de transfert gouvernemental qui prévoyait jusqu’à 1 200 $ par année pour chaque enfant de moins de 16 ansNote de bas de page 67. Cette prestation a été l’un des facteurs qui ont contribué à l’augmentation du revenu médian des transferts gouvernementaux pour les familles monoparentales (+11 %) et les couples avec enfants (+28 %) en 2006Note de bas de page 68. Parallèlement, le revenu médian après impôt des familles monoparentales a augmenté, de même que leur situation de faible revenu. Bien que le revenu médian après impôt des couples avec ou sans enfants ait également augmenté en 2006, aucune baisse n’a été observée dans leur situation de faible revenu, ce qui signifie que l’introduction de la PUGE a peut-être eu une incidence plus importante sur les familles monoparentales.

La PUGE a été réformée en 2015 afin d’améliorer les prestations versées aux familles avec enfantsNote de bas de page 69. En 2016, cette prestation a été remplacée par l’Allocation canadienne pour enfants (ACE), qui verse un paiement mensuel non imposable aux familles ayant des enfants de moins de 18 ans en fonction du nombre d’enfants à leur charge et de leur revenu familial netNote de bas de page 70. Entre 2014 et 2015, ainsi qu’entre 2015 et 2016, il y a eu des augmentations notables du revenu médian tiré des transferts gouvernementaux aux familles monoparentales et aux couples avec enfants, ce qui correspond aux augmentations des montants observées dans le cadre de la PUGE réformée et de la nouvelle ACE. Au cours de la même période, on a observé des diminutions de la proportion de familles monoparentales et de couples avec ou sans enfants vivant dans une situation de faible revenu. Entre 2015 et 2020, un moins grand nombre de familles monoparentales et de couples avec ou sans enfants étaient en situation de faible revenu. Cela est probablement dû aux changements apportés à l’ACE qui, contrairement à la PUGE, tient compte du revenu familial. Étant donné que le revenu médian après impôt des familles monoparentales était inférieur à celui des couples avec ou sans enfants, cela explique probablement pourquoi un plus grand nombre de familles monoparentales ont été en mesure de dépasser le seuil de faible revenu de la mesure de la famille de recensement.

Enfin, il est important de tenir compte des prestations de soutien liées à la COVID-19, qui visaient à compenser les pertes de revenu du marché, comme la Prestation canadienne d’urgence, la Prestation canadienne de la relance économique et la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants. Bien que la PUGE et l’ACE aient probablement entraîné des changements dans les habitudes de revenu, l’année où les prestations de soutien liées à la COVID-19 ont été introduites a été celle qui a eu les répercussions les plus profondes sur les familles au cours de la période de 21 ans. La médiane des paiements de soutien liés à la COVID-19 versés aux familles monoparentales était de 8 000 $ en 2020, de 9 200 $ pour les couples avec enfants et de 8 000 $ pour les personnes hors famille de recensementNote de bas de page 71. Étant donné que les paiements de soutien liés à la COVID-19 n’existaient pas avant 2020, ces prestations ont contribué à une augmentation du revenu de transfert gouvernemental reçu par tous les types de familles non âgées. Plus précisément, le revenu total de transferts gouvernementaux reçus par les personnes hors famille économique a doublé de 2019 à 2020, et il a presque doublé pour les couples avec enfants et pour les parents seuls. En 2020, les prestations liées à la COVID-19 représentaient 44 % du revenu total de transfert gouvernemental reçu par les personnes hors famille de recensement, ainsi que 35 % du revenu total de transfert gouvernemental reçu par les couples avec enfants et près du quart (23 %) reçu par les familles monoparentalesNote de bas de page 72. Lorsque les prestations liées à la COVID-19 ont diminué en 2021, chaque type de famille a connu une baisse de son revenu total de transferts gouvernementaux (le total des transferts gouvernementaux a diminué de 33 % pour les personnes hors famille économique, de 18 % pour les familles monoparentales et de 12 % pour les couples avec enfants). Bien que le revenu du marché de toutes les familles économiques, y compris les familles monoparentales, ait diminué pendant la pandémie de COVID-19, les pensions alimentaires ont probablement contribué à l’augmentation du revenu médian après impôt des familles monoparentales et à la diminution de la proportion de parents seuls vivant en situation de faible revenu. En 2021, alors que le revenu du marché des familles monoparentales a augmenté, en revenant aux niveaux observés avant la pandémie, le revenu familial médian après impôt des familles monoparentales a également diminué, tandis que celui des familles comptant un couple avec ou sans enfants a augmenté. Ces changements correspondent à une diminution des prestations disponibles liées à la COVID-19, et les différences entre les deux types de familles de recensement peuvent indiquer que le revenu d’emploi des familles comptant un couple s’est rétabli à un rythme plus rapide que celui des familles monoparentales. Une analyse future portant sur la différence entre le revenu des familles monoparentales pendant la période de paiement des pensions alimentaires liées à la COVID-19 et leur revenu après les prestations liées à la COVID-19 aiderait à mieux comprendre l’incidence de ces prestations sur le revenu des familles monoparentales.

D’après l’analyse ci-dessus, il est évident que l’introduction des prestations de transfert gouvernemental a eu une incidence considérable sur le revenu des familles monoparentales. Cette hypothèse est également étayée par l’analyse de Harding (2018), qui a révélé un lien étroit entre les transferts gouvernementaux et la réduction des taux de faible revenu, en particulier chez les familles monoparentales dirigées par une femmeNote de bas de page 73. Mme Harding a constaté qu’en 2016, la proportion de familles monoparentales à faible revenu ayant une femme à leur tête aurait été de 62 % si elles n’avaient reçu aucun revenu de transfert gouvernemental. Avec les revenus de transfert gouvernemental, 40 % de ces familles ont été classées comme vivant en situation de faible revenu, soit une réduction de 22 points de pourcentage. En comparaison, les transferts gouvernementaux ont eu pour effet de réduire les taux de faible revenu d’environ 20 points de pourcentage pour les familles monoparentales avec hommes, et de près de 13 points de pourcentage pour les couples avec enfants.

Dans l’ensemble, les familles monoparentales ont affiché le montant médian le plus élevé du revenu de transfert gouvernemental entre 2001 et 2021, et cela s’explique probablement par le fait qu’elles avaient un revenu médian après impôt plus faible et qu’elles étaient plus susceptibles de vivre en situation de faible revenu que les familles comptant un couple avec ou sans enfants. Au cours de cette période, les personnes hors famille de recensement ont également déclaré un revenu médian après impôt plus faible et avaient des proportions plus élevées de personnes vivant en situation de faible revenu. Toutefois, ces personnes ont reçu un revenu médian de transfert gouvernemental plus faible, ce qui est probablement dû au fait que les transferts gouvernementaux comprennent les prestations fédérales pour enfants et que les personnes hors famille économique n’auraient pas droit à ces prestations. La différence entre le revenu médian des transferts gouvernementaux reçu par les familles monoparentales et les personnes hors famille économique est probablement l’un des facteurs qui expliquent pourquoi la proportion de personnes hors famille de recensement vivant en situation de faible revenu a dépassé celle des familles monoparentales en 2020. Les analyses futures permettront de déterminer si cette tendance s’est poursuivie au-delà de 2021.

5.3 Quelles sont les expériences financières des parents seuls en fonction de l’identité autochtone, du statut d’immigrant, du statut de personne ayant une incapacité et du genre?

Bien qu’il existe des données sur le revenu et le bien-être économique par groupe de population, il existe peu de données désagrégées sur les familles monoparentales. Les données disponibles montrent que des proportions plus élevées de familles monoparentales autochtones (en 2016) et de parents seuls ayant une incapacité (en 2015 et 2020) vivaient dans la pauvreté par rapport à leurs homologues non autochtones et non atteintes d’une incapacité. Pour ces deux groupes de population, cette différence était plus prononcée chez les mères seules autochtones et les mères seules ayant une incapacité. Il n’existe pas de données sur les expériences des familles monoparentales noires et racisées; cependant, les données de 2021 sur l’identité racisée des familles monoparentales immigrantes ont montré que les parents seuls immigrants arabes, noirs, chinois et latino-américains étaient plus susceptibles de vivre en situation de faible revenu que les familles monoparentales immigrantes non racisées. Des recherches antérieures ont révélé non seulement que les familles monoparentales sont plus susceptibles d’être économiquement désavantagées, mais que ces groupes de population sont également plus susceptibles d’être victimes de discrimination et d’exclusion sociale, ce qui entraîne un accès inégal aux ressources économiquesNote de bas de page 74. Ces formes croisées de désavantage financier, si l’on combine les expériences des familles monoparentales et leurs expériences en tant qu’Autochtones, personnes ayant une incapacité et immigrants racisés, ont probablement contribué à la proportion plus élevée de ces familles vivant en situation de faible revenu.

Si l’on examine les différences entre les genres, la plupart des familles monoparentales étaient dirigées par une femme. Malgré l’augmentation du nombre de familles monoparentales dirigées par un homme au cours de la période de 21 ans, la proportion de familles monoparentales dirigées par une femme était 3,5 fois plus élevée que celle des familles monoparentales dirigées par un homme en 2021Note de bas de page 75. Bien que le revenu médian après impôt des familles monoparentales dirigées par une femme ait augmenté entre 2001 et 2021, y compris à une proportion plus élevée que les pères seuls, les familles monoparentales dirigées par une femme ont continué d’avoir des revenus médians plus faibles. Cette constatation concorde avec les données montrant un écart salarial important entre les hommes et les femmes à l’échelle du pays, les femmes âgées de 25 à 54 ans gagnant en moyenne 11 % de moins que les hommes en 2021Note de bas de page 76. Parallèlement, les familles monoparentales dirigées par une femme ont également enregistré les transferts gouvernementaux médians les plus élevés par rapport aux pères seuls. Cependant, cela indique également que ces mères dépendent de façon excessive de ces paiements gouvernementaux et pensions alimentaires. Comme l’a constaté Mme Harding (2018), les transferts gouvernementaux ont eu comme plus grand effet de réduire la situation de faible revenu des familles monoparentales dirigées par une femme, ce qui souligne la nature précaire de leur situation financièreNote de bas de page 77.

Comme il est mentionné ci-dessus, lorsqu’il existe des données désagrégées sur le bien-être économique des familles monoparentales, il en ressort clairement que toutes les familles monoparentales n’ont pas bénéficié de la même manière des variations de revenu entre 2001 et 2021. Des proportions plus élevées de familles monoparentales autochtones, de parents seuls ayant une incapacité et de certaines familles monoparentales d’immigrants racisés vivaient en situation de faible revenu, et les familles monoparentales dirigées par une femme ont continué de déclarer des revenus médians plus faibles et de dépendre davantage des prestations et des pensions alimentaires du gouvernement pour joindre les deux bouts. Des données désagrégées supplémentaires sur les expériences des familles monoparentales seraient utiles pour obtenir un portrait plus complet des défis financiers auxquels ces familles sont confrontées ainsi que de tout changement positif dans leur bien-être économique.