Réflexions conclusives

Les personnes interrogées à cette étude ont été francs et souvent brutaux dans l’évaluation de leurs expériences en matière de questions juridiques, quel que soit le domaine du droit ou de la justice avec lequel ils sont impliqués. Quelques personnes ont fait des commentaires positifs sur leur implication, généralement dans des contextes où elles avaient le sentiment d’avoir été « entendues », que leurs efforts pour résoudre leurs problèmes aient été couronnés de succès ou non. Leurs avocats ou les magistrats auxquels elles ont eu affaire ont fait preuve d’empathie et de compréhension face à la complexité de leurs problèmes. Cependant, les difficultés rencontrées par les personnes interrogées à plusieurs endroits du système sont beaucoup plus fréquentes. Dans une certaine mesure, certaines des difficultés rencontrées par les personnes interrogées 2ELGBTQI+ sont communes, quelle que soit l’identité des parties concernées. L’accessibilité, par exemple, est un défi communément reconnu. Elle se traduit par des coûts élevés et de longs délais, ainsi que par une sensibilisation limitée du public aux procédures et aux aides juridiques (Jenkins 2017). Cependant, même ces problèmes sont exacerbés lorsque les personnes 2ELGBTQI+ interagissent avec le système de justice.

De nombreux membres de la communauté 2ELGBTQI+ sont économiquement marginalisés, en partie à cause des types de discrimination sur le lieu de travail mentionnés dans ce rapport. Nombre de nos personnes interrogées perçoivent le système juridique comme impénétrable. Ils ne peuvent y accéder parce qu’ils n’en ont pas les moyens et que les délais sont trop longs. Ce sentiment est renforcé par l’impression commune d’être « invisibles » en tant que personnes 2ELGBTQI+. Le manque apparent d’aisance et de familiarité du système de justice avec les identités des personnes 2ELGBTQI+ et la spécificité des expériences des personnes 2ELGBTQI+ constituent un obstacle à la mise en place de services et de soutiens efficaces au sein du système. Là encore, les difficultés sont aggravées par le croisement des identités des personnes interrogées. Souvent, ce n’est pas seulement leur sexualité, mais aussi leurs autres identités – leur race ou leur ethnicité ou leur handicap ou leur identité de genre – qui ont joué un rôle dans le problème juridique auquel ils ont fait face et dans les difficultés qu’ils ont rencontrées pour le résoudre.

Notamment, de nombreuses personnes interrogées ont exprimé leur malaise, voire leur méfiance, à l’égard du système de justice pénale. Ils ont souvent eu l’impression que le système de justice ne prenait pas au sérieux leurs expériences de violence – de la part d’étrangers ou de partenaires intimes – et qu’il niait ou banalisait la situation des victimes. Pour beaucoup, leur expérience passée les a rendus réticents à s’engager dans le processus de justice pénale, de peur d’être rejetés ou, pire, d’être la cible de préjugés et d’hostilité de la part de la police.

En bref, le message qui ressort des entretiens est que le système est « défaillant ». Le manque de soutien, les difficultés d’accès et la perception qu’ont les personnes interrogées que le système n’est pas sensible à la façon dont la sexualité façonne les expériences des communautés 2ELGBTQI+ leur ont donné le sentiment d’être exclus et de ne pas pouvoir faire valoir leurs causes pour obtenir justice. Cependant, les personnes interrogées ont également fait part de leurs réflexions sur la manière de surmonter ces limitations, en grande partie grâce à l’éducation et à la sensibilisation du public et des praticiens, mais aussi grâce à l’élargissement des soutiens et des services à tous les niveaux de participation.