Nihkan oma (D’abord, ceci)
Kinanaskomitinawow, Okimakan, Onikaniwak ekwa Nehiyawak ochi Mihkoskikwakak.
Le présent document s’appuie sur l’observation, la participation et, surtout, l’établissement d’une relation avec la nation et son peuple. Pour cela, et pour les profondes amitiés que j’ai nouées depuis que j’ai entrepris mon voyage sur leur chemin de justice, je porterai leurs enseignements avec honneur, dignité et fierté. C’est avec humilité que j’accepte ce privilège.
Lorsqu’on parle de traditions juridiques, le mot « tradition » ne renvoie pas au passé; il évoque la continuité des modes d’application des lois de la Nation crie de Red Earth (NCRE). Malgré l’imposition de la Loi sur les IndiensNote de bas de page 1 et de nombreuses politiques coloniales, les lois de la NCRE restent ancrées dans son peuple. Ce romantisme de ce qui est souvent perçu comme de « vieilles méthodes » n’est pas non plus caractéristique des réalités modernes. Le fondement des traditions juridiques de la NCRE se trouve dans l’esprit et l’incarnation de chaque membre de la nation. À ce titre, le présent document ne valide pas, mais souligne la manière dont la NCRE maintient ses propres traditions juridiques. En outre, il ne compare pas les traditions juridiques de la NCRE à d’autres. Je n’ai ni le pouvoir, ni l’envie, ni le droit de faire quoi que ce soit d’autre que d’articuler ce qui m’a été généreusement et gentiment transmis.
L’histoire des traditions juridiques de la NCRE commence par une triste histoire de souvenir et de perte. Perte sans compréhension et sans mérite. Un témoignage d’une confiance trahie qui blesse quotidiennement le cœur d’un peuple. Ceux qui se réveillent pour voir les contreforts de leurs ancêtres. Lors des cérémonies, des histoires et des danses ont été enseignées et partagées, alors qu’aujourd’hui les membres de la Nation crie s’étonnent qu’une quelconque menace pèse sur eux en tant que gardiens de cette terre. On leur interdit de poursuivre le but de leur vie.
Il s’agit d’une histoire beaucoup plus longue de promesses superficielles et vides associées à la discorde et au contrôle, souvent de manière flagrante, plus souvent de manière sournoise. Là où ceux qui ont demandé la foi manipulent continuellement les manières invitantes et aimables d’un peuple qui mérite de s’occuper des siens. Un peuple qui, depuis des pays lointains qui ne sont pas les siens, a proscrit l’humanité d’autrui, et le fait encore aujourd’hui.
C’est l’histoire d’un peuple élevé dans la bonté, où la vertu est sa loi et où son interdépendance assure la continuité de la beauté qu’il partage et à laquelle il participe. C’est aussi l’histoire d’un peuple qui aime ses terres, ses filles, ses fils, ses Aînés, ses femmes et tous les autres membres de sa famille, y compris l’ours, l’orignal, le huard, le brochet et le rat musqué. L’histoire d’une survie injustifiée dans des proportions aussi déraisonnables et la force d’un peuple qui n’a jamais cessé de croire – même si la pratique de ses croyances se heurte à une résistance arrogante. Une résistance égale à la sienne contre la colonisation et l’assimilation. L’histoire d’un peuple dont l’esprit est l’un des plus doux et des plus reconnaissants qui soient. C’est un enseignement qu’il connaît depuis des temps immémoriaux, mais que le Canada n’apprécie pas encore.
La NCRE, son peuple, ses traditions, son histoire ne sont pas un sujet de débat. J’en sais très peu et je suis honoré d’en savoir autant. Le processus d’apprentissage tout au long de la vie est très présent dans les enseignements de la NCRE et le présent document n’est donc qu’un aperçu des traditions juridiques de la NCRE. La suite de l’histoire se déroule au fur et à mesure qu’une connexion est établie avec la NCRE et que la renaissance complète des traditions juridiques de la NCRE a lieu.
Jason Mercredi
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