Annexe B : Les mots des survivantes
L’enquêteur a demandé aux survivantes si elles souhaitaient partager d’autres informations. Leurs réponses ont été les suivantes :
- « Il n’y a pas assez de sensibilisation dans les clubs d’effeuillage – en fait, il n’y en a aucune. Les gens pourraient bénéficier d’un soutien s’ils savaient qu’il existe. » – Participante no 1
- « La punition de tous les trafiquants devrait être plus sévère et les peines plus longues » – Participante no 6
- « Je ne me suis jamais sentie digne de quoi que ce soit. On a l’impression que le gouvernement attend que les gens meurent pour leur verser moins d’argent. On ne devrait pas avoir à remplir des conditions pour obtenir de l’aide. » – Participante no 7
- « Je voudrais voir plus souvent des experts qui ont vécu l’expérience. » – Participante no 12
- « On devrait faire plus d’éducation sur la traite de personnes, car l’enjeu est souvent glorifié, et les gens doivent savoir ce qui se passe réellement. » – Participante no 13
- « J’aimerais que le gouvernement fédéral en fasse davantage. On a annoncé qu’il y aurait une table ronde sur l’expérience vécue, et nous n’avons encore rien vu se concrétiser. » – Participante no 21
Les survivants ont également eu l’occasion de parler de leur expérience à des politiciens ou à des bureaucrates et voici les réponses qu’ils ont données :
- « Nous devons prévenir la traite de personnes en éduquant les enfants et les jeunes, surtout les enfants et les jeunes à risque. Les travailleurs du sexe, les victimes de la traite et les survivants ont beaucoup à donner en retour, nous valons beaucoup plus que ce qui nous est arrivé. J’étais une droguée, je vivais dans la rue, et regardez qui je suis devenue maintenant. Je me suis sentie ignorée, oubliée et inférieure. Je suis devenue sobre, j’ai reçu l’aide et le soutien dont j’avais besoin, et j’ai tellement à offrir à la société.
La police et les professionnels de la santé ont besoin de plus d’éducation et d’une meilleure formation à la sensibilité au sujet de la traite de personnes. La police m’a souvent vu avec des bleus après avoir été battue, et personne ne m’a aidée. La police aurait pu m’aider. Les enfants et les adolescents à risque ont besoin d’un soutien immédiat pour éviter de devenir victimes de la traite. Les jeunes filles ont également besoin de modèles masculins positifs. Les enfants passent entre les mailles du filet, alors que le filet devrait être plus serré. Des mineures font de l’effeuillage, mais personne n’intervient, personne ne les aide. Nous avons besoin de plus de ressources et de meilleurs délais d’attente pour les traitements, surtout pour les cas graves de toxicomanie. Cessez de réduire les services. Nous aidons d’autres pays, mais qu’en est-il de nos concitoyens? Personne ici ne devrait avoir faim ni se retrouver à la rue » – Participante n° 1 - « Les lois en vigueur sont convenables. Je veux que les gens puissent pratiquer le travail du sexe s’ils le souhaitent. Par contre, la traite de personnes ne doit jamais devenir une activité légale. Je veux simplement que les victimes et les personnes survivantes soient en sécurité et soutenues. J’ai l’impression que peu de gens savent à quel point la traite de personne est intense et discrète. Cela se passe sous vos yeux. Les victimes de la traite ont besoin d’un soutien plus rapide, notamment sur le plan financier. Le programme l’Ontario au travail (OT) et le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) ne constituent pas un salaire de subsistance. Les mesures de soutien sont excellentes, mais il faut davantage de financement. Où est passé tout cet argent dont parlent les médias? Je suis reconnaissante pour ce que j’ai, mais ce n’est pas facile, surtout après avoir vu tout l’argent en jeu. La traite de personnes provoque des traumatismes considérables, et le chemin vers la guérison est long. Trop d’obstacles entravent l’accès à du soutien comme OT, POSPH et d’autres aides financières. De plus, il existe des préjugés lorsque l’on touche des aides comme OT ou POSPH. Nous essayons simplement de nous en sortir. Si nous ne bénéficions pas d’un soutien financier adéquat, nous risquons d’être réexploitées pour joindre les deux bouts. » – Participante n° 2
- « Dans l’ensemble, tout ce qui concerne la sécurité, le bien-être et la survie des victimes de violences sexuelles n’est pas suffisamment pris en compte en termes de financement public. Je me souviens avoir lu un article indiquant que le premier ministre avait réduit le financement fédéral destiné à l’aide aux victimes de la traite de personnes. J’en ai eu la nausée. C’était décourageant de constater qu’un problème nécessitant plus d’attention et de soutien se retrouvait, au final, avec encore moins de ressources. J’ai le sentiment que les premières nécessités devraient être financées par le gouvernement fédéral, afin de simplement survivre et ne pas empiéter sur les autres dépenses des travailleurs sociaux qui aident leurs clients. Doug Ford a supprimé l’indemnisation des victimes. Si j’avais pu recevoir cette somme après avoir tout perdu, j’aurais eu un avantage pour trouver mon propre logement, faire mes études et me libérer de l’aide financière du POSPH beaucoup plus tôt.
- Je pense qu’il faut mieux sensibiliser les autorités à la traite de personnes. Les juges, les procureurs, les avocats, la police, les commissions des libérations conditionnelles, tous ceux qui ont leur mot à dire dans ces affaires devraient être formés de manière convenable, de préférence par les personnes survivantes elles-mêmes. J’ai pu constater, par ma propre expérience et celle d’autres personnes, que nos trafiquants ne purgent que de courtes peines, et ce dans les cas où ils purgent des peines. Quelle que soit la raison de leur libération anticipée, l’effet qu’elle a sur leurs victimes est inimaginable. Le fait de savoir que la personne ayant accordé une remise en liberté anticipée n’a pas tenu compte de la sécurité et du bien-être de la survivante, ni de ceux du grand public. Les individus qui ont la capacité de faire la traite d’une autre personne ne sont pas réhabilités au bout d’un an ou deux. Ils sortiront, récidiveront et poursuivront un cercle vicieux parce qu’ils ne subissent pas les conséquences de leurs actes et qu’ils ne sont pas du genre à se laisser réhabiliter. Si vous pouvez faire la traite de personnes, vous n’avez absolument aucun respect pour la vie ou la sécurité humaine et, statistiquement, vous récidiverez. Je veux croire que cela a quelque chose à voir avec le manque d’éducation des preneurs de décisions, plutôt qu’avec le manque d’empathie envers le grand public et ses victimes.
Je sais que des changements ont été apportés l’an dernier en Ontario pour soutenir les personnes survivantes, mais je n’ai toujours pas l’impression que c’est suffisant. Je ne serai peut-être jamais satisfaite, mais je crois tout de même que l’on peut faire beaucoup plus, surtout compte tenu du fait que l’Ontario est l’une des plaques tournantes de la traite de personnes au Canada. Nos travailleurs sociaux ont besoin d’aide pour soutenir les victimes et les survivantes. Les survivantes doivent savoir qu’elles ne sont pas une affaire de plus à gagner et que leur vie compte plus que le fait de gagner un procès. Aucune des statistiques disponibles sur la traite de personnes n’est exacte; pour chaque survivante, il y a trois victimes qui ne se manifesteront jamais ou dont on n’entendra plus jamais parler. - Il faut mieux faire connaître l’accès à l’aide pour les victimes. Bien que j’aie eu beaucoup de chance d’y avoir accès, je ne savais même pas qu’il existait une aide autre que celle de la police. Si j’avais seulement appelé la police, cela aurait pu mettre ma vie encore plus en danger. C’est la réalité des victimes. Les hôtels, les bars, les banques, les foyers de groupe et tous les endroits où un trafiquant et une victime peuvent se trouver doivent recevoir une formation adéquate sur la manière de cerner un cas possible de traite de personnes. Le gouvernement devrait financer des choses telles que la fourniture de produits de première nécessité aux victimes qui sortent de la traite, qu’il s’agisse de vêtements, de nourriture, de meubles, d’un logement sûr, de tout ce qui peut aider une victime à non seulement être en sécurité, mais aussi à se sentir en sécurité. Plus une personne sortant de la traite se sent en sécurité, moins elle risque de retomber entre les mains d’un proxénète qui lui fournira des vêtements et des repas. On ne parle pas assez de la façon dont les personnes survivantes choisissent de survivre, que ce soit en tombant ou en retombant dans la toxicomanie, les problèmes de santé mentale extrêmes, les troubles de l’alimentation ou le fait de commettre des délits pour survivre (par exemple, le vol). Les survivantes ressentent le besoin de reprendre le contrôle par des moyens non progressifs et finissent par ne pas pouvoir obtenir cette aide par manque de moyens financiers ou par obligation d’obtenir des soins de base dans un établissement de santé mentale, où elles sont placées sur une liste d’attente de plusieurs mois et où l’aide ne tient pas compte des traumatismes. Il faut financer la privatisation des soins avec des spécialistes tenant compte des traumatismes. L’an dernier, j’ai vu une amie faire une surdose. En fait, nous avons été secourues le même jour dans des villes différentes. Elle avait essayé de recevoir de l’aide pour des problèmes de santé mentale qui l’avaient conduite à la toxicomanie, mais elle avait été placée sur une liste d’attente qui l’aura, ultimement, tuée. Elle n’est pas du tout la seule survivante qui finit par mourir en essayant d’apprendre à vivre après avoir été victime de la traite. Elle n’avait pas les moyens d’aller dans un établissement de santé privé et toutes ses tentatives pour obtenir des soins payés par le POSPH ont échoué. Il faut que les survivants aient un meilleur accès à ces services. Comment se fait-il qu’une personne puisse survivre à un traumatisme horrible, mais qu’elle meure ensuite parce qu’elle ne peut pas recevoir de l’aide? » – Participante no 3
- « Ce monde est effrayant. Les préjugés sont tellement ancrés et il faut être normal. Mais en fait il n’y a pas de normalité. La traite de personnes est omniprésente, peu importe la race, la religion, la culture ou le statut social. Elle ne concerne pas seulement les gens pauvres. Le statut n’a pas d’importance, que l’on soit victime ou bourreau. Les acheteurs de sexe sont également tous différents. Si nous avions des ressources, il serait plus facile de créer notre propre entreprise. Je m’en sortirais mieux. J’aurais pu utiliser les compétences transférables issues de mon traumatisme pour gagner de l’argent légalement. Il m’a fallu toucher le fond pour aimer la vie. Il pourrait toujours y avoir quelque chose de pire. Je n’ai pas peur de lutter, je sais qu’il y a toujours un moyen de s’en sortir. Certaines personnes n’ont pas de soutien, d’autres en ont. N’importe qui peut être victime de la traite, l’argent est très addictif. » – Participante no 4
- « La vente de services sexuels devrait être légale, mais la traite de personnes ne devrait pas l’être. Les travailleurs du sexe doivent être protégés dans le commerce du sexe. Cette protection ne doit pas être assurée par un proxénète. Le gouvernement ne devrait pas non plus être le proxénète des travailleurs du sexe. Il faut davantage d’aide financière pour les victimes de la traite de personnes. Nous avons gagné beaucoup d’argent, puis on nous l’a enlevé. C’est comme si nous avions travaillé pour rien. On m’a même volé ma Prestation canadienne d’urgence. Nous devrions pouvoir le prouver devant un tribunal et récupérer notre argent. » – Participante no 5
- « La traite de personnes doit être abordée d’une manière plus humaine, et pas seulement derrière un bureau. Il faut assurer la sécurité des travailleurs du sexe. Ce n’est pas parce qu’un phénomène reste dans l’ombre qu’il n’existe pas. » – Participante no 6
- « J’aimerais qu’ils essaient de vivre de l’aide sociale pendant un certain temps pour savoir ce que c’est. Ils nous laissent pratiquement mourir. Ils essaient de faire en sorte que nous acceptions un petit chèque qui ne nous permet même pas de vivre convenablement. Ils nous obligent constamment à faire des choses pour obtenir du soutien. C’est impossible. Les politiciens n’ont pas tout perdu comme nous. En fait, ils nous ressemblent plus qu’ils ne le croient. » – Participante no 7
- « Ce que j’ai vécu ne me définit pas et je vais bientôt remonter la pente. » – Participante no 8
- « Il faut aider plus souvent les jeunes qui ont des difficultés à s’adapter, et pas seulement ceux qui se conforment. Il faut examiner ce qui est imposé aux jeunes et considérer la personne dans son ensemble. La vie n’est pas rose pour les personnes vivant avec un traumatisme sexuel, elle est un désastre. » – Participante no 9
- « Personne ne devrait avoir à subir cela. Les victimes se font manipuler sans même s’en rendre compte. » – Participante no 10
- « Il pourrait s’agir de votre enfant. On n’en parle pas assez. Les femmes ont peur. Il pourrait s’agir de votre tante ou d’une personne âgée d’aussi peu que 12 ans. Nous avons besoin de plus de ressources pour aider ces filles. » – Participante no 11
- « Il faut mettre l’accent sur les filles et ce qu’elles vivent plutôt que sur l’argent. Le gouvernement ne devrait pas gagner d’argent grâce au commerce du sexe. Il faut renforcer la sécurité et les hôtels doivent vérifier les antécédents pour assurer la sécurité. Il faut du soutien de partout dans le monde. » – Participante no 13
- « J’aimerais qu’ils sachent ce qu’il en est réellement. La traite de personnes n’est pas comme dans les films. Il faut mieux comprendre les traumatismes à long terme qui en découlent. » – Participante no 14
- « J’aimerais qu’ils sachent que nous avons besoin d’une aide appropriée pour nous rétablir complètement. Aider les gens, c’est bien, mais il faut aussi faire de la prévention dans la société. Il faut aider les gens à s’intégrer dans la société. Les victimes de la traite de personnes ont généralement une histoire à raconter et nous devons nous attaquer aux causes profondes. » – Participante no 15
- « La traite de personne est partout! Il y a beaucoup de gens à sauver. Les organismes de lutte contre la traite de personnes devraient bénéficier d’un financement permanent pour pouvoir aider toutes les victimes. Si je le pouvais, je ferais le travail moi-même. » – Participante no 16
- « J’aimerais qu’ils comprennent que ce n’est pas toujours de notre faute. La situation nous est imposée. La plupart du temps, nous en arrivons là lorsque nous n’avons nulle part où aller et que nous ne pouvons pas nous loger. » – Participante no 17
- « Les jeunes de 16 à 25 ans ont besoin de plus de soutien. Ils ne devraient pas avoir à le chercher, il faudrait plutôt leur en offrir presque automatiquement. Souvent, il est très difficile de demander de l’aide, alors ce serait bien d’en recevoir automatiquement. » – Participante no 18
- « Je pense qu’il faut offrir davantage de soutien aux jeunes dans les écoles. Il est important d’informer les jeunes sur la traite de personnes et la santé mentale, et de les y sensibiliser. Ce serait également bien de pouvoir bénéficier d’un soutien individuel et pas toujours d’un soutien de groupe dans les écoles. » – Participante no 19
- « Les gens doivent être plus sensibles et ne pas être si durs. On ne sait jamais ce qu’une personne a vécu, alors il faut davantage faire preuve de bienveillance. Il faut arrêter d’humilier les victimes. Il faut plus de soutien pour les survivants. C’est tellement traumatisant et il y a beaucoup de victimes. » – Participante no 20
- « Il faut améliorer l’accès aux logements d’urgence et aux maisons de transition. » – Participante no 21
- « On ne peut pas vraiment comprendre toute l’ampleur de la traite de personnes si on ne l’a pas vécue. Elle est omniprésente. Nous vivons avec tellement de honte et de culpabilité, et la plupart du temps, la société amplifie cette honte. C’est une bonne chose que vous commenciez à reconnaître l’incidence de la traite de personnes, mais vous devez continuer à soutenir les victimes et aussi les jeunes qui deviennent des trafiquants. » – Participante no 22
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