Examen de la littérature
La VAEP se caractérise par des comportements violents ou agressifs de la part d’enfants et de jeunes envers les parents ou les membres de leur famille. Également appelé violence contre les parents, violence des adolescents à l’égard des parents ou violence à l’égard des parents, ce phénomène décrit un éventail de comportements violents, notamment des comportements physiques (p. ex. coups, biens endommagés), psychologiques (p. ex. l'utilisation des menaces), émotionnels (p. ex. injures) ou financiers (p. ex. vol d’argent), qui sont perpétrés par des enfants et des jeunes à l’endroit de leurs pourvoyeurs de soins. Les facteurs à l’origine de la VAEP semblent varier selon les caractéristiques individuelles et familiales, le type et l’intensité de la violence perpétrée et les contextes sociaux ou culturels [4–9]. En général, la VAEP a été décrite comme le processus par lequel les enfants et les jeunes apprennent à utiliser la violence comme stratégie pour exercer un contrôle et une domination sur leurs parents, pour satisfaire des désirs et des besoins, ou en réponse à la violence parentale ou à des pratiques disciplinaires sévères [10–13]. Dans le même ordre d’idées, les enfants et les jeunes sont plus susceptibles de perpétrer de la VAEP s’ils ont déjà été exposés à la violence ou à la maltraitance (p. ex. violence entre partenaires intimes, violence physique, négligence), à la détresse psychologique ou à des problèmes psychiatriques (p. ex. anxiété, dépression, tendances suicidaires, symptômes prépsychotiques), s’ils ont de la difficulté à fonctionner en société ou à s’adapter à l’école (p. ex. dérégulation émotionnelle, comportements d’externalisation, victimisation par les pairs) ou s’ils ont des antécédents dans le système de justice pénale [11, 13–28].
La VAEP est devenue un sujet plus couramment étudié dans le monde entier, les cas signalés de violence et d’agressions d’enfants envers des parents ayant reçu une attention particulière au cours des dernières années [29–32]. Malgré une visibilité croissante dans la littérature scientifique et judiciaire, la VAEP demeure sous‑étudiée comparativement à d’autres formes de violence familiale et a toujours été sous-déclarée par les parents qui ont été victimisés [5, 33]. Les parents exposés à la VAEP disent se sentir impuissants, isolés et hésitants à demander de l’aide professionnelle parce qu’ils craignent la stigmatisation, les reproches, le jugement et l’évaluation négative de leurs compétences parentales [34–36]. Par conséquent, les parents victimes éprouvent souvent des sentiments négatifs (p. ex. peur, inutilité) et peuvent réagir en utilisant de mauvaises stratégies d’adaptation (p. ex. évitement des conflits, rôle parental coercitif, violence envers l’enfant), ce qui peut entraîner la détérioration de la relation enfant-parent et des trajectoires de développement malsaines chez l’enfant [9, 15, 37, 38]. Les parents sont réticents à signaler la VAEP en raison de divers facteurs individuels et socioculturels. Les parents peuvent refuser de signaler les incidents initiaux de violence par crainte des conséquences, comme un casier judiciaire pour leur enfant ou une prise en charge par les services de protection de l’enfance [39]. Les parents qui divulguent la VAEP disent que leurs expériences ont été minimisées par la police et les services professionnels, ce qui encourage leur enfant à recourir à des comportements violents et exacerbe les conflits familiaux [34]. De plus, des facteurs socioculturels comme les styles de communication parentale, les pratiques d’éducation des enfants, les rôles de genre stéréotypés et la façon dont la violence familiale est définie et tolérée au sein de leur communauté culturelle ou présentée dans les médias peuvent influencer la capacité des parents à réagir à la VAEP [2, 5, 32, 36, 40]. Par conséquent, la culture et l’environnement dans lesquels la violence à l’égard des parents se produit ont une incidence sur la décision des parents de signaler la VAEP, ce qui peut influer sur la façon dont la violence à l’égard des parents peut être définie, mesurée et traitée par les chercheurs et les professionnels dans les différents contextes sociaux.
Un examen de la littérature sur la VAEP révèle des définitions, des mesures et des méthodes considérablement différentes utilisées pour examiner la violence parentale dans de multiples études et pays d’origine [4, 6, 9, 13, 14, 17, 23, 24, 26, 33, 34, 41–45]. Ces incohérences ont donné lieu à des taux de prévalence très variables pour la VAEP dans l’ensemble de la littérature existante. Par exemple, Suarez-Relinque et ses collaborateurs ont signalé que, dans un échantillon de jeunes Espagnols âgés de 12 à 18 ans, les taux d’incidence pour la VAEP variaient de 45 % à 95 % pour la violence verbale, de 4,6 % à 22 % pour les agressions physiques et de 29 % à 60 % pour les dommages matériels [46]. Une autre étude Espagnole a documenté dans un échantillon de jeunes de 18 à 25 ans qui ont signalé rétrospectivement leur comportement violent envers leurs parents que le CPVA variait de 1,8 % à 6,1 % pour la violence physique et de 8,5 % à 27 % pour la violence psychologique pour les échantillons tirés du même groupe de jeunes en Espagne [17]. Les études de recherche sur la VAEP qui permettent d’obtenir des données à partir d’échantillons cliniques offrent des résultats plus cohérents. Fawzi et ses collaborateurs ont découvert que 40 % des jeunes qui recevaient des soins psychiatriques en Égypte avaient perpétré de la VAEP, ce qui concorde avec une autre étude ayant révélé que 57 % des garçons et 49 % des filles qui suivaient un traitement clinique aux États-Unis avaient perpétré de la violence envers un parent [47]. De plus, la prévalence de la VAEP devient plus prononcée lorsque les échantillons sont tirés des données des rapports de la police et des tribunaux. Par exemple, Miles et Condry ont examiné les données policières du Royaume-Uni et ont constaté que 67 % des rapports sur la VAEP mettaient en cause une « menace de blessure » [50], tandis qu’une étude américaine a révélé que 82 % des rapports sur la violence familiale mettaient en cause un enfant contrevenant et un parent victime, mais la majorité (90 %) concernaient des incidents verbaux [48]. Les constatations incohérentes dans la littérature sur la VAEP peuvent s’expliquer par l’absence d’un outil de mesure normalisé, les écarts entre les échantillons tirés de la collectivité par rapport aux populations cliniques et du système de justice pénale, ainsi que le manque de consensus quant à la définition opérationnelle fondamentale de la VAEP [6, 17, 19, 49, 50].
Dans l’ensemble, la VAEP est un phénomène complexe et multifactoriel qui mérite une enquête plus approfondie pour permettre une meilleure compréhension de la VAEP et des réponses plus cohérentes et efficaces de la part des professionnels et des décideurs. Malgré les répercussions néfastes et de grande portée de cette question, très peu de recherches récentes ont été menées au Canada. Une grande partie de ce qui a été écrit est de nature désuète ou non empirique [51–55], mais il est essentiel de comprendre la prévalence et la dynamique complexe de la VAEP pour qu’un éventail d’institutions sociales canadiennes puisse répondre de façon appropriée et efficace aux jeunes et à leurs familles.
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