Le vécu de victimes d’actes criminels dans le processus de la justice réparatrice : un projet d’écoute
Promotion de la justice réparatrice
Compte tenu des expériences et des besoins décrits ci-dessus, quelles mesures peuvent aider à améliorer les programmes de justice réparatrice pour les victimes et les survivants d’actes criminels? D’après les commentaires des participants, nous décrivons dans cette section les priorités et les idées applicables aux programmes de justice réparatrice et aux systèmes qui les entourent afin de mieux servir et soutenir les personnes dans le sillage de leur victimisation.
Proposer des processus souples
La souplesse du processus de justice réparatrice pour tenir compte d’une gamme de besoins et d’espoirs était importante pour de nombreux participants. Par exemple, bon nombre d’entre eux souhaitaient une rencontre en personne, d’autres voulaient une telle rencontre seulement à certaines conditions; tandis que d’autres encore voulaient de l’information ou obtenir réparation sans rencontre. Les participants sont entrés dans le processus de justice réparatrice avec des objectifs variés et ils ont réclamé des processus qui pourraient être sensibles à ces objectifs.
Trois thèmes principaux sont ressortis en ce qui concerne la disponibilité d’options et de souplesse pour améliorer la participation des victimes.
Thèmes principaux concernant le besoin de souplesse
- Créer des choix et des options pour les victimes.
- Offrir la possibilité d’un suivi et de plusieurs rencontres au besoin.
- Donner aux victimes plus de contrôle sur les échéanciers du processus de justice réparatrice.
Créer des choix et options pour les victimes
Les participants ont expliqué que les programmes de justice réparatrice doivent pouvoir combler les différents besoins des victimes, même lorsque la personne délinquante ne souhaite pas y participer ou n’y est pas admissible. Comme un participant l’a souligné : « Ne supposez pas que les victimes ne savent pas ce dont elles ont besoin. Ne supposez pas que la justice réparatrice ne convient pas aux victimes. Elles devraient être informées de cette option. La justice réparatrice peut soulager les souffrances ».
De plus, de nombreuses victimes ont fait remarquer qu’il ne faudrait pas automatiquement écarter les processus de justice réparatrice en fonction de la gravité de l’acte criminel. En fait, à mesure que les participants écoutaient les autres participants, bon nombre d’entre eux ont senti le besoin de souligner que les victimes devraient décider elles-mêmes si une affaire criminelle devrait ou pourrait comporter un élément de justice réparatrice, au lieu que la décision soit prise à leur place : « Le choix ultime devrait revenir aux victimes, même si le crime est jugé grave. Qu’on laisse aux victimes décider du processus qu’elles souhaitent et qu’on ne décide pas à leur place en fonction de la gravité du crimeNote de bas de page 13 ».
Offrir la possibilité d’un suivi et de plusieurs rencontres au besoin
Étant conscients que les sentiments et les circonstances évoluent au fil du temps, les participants appréciaient les occasions d’obtenir plus de suivi de la part des praticiens (cet élément fait aussi partie de la section « Information » ci-dessous) et des rencontres de suivi une fois le processus initial de justice réparatrice terminé. Voici certaines de leurs affirmations :
- « Ce serait utile d’en savoir plus sur la façon dont le délinquant s’en tire après le processus de justice réparatrice; avoir la possibilité de tenir une deuxième réunion, une autre occasion d’avoir un processus… tout en reconnaissant que le délinquant a le droit de passer à autre chose et qu’il ne peut être tenu de le faire s’il n’y consent pas. »
- « Le suivi est tellement important. Peu importe le temps écoulé, il serait bon d’avoir une autre chance de rencontrer le délinquant. »
- « Croyez-vous qu’une seule rencontre règle tout? Je me demande s’il ne pourrait pas y avoir plus d’une rencontre… peut-être une première rencontre où la victime et le délinquant ne font que “se rencontrer”… puis une nouvelle rencontre des mois plus tard, car je crois qu’il peut y avoir un choc à rencontrer le délinquant et à s’apercevoir qu’il n’est pas méchant… il n’a pas l’air méchant, il a simplement l’air normal. Cela peut aussi montrer si le délinquant a vraiment des remords, ou s’il a d’autres objectifs. Sans cela, je dois simplement me fier au jugement de l’animateur. Je vais peut-être l’essayer moi-même. ».
Donner aux victimes plus de contrôle sur les échéanciers du processus de justice réparatrice
Si les participants reconnaissaient que les échéanciers peuvent échapper en partie au contrôle des programmes de justice réparatrice comme tels, de nombreux participants ont réclamé que les services soient de plus en plus attentifs aux échéanciers de la victime. Comme nous l’avons vu, des participants se sont dits troublés par la longue attente entre l’aiguillage et le dialogue encadré. Pour un participant, l’attente a été « la partie la plus difficile » en raison des questions restées sans réponse (surtout par rapport à sa sécurité) pendant cette période. Un autre a dit craindre des représailles violentes de la part de la communauté pendant cette période parce que les membres de la communauté avaient l’impression que rien n’était fait. D’autres participants avaient l’impression d’être pressés à prendre leur décision quant à la participation au programme sans bien comprendre la nature du processus de justice réparatrice. Comme un participant satisfait l’a dit en termes simples : « Je ne me suis pas senti pressé ». Dans l’ensemble, on jugeait souhaitable d’établir une communication solide et continue avec les victimes à propos de leurs attentes et de leurs préoccupations à l’égard des délais du processus de justice réparatrice.
Autres idées de pratiques souples et adaptées
Voici d’autres suggestions relatives à la participation souple et adaptée des victimes :
- Donner une voix au chapitre sur le déroulement du dialogue. Par exemple, un participant a expliqué : « J’ai pu prendre la parole en premier, ce qui était très important pour moi ».
- Proposer des options et être réceptif en ce qui concerne les lieux de rencontre. Établir une politique d’offrir de se réunir au domicile de la victime, ou à un autre endroit au choix de la victime.
- Examiner des façons créatives de permettre à la victime d’obtenir des renseignements sur le délinquant avant le processus. On y voyait un moyen d’atténuer l’angoisse ou la peur avant le processus. Un participant a proposé que l’on remette à la victime une photo du délinquant avant le processus (avec la permission du délinquant). On estimait que cette suggestion était particulièrement importante pour les jeunes victimes.
- Offrir suffisamment d’options en ce qui concerne les personnes de soutien de la victime. Nous examinerons plus en détail ce thème du soutien ci-dessous.
- Offrir aux victimes des possibilités d’influer sur les résultats de la justice réparatrice. De nombreux participants se sont dits satisfaits d’avoir pu influer sur les résultats et les accords de justice réparatrice en fonction de leurs besoins et de leur sentiment d’équité. Cela n’a pas été interprété comme une demande de « veto » ou de contrôle de la victime sur la détermination de la peine, mais comme le désir d’avoir véritablement une voix au chapitre.
- Offrir une gamme d’options pour la participation des victimes. Un participant a fait le résumé suivant : « Créer des options pour la participation des victimes afin de prendre en compte la diversité des besoins… au moyen d’un substitut, d’une lettre, etc. En particulier lorsque les victimes désirent rester anonymes. En particulier dans une petite collectivité… les victimes ne veulent pas être connues du délinquant, et c’est une question de sécurité. Dans certains cas, la victime peut ne pas vouloir connaître le délinquant, parce que cela peut être un déclencheur. Parfois, la victime peut vouloir obtenir des renseignements comme solution de rechange. La possibilité devrait toujours être offerte aux victimes de participer de différentes façons lorsqu’une rencontre en personne n’est pas appropriée ou confortable. »
Améliorer la communication et les messages sur la justice réparatrice
Des participants au projet ont proposé que les programmes de justice réparatrice visent à fournir le plus de renseignements possible aux victimes, à chaque étape du processus, à partir de l’inscription au programme, jusqu’à la conception du processus et au suivi. Il s’agit notamment de renseignements sur les options offertes aux victimes et aux délinquants, ainsi que sur les répercussions de ces options sur l’issue du processus judiciaire. Une proposition concrète était de créer des aides visuelles claires, comme des diagrammes, pour permettre aux participants de comprendre les processus de justice réparatrice et de voir où ils s’inscrivent dans le processus judiciaire. La « normalisation » a été évoquée comme une avenue à explorer, afin d’améliorer la clarté des communications sur la justice réparatrice destinées aux participants potentiels et à uniformiser davantage les attentes.
Des participants ont aussi attiré l’attention sur le type de message que les programmes de justice réparatrice transmettent aux victimes et aux sources d’aiguillage. Plusieurs participants ont fait remarquer que leur première impression de la justice réparatrice, d’après les communications provenant des forces de l’ordre, des services aux victimes et d’autres intervenants, était celle d’un service visant principalement à aider les délinquants à éviter des peines d’emprisonnement et un casier judiciaire et à réduire la récidive. Comme nous l’avons vu, ce message a trouvé un écho auprès de quelques participants qui étaient motivés à aider le délinquant à modifier son comportement. Cependant, des participants ont fait remarquer que ce type de message limite la participation des victimes à celles qui entretiennent cette motivation, ou donne l’impression que le service peut ne pas convenir aux victimes d’actes criminels qui ont d’autres types de besoins. Un praticien de la justice réparatrice a abordé cette question : « j’entends souvent de la part des victimes lors du premier contact que la motivation à participer est d’aider le délinquant. À mon avis, il y a là un risque parce qu’aucun d’entre nous n’a de contrôle sur le délinquant. Personne ne lui a demandé comment il va et ce dont il a besoin, alors il n’a pas l’habitude de répondre à ces questions. Les délinquants bénéficient davantage des processus axés sur les victimes ». Une victime participante a fait remarquer que les victimes sont susceptibles « de se retenir » d’exprimer des émotions fortes parce qu’elles ne veulent pas imposer leurs besoins au délinquant. Il a été proposé de mieux informer les intervenants du système de justice qui seront des agents d’aiguillage potentiels vers la justice réparatrice, des avantages potentiels de la justice réparatrice pour les victimes et les survivants. Il a aussi été proposé que les programmes de justice réparatrice décrivent plus clairement la gamme de services qu’ils offrent aux victimes.
De nombreux participants se sont dits d’avis que le manque actuel de renseignements adéquats sur la justice réparatrice à la disposition du grand public contribue au scepticisme et au problème de crédibilité des initiatives de justice réparatrice auprès du grand public. Cela peut avoir pour effet d’isoler les victimes qui participent à la justice réparatrice, en ce sens qu’elles peuvent se sentir incomprises ou même jugées par une société (y compris par leurs connaissances) qui n’apprécient ou ne comprennent pas leurs choix et ce qu’elles ont vécu. De plus, des participants ont souligné que les victimes qui ont besoin de services de justice réparatrice doivent y avoir accès : « La justice réparatrice doit être plus connue pour que ceux qui ont subi un préjudice sachent que c’est une possibilité et qu’ils puissent la demander ». Un autre participant a dit : « Il est important que tous sachent que la justice réparatrice est une option et en quoi consisteront les résultats et le suivi. Par exemple, on entend parler d’un crime dans les médias, sans savoir qu’il y a eu un résultat réparateur. Ce bon résultat devrait aussi être rendu public. Il s’agit donc de mettre l’accent sur l’éducation publique pour la communauté, et peut-être pour les intervenants du système de justice ». Un autre participant a dit pour rire : « [Le grand public] doit être plus sensibilisé! ”The Rock” pourrait peut-être faire une vidéo virale pour nous? »
Améliorer la coordination avec les partenaires du système de Justice
Des participants ont fait remarquer que les initiatives de justice réparatrice fonctionnent à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du système de justice pénale officiel, ce qui rend parfois déroutante l’expérience de la justice dans son ensemble. Par conséquent, il a été proposé d’accroître la coordination entre tous les partenaires du système de justice et de rationaliser les messages : « Informer le plus tôt possible les gens sur la justice réparatrice afin qu’ils sachent ce qui leur est offert. Je sais que c’est compliqué et que cela nécessiterait beaucoup de coordination entre les partenaires du système de justice. Il est important de déterminer comment l’information est présentée et encadrée! »
De plus, certains participants — surtout ceux ayant déjà travaillé pour des services d’aide aux victimes — ont constaté un manque de coordination entre les services aux victimes et les programmes de justice réparatrice : « À mon avis, il serait génial que les services aux victimes et les programmes de justice réparatrice puissent être plus en relation… même si un intervenant au [programme de justice réparatrice] a de la difficulté à communiquer avec une victime, il peut nous appeler [aux services aux victimes] et nous pouvons communiquer avec la victime et lui proposer des options… Et si les services aux victimes peuvent être là pour soutenir quelqu’un pendant un processus de justice réparatrice, nous serons là pour le faire ».
Des participants ont aussi proposé qu’il serait souhaitable que le personnel du système de justice pénale et que les politiques en la matière s’inspirent des principes de la justice réparatrice afin d’offrir un processus plus transparent pour les victimes : « Les spécialistes de la justice réparatrice devraient peut-être avoir plus de contacts avec le système de justice pénale afin que leur personnel puisse mieux répondre aux questions des victimes ».
Améliorer l’accès pour les participants autochtones
Des participants ont fait remarquer que les services de justice réparatrice ne sont pas offerts dans toutes les collectivités et qu’il peut y avoir particulièrement des lacunes pour les participants autochtones (malgré l’existence du Programme de justice autochtone à la grandeur du Canada). Comme nous l’avons vu, des participants au projet ont reconnu qu’un maximum de choix en matière de cérémonies et de rituels ancestraux (comme la purification par la fumée) pourrait augmenter la participation des victimes qui s’identifient comme Autochtones. Dans le même ordre d’idées, un participant a dit craindre que l’exercice du pouvoir discrétionnaire des policiers en matière d’aiguillage vers des programmes de justice réparatrice puisse être influencé par des attitudes racistes et, en conséquence, être foncièrement inéquitable (c.-à -d. que tant les victimes que les délinquants provenant de groupes culturels marginalisés risquent de moins bénéficier de l’existence des programmes de justice réparatrice en n’y étant pas aiguillés à la discrétion des policiers).
Affiner la terminologie de la justice réparatrice
« Victime »
Dans le contexte du présent projet, des participants se sont souvent demandé quel terme employer pour désigner leur rôle dans le processus de justice réparatrice. Dans la plupart des cas, le terme « victime » était employé comme un terme générique, mais il était généralement insatisfaisant. Comme un participant l’a dit : « Le terme “victime” me rend très mal à l’aise, parce que le discours qu’on entend dit : “Ne sois pas une victime” ». Dans une autre séance, un participant a dit « le mot “victime” me fait paraître faible ». Un autre défenseur des droits des victimes a fait remarquer : « Je ne sais pas trop de quel type vocabulaire nous avons besoin, mais nous devons leur donner [aux victimes] un sentiment d’autorité pour gérer leur situation ». Comme nous l’avons vu, de nombreux programmes qui ont participé à ce projet utilisaient d’autres termes que victime, par exemple « partie lésée ». Un participant à une séance a dit : « Au lieu de victime, nous devrions dire “vainqueur” et ce mot qui était au départ une suggestion humoristique a persisté pour le reste de la séance (les participants se désignant mutuellement comme des “vainqueurs”). Même si aucune conclusion n’a été tirée, il vaut manifestement la peine que les programmes de justice réparatrice s’attardent au mot « victime » et envisagent d’en discuter avec leurs participants.
« Pardon »
Dans certaines séances, les participants ont débattu du terme « pardon ». Des idées ont été soulevées sur la pertinence et la façon de discuter du pardon afin que les victimes n’aient pas l’impression qu’on leur impose des obligations ou des jugements sur leurs intentions, ou qu’on s’attende à ce qu’elles pardonnent si elles participent. Certains ont proposé que cela peut être particulièrement vrai d’un point de vue culturel autochtone, où l’harmonie de la communauté est souvent au cÅ“ur du processus et, par conséquent, la pression perçue pour pardonner peut s’intensifier. Des participants ont recommandé que les programmes de justice réparatrice fassent preuve de prudence en utilisant le mot « pardon » dans leurs rapports avec les participants.
Accroître le soutien financier et l’indemnisation des victimes
Compte tenu de la difficulté ou de la tension que les victimes peuvent éprouver à l’idée de désigner l’indemnisation ou le soutien financier comme un besoin (comme nous l’avons vu ci‑dessus), des participants ont proposé que les programmes réfléchissent plus concrètement à la façon d’aider les victimes sous ce rapport. Dans une séance, les participants ont passé beaucoup de temps en remue-méninges sur le rôle d’un « fonds de la victoire » qui couvrirait explicitement pour les victimes tous les coûts qu’elles peuvent engager pour participer à un processus de justice réparatrice (frais de garde d’enfants, déplacements, absence du travail) ou dans les cas où elles demandent un dédommagement que le délinquant ne peut fournir. Un praticien participant a fait remarquer : « Parfois, il y a un fonds [gouvernemental] pour les victimes, mais un fonds d’urgence seulement. Il est destiné aux situations d’urgence pour la sécurité et le bien-être immédiat. Donc, il faut donner la priorité au versement d’argent aux victimes, et ne pas induire les victimes en erreur sur la raison d’être de ces “fonds d’aide aux victimes”, s’ils sont réservés aux urgences ».
Des participants ont réfléchi à la [supposée] tradition culturelle japonaise des « excuses pécuniaires » qui permet la reconnaissance de la victime et contourne le système judiciaire général. Même si elle n’a pas forcément été présentée comme étant « la solution », cela montre que les victimes pourraient recevoir et espérer une réparation sans vivre l’angoisse personnelle d’avoir à évoquer l’indemnisation comme un besoin.
Renforcer les systèmes de soutien et en faire une priorité
Des participants ont fait plusieurs propositions en vue d’améliorer le soutien à leur participation à la justice réparatrice.
Examiner des approches créatives en matière de soutien des victimes
Des participants ont souligné que, parfois, les personnes de soutien du délinquant peuvent être très éloquentes pour encourager les délinquants à assumer leur responsabilité, ce qui peut alléger le fardeau de la victime. Ils ont proposé que les programmes de justice réparatrice examinent la façon de maximiser ce potentiel, en particulier pour des victimes qui aimeraient participer, mais qui sont timides ou réticentes à s’exprimer. Il a été conseillé que toute discussion de cette nature mette à contribution la ou les victimes.
Un jeune participant était d’avis que les victimes pourraient parfois se sentir plus en sécurité si l’option de la présence d’un policier au processus de justice réparatrice était offerte (il a été reconnu que cette solution n’est peut-être pas ce qui aiderait toutes les victimes à se sentir en sécurité). Il a aussi été proposé qu’un animal servant à la thérapie soit à la disposition de la victime durant le processus. Certaines victimes pourraient ressentir moins de pression si une liste concrète d’options disponibles qui pourraient être incorporées à une entente avec le délinquant, comme certains programmes communautaires de désintoxication, ou des possibilités de bénévolat offertes au délinquant si les travaux communautaires sont importants pour la victime.
Offrir l’option de jumeler les victimes avec des « mentors » désignés
Comme nous l’avons vu, les participants à un programme ont dit que le programme de justice réparatrice leur avait désigné un mentor qui les avait accompagnés dans les étapes de la préparation, du dialogue et du suivi. Ce mentor chevronné est devenu une « source de rétroaction » dans le cadre de l’examen des besoins à poser des questions d’approfondissement utiles durant des réunions individuelles et a fourni une validation importante à la personne concernée. Si l’on considère généralement que les mentors sont tout indiqués pour aider les jeunes dans des programmes de justice réparatrice, ce rôle a aussi été jugé précieux pour assurer la participation de la victime.
Optimiser la participation et la voix de la victime
Les participants au projet À l’écoute ont fait des suggestions sur la façon dont les programmes pourraient mettre davantage l’accent sur la participation véritable et sûre des victimes.
Augmenter l’adhésion des victimes et renforcer la préparation des cas
Des participants ont dit qu’il est important que les procédures d’adhésion soient explicitement conçues pour les victimes afin d’optimiser le confort et la clarté. Un simple appel téléphonique pour demander si elles aimeraient participer à un processus prédéterminé a été jugé insuffisant; les programmes de justice réparatrice devraient plutôt montrer activement comment ces programmes sont adaptés aux soins et au soutien offerts à la victime. Des participants ont fait remarquer que les victimes peuvent naturellement présumer que leur participation est superflue parce que le programme peut faire gagner du temps au tribunal et que le délinquant peut clairement bénéficier du jugement du tribunal. Un participant a souligné : « Je conviens que la justice réparatrice est surtout axée sur le délinquant et je le comprends d’un point de vue financier, parce que l’incarcération coûte très cher et ne fonctionne pas; ils y apprennent seulement à devenir de meilleurs criminels. Cependant, la justice réparatrice devrait aussi avoir un effet purificateur pour les victimes ». Pour montrer aux victimes que la justice réparatrice leur convient, il pourrait être utile de leur présenter au moment de leur adhésion les options et les choix que le programme comporte.
Dans le cadre du processus d’adhésion, des participants ont particulièrement insisté sur le fait que les programmes devraient éviter de formuler des hypothèses quant à savoir pourquoi une victime y participerait (p. ex. aider le jeune qui a commis l’infraction) ou si elle y participera. Ils ont exprimé le besoin de se sentir libres de choisir de participer ou de se retirer en fonction de leurs propres besoins et motivations, et d’avoir suffisamment de temps pour décider. S’ils sont rendus dans leur cheminement à un point où ils ne souhaitent pas participer à la justice réparatrice, ils ont exprimé le besoin d’être libres de l’exprimer (après avoir entendu l’information pertinente pour eux) et de ne pas se voir imposer d’hypothèses : « Nous devons rencontrer [les victimes] là où elles en sont rendues parce que, parfois, ce n’est pas à ce moment précis qu’elles veulent un processus de justice réparatrice, et c’est correct ».
Le dialogue devrait être volontaire, la reconnaissance de la responsabilité ne devrait pas l’être
Des participants se sont dits d’avis que même si personne (y compris les délinquants) ne devrait être forcé de participer à un dialogue encadré, il doit y avoir des recours et l’assurance que le système judiciaire tiendra le délinquant responsable d’une quelconque façon. Un participant a exprimé l’idée que le processus de justice réparatrice et les systèmes qui l’entourent doivent « avoir du mordant » si les personnes accusées n’assument pas leur responsabilité. Ce thème était aussi lié à un « problème de crédibilité » constaté à l’égard de la justice réparatrice. Autrement dit, le grand public a l’impression que la justice réparatrice est une approche « indulgente » de la criminalité. L’existence de voies de recours connues lorsque les délinquants ne respectent pas les ententes peut aider à dissiper cette perception potentielle de la justice réparatrice et donner confiance aux victimes.
Faire en sorte que les praticiens soient bien informés à propos des programmes communautaires et des coûts connexes
Des participants ont fait remarquer que des options comme les thérapies pour les délinquants comportent des réalités financières qui empêchent parfois d’envisager ces options dans le cadre de processus de justice réparatrice. Il a été proposé de renseigner les praticiens sur les types de plans qui seront réalistes. Des participants ont constaté qu’il est plus satisfaisant pour les victimes d’être au fait de ces considérations durant la phase de la rencontre consacrée à la conclusion d’une entente que de ne pas trop savoir à quoi s’attendre à propos des obligations du délinquant.
Procéder à une préparation du cas rigoureuse avec le délinquant à propos de la responsabilisation
Des réflexions des participants ont révélé qu’une préparation rigoureuse du cas est justifiée pour garantir que les délinquants s’engagent dans le processus en étant prêts à assumer leur responsabilité. À cette fin, les animateurs doivent bien comprendre la mesure dans laquelle le processus sera productif, et si et comment chaque délinquant exprimera de façon constructive sa responsabilité ou ses remords. À défaut, des participants ont dit craindre que le processus soit improductif et même troublant pour la victime. Selon des participants, cela est particulièrement vrai dans les petites collectivités où les victimes doivent voir régulièrement les délinquants.
Revoir les ententes de confidentialité
Un participant a fait remarquer qu’en raison d’une entente de confidentialité conclue avant le dialogue encadré, il lui était interdit de communiquer les résultats du processus aux autres participants. Il a été proposé de revoir ces accords au terme du processus. Le participant a dit : « J’aurais aimé pouvoir divulguer des choses [à des personnes n’ayant pas participé au processus de justice réparatrice], et je crois que cela aurait été bénéfique pour tous ».
Améliorer l’expérience de substitution de la victime
Certains programmes offrent l’option de désigner des substituts pour les victimes qui ne veulent pas ou ne peuvent pas participer, de façon à ce que le processus puisse se poursuivre pour le délinquant. Les participants ont formulé plusieurs suggestions pour rendre l’expérience plus utile.
S’efforcer d’assurer une représentation authentique
De nombreux participants étaient d’avis qu’il n’était ni convenable ni souhaitable que des substituts participent au processus de justice réparatrice sans avoir rencontré au préalable la victime directe dans l’affaire. Il a été proposé de mettre sur pied des mécanismes de manière à consulter les victimes avec délicatesse dans chaque cas, de sorte que les substituts ne fassent pas de conjectures sur les sentiments d’une victime dans une affaire donnée. Ainsi, les victimes auraient une voix plus authentique.
Tenir la victime directe au courant, même lorsque des substituts participent
Selon des participants, idéalement, les programmes de justice réparatrice devraient fournir à la victime des renseignements de suivi sur l’accord conclu avec le délinquant et le respect de cet accord par celui-ci, et faire rapport des questions restées sans réponse. Un substitut a dit : « En tant que substitut, nous pouvons peut-être aborder le “pourquoi” et transmettre cette information à la victime pour lui apporter une certaine guérison… faire un suivi, la tenir au courant, lui faire savoir que quelque chose a été fait ».
Offrir l’option de faire participer à la fois le substitut de la victime et la victime directe
Cette suggestion a été jugée particulièrement pertinente pour les victimes qui hésitent à participer ou qui sont timides, mais qui aimeraient quand même avoir l’occasion de rencontrer le délinquant.
Ériger la formation sensible aux besoins de la victime en priorité
Un thème qui s’est imposé dans toutes les séances du projet À l’écoute était l’importance pour les victimes qu’un animateur qualifié dirige le processus et qu’elle établisse des rapports et un lien de confiance avec lui. Voici des suggestions concrètes à propos des compétences souhaitées des animateurs.
Former les animateurs du processus de justice réparatrice à être « doublement partiaux »
Un participant a dit savoir que les animateurs du processus de justice réparatrice travaillaient à la fois pour son bien-être et celui du délinquant, mais qu’il avait toujours eu l’impression « qu’ils étaient là pour moi et qu’ils m’accompagnaient… vous voulez sentir que les animateurs sont là pour vous aider ».
Faire en sorte que tout le personnel du programme de justice réparatrice soit formé à faire preuve de compassion envers les victimes
Les participants ont été heureux d’être vus et entendus à tous les niveaux du programme de justice réparatrice, et non seulement par leur praticien direct. Les participants ont trouvé décevant et frustrant que d’autres bénévoles ou employés du programme de justice réparatrice (par exemple la réceptionniste) traitent l’affaire comme si elle était « banale ».
Faire en sorte que les services de justice réparatrice « tiennent compte des traumatismes »
Reconnaissant que les victimes et les délinquants ont souvent survécu à des expériences traumatisantes, il a été recommandé que les services et les praticiens de la justice réparatrice soient guidés par une compréhension des traumatismes et du rétablissement et qu’ils conçoivent leurs programmes en accord avec les principes de la pratique tenant compte des traumatismes.
Permettre aux victimes d’avoir accès à la justice réparatrice, peu importe la nature de leur victimisation
Les participants n’ont pas systématiquement recommandé d’exclure certaines infractions des processus de justice réparatrice. Certains participants ont exprimé leur hésitation à traiter certains cas de violence graves dans des séances où aucune victime n’avait subi de telles agressions. Dans la plupart des séances, les participants étaient d’avis que la justice réparatrice devrait être largement accessible aux victimes, peu importe le crime. Cependant, il a été souligné qu’il faut « être conscient des enjeux relatifs à la sécurité et, par exemple, des enjeux relatifs au pouvoir et au contrôle » (comme dans des cas ponctuels ou répétés de violence conjugale). En conséquence, les animateurs seraient mieux outillés pour offrir un service optimal lorsqu’ils sont bien qualifiés (parfois en ayant suivi une formation spécialisée) pour traiter une gamme d’infractions. Comme un participant l’a fait remarquer : « Il n’y a pas de crime trop petit ou trop grand. Les victimes ont besoin de reconnaissance et d’une chance de guérir et se rétablir ».
Élargir les possibilités d’échange offertes aux victimes
De nombreux participants ont insisté sur le fait que la participation à la séance d’écoute elle-même était extrêmement précieuse. Pour certains, la séance a semblé élargir la perspective de ce qui est possible grâce à la justice réparatrice, tandis que pour d’autres, la séance les a aidés à se sentir plus en contact et moins isolés dans leur expérience de la victimisation. Dans au moins deux séances, des participants ont souligné que la participation à la séance du projet À l’écoute avait eu une plus grande incidence sur leur bien-être que le processus de justice réparatrice lui‑même. Certains ont souligné que ce genre de contact avait été la pièce manquante dans leur parcours vers l’intégrité depuis le crime. Selon un participant, une priorité pourrait être de « modifier les possibilités de contact entre des victimes. Ce n’est pas forcément essentiel à un processus de justice réparatrice, mais cela aide les gens à survivre au traumatisme, le fait qu’une victime rencontre une autre victime. Il y a beaucoup de valeur et de sagesse chez les personnes qui ont vécu des situations semblables. C’est une source de soutien. La possibilité peut être offerte à différentes étapes. Par exemple, des victimes qui ont participé à un processus de justice réparatrice pourraient expliquer [les risques et les avantages] à celles qui envisagent d’y participer ». Un autre participant a demandé d’avoir accès à « un groupe des “anciens” de la justice réparatrice… s’il y avait des ressources, ce serait tellement fantastique. Cela pourrait aider à éliminer le facteur d’isolement ». Étant donné les nombreux commentaires favorables à l’égard de la possibilité que des victimes ou des survivants se rencontrent et échangent avec d’autres victimes sur leur parcours dans un processus de justice réparatrice, les programmes de justice réparatrice pourraient se pencher sur la façon d’offrir régulièrement ce genre de possibilité de dialogue en groupe dans le cadre de la prestation de leurs services.
Voici d’autres commentaires formulés surtout durant le retour sur les séances :
- « J’ai aimé entendre l’histoire de chacun. Ça me confirme que je ne suis pas fou! »
- « Je pense qu’il est très important de pouvoir parler à des gens qui ont vécu de façon similaire. »
- « C’est… vraiment très agréable d’être dans une pièce où des gens [c.-à -d. la séance d’écoute] parlent de leurs sentiments et de leur vécu. »
- « Je ne suis pas seule. Il y a des victimes partout. Tout le monde a des problèmes. »
- « Plus de séances d’écoute — d’accord! Plus de possibilités pour d’autres personnes de participer à des séances comme celle-ci. »
- « C’est génial d’entendre les histoires de tout le monde. Je me sens mieux maintenant. »
- « Cette séance d’écoute est presque meilleure que la séance de justice réparatrice! Je me sens tellement soutenu. Je comprends que je ne suis pas seul. »
Financement durable
Pendant la période du retour dans de nombreuses séances d’écoute, les participants ont systématiquement décrit « l’affectation de ressources accrues pour le travail de la justice réparatrice » comme intervention prioritaire que les systèmes devraient mettre en Å“uvre pour améliorer l’expérience de la victime. Les participants ont reconnu le travail des programmes de justice réparatrice et estimé que le manque de fonds et de ressources pose un véritable problème pour ces programmes. Bon nombre d’entre eux voulaient augmenter le nombre d’animateurs afin que toutes les victimes aient accès à ce service : « Une priorité est qu’il faut plus d’animateurs formés afin qu’on puisse offrir ce service plus souvent et plus rapidement ». Ces observations allaient habituellement de pair avec les observations de participants selon lesquelles le soutien, le suivi et l’information abondante qu’ils souhaitaient à différentes étapes du processus de justice ont un prix : « Plus de ressources sont nécessaires. Ainsi, les animateurs pourraient passer plus de temps avec les victimes afin qu’elles puissent avoir tout le temps dont elles ont besoin. » Il s’agit de processus qui prennent beaucoup de temps. Dans le même ordre d’idée, un participant a fait remarquer que l’endroit où les rencontres de justice réparatrice avaient eu lieu était peu inspirant et il a fait remarquer qu’il est important que les programmes de justice réparatrice aient accès à des lieux de réunion confortables et accueillants – et que les programmes aient accès à des fonds à cette fin. Il a dit : « Ces programmes survivent d’une année à une autre, sans savoir s’ils auront du financement. » En dernière analyse, pour que les programmes de justice réparatrice comblent de façon adéquate et utile les besoins des victimes, en plus de s’acquitter de tous les autres mandats qui leur sont confiés, les participants étaient d’avis qu’ils devraient disposer d’un financement suffisant et stable pour le faire.
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