Examen critique des recherches en sciences sociales sur le déménagement des parents à l'extérieur de la région après une séparation ou un divorce

5.0 Discussion, mises en garde et conclusions

Les professionnels qui traitent les dossiers de déménagement à l’extérieur de la région doivent prendre en compte un certain nombre de facteurs provenant des recherches en sciences sociales sur les enfants et les familles. Les principales questions qui ont une incidence sur les décisions en matière déménagement à l’extérieur de la région comprennent ce qui suit : la relation continue du parent qui ne déménage pas avec ses enfants; les avantages et les risques potentiels du déménagement à l’extérieur de la région pour les enfants; la nécessité d’élaborer des plans parentaux à longue distance si le déménagement a lieu, et les droits du parent qui souhaite déménager à l’extérieur de la région.

Bien qu’il existe de plus en plus de documentation sur le déménagement à l’extérieur de la région, il y a encore beaucoup d’incertitude quant à l’incidence potentielle de ce type de déménagement sur les enfants et les parents, selon les données disponibles. Warshak (2003) mentionne que le déménagement pourrait avoir des avantages pour les enfants, mais aussi des risques et que la prise en compte et l’intégration de tous ces facteurs constituent une lourde tâche. Il est également d’avis que même les décisions qui, au premier coup d’œil, semblent faciles à prendre, peuvent avoir des conséquences inattendues. (p. 381)

Vu le manque de recherches de haute qualité en sciences sociales sur les facteurs associés au déménagement à l’extérieur de la région et les répercussions sur les enfants, l’analyse la plus appropriée devrait mettre l’accent sur l’intérêt supérieur de l’enfant, au cas par cas. Comme le font remarquer Kelly and Lamb (2003) :

[…] il est rarement possible de définir les conséquences prévisibles et universelles de situations aussi complexes qu’un divorce entre parents ou qu’un déménagement à l’extérieur de la région. Dans le cas du déménagement à l’extérieur de la région, des avantages et des coûts y sont habituellement liés et il faut en tenir compte dans l’appréciation de l’intérêt supérieur de l’enfant. Dans chaque cas, il est donc important d’évaluer les coûts potentiels et les avantages que représente la décision consistant à permettre ou à interdire le déménagement des enfants à l’extérieur de la région. [Traduction ] (p. 202)

Dans chaque cas individuel, les facteurs à prendre en considération comprennent : les motifs invoqués par le parent qui a l’intention de déménager à l’extérieur de la région; tout historique de violence conjugale et le niveau de sécurité que procurerait le déménagement; la mesure dans laquelle le déménagement permettrait d’accroître la qualité de vie du parent qui déménage et celle de l’enfant; les raisons pour lesquelles le parent qui ne déménage pas s’oppose au déménagement; l’incidence du déménagement sur la relation entre le parent qui ne déménage pas et l’enfant; l’opinion et les préférences de l’enfant; l’âge et le stade de développement de l’enfant; les relations de l’enfant avec la famille et les amis à la résidence actuelle et à la résidence proposée; le niveau de participation des deux parents à l’égard des activités scolaires et parascolaires de l’enfant; la famille de l’enfant et le réseau de soutien social disponible à chaque endroit, et l’occasion pour l’enfant de demeurer en contact avec le parent qui ne déménage pas par l’entremise de la technologie (p. ex., vidéoconférence, courriel et messagerie instantanée) si jamais le déménagement était accordé (Austin 2012; Bala & Harris, 2006; Glennon, 2008; Henaghan, 2011; Saini, Mishna, Barnes & Polak, 2013; Warshak, 2003).

À l’heure actuelle, il semble y avoir apparence de consensus parmi les chercheurs en sciences sociales : la meilleure façon de prendre une décision dans le cadre d’une affaire relative au déménagement à l’extérieur de la région est de fournir des évaluations individuelles de chaque cas présenté, sans qu’il y ait d’hypothèse pour ou contre ce type de déménagement et en présentant une norme relative à « l’intérêt supérieur de l’enfant » comme étant essentielle dans chaque évaluation (Austin, 2012).

Le manque d’orientation fourni par les données en sciences sociales appuie clairement le besoin de prendre en considération les facteurs individuels de chaque cas plutôt que de formuler des hypothèses généralisées quant à qui devrait ou non déménager après une séparation ou un divorce. Les rapports de recherche en sciences sociales regorgent de conclusions contradictoires sur l’importance de la relation de l’enfant avec le parent ayant la garde et le parent n’ayant pas la garde. On ne sait pas encore quelle est la meilleure façon d’appliquer les divers résultats de recherche lorsque l’on envisage les différentes options relatives au déménagement à l’extérieur de la région. Henaghan (2011) en est venu à une conclusion semblable :

Les sciences sociales peuvent rendre compte des expériences des enfants et des parents après la séparation, et mesurer comment les enfants s’adaptent à celles-ci. La difficulté réside dans la décision relative aux variables dont il faudra tenir compte pour déterminer les résultats pour chaque enfant en particulier. Les variables peuvent aller des ressources internes de l’enfant aux circonstances physiques et économiques qui l’entourent, en passant par la relation de l’enfant avec ses parents, ses pairs et d’autres personnes de sa vie. Le fait de déterminer quelle variable, ou quelle combinaison de variables, mène à quels résultats ne constitue pas une tâche précise. Nous ne pouvons tout simplement pas savoir dans quelle mesure la vie aurait été différente si un enfant avait, ou n’avait pas, déménagé à l’extérieur de la région avec un de ses parents. [Traduction ] (p. 235).

5.1 Considérations et mises en garde

5.1.1 L’état des données

L’ensemble des études empiriques portant sur le déménagement à l’extérieur de la région, qui comprend les 11 études, a été examiné et évalué à partir de normes conventionnelles de qualité en vue de tirer des conclusions générales appuyées sur des données empiriques. Prises ensemble, on a constaté que les études empiriques sont faibles sur le plan de la méthodologie et qu’elles permettent très peu de généraliser les résultats d’une étude en particulier. Le clinicien-chercheur devrait se méfier des nombreux outils d’acquisition des connaissances dans ce domaine et réaliser qu’il y a relativement peu de conclusions appuyées sur des données empiriques. Il faut toutefois établir une mise en garde : il est probable que ces conclusions vont changer au fur et à mesure que de nouvelles recherches, de meilleure qualité, deviendront disponibles.

5.1.2 Motifs du déménagement

Il y a une panoplie de motifs pour lesquels des parents voudraient déménager après une séparation ou un divorce, notamment des raisons économiques, une occasion d’emploi, retourner dans sa ville d’origine, se rapprocher de sa famille ou de ses amis.

5.1.3 Âge de l’enfant

À ce jour, il n’y a pas d’estimation valable de l’incidence du déménagement à l’extérieur de la région en fonction de l’âge des enfants. Il est important, cependant, de prendre en considération le développement, le tempérament, la résilience et les réseaux sociaux de chaque enfant.

5.1.4 Ententes de garde et de droit de visite après le déménagement à l’extérieur de la région

Il y a eu peu de suivi systématique des conséquences potentielles négatives ou positives du déménagement à l’extérieur de la région sur les enfants. Les comptes rendus rétrospectifs fournissent certaines indications quant aux conséquences potentielles, mais ont des problèmes de partialité et d’erreurs d’attribution. Les conclusions ne permettent pas de déterminer clairement si les répercussions du déménagement à l’extérieur de la région sont à long terme et elles semblent liées à des variables non contrôlées par les données actuelles.

5.1.5 Opinions des enfants

Dans la documentation actuelle, on ne porte pas suffisamment attention aux opinions et aux préférences des enfants à l’égard du déménagement à l’extérieur de la région. Il faut y accorder une plus grande attention afin d’éclairer et d’orienter les pratiques et les décisions stratégiques. En mettant l’accent sur la confidentialité et l’anonymat, les recherches en sciences sociales qui misent sur les opinions des enfants (p. ex., sondages, entrevues) offrent une occasion unique d’être à l’écoute des réflexions et des sentiments des enfants sans les impliquer davantage dans le conflit entre ses parents.

5.1.6 Incidences du déménagement à l’extérieur de la région

Le problème lié à l’évaluation des incidences du déménagement à l’extérieur de la région est que les données utilisées pour tester ces modèles multidimensionnels sont toutes dérivées d’études transversales qui n’ont pas été en mesure d’évaluer l’orientation des répercussions. Seules les études longitudinales peuvent garantir que les variables indépendantes précèdent les variables dépendantes dans le temps afin d’établir une relation de cause à effet. Par conséquent, les résultats mitigés à propos des incidences du déménagement à l’extérieur de la région semblent pencher vers la variabilité des incidences parmi les familles et le fait qu’on devrait analyser chaque situation individuellement plutôt que de faire des généralisations.

5.1.7 Traitement/Intervention

Aucune étude n’a été trouvée sur les avantages possibles d’un traitement ou des interventions qui permettraient d’appuyer les relations parent-enfant durant et après un déménagement à l’extérieur de la région.

5.2 Conclusion

L’incidence négative du divorce sur les enfants est bien consignée dans la recherche, de même que les facteurs protecteurs qui viennent atténuer l’incidence négative que le divorce et la séparation peuvent avoir sur les enfants (Austin, 2012, Bala & Harris, 2006, Glennon, 2008, et Wallerstein & Tanke, 1996). Ce qui est moins clair, c’est la façon dont ces travaux de recherche s’appliquent au déménagement à l’extérieur de la région. Wallerstein & Tanke (1996) ont observé que le déménagement à l’extérieur de la région pour un enfant qui a déjà vécu le divorce de ses parents peut représenter un autre incident traumatique, tandis que d’autres études montrent qu’il y a une corrélation entre le bien-être du parent ayant la garde et le bien-être de l’enfant (Gelnnon, 2008).

Les problèmes liés à la méthodologie dans la recherche portant sur le déménagement à l’extérieur de la région ont également donné lieu à des conclusions contradictoires et pas très claires relativement au déménagement à l’extérieur de la région. Les différentes définitions du « déménagement », les différentes variables relatives aux incidences, les différentes façons de mesurer chacune de ces variables, et les différents âges des enfants visés par les études ont eu une incidence sur la capacité des professionnels de tirer des conclusions claires et des répercussions sur les recherches portant sur le déménagement à l’extérieur de la région (McLeod, 2006). Malheureusement, il existe étonnamment peu de données empiriques sur les conflits liés au déménagement à l’extérieur de la région et sur l’incidence qu’ils peuvent avoir sur les membres de la famille pour aider les tribunaux dans leur prise de décisions (Braver, Ellman & Fabricius, 2003).