Incidence des changements familiaux, de la situation d’emploi et du revenu des parents sur le bien-être économique des enfants : perspective longitudinale
RÉSUMÉ
Ce rapport a été commandé par la Section de la famille, des enfants et des adolescents du ministère de la Justice du Canada et vise à poursuivre l’analyse des données tirées de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ). Il se fonde sur les données recueillies au sujet d’environ 15 000 enfants, âgés de 2 à 13 ans au moment du deuxième cycle (1996-1997), qui avaient fait partie du premier cycle de l’ELNEJ (1994-1995). Il s’agit, au Canada, de l’une des principales sources de données servant à étudier le développement et les caractéristiques des enfants canadiens et de leurs familles.
L’existence de ces deux cycles de données permet d’étudier les cas de familles qui ont subi des ruptures entre 1994-1995 et 1996-1997. Pour la première fois, cela permet d’analyser la situation de ces familles « avant » et « après » les transitions subies, telles la séparation des parents ou la recomposition, ce qui jette un nouvel éclairage sur les liens entre les changements dans les familles, le revenu et la participation au marché du travail. Cela permet également d’étudier la façon dont la garde (physique), les contacts père/enfant et le paiement de la pension alimentaire changent avec le temps dans les cas où les parents étaient déjà séparés lors du cycle 1.
Principaux résultats
Types de familles et situations d’emploi et de revenu
Dans les familles biparentales, 95 % des enfants de la naissance à 11 ans, en 1994-1995, bénéficiaient du revenu de travail à temps plein d’au moins un parent. Selon la situation la plus courante, partagée par 43 % des enfants, les deux parents avaient un emploi à temps plein. Un peu plus du quart des enfants (27 %) avaient un parent travaillant à temps plein et l’autre à temps partiel. La même proportion (25 %) avaient un parent à la maison et l’autre travaillant à temps plein.
Dans les familles monoparentales, un peu plus de 40 % des enfants vivaient avec un parent ayant un revenu d’emploi à temps plein. Soixante-dix-huit pour cent des pères seuls et trente-neuf pour cent des mères seules travaillaient à temps plein.
Séparation des parents
Les mères qui avaient un emploi à temps plein avant la séparation ont une meilleure situation financière après la séparation que celles qui n’en avaient pas. Leur revenu annuel moyen de près de 32 000 $ est considérablement plus élevé que celui des autres mères seules (revenu moyen de 20 000 $) au cours du cycle 2.
Engagement de mères seules dans une union conjugale
Le revenu moyen des mères seules a augmenté entre les cycles 1 et 2, qu’elles se soient ou non engagées dans une union conjugale, et plus le revenu était faible en 1994-1995, plus grande était l’augmentation deux ans plus tard.
Caractéristiques de la famille biparentale avant la séparation et modalités de garde à la séparation des parents
Plus le revenu familial est élevé avant la séparation, plus les enfants sont susceptibles de vivre sous la garde de leur père ou en régime de garde partagée après la séparation. Le revenu semble jouer un rôle plus direct dans les cas de garde partagée que si les pères ont la garde dite traditionnelle, ce qui est prévisible étant donné le besoin d’avoir deux domiciles familiaux dans les cas de garde partagée.
Les parents qui se séparent et qui sont tous deux sur le marché du travail choisissent plus souvent la garde partagée. Environ 20 % des enfants vivant dans des familles ayant deux revenus alternaient d’un domicile parental à l’autre après la séparation de leurs parents, comparativement à moins de 6 % des enfants vivant dans des familles dont un seul parent avait un emploi ou dont aucun n’avait d’emploi.
Les enfants des familles dont un seul parent travaille sont plus susceptibles que les autres d’être sous la garde de leur père après une séparation. Un sur cinq (20 %) d’entre eux demeurait avec son père à la séparation de ses parents, comparativement à moins de 8 % des enfants dont les deux parents travaillaient ou dont aucun des parents ne travaillait.
Les chances sont très élevées (89 %) que les enfants aillent vivre avec leur mère après une séparation si aucun parent ne travaille à temps plein.
Caractéristiques familiales et pensions alimentaires pour enfants
Les ententes concernant les pensions alimentaires sont plus courantes dans les familles dont les revenus sont plus élevés et le paiement des pensions est aussi plus fiable. Dans les cas où il y avait une entente sur la pension, les paiements étaient faits régulièrement pour la majorité des enfants des familles aux revenus les plus élevés (55 %), ce qui n’était le cas que pour le tiers des enfants des familles ayant les revenus les moins élevés (31 %).
Changements dans les modalités de résidence et les contacts père/enfant dans le temps
Les modalités de résidence pour les enfants dont le père avait la garde sont très durables. Bien que relativement peu nombreux (7 % des enfants en 1994-1995), presque tous les enfants vivant avec leur père en 1994-1995 étaient encore avec lui deux ans plus tard.
Les modalités de résidence des enfants dont la mère avait la garde étaient stables elles aussi, mais la fréquence des contacts avec le père variait avec le temps. Deux enfants sur les cinq qui avaient certains contacts avec leur père au début de la période ne passaient pas autant de temps avec lui à la fin de cette période.
Les modalités associées à la résidence partagée semblent plus souples. Pour neuf des dix enfants qui avaient deux résidences pendant le cycle 1, les modalités de résidence étaient différentes deux ans plus tard. Plus de deux enfants sur cinq (41 %) vivaient avec leur père et la moitié (50 %), avec leur mère; chez ces derniers, presque tous avaient des contacts réguliers avec leur père.
L’absence de contacts père/enfant n’est pas nécessairement permanente. Plus d’un enfant sur cinq qui n’avait aucun contact avec son père en 1994-1995 en avait certains (généralement « irréguliers ») en 1996-1997.
Changements dans les pensions alimentaires avec le temps
L’absence de pension alimentaire pour enfants n’est pas nécessairement permanente. Plus du quart des enfants pour lesquels aucune pension n’a été versée pendant au moins six mois en 1994-1995 avaient reçu un certain soutien financier au cours des deux années suivantes. Presque la moitié de ces paiements étaient faits régulièrement en 1996-1997.
L’absence de pension alimentaire pour enfants n’est pas nécessairement permanente, mais les chances de parvenir à une entente plus tard sont relativement faibles. Les deux tiers des enfants (65 %) pour lesquels aucune entente n’existait en 1994-1995 étaient dans la même situation deux ans plus tard. Parmi ceux pour lesquels une entente avait été conclue au cours de ces années, moins de la moitié recevaient des paiements réguliers en 1996-1997.
Répercussions
Les études sur les familles qui se fragmentent mettent d’ordinaire l’accent sur les ententes ainsi que sur les conditions, le fonctionnement et le respect de celles-ci. L’ELNEJ permet d’examiner les différentes caractéristiques des familles avant la séparation afin de voir s’il existe une relation entre les choix et ententes survenus après la séparation.
Plus précisément, les possibilités de revenu, les choix de travail et les situations d’emploi existant avant la séparation permettent-ils de prédire ce qui se passera après celle-ci? C’est en comprenant comment les familles canadiennes vivent et s’organisent en fonction de leur revenu et de leurs choix en matière d’emploi que les décideurs peuvent instaurer des programmes et services et faire des réformes législatives en tenant compte de ces incidences. D’autres cycles de données permettraient de répondre à d’autres questions, par exemple : Comment et dans quelles circonstances les ententes familiales évoluent-elles? À quel point les résultats sont-ils stables ou changeants? Qu’impliquent habituellement les changements et à quelle fréquence surviennent-ils? Il est primordial de poursuivre la recherche dans ce domaine et, pour ce faire, les données recueillies par l’ELNEJ sont essentielles.
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