Incidence des changements familiaux, de la situation d’emploi et du revenu des parents sur le bien-être économique des enfants : perspective longitudinale
1. INTRODUCTION
Ce rapport fait suite à une analyse des données sur la garde des enfants, le droit de visite et les pensions alimentaires pour enfants qui avaient été recueillies lors du cycle 1 de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) réalisé en 1994-1995 (Marcil-Gratton et Le Bourdais, 1999). L’ELNEJ est une enquête à échantillon constant réalisée en partenariat par Développement des ressources humaines Canada et Statistique Canada. Plus de 22 000 enfants âgés de 0 à 11 ans ont d’abord fait l’objet de l’enquête au cours de l’hiver de 1994‑1995; toutefois, à cause de contraintes financières, tous ces enfants n’ont pu être retenus dans l’échantillon du deuxième cycle[1]. La présente étude a été réalisée à partir des données portant sur environ 15 000 enfants présents dans les deux cycles et âgés de 2 à 13 ans lors de l’enquête de 1996-1997. L’ELNEJ couvre de nombreux sujets, mais la présente étude porte essentiellement sur les données de la section de l’enquête traitant des antécédents familiaux et de ceux en matière de garde. Cette section fournit une rétrospective complète de l’histoire parentale et conjugale pour chacun des parents biologiques des enfants jusqu’au moment de l’enquête. Dans le cas des enfants dont les parents se sont séparés ou n’ont jamais vécu ensemble, des données additionnelles sont fournies au sujet des modalités de garde, des contacts avec le parent non-gardien ainsi que de la constance des versements de la pension, tant lors de la séparation qu’au moment de l’enquête.
Une analyse des questions rétrospectives sur l’histoire familiale et sur les modalités de garde pendant le cycle 1 a révélé la complexité du cours de la vie familiale des enfants canadiens nés vers la fin du XXe siècle (Marcil-Gratton et Le Bourdais, 1999). Les séparations parentales étant plus courantes et survenant plus tôt dans la vie des enfants, le milieu familial s’est élargi du fait que les parents ont décidé d’aller « chacun de son côté » — de se remarier ou de former une union de fait avec un nouveau partenaire et d’avoir des enfants au sein de cette nouvelle union, ajoutant ainsi beaux-parents, sœurs ou frères par alliance, demi-sœurs ou demi-frères aux réseaux familiaux de leurs enfants. Chaque changement dans le cours de la vie parentale entraîne une « transition familiale » dans celui des enfants. Pendant le cycle 2 de l’enquête (1996-1997), lorsque ces enfants avaient de 2 à 13 ans (et, en moyenne, tout juste plus de huit ans), près du quart d’entre eux avaient connu au moins une transition dans leur milieu familial. Cette proportion varie selon l’âge des enfants au moment de l’enquête (voir le tableau 1) et oscille entre 14 %, à l’âge de 2 à 3 ans, et près de 30 % chez les enfants au seuil de l’adolescence.
La probabilité de vivre un changement familial dépend aussi du fait que l’enfant est né ou non dans le cadre d’une union conjugale, ainsi que du type d’union. La majorité des enfants (93 %) sont nés dans le cadre d’une union conjugale, de parents mariés ou cohabitant; pour eux, la séparation des parents est la première transition familiale. Cette expérience est beaucoup plus courante pour les enfants nés dans le cadre d’une union de fait (44 %) que d’un mariage, surtout si le mariage n’a pas été précédé d’une période de cohabitation (12 %). Parmi la minorité (7 %) des enfants nés hors d’une union conjugale, plus des trois quarts (76 %) avaient connu au moins une transition familiale. Toutefois, cette proportion plus élevée est essentiellement due à la nature de la première transition. Nés de parent « séparés » au départ, la première transition implique la formation d’une union au lieu d’une séparation, leur mère ou leur père s’engageant dans une union, soit l’un avec l’autre, soit avec un nouveau partenaire.
| De 2 à 3 ans | De 4 à 5 ans | De 6 à 7 ans | De 8 à 9 ans | De 10 à 11 ans | De 12 à 13 ans | Total | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Pourcentage des enfants ayant vécu au moins une transition familiale avant 1996-1997 | 14,2 | 20,9 | 25,6 | 26,6 | 26,6 | 29,2 | 23,9 |
| Mariage non précédé d'une cohabitation | Mariage précédé d'une cohabitation | Cohabitation | Pas d'union | Total | |
|---|---|---|---|---|---|
| Pourcentage des enfants ayant vécu au moins une transition familiale avant 1996-1997 | 12,3 | 19,9 | 43,6 | 75,7 | 23,9 |
Les transitions que les parents opèrent en quittant ou formant une union conjugale se traduisent généralement dans la vie de leurs enfants par un mouvement d’un type de famille à un autre, par exemple d’une famille biparentale à une monoparentale ou encore d’une famille monoparentale à une recomposée. Ces types de transitions constituent la base des analyses de ce rapport. La mobilité des familles n’est toutefois que l’un des processus affectant les enfants. Les familles sont dans un état de mouvement constant à plusieurs niveaux. Sur le plan économique, par exemple, le revenu familial augmente ou diminue en fonction des mises à pied ou des promotions, ou lorsque les mères entrent ou retournent sur le marché du travail. Toutefois, même si les changements dans le revenu ou l’emploi peuvent se faire indépendamment des changements familiaux, les transitions familiales surviennent rarement sans provoquer d’importants changements sur ces deux plans. Dans une société où la discontinuité est de plus en plus courante, tant sur le marché du travail que dans la famille, il est important d’explorer les liens entre les diverses facettes du milieu des enfants. Avec les seules données tirées du cycle 1, les transitions familiales ne pouvaient être liées à des changements dans d’autres secteurs parce que les données les plus pertinentes sur le plan socio-économique et sur celui du développement des enfants correspondaient uniquement à la situation existant au moment de l’enquête. L’addition de l’information recueillie sur ces mêmes enfants deux ans plus tard, pendant le cycle 2 de l’enquête (1996-1997), a éliminé nombre de ces limites et permis l’approche longitudinale utilisée dans la plus grande partie de la présente recherche.
Ce rapport comporte trois sections principales, comportant toutes des données « avant » et « après » (tirées des cycles 1 et 2) qui jettent un nouvel éclairage sur des questions précises.
- La première section met l’accent sur les liens entre le type de famille, le revenu et la façon dont l’activité rémunérée est partagée par les parents dans la famille. Elle s’intéresse en particulier à l’influence de la séparation et de la recomposition d’une famille sur le niveau de revenu familial et en examine les liens avec la participation des parents au marché du travail.
- La deuxième section aborde la question de l’organisation de la prise en charge physique et du soutien économique des enfants par les parents lorsqu’ils se séparent. Pour la première fois, il est possible d’explorer la façon dont les caractéristiques familiales « pré-rupture », comme le niveau de revenu et la participation au marché du travail, influencent les décisions des parents sur les modalités de garde et la pension alimentaire pour enfants lorsqu’ils se séparent.
- La troisième section s’intéresse à la nature changeante de la garde, du contact et de la pension alimentaire dans le temps. Elle examine la façon dont les modalités de résidence et les contacts père/enfant d’une part, et les ententes sur la pension alimentaire pour les enfants et les paiements, d’autre part, ont évolué au cours de la période de deux ans entre les cycles 1 et 2, pour les enfants dont les parents étaient déjà séparés lors du cycle 1.
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